Sophisme de Cignorance affectée
Un homme élevé en dignité se lève contre une mesure proposée, contre un projet de réforme en matière de lois civiles ou pénales. Il ne l'attaque point directement; U se borne à une insinuation oblique. Il prend un ton pln.s que modeste pourdéclarer qu'il n'y entend rien, que Tauteor e.st sans doute plus habile que lui, qn'il n’a pas pu pénétrer le sens de la loi en question ; qu’en un mot il ne saurait former un jugement sur la convenance de la mesure.
Jusque-là, dira-t-on, où est le sophisme? Un tel aveu n’cst-îl pas franc et modeste? Oui, si celui qui parle ainsi n’enlcndait pas que cet
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aveu d'un homme comme loi dut former une présomption contre la mesure, et entraîner sa rcjcclion sans examen. 8i moi, constitué en dignité, moi supérieur en lumières, j’avoue mon incapacité, que devez-vous penser de la v6tre?M Voilà ce qu’il veutfaire entendre. C’est une manière détournée d’intimider; c’est de rarrogancc sous un mince voile de modestie.
Un homme de bonne foi , dans cet état d’ignoraiice qui Vempèche de juger, pourrait-il raisonnablement demander autre chose que du temps pour s’éclairer? N’entrerait-il pas dans les détails de la mesure , pour montrer ce qu’elle a d’obscur et ce qui requiert des explications?
Avec un vrai sentiment de'^son incapacité, on ne prendrait aucune part au débat; mais celui qui se fait fort de sou ignorance prétend condamner la reforme proposée, sans alléguer aucune raison ; et ce prétexte est un aven tacite qu’il n'a point de raison à donner contre elle. Il veut éviter la discussion , dont il ne sortirait pas à son avantage, et il se réfugie dans cette
5 retendue ignorance sur laquelle il est bien sûr e n'ètre pas pris au moU Mallicureusement, c’est là le symptûme d’un mal incurable; car, selon le proverbe, « il n’y a point déplus mau- • vais sourd que celui qui ne vent pas entendre. • L’autorité qu'on donnerait à ce sophisme est fondée sur ce que des hommes dcloi sont plus compétents que d’autres en matière de loi. Ceci demande une distinction: ils connaissent mienx la lui telle qu'elle est; et s’ils n’ont point d intérêt séducteur, ils sont plus à portée de juger
(eiHpA et des Ueitx en mahèie tle UjislfUion.
(le ce ({u'eUe doit être : maU s'il» n’ont étudié la loi que comme un métier, s’ils n'ont son{*é
u’à tirer parti de ses imperfections, bien loin
'être plus capables que d'autres de diriger le lé^'isUteur , ils sont plus propres à l’égarer.
Qu’un homme qui a vieilli dans une routine légale, s'avoue incapable de saisir d'autres idées, (‘e n'est pas toujours un prétexte faux. Toute sa sagacité s'cst épuisée à étudier le sys« terne qu'il avait intérêt de connaître : il ne trouve ni facilité ni plaisir à combattre scs habitudes et à donner à son esprit une direction toute nouvelle. II ne serait pas étonnant qu'un militaire qui a passé sa vie dans les combats ne fût point propre à changer de service et à pans(»‘les blessés. C'est une industrie toute différente. Télèphe n'a point laissé de successeurs : sa lance qui faisait les blessures et qui les périssait, ne s'est point retrouvée dans les curiosités d'ilerculaiium.