‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 443 sur 524 · SOPHISME OU QUIÉTISTE · texte numérisé non relu

SOPHISME OU QUIÉTISTE

Tout c«t Iriuquille. Point de nurmare.

Dans le cas où on propose une mesure de réforme rtdativc à quelques abus dontrcxistcncc n’est pas contestée, le sophisme en quc.sdon consiste à la repousser <‘omme n’étant pas nécessaire. Et pourquoi n’est-elle pas nécessaire ? c’est qu’il n’existe point de plainte à cet C{*ard, point de vœu public, point de pétition. B Dans un i^uvernement libre, où Inumeiir I* cha|p*ine est un des caractères de la liberté, » où I on se plaint si souvent sans cause, on se n plaindrait, à plus forte raison, s’il y avait » quelque souffrance réelle. » L’ar^pimcnt re-

vient donc à ceci : Personne ne se plaint , donc personne ne souffre.

Cet ar(piment est plausible, et le serait bien plus s'il était aussi aisé d’obtenir l’attention du (gouvernement sur un {p'ief que de s*en plaindre ; si on avait une prandc chance de succès en lui iaisant connaitre le mal ; si le silence de ceux qui souffrent n’était point la rési(p)ation du décoiira(;ement fondée sur rinutilitc éprouvée des réclamations et des plaintes.

Combien de maux ne souffre-t-on pas en silence, parce que le recours à rautorite ne pour-

SOPHISME d’un AVENIll PLUS OPPORTUN. qOO

rail s'obtenir qu'arec des frais , des soins, une perte de temps et des difKcultés înKnies , au point qu’il est inaccessible à des individus placés dans les classes inférieures, et même dans les classes moyennes!

Combien de maux encore ne souffre-t-on as en silence, parce qu’il faudrait aUa(|ucr des ommes accrédités et puissants, s’exposer à des inimitiés redoutables, risquer d'empirer son état en cherchant à l'améliorer!

Dans un (gouvernement où la presse n est pas libre, où il n’y a point d’assemblée représentative , le prétexte ex sUeniio n’a pas meme une faible couleur de vérité, (juoiqu il ne soit pas moins familier chez ceux qui (gouvernent. Là , le silence de ceux qui souffrent ne prouve souvent que l'exccs de I oppression. I.a plainte ne serait pas simplement inutile ; elle serait séditieuse. Il n’y a que le désespoir qui ose sc faire entendre. Aussi, à (^nstantinoplc, le plus faible murmure annonce rora(;e, et1a révolte suit de près. Malheur au souverain absolu qui prête l’oreille à ce sophisme! 11 doit avoir

toujours présente à l’esprit cette maxime qui en est l’antidote :

Le •llrace du peuple est U leçon des rou.

Ce sophisme renferme une espèce de ueto contre toutes les mesures qui tendent à prévenir l’existence d'un mal. Il établit en politique un principe absolument contraire à celui de la prudence la plus commune dans la vie privée. * il interdit de poser des (*ardc-fous sur un pont , avant que le nombre des accidents ait excité la clameur publique.

Si on veut toujours attendre la plainte pour y remédier, on n’est pas même sur que le remède soit efficace ; car on aura laissé fomenter un levain d’humeur qui ne se dissipera pas aisément, et qui se portera sur d’autres objets. Au lieu de faire un mérite au (gouvernement d’une réforme volontaire, on fait d'une réforme forcée , une victoire pour les mécontents ; et la concession ainsi arrachée non-seulement perd la (çrace du bienfait , mais elle prend le caractère de la faiblesse.

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