CHAPITRE VIL
.PERSONNALITÉS ADULATOIBE8.
Ce sophisme est exactement la contre-partie de celui que nous veuons d'exposer; mais, quoiqu'il puisse avoir les mêmes nuances ou les mêmes modifications , il n'est pas nécessaire de les examiner en détail, parce que rar{vument
Îu'on veut en tirer n’a pas , à beaucoup près , 1 même force.
Dans le cas précédent, il s'a^ssait dedécrier une mesure du réforme par le caractère de scs partisans ; il s’a(pt ici de la faire écarter comme mutile à raison des vertus de ceux qui |jouver-> Dent. Cette reforme leur déplaît, donc elle est mauvaise ; car il est dans leur nature de vouloir tout ce qui est bien, de préférer l'intérêt public au leur , de ne considérer en toute chose que l’avanta{;c de la communauté. La réforme proposée serait a leur c|*ard un acte injurieux de déHaiice. Les précautions ne sont nécessaires qu'aulantquele daii{ver existe; et, dans ce cas , les dispositions morales des individus en question sont une garantie suffisante, une sauve-
{;arde supérieure à toutes lesautres , contre tous es dangers possible.^.
Le panégyrique s'élève graduellement des rangs inférieurs aux classes supérieures, constituées en autorité. Les ministres, comme placés pUishaut dansréchelle, sont plus éminents en talents et en vertus; et quand l'argument s’applique au chef suprême de l’état, il acquiert une fnsre proportionnelle à sa dignité.
l* Cet argument a le caractère général du sophisme. Il est étranger à la question. La mesure doit avoir quelque chose de bien extraordinaire en ctle-mcme , s’il n’y a pas de moyen plus st’ir déjuger de sa convenance que par le caractère général des membres du gouvernement.
a^'Si la bonté d’une mesure a été prouvée par des arguments directs, Taccucil qu'elle reçoit est un meilleur critère des dispositions des hutnuies en place, que celui qu on peut tirer de leur morale supposée et des éloges qu'on leur donne.
* « Choi.tUkOni de boD< ma(;ulrats et brûloai noi lois. » J ai entendu ces propres paroles, prononcées par un homme J[J^*peclabIé,dads le conseil rrpresenUtif d'une répnbli<|uc. qui appiaudisMient à ce «enlimcnt ne coniidéraient
qu'it ne tendait à rien moins qu a établir l'autorité tr-
3** Si cet argument est bon dans un cas , il est bon dans tous; et s’il est admis , il ne tend à rien moins qu’à donneraux personnes en pouvoir un veto absolu sur toutes les mesures qui seraient contraires à leurs inclinations.
4* Quand le législateur confie un pouvoir, il doit supposer, de la part du dépositaire, une disposition à abuser Je son dépAe pour son avantage personnel. Cette supposition appliquée à tous les individus, n'est injurieuse à aucun. Voilà le principe : et la conséquence pratique estde prendre, contrôles abus de pouvoir, toutes les précautions compatibles avec son plein exercice. Ainsi ces arguments tirés des vertus de ceux qui gouvernent, sont en contradiction avec le fondement même des lois
5® Qu’une mesure soit proposée par l’homme le plus prolie, il n’en doit résulter aucun préjugé en sa faveur. Il peut être homme de bien et ignorant. Nul homme nlus vertueux que Thomas Morus , le chancelier d’Angleterre : nul individu qui ait été plus dangereux par son fanatisme. Le vertueux La s-Ca sas n'eut pour objet ue de soulager la misère des malheureux Iniens, lorsqu’il jiroposa de leur substituer, pour les travaux des mines, les robustes Africains ; et avec la meilleure intention du monde, il fut l'auteur du plus grand de tous les maux , la traite des Nègres.
Observations générales sur les sophismes tirés des personnalités.
Observons que ces sophismes sont souvent employés comme moyens de défense. Us servent à repousser d’autres sophismes ; et dans ce cas , ils ont une sorte de justice et d'utilité, puisque leur opération ne tend qu’à détruire le succès illégitime d'une imposture. Fait-on valoir en faveurd'une mesure raotorited'un grand nom? Il est permis de combattre cette autorité par les considérations qui l'affaiblissent. On ne fait par-là que rétablir la cause au point où elle
bitmirc «oas le nom d'autorité paternelle. Ces aortes de ber(;erie» politiques sont un objet de dégoût pour ceux qui uTCiil que les bonnes lois seules fout de bons ina;;UlniU, et qoe le premier vœu d'an lion nisgistnt est de ne gouverner que d'sprèi de bonnet loit.
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SOPHISME DES DtVF.nsiONS APTIFICIEUSES.
Joil clrc y en ccarUmt rinfluencc d’un moyen acdiielcur , et en réduisant au silence ceux qut ne cherrhnient qu’à en in>]H>si'r.
L’auteur d'une mesure veut-i) la faire valoir par une prétriition de tlé^illtéreHScment perüonnel ? 11 sera IrèA-loisiblc de mettre au jour respèee d’intéiét séducteur qui peut être le motif de son action.
Les variations d’un individu ne prouvent rien contre la me.siire qu'il soutient^ niais elles prou> vent rnntre lui ; et .si son autorité personnelle de raiq; ou de talent lui donne un ascendant iilé(;itinic , U n’y a pas de meilleur moyen de l'affaiblir que de le mettre aux prises avec luimême.
Ainsi dans le cas où I’uq de ces sophismes est le contre-poison d’un autre sophisme, il devient b‘(ptiiue d’en user; mais il ne faut s* en servir que pour amener la question à son vrai point, celiiidu mérite intrinsèque de la inestire, iiidépcndaimneiit de ces considérations élraiil'ères qu'un peut opposer sans Hn les unes aux autres.
Causes de leur ascendant.
Les sopbisme.s de cette classe ne sont si fréquemment employés qu'à raison de leur succès. Mais ce succès, à quoi |>eut-ou l’attribuer? N'a-l-on pas assez d'expérience pour se délier des personnalités suit inpirienses soit adulatoircs ? IN’cscnl-üii pas (ju elles sont étranpjères à la question, et ne tcndentqu’à la couvrir d'un épais nua^;e?
licur .suexes n'est dû qu’à ri(piorauce et aux
passions.
1» Pour appliquer à une question des arfpiments pertinents, tirés du sujet même, il faut
avoir fait une étude profonde de ce sujet, et posséder la faculté de raisonner. Mais, pour enqdoyer des personnalités, il ne faut ni peine ni recherche. Le pins i(^norant est à cet é{;ard de niveau avec le plus savant, si mémo il ne lui est supérieur. Rien de plus commode pour ceux (|ui veulent parler .sans avoir la fatip,ue de penser. On reproduit .sans cesse les mêmes idées , et l’esprit ne s’exerce qu'à varier les loarmires.
a" Des ar(piments pertinents n'ont en {général que peu de prise sur. les passions; ils tendent même plus à les réprimer qu’à les flatter. Mettez les personnalités en jeu : celui qui attac|ue trouve dans la censure personnelle un attrait d’indépendance et de liberté, ou la jouissance <rhumilicr dus supérieurs, •• et ne pouvant atf teiiulre à la (p'andeur, il se venf^e par en mé- » dire. « («eltii qui loue sc plait à faire cause commune avec de plus puissants <jue lui , et croit entrer en .société avec eux par les clo(^cs qu'il leur prodi{'iie.
L'i(]tioraiire et l'indolence, la haine et l'amitié, les iiiUTêts communs et contraires, la servile dépendance et l’indépendaiice jalouse , tout concourt à donner aux personnalités ret ascendant si {général. Rlu.s un est soumis sotmeme à ces passions , plus on est porté à croire à leur influence sur les autres; et le préjnj^é le plus Ié{;itimc contre un individu, est celui qui résulte de son penchant à user de personnalités injurieuses et inflammatoires.
Ces injures poUtifpies tournent souvent au triomphe de l'Iiomme ferme et modéré qui sait les repousser avec dijpiité. Frappcy dii-il , mais ifroute. Les personnalités qu'il dédai{pic retombent sur ranta(*onis(e imprudent qui se sera blessé de ses propres armes.