‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 456 sur 524 · SOPHISMES DES FAUX EXPOSÉS · texte numérisé non relu

SOPHISMES DES FAUX EXPOSÉS

Quand on sc sent pressé par la force des faits ou des raisonnements au point de sentir qu'une réponse directe est impossible, le premier artifice qui se présente est de falsifier les faits oïl de dénaturer les arguments , d’éluder les objections ou d'en substituer une à laquelle on peut répondre, d’attribuer à tout un parti

l'opinion d'un seul de ses mcmlM'cs , et de s'arrêter à quelque point où l’autagonisle e.st vulnérable puur en faire l’essentiel de la question. Ce n'est ]>as , à proprement parler, un sophisme à part, c’est un moyeu sophistique général , et il n'en est aucun qui tende plus à jeter la confusion dans un dcoat '.

• La lan^ir ancUisc a im mot propre pour c« genre de fait ici que développer une note qui se trouvait dans b profaoi . wusrrprcscutotiou. — Cclariiclc est nouveau ; je n'ai miért édition , paQ.iS9.

SOPHISMES DES FAUX EXPOSES. 5ll

Ce sophisme renne particulièrement au barreau ; c’est là uù il se présente gaiement et efinternent comme l'auxiliaire de toutes les mauvaises causes. Éluder les faits, les cacher, les transposer, les fnUiHer, prouver longuement ce (pli n'est pas nie, supposer comme admis ce (pli est contesté, ne pas comprendre ce qu’on a le mieux compris, ne pas savoir ce f^u’on sait le mieux, changer l’état de la question , brouiller toutes les voies pour mettre son adversaire en défaut, c’est là ce qu'un appelle de l’art, un art dont ou se fait un mériti;, et que le public voit avec trop d'indulgence, puis- (pie l’avocat qui sc prête à ces artifices n’en est pas déshonoré. Il est vrai qu’on envisage son r6lc comme un r6le obligé , et (|u’oii lui pardonne des faux -fuyants , des détours qui ne semblent avoir pour objet que la défense de sa partie : on suppose encore que le juge est sur scs gardes , (]u il ne croit pas à la prétendue persuasion de l avocat, qu’il le considère comme un acteur et non coiimie un guide.

Ces faibles excuses ne s*appli(picnt pas à l'orateur politique. Il ne représente point une autre personne, il ne parle qu’en son propre nom, il veut (|u’on croie à sa sincérité ; si on se permettait de lui témoigner le moindre doute à cet égard, il s’en tiendrait pour offensé, et avec raison : car s’il est une position où l'on soit plus particulièrement tenu d'être vrai , où il soit plus honteux de ne l’être pas, c’est celle d’un mandataire public, organe de la patrie dans un conseil national.

Les faux exposés, dira-t-on, sont plus propres à réussir dans une controverse par écrit que dans une assemblée didibérante. (ioliii qui ht ii’a pas toutes les pièces en main pour vérifier les assertions, les citations et les faits; des affirmations tranchantes passent aisément pour des preuves ; mais ceux qui ont entendu un discours , s’aperçoivent d’abord qu’on travestit les opinions de l’orateur, et les témoins du délit en sont les premiers juges. J’en conviens, et c'est là un avantage bien marqué des débats publits ; les fausses représentations de faits et d’opinions y sont plus rares parce qu’elles sont exposées à une réfutation immédiate; mais tel est l’effet de l’esprit de parti, que celui qui sait employer habilement ces moyens franduleux , n’expose pas autant (pi’on pourrait le croire sa réputation morale.Convaincu aux yeux des uns , il reste innocent aux yeux des autres ; et dans le cas même où il est mis hors de combat, les désaveux et le prétexte des erreurs icH volontaires lui fournissent des moyens faciles de retraite.

Heureusement toutefois nn orateur de ce

t ) «I tnrlé de M. Foi «oui le r»^)port des bieosêance* et des tneruigctnenls orstoires (p. 42l,chap. 30 de ce vol.). H éuil encore plus remarquable tou» celui de U bonne foi ilins laréfaUtionjilnesebornait pasA repn^nlerlr»ar|;umcnU de scs aata^niatca avec fidélité : souvent U les rendait

caractère, de quelque talent qu'il brille, ne figurera jamais en première ligne dans une assemblée; il peut ^louir, il peut surprendre, il peut avoir un succès passa(;cr, mais il n’inspire aucune confiance, même à ceux (ju’il défend ; et plus on a rexpérieiice des assemblées pulitic^iics, plus on sent combien CiciTon était fonde a défioir l’orateur : Un homme de bien versé dans l’art de la parole : yir bonus di^ cendi peritus *.

Toute la réfutation de ce sophisme consiste à rétablir les faits altifrés ou les propositions dénaturées : mais on sera aidé dans cette opération en distinguant quatre modifications principales du faux exposé : i" le faux en degré ; a” le faux eu t'gard aux temps relatifs ; 3’’ le faux par omission; 4** par substitu-

tion.

Je ne saurais mieux expliquer les variétés de ce sophisme qu'en les présentant sous la forme de maximes pour les employer ; et ces maximes, je les trouve dans la Logique parlementaire di: M. IlamiUon, ce code de fausseté politique dont on a expli(pié le but et la nature dans le discours préliminaire de ce volume.

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