SÛRETÉ. ÉGALITÉ. LEUR OPPOSITION
En consultant ce OTand principe de la sûreté,
3u« doit ordonner le législateur pour la masse es biens qui existent?
11 doit maintenir la distribution telle qu’elle est actuellonent établie. Cest là ce qui, sous le nom de^fice, est regardé avec raison comme son premier devoir. Cest une règle générale et simple qui s’applique à tous les états , qui s’adapte A tous les (Mans, même à ceux qui sont lespluscontraires.Un'y arien déplus diversifié
Ee i’émt de la propriété en Aménque, en Anlierre , en Hongrie, en Rnssie ; généralement , DS le premier de ces pays , le cultivateur est propriétaire, dans le second U est fermier, dans le troisième attaché à la glèbe, dans le quatrième esdave. Cependant , le principe suprême de la sûreté ordonne de conserver toutes ces distributions , quoique leur nature soit si différente, et qu'elles ne produisent pas 1a même somme de bonheur. Mais comment feriez-vous une autre distribution sans ûter à quelqu'un ce qu’il a? Comment dépouilleriex-vous les uns sans porter atteinte à fa sûreté de tous? Quand votre nouvelle répartition sera dérangée, c’est-à-dire te lendemain de son établissement, comment vous dispensere^ous d’en faire une seconde? Pourquoi ne corrigerexpvous pas de même celleci? Et en attendant, que devient 1a sûreté? où est le bonheur? où est l'industrie ?
Quand la sûreté et l'égalité sont en conflit, U ne faut pas hésiter un moment. Cest l’égalité qui doit céder. La première est le fondement de U vie : subsistance, abondance, bonheur, tout en dépend. L’égalité ne produit qu’une certaine portion de bien-être; d’ailleurs, quoi qu’on fasse, elle sera toujours imparfaite: si elle pouvait exister un jour, les r^olutions du lendemain l’auraieDt altérée ; rétablissement de Tégalicé n’est qu'une chimère : tout ce qu’on peut Caire , c’est de diminuer l’inégalité.
Si des causes violentes , telles qu’une révo- Intion de gouvernement , uu schisme , une conquête , opéraient des bouleversements de propriété, ce serait one grande calamité; mais elle serait passagère , elle pourrait s’adoucir et même se réparer avec le temps. L’industrie est une plante vigoureuse qui résiste à bien des an>putationé , et dans laquelle les premiers rayons de chaleur font remonter la s^e nourricière. Mais si on bouleversait la propriété dans l’intention directe d’établir Légalité des fortunes, le mal serait irréparable : plus de sûreté, plut d'industrie , plut d’abondance ; la société retonmerait à l’état sauvage d'où elle est sortie.
DenBleu êe«eitét,êcmère cas de* diserts.
Voilà rbistoire des fanatiques. En effet, si l’égalité doit régner aujourd'hui , par la même raison elle doit régner toujours. Elle ne peut se conserver qu’en réitérant les violences qui l’ont établie. Illui fautnnearméed'inquisiteursct de boiureaux, sourds à la faveur comme à la plainte, insensibles aux séductions du plaisir, inaccessibles à l’intérêt personnel , doués de toutes les vertus , dans un service qui les détruit toutes. Le niveau doit rouler sans cesse
fiour aplanir font ce qui s’élève au-dessus de la igné légale. Il faut une vigilance non interrompue pour rendre à ceux qui ont dissipé leur portion ; pour dépouiller ceux qui , à force de travail , ont augmenté la leur. Dans un pareil ordre de choses, il n’y aurait qu’un parti sage pour les gouvernés , celui de la prodigalité : il n’y aurait qu’un parti insensé , celui de l’iudu»tne. Ce prétendu remède, si doux en apparence , serait donc on poison mortel. C’est un cautère bnilantqni consumerait jusqu’à ce qu’il eût atteint le dernier principe de vie. Le glaive
SÜR£T8. ÉOâLITB. MOTCN DE LES 005CILIER.
ennemi, dans ses plot arandet fureurs^ est mille fois moins redontame. Il ne fait à l‘état cpie des maux partiels , qae le temps efface et que l'industrie répare.
On a TU de petites sociétés, dans la première efferrescenoe d’un enthousiasme relifpenx , in* stituer, comme principe fondamental, la communauté des biens, (^it-on que le bonheur y aitçagné?>~ Au mobile si doux de la récompense, elles ont substitué le mobile attristant de la peine. Le travail si facile et si lé(j^r quand il est animé par l’espoir, il a fallu le re)>réseDter comme une pén i tence nécessaire pour écb apper à des supplices étemels. Cependant, tant que le nKd>ile relqpeux conserve sa force , tout le monde travaille , mais tout le monde gémit., Commence-t-il à s’affaiblir? la socicté se di- TÛe en deux classes : les uns , fanatiques dégradés , contractent tous les vices de la superstition malheureuse; les autres, fripons fainéants, se font nourrir dans une sainte oisiveté par les dupes qui les entourent ; et le mot d’égalité n’est plus qu’un prétexte pour couvrir le vol que la paresse frit à l’industrie.
Les perspectives de bienveillance et de concorde, qui ont séduit des âmes ardentes, ne sont donc, dans ce système, que des chimères
de l’imagination. Où serait, dans la division des travaux , le motif déterminant pour embrasser les plus pénibles ? Qui se enargerait des fonctions grossières et rebutantes ? Ç^i serait content de son lot , et ne trouverait pas le fardeau de son voisin plus léger que le sien? Combien de fraudes pour rejeter sur autrui le travail dont on voudrait s'exempter soi*<néme ? Et dans les partages , quelle impossibilité de satisfrire à tout, de conserver les apparences de l'égalité , de sauver les jalousies , les querelles , les rivalités , les préférences ? Qui terminerait ces innombrables disputes toujours renaissantes? Quel appareil de lois pénales ne faudrait-il pas pour remplacer la douce liberté du «dioix et la récompense naturelle des soins que chacun se donne pour soi-méme? La moitié de la société ne suffirait pas pour régler l'autre. Aussi cet inique et absurde système ne peut se maintenir que par un esclavage politique et religieux , tel qu’était celui des ilotes à Lacédémone , et des Indiens du Paraguay dans les établissements des jésuites : sublimes inventions de législateurs, qui pour accomplir un plan d’égalité font deux lots égaux de mal et de bien, et mettent toute la peine d'un côté et toute la jouissance de l’autre.