LEÇON SIXIÈME
AfcGUMBNT. De l'exercice de l'ame , ou de l'application à s'unir à Dieu. Comment on devient yogi; excellence de l'état âijrogt, et lesquels sont les plut exceUens? Ce que. deviennent après leur mort les yogis infidèles à leur résolution de s'unir à Dieu , et qui à la foi réunissaient des couvres*
LE DIEU dit:
« Est yogi et sdnnyasînùn pas celui qui vit sans allumer le feu du sacrifice ou dans une entière in-
1 Cest-a-dire qui connaissent Dieu , qui savent que leur ame est une émanation de Dieu.
1 Ce passage exprime la position des jeux dans l'acte religieux de la eontemplatation. Ils sont ramenés vers le coin interne , et comme dirigés vers la partie du front qui se trouve entre les deux sourcils. Ce qui mit
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action , mais celui qui tait ce qu'il doit faire, sans s'inquiéter du fruit de ses œuvres. Apprends, fils de Pandou, que l'état du sânnyasî est le même que celui de l'yogi. Nul ne devient uni à Dieu , s'il n'a renoncé à toutes vues personnelles. Ses œuvres sont les moyens de l'anachorète qui commence h s'efforcer d'être uni à Dieu , et la quiétude est un moyen pour celui qui est arrivé h cette union. L'anachorète arrive à cette union, quand il n'est phis attaché aux objets des sens, ni aux œuvres.
» 11 doit s'élever h cet état par ses propres forces, et ne jamais se laissser abattre. L'esprit de l'homme est tantôt son propre ami , et tantôt son propre ennemi; ami, si l'homme s'est vaincu lui-même par les forces de cet esprit ; ennemi , au contraire , si l'homme s'attache à ce qui n'est pas spirituel. L'esprit élevé de l'homme calme qui s'est vaincu luimême , se recueille dans son intérieur ; indifférent pour le chaud et le froid , la douleur et le plaisir, les honneurs et l'ignominie ; possesseur de la science et de la sagesse , ayant l'esprit élevé , maître de ses sens, Vyogî s'appelle jroukta (uni). L'or n'est pas pour lui plus que la pierre ou la terre. Avec ses amis , ses intimes , comme avec ses ennemis et les
est un acte de pieté moins naturel : on l'appelle prdndyana. Il consiste à faire passer son souffle d'une manière toute particulière à trayers, les narines, tandis que Ton récite mentalement les noms de la divinité. On se bouche arec le ponce la narine droite , et Ton aspire l'air par la gauche ; puis on les ferme toutes les deux ; et Ton expire ensuite l'air par la droite.
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étrangers , avec tes personnes neutres pu malveillantes et les mal-voulans , comme avec ses compagnons , au milieu des bons et des méchans; 0 conserve l'égalité d'ame, et il obtient l'estime universelle.
»I1 faut que ljo^r s'exerce continuellement lui même, cherchant la retraite, solitaire et sans suite, réprimant ses pensées , libre d'espérance ; il choisira dans un lieu pur sa place fixe ; elle sera ni trop élevée , ni trop basse , garnie d'une peau étendue sur un lit d'Jierbe, coushç,1 . Là ne songeant qu'à un seul objet, repoussant toute autre pensée, réprimant ses sens , et ne se permettant aucune action, reposant sur ce siège, il se livre à sa dévotion pour purifier son ame , tenant tranquillement et fermement sa tête et son cou immobiles, ses yeux fixés sur le bout de son nez9, sans regarder ailleurs. Ainsi, tenant son ame paisible et délivrée de toute crainte , il continue à tâcher de s'unir à moi, retenant son haleine, et méditant sur moi , s'appliquant à moi seul. Ljogf qui exerce ainsi continuellement son ame, ne pensant qu'à moi ,
1 T.e cjrnosuroides , le paturin.
2 Certains dévots, après avoir fixe leurs yeux en haut {V. n. a, p. i6S)9 les ramènent doucement en bas et les dirigent vers le bout de leur ne* , restant ainsi des heures entières en extase. Quelques-uns croient voir Dieu sous la forme (Tune lumière blanche très-vive. U en est qui , se plaçant de manière à. ce que l'extrémité' de leur nez et leur ombilic soient à-la-fois aperçus de leurs .yeux attaches invariablement sur ces deux objets , tfmar ginent voir sortir de leur ventre l'esprit de Dieu.
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parvient a la quiétude, au suprême bonheur '.
» Ce bonheur ne saurait- être acquis par celui qui mange trop , ni par celui qui s* abstiendrait de tout aliment , m par celui qui dort trop , ni par celui qui veillerait toujours. Celui qui reste uni k Dieu en mangeant, en se recréant, en agissant, en dormant, en veillant, demeure exempt de tout chagrin; il dompte, il concentre dans lui-même ses pensées ; il est exempt de toute passion. C'est alors qu'il est un véritable yogt. Dans cet exercice, en réprimant ses pensées , il est paisible comme la lumière posée k l'abri du vent. Interrompant ses méditations dévotes , s'il vient k se regarder lui-même des yeux de Famé, il se voit dans cet état avec complaisance, et , considérant sans cesse Pêtre véritable , il ressent une volupté infinie, bien au-dessus de tous les plaisirs des sens. Possesseur de ce bien (suprême), il n'est aucun autre bien qu'il trouve désirable , et de graves douleurs ne pourraient le distraire. C'est l'insensibilité aux douleurs corporelles qui désignent vraiment l'union k Dieu.
» Il faut la mettre en pratique par une résolution formelle d'oublier toute autre pensée et de renoncer absolument k toutes les cupidités, et arrêtant de toutes parts l'action de tous ses Sens. Il faut, par une ferme persévérance, acquérir par degrés cette
1 Cet état de bonheur porte le nom de Nirvana , qui marque la cessa* lion du souffle. Délivre de la matière et réuni à Dieu , l'esprit a cesse de respirer*
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quiétude; accoutumer si bien l'esprit à se recueillir eu lui-même que Fou ne pense a rien. Toutes les fois que l'esprit volage , faible , commence à se répandre dehors, il faut le rappeler en soi, et le réduire à l'obéissance. Dans cet exercice paisible de l'ame, Vjrogî délivré de la violence de ses passions , rendu à l'innocence , changé en l'essence même de Dieu , ressent une volupté suprême. C'est ainsi que libre de péchés , s' appliquant sans cesse à l'union sainte , l'yogi jouit du bonheur par le contact ' avec la divinité même. Il contemple l'esprit uni à tous lés êtres animés , il les voit tous dans cet esprit ; par sa dévotion il voit cet esprit le même en tout. 11 me voit partout, et il voit dans moi l'univers. Je ne cesse pas d'être avec lui , il ne cesse pas d'être avec. moi. Le contemplateur de mon unité , celui qui m'adore présent dans tous les êtres animés, de quelque objet qu'il occupe sa pensée, il s'occupe 'de moi-même. L'homme, ô Arjouna, qui d'après ce qu'il éprouve en lui, plaisir ou peme, voit le même être en tout , est le premier des yogis. »
ARJOUNA dit :
a O vainqueur de Madhou, considérant l'instabilité de l'esprit humain, je ne peux concevoir dans l'homme cette perpétuelle égalité d'ame que vous exigez de Vyogî. L'esprit (de l'homme), ô Crichna> est inconstant , turbulent , emporté , obstiné ; je
1 Contact arec Dieu , est U rertion littérale du texte buahma parchana.
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crois aussi difficile de le contenir que d'arrêter le vent. »
LE DIEU dit i
«Vaillant héros, l'esprit est sans doute inconstant, et difficile à dompter ; cependant il peut être contenu, 6 fils de Countîy paf l'exercice et la répression. Celui qui n'a pas subjugué son ame, parvient, à mon avis , difficilement k l'union; mais l'homme docile et qui s'efforce d'y arriver, a des moyens qui peuvent l'y conduire. »
AR JOUNA dit :
<( Celui qui n'y est pas arrivé, qui cependant avait la foi et le culte des sacrifices , mais qui cédant à son mauvais penchant , n'a pas atteint ici bas la perfection de la dévotion, où va-t-il (après sa mort), ô Crichna? cet être vaillant, qui s'est écarté de la voie divine, sera-t-il, ô noble héros, privé des biens de l'une et l'autre vie ' ? périra-t-il, comme le nuage dispersé par la foudre? Vous ppuvez , ô Crichna, éclaircir mon doute , et vous seul pouvez le résoudre. »
LE DIEU dit :
<c Fils dePrithâj cet homme ne périt ni pour cette vie, ni pour l'autre. Qui a fait du bien, mon ami, n'aura point un sort malheureux. Celui qui est surpris par la mort , ayant quitté la voie de V union qu'il avait prise , jouira de sa récompense dans les
1 Priante et future.
« régions supérieures, pendant une infini té d'années, et renaîtra dans une famille pure et vertueuse ; quelquefois même dans celle d'un yogi. Mais le bonheur de cette renaissance est difficile à mériter dans ce monde.
» L'homme, ainsi revenu sur la terre, s'y trouve avec le même degré d'application et d'avancement qu'il avait dans son dernier corps , et il s'efforce avec plus d'ardeur qu'auparavant k se perfectionner dans l'union k Dieu ; il lui arrive encore de céder à son ancienne faiblesse, ou trop avide de science , il étouffe sa dévotion par une théologie qui n'est que dispute de mots. Mais faisant tous ses efforts pour arriver au but , libre de péchés , perfectionné dans le cours successif de plusieurs vies terrestres , Yyogî arrive enfin k la suprême demeure. Il est plus grand que les tapasouts ', fl est supérieur aux simples savans dans la science de Dieu , et h ceux qui se confinent dans les œuvres morales. Sois donc uni (k Dieu), ô Arjouna. De tous les yogts, celui qui* mfest le phis uni, 'c'est celui qui s'est converti k moi du fond de son a me, et qui me sert plein d'une vive foi. »
1 Tel est le nom que Ton donne a ceux qui te lirrent aux exercices de la mortification. Tapas signifie pénitence.
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