LEÇON SEPTIÈME
Aroumbut. De la connaissance àe Dieu ; de tes deux natures , l'une inférieure qui a huit partie*, et l'autre supérieure ; .ce qu'est Dieu, et dans quelles choses il n'est pas , quoiqu'elles soient en lui. Quatre espèces d'adorateurs de Dieu, leur divers sort final. Dieu connaît tout , et il n'est pas connu de tous. Six objets à connaître.
LE DIEU
« Apprends, Arjouna, comment, après avoir fixé ton esprit en moi , t'occupaut de l'exercice de l'ame, et plein de confiance en moi , tu peux me connaître intégralement. Je vais t'instruire pleinement de la science universelle et de la science spéciale. Quand tu les posséderas , tu n'auras plus rien à apprendre dans cette vie.
» Parmi des milliers de mortels , il en est à peine un seul qui tende h la perfection ; entre ceux qui là recherchent et même qui l'atteignent , à peine un seul me connaît véritablement. Selon ma nature (inférieure), on distingue en moi huit objets;. la terre, l'eau, le feu, l'air, l'éther, l'esprit1, l'entendement* et la conscience de soi-même3. Mais il faut , de plus , connaître ma nature supérieure et vitale , qui soutient cet univers. De cette nature supérieure provient tout ce qui existe : je suis la cause productrice de la création et de la destruc-
1 Marias.
2 Bouddhi.
* Ahankara.
vfi OEUVRES *
tion du monde. Sage contempteur des richesses, il n'est rieu au-dcsstis de moi. Cet univers çst en moi, suspendu comme les perles dans le cordon qui les tient enfilées. Je suis la saveur ' dans l'eau , fils de Countîy la lumière dans le soleil et dans la lune , le triple nom delà divinité (ou l'invocation) dans tous les Vedas*, le son dans l'air, la virilité 9 dans l'homme, le doux parfum qui sort de la terre, la clarté dans la flamme, la vie dans tous ; je suis la dévotion dans les tapasouù.. Connais-moi, fils de Prithâ, je suis la semence éternelle de tout ce qui existe. Je suis l'intelligence de ceux qui comprennent, et la splendeur de ceux qui brillent, et la force des puissans, libre de désir et de passion*. Je suis , chez les animaux , la cupidité brutale et sans frein moral , ô chef des enfans de BhcuxUa; sache , en un mot , que de moi proviennent tous les êtres qui obéissent k la vérité, à la passion, ou à Y ignorance* ; je ne suis «pas dans eux, mais ils sont en moi ; entraîné par l'impulsion de ces trois qualités , le monde ne sait pas que je suis au-dessus d'elle, et immuable.- On pénètre difficilement l'illusion5 divine et magique que j'opère par l'action de
1 Le mot sanscrit cit rata : on le regarde comme la qualité* inhérente à l'élément de l'eau , comme le son est celle de l'éther. ( V. les toiê <Zt Manou, 1. 1 , si. 78. )
a C'est le mot aum , dont les trois lettres sont le symbole de Dieu.
3 Semence virile.
4 Ce sont lh les trois gounas , qni se nomment en sanscrit tatoua, najas , tamas.
5 Le mot sanscrit est mdyA , qui semble avoir donné naissance ao mot
*DË J.-D. LANJU1NAIS. 177
ces qualités. Cependant ceux qui s'efforcent d'arriver à moi , traversent heureusement cette illusion. Mais les médians, les insensés, le vulgaire ne cherchent point k arriver h moi ; séduits par Fillusion magique des trois qualités,' ils abandonnent la science, ils se conforment h la nature des esprits des ténèbres ' .
» Arjouna, il y a quatre sortes d'hommes vertueux qui me servent ; l'homme affligé , l'homme avide de s'instruire , le pauvre et le savant. Entre eux , je préfère le savant qui , toujours occupé h me servir, ne sert que moi seul. Je suis fort aimé du savant , et il est aimé de moi. Tous ceux des quatre classes que je viens de signaler sont grands devant moi ; mais j'estime le savant comme moi-même. Toujours son ame tend vers moi comme h sa voie suprême. Après plusieurs naissances, il vient h moi. Vâsoudeva* est tout; l'homme convaincu de cette vérité se trompe difficilement. #
«Ceux dont lasdenceest étouffée par des passions,
magie, variation de la nature continuellement 'modifiée par les trois qualités.
1 Les mauvais esprits portent le nom général tfasoura ; les bons génies, celui de soura. Ils descendent tous du même père , mais par une mère différente. La mythologie lenr donne pour premier ancêtre Caêkfapm , qni de sa femme Diti eut les Daitras , appelés autrement asauras.
2 C'est-à-dire Crichna , dont lé nom est aussi Vdsoudeva, en tant que ce nom est dérivé de son père terrestre : Crichna , en tant qu'il est Dieu même incarné , est l'univers visible ; car selon sa nature inférieure, Dieu est l'univers , ou l'univers n'est que Dieu lui-même , se manifestant par émanation ou par une création qni a son commencement et sa fin. A sa fin il ne reste plus que la nature supérieure de Dieu , dans laquelle sont absorbés les hommes vertueux.