‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 5 sur 101 · DIVISION DU MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DIVISION DU MÉMOIRE

Le sanscrit est le sujet du présent Mémoire : je parlerai d'abçrd de l'utilité des langues et de la littérature indiennes ; j'exposerai les progrès succès* sife qu'ont faits les Européens dans l'étude de ces langues et de cette littérature ; je traiterai des noms et de l'histoire de l'idiome sanscrit; des principaux alphabets et des écritures de cette langue. Je dirai ce que j'ai pu recueillir de plus remarquable touchant son matériel et sa structure grammaticale ; enfin , j'examinerai les conformités du sanscrit avec plusieurs langues de l'Asie et de l'Europe.

Pour peu que j'ajoute aux notions recueillies par mes devanciers ou que je les rectifie , mon travail ne sera pas sans utilité.

«Nous sommes, écrivait il y a peu d'années » M. Anquetildu Perron, à l'égard du sanscretan, » ce qu'était l'Europe à l'égard du grec et de l'bé- » breu , a l'époque de la prise de Constantinople ,

» et à celle de la reforme de Luther. Les tentatives » actuelles sont faibles, elles le seront long- teins. » Ne nous lassons point , recueillons tout ce qui a » été écrit au sujet de la langue sacrée des Indiens ; » comparons les citations ; ajoutons travail a tra- » vail ' . »

Telles sont les vues qui m'ont dirigé . Si les communications avec l'Angleterre n'étaient pas fermées , j'eusse profité de presque tous les ouvrages sur le sanscrit et sur l'Indostan publiés dans ces dernières années à Calcutta et k Londres. Dépourvu d'une grande partie de ces nouveaux secours , j'ai redoublé d'efforts pour éclaircir mon sujet avec les livres qu'on possède en France ; j'ose espérer que lorsqu'il nous sera permis de nous procurer aisément tous ces livres étrangers dont j'ai senti le b'cs soin et dont j'ai reconnu l'existence , mes recherches ne seront pas encore tout-à-fait dépourvues d'utilité .

ATAUTAGlLf QUOI! PEUT RETIRER DE l/ÉTUDE Dit LAUGUtS ET DE %à

LITTÉRATURE IRDIEKIfBS.

Chaque langue, chaque principal dialecte de l'Indoustan a sa littérature plus ou moins ancienne, plus ou moins riche et satisfaisante.

Le sanscrit particulièrement, et les écrits innombrables, anciens et modernes, composés dans cette langue-mère des dialectes iridous, rappellent h Ves-

1 Poyttge du /*. Paulin Hans tlnde*

>»o OEUVRES

prit les objets les plus capables de piquer la curiosité , et de captiver l'attention de toutes les personnes éclairées.

Si l'on s'arrête k la nature même et aux propriétés de cette langue, après avoir écarté les exagérations de l'enthousiasme , combien elle nous offre encore de motifs d'intérêt jet même d'admiration ! .

Quoi de plus remarquable que cette haute antiquité du sanscrit , qui le fait marcher de pair avec les autres idiomes orientaux les plus célèbres, et reconnus pour les plus anciens du monde?

Quoi de plus expressif et de plus complet que le système de ses intonations et de ses articulations , qui ont chacune leur signe alphabétique propre, et qui renferment presque toutes les nuances qu'on peut distinguer sans confusion dans les produits de l'instrument vocal?

Quoi de plus singulier que le petit nombre de ses radicaux purs, qui ne semblent point parties du discours , et la multitude si variée de ses expressions, et l'étonnant assemblage qu'elle nous offre de termes abstraits , si bien construits qu'ils expriment avec autant de clarté que de précision les idées philosophiques et religieuses les plus relevées?

Quoi de plus riche et de plus régulier que ses formes grammaticales, qui semblent surpasser ou du moins égaler tout ce qu'il y a de plus célèbre en ce genre , et qui suffisent , comme en grec ou en allemand, pour former, avec correction et facilité,

DE J.-D. LANJUINAIS. si

d'après des règles certaines de transmutation des lettres, de dérivation et de composition des noms % tous les mots nouveaux que des idées nouvelles peuvent rendre nécessaires ?

Quoi de plus imposant que la vaste étendue des territoires ou elle a régné , et de ceux qu'elle couvre encore par les dialectes vulgaires qui en sont descendus ou qui en sont mêlés , et par les idiomes liturgiques de la plus grande portion de l'Asie Orientale?

Que de traits de lumière elle fait jaillir sur l'origine et l'histoire du genre humain, par ses conformités , étrangères k l'onomatopée , conformités si frappantes de mots et de structure avec le peu que nous connaissons du zend , avec le persan, avec d'autres langues.de l'Asie, avec le grec, le latin , l'allemand , Tésclavon , et généralement avec toutes. les langues de l'Europe, anciennes et modernes !

L'intérêt et la surprise redoublent , si , quittant le matériel du sanscrit , on jette un coup-d'œil sur sa littérature , versifiée presque toute , et qui , par la multitude et l'étendue des textes, des originaux et de leurs innombrables commentaires., ainsi que par leurs doctrines mêmes , présentent partout l'idée de l'infini. Je ne veux ici qu'indiquer les„ principaux ouvrages.

1 Voyez danê la Grammaire Sanscrite par Wilkini. les chap.r 7 tt 9, sur les Règles de Dérivation et de Composition.^

aa OEUVRES

Au premier rang sont les quatre Vedas , ces livres prétendus révélés, qu'un respect immense environne dans tout l'Hindostan, et que des savans de l'Europe ont cru aussi et plus anciens que le Pentateuque ; ces livres que les brahmanes regardent comme ie dépôt de toutes les sciences divines et humaines , et toujours conservés sous le voile d'un mystère si profond qu'ils semblent être demeurés tout-à-fait inconnus aux Grecs et aux Romains, quoiqu'on y trouve une vive source de traditions et de doctrines qui ont fait le tour du monde. Je citerai ici les sublimes Oupanichatas , publiés en latin, sous le nom $ Qupnekhat , par M. Anquetil , d'après la version ou paraphrase .en langue persane ; mais j'aurai bientôt l'occasion d'en parler avecquelque détail .

Comme révélés aussi, nous sont offerts une foule de Shastras, livres qui développent toutes les sciences vraies et chimériques des Hindous.

Là brillent, entre autres, le fameux abrégé de ces lois divines , que le premier Manou, Manou Svâyambhouva (f*ls de l'existant par soi) , avait apprisesdu-créateur; XzMdnavodharïnashastra, code singulier de religion , de politique , de morale , de droit civil et criminel , qui nous force d'admirer tant de sages détails , qui nous ennuie par tant de puériles dispositions, qui anéantit par des impostures les droits naturels des hommes , et substitue à perpétuité les distinctions des castes les plus oppressives ; code enfin qui sert de base à une très-rvolumineusç

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législation, plus antique dans ses premières sources que celle de Justinien,- plus simple de moitié, puis* qu'elle n'admet point les testamens , presque aussi tristement subtile, presque aussi commentée, controversée, à tout prendre aussi raisonnable et aussi vicieuse, mais du moins en pleine vigueur dans un vaste pays, presque entièrement dégagée des vices de méthode et des difficultés de critique /de dialectique ; d'histoire et de chronologie qui font du corps du droit romain un abîme sans fond ni rives.

Là se trouvent des traités d'une astrologie insensée, à côté de livres nombreux d'une astronomie savante , trop distinguée de celle des Grecs pour venir d'eux , et trop semblable à celle des Grecs pour qu'il ne soit pas probable que le6 deux peuples ont puisé k quelque source commune.

Que dirai-je des Pourânas et des Oupd-Pourânasj enseignés aux Hindous dans leurs écoles, et qui renferment avec le fond et les premiers traits des mythologies asiatique, égyptienne, grecque, romaine et septentrionale de l'Europe , la création , le déluge, l'histoire de l'Arche, etc.

'Viennent ensuite des odes et des poésies pastorales, des poésies morales, religieuses et politiques, des contes agréables , des apologues ingénieux , plus élégans, plus fleuris que ceux d'Esope, et probablement plus anciens; une foule de drames tragiques et comiques étincelans de certaines beautés , mais où nos plus sages lois du théâtre sont tout-k-fait méconnues; des poèmes épiques nomr

breux, dont six1 passent pour excellera, sans compter les divers Raxndyanas et le Mahâbhdrata, qui sont les plus populaires, et encore chantés religieusement dans l'Inde avec appareil et au son des instrumens de musique, chantés, autrement déclamés par des brahmanes * , alternativement en sanscrit et en bhâchâ, dans les rues , dans les marchés , aux portes des temples et des maisons : ajoutons des ouvrages théologiques, des rijuçjs et des légendes, des grammaires et des vocabulaires anciens et modernes en très-grand nombre , et des traités multipliés de rhétorique , de versification , de musique, de métaphysique la plus subtile, de morale, de politique, d'art militaire, d'histoire naturelle, de pratique médicinale, enfin d'ouvrages sur les arts mécaniques.

1 On le» appelle' les six mahdrcdvyas, les six grands ou meilleurs poèmes. Ce sont : i* le Koumdra Samhhava , ou la Naissance de Kdrtikeya\ dieu de la guerre , en sept chants , par Kaliddsa ; a* fc Kirdtârjountya, par Bhdravf. Le sujet est Arjouna , obtenant des armes célestes pour combattre Douryodhana dans la fameuse guerre des Pdndavas contre les Kauravas, décrite dans le Mahâbhdrata ; 3° le Raghouvansa, en vingt chants, par Kaliddsa. (Test l'histoire de Rarha , incarnation de Vichnou} avec celle du père et des aïeux de Rama et de ses descendans. 4° Le Naichadhtya , en vingt-deux chants et en vers rimes , par Shrt-Harcha , ou l'histoire du mariage de Nala , roi de lYiehadha, et de la princesse Damayanti. 5* Le Shishupdla-Badha , par Mdgha , en vingt chants» dont le sujet est Shishupdla, roi de Tchedi , tue* par F Homme-Dieu Crichna dans une des guerres du Mahâbhdrata. 6* Le Meghadoûta , ou le Nuage Ambassadeur, attribue k Kaliddsa, ( V. le.Mëm. de Colebroohe, sur la poésie, en sanscrit ttenprdkrit , jisiatih Researches, vol. X, 1808.)

9 Wilkin», m Saiskr. Grammart t. X et XI.

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Parmi les dialectes vivans , les bhdchâs, dérivés du sanscrit, mais bien plus aisés que le sanscrit h apprendre et a traduire , il y a des langages polis dès long-tems, d'ailleurs extrêmement riches en ouvrages de littérature de toute sorte , et qui nous offrent des versions de la plupart des livres sanscrits, et même de quelques portions des Vèdas'. Or celui qui sait le sanscrit , sait à moitié déjà tous ces idiomes vulgaires, natifs de l'Indostan et de ses lies , tous dérivés du sanscrit ou très-mélanges de sanscrit; il sait beaucoup du persan, si analogue au sanscrit; il devinera sans peine le sens des mots de science et de religion usités dans le Tibet et dans l'empire des Birmans; et, au contraire , qui n'aura étudié que ces langages vivans , n'en possédera jamais la connaissance critique , l'intelligence complète ', de même que, sans le secours du grec, ou ne sera jamais un profond latiniste.

Je n'ai point parlé des livres d'histoire ni de ceux de géographie. lien existe quelques-uns en bhâchà; mais en sanscrit, je ne trouve cités que deux traités relatifs à la géographie a . A ces traités viennent se joindre quelques notions de géographie, ou réelle ou fabuleuse , dans le Mdnàvadharma shastra *, dans que\qne$ pourânasj dans les poèmes épiques, surtout

1 Asiat. Res., t. VIII , p. a63.

a Sidharubam , par le P. Paulin , p. 70. Solvyns , édition de L01»dres, 1804» pl* 53*; Hist. des Musions Danoises, passion Le Paganisme Indien , mm. m. de la Bibliothèque impériale , p. 171.

' Asiat. ties. , I. VIII. Mythologie des Indons , I. I, p 89.

il H

1 dans le Mahdbhdraia, et dans les divers Ranu

nos. Quant à l'histoire, on n'en connait guèr sanscrit que ce qu'il y en a dans des ouvrages rc nesques autant qu'historiques, hes pourdnas e poèmes épiques nous ont aussi conservé des t d'histoire et des listes de rois ; mais il est difl de les dégager des nuages de fables astrologiqu politiques dont ils sont toujours environnés. \ ford a cru reconnaître dans certains pourâtiaâ traits d'histoire qui vont jusqu'au douzième si de l'ère chrétienne .

> raoGnÈA successif* dis européens dans lzb lawgcbs et dah

LITTEEATURBS DE l'hINDOSTAIV, PARTICULIEREMENT DANS LE SAN!

Combien il serait curieux et utile de puiser ï

sources fécondes, mais trop peu ou trop mal <

1 nues, d'étudier les originaux sanscrits et leurs

sions hindoues , de les examiner au flambeau c critique , d'en fixer les âges , ou du moins l'a: riorité respective , et d'y reconnaître les interp lion* réelles ou prétendues qui peuvent s'y i contrer!

Combien il serait désirable de connaître enfi que les brahmanes appellent, probablement même sens qu'Homère , la langue des dieux , e dialectes les plus polis ; les arts si nombreux sciences dont les unes sont si fausses et les autr avancées; la philosophie si profonde, la relij si sublime et tout & la fois si indécente , si crue et si répandue encore dans toute l'Asie, les poi

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si naïves et si énergiques, si touchantes, mais si voluptueuses d'un peuple doux , humain , paisible , toujours vaincu , mais toujours, par la force de ses institution* , survivant a ses vainqueurs , prétendant à la plus haute antiquité., et justifiant une partie de ses prétentions , non-seulement par son langage, qui se lie comme plus ancien aux idiomes vivans de l'Europe, mais aussi par ses prodigieux monumens d'architecture et de sculpture antique , entre autres par ce fameux rang de temples à triple étage , occupant un espace de deu* heures de marche, travaillés dans le granit des montagnes d'Ellora1! '

Faute de secours pour apprendre le sanscrit, faute de grammaires, de dictionnaires et de textes originaux imprimés en cette langue, un voile épais est demeuré long teins étendu sur cette importante littérature. S'il a commencé de s'éclaircir , ce n'est que pour un très-petit nombre de sa vans; ce n'est à vrai dire que depuis le milieu du dernier siècle , par les travaux des missionnaires et de quelques écrivains français et anglais , mais surtout par les doctes recherches et les traductions estimables dues aux membres de la Société Académique de Calcutta, ainsi qu'aux habiles professeurs et employés des écoles orientales du fort Williams et de Hertford , à huit lieues de Londres. Depuis l'établissement de la Société de Calcutta, en 1784, souS la présidence

1 Adelungs Mithridates > t. 1, p. lai.

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du célèbre William Jones , il faut avouer que bien peu de Français ont paru dans cette carrière nouvelle qui exige des travaux si pénibles, mais qui promet de si intéressantes découvertes. Combien il serait honorable au gouvernement de l'empire français, qui protège les lettres d'une manière éclatante , de jeter un regard de bienveillance et de faveur sur la littérature indienne, de la créer pour ainsi dire en France, de l'y naturaliser, et de regagner à cet égard quelque priorité sur les Anglais, en faisant publier des éditions, et des versions des plus importans manuscrits indiens qui enrichissent la Bibliothèque impériale ! Il n'y a point de particulier qui par ses moyens seuls puisse ou veuille former et soutenir une si noble entreprise.

.Jusqu'à la découverte du cap de Bonne-Espérance , en 1498, les Européens ne savaient presque rien sur l'Inde ; ils n'en avaient que des notions vagues, obscures, inexactes ou fabuleuses que fournissent les auteurs grecs et latins ; et les Portugais eux-mêmes , après avoir fait cette importante découverte, ne possédèrent long-tems sur la religion, la philosophie et la littérature indiennes que le peu qu'ils en purent apprendre par ceux qu'ils employaient comme interprêtes auprès des Hindous. Long-tems nos hommes lettrés qui pénétraient dans l'Indostan, et s'y occupaient de recherches littéraires , furent absorbés dans l'étude de quelques dialectes vivans, et ne recueillirent sur le sanscrit que des connaissances vulgaires et altérées.

DE J.-D. LANJU1NAIS. ag

Couto , continuateur du volumineux Barros , Couto essaya le premier de transmettre, d'après les écrits hindous, quelques notions sur les doctrines de l'Inde. Il fut imite par d'autres voyageurs, mais surtout par les missionnaires de la religion chrétienne. Ceux-ci, de bonne heure, cultivèrent avec succès plusieurs de ces dialectes vivans dont j'ai parlé; ils traduisirent, ils composèrent, ils imprimèrent en ces dialectes ; ils en ont publié des grammaires et des dictionnaires. Us ont donné aussi , dans les différentes langues de l'Europe , des récits étendus de leurs voyages , contenant sur l'Inde et ses habitans , leurs mœurs et leurs cultes, de précieux renseignemens.

Les missionnaires catholiques eurent les premiers établissemens dans ce pays. Il n'est question deç travaux qu'y ont faits les missionnaires prolestans qu'au dix-septième siècle.

Quant aux missions indiennes catholiques , les plus célèbres ont été celles d' Agra, du Malabar, de Maduré , du Bengale et du Népal.

Dès 1577, la mission portugaise du Malabar introduisit l'art de l'imprimerie dans l'Indostan , et l'appliqua au dialecte tamoul. Des missionnaires portugais cultivèrent ensuite le dialecte malabar et le kanara : ils ont publié des livres assez nombreux concernant ces trois dialectes et d'autres langages du Dekan.

En 1667, Henri Lord fit connaître en anglais la doctrine des Parsis ou Perses réfugiés fa Surate et

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aux environs , et , sous le nom de doctrine des Banians ' , l'abrégé d'un shastra (livre de science) , qu'il. appelle shasta, d'après le dialecte de ce pays.

Colbert ayant, en i665, établi la compagnie dés Indes , l'érudition sur les choses de l'Inde fit des progrès sensibles : on s'en aperçoit dans les Voyages de Bernier, de Tavernier, de Chardin, de Gentil , de beaucoup d'autres, et dans la collection des Lettres Édifiantes publiées par les jésuites.

Ce sont principalement les jésuites a qui , dans la première moitié du dernier siècle, ont fait passer en France les précieux manuscrits indiens en langue sanscrite et autres , et en différens caractères qui enrichissent la Bibliothèque impériale , et qui sont indiqués dans le Catalogue publié par Fourmont, en 1739. Là se trouvent décrits les manuscrits des Vedas ; plus clairement encore ils le sont dans le Catalogue des manuscrits sanscrits de MM. Hamilton et Langlès, dont je parlerai dans la suite. Ainsi les précieux Vedas , si rares dans l'Inde que leur existence a été contestée par des voyageurs, par d'habiles missionnaires jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, ,1a France les possédait avant 1739. On sait qu'il n'y a que vingt ans envi-

• Banians est le nom défiguré de ceux de la troisième grande caste hindoue , été Vaishyas qui pouTÂnt Hre par leur naissance agriculteurs ou marchands , ont embrasse' le commerce , vannyam et eu plusieurs hhacha* , haniyam , boni) fa ; en sanscrit , banij et banik , mercator.

* Petite Bibliothèque des Amateure, t. I. Anqnetil, Mém. de lAcad. de* Bclles-Uure* , t. XUX , p. 668.

DE J.-D. LÀNJUINÀIS. 3i

ron que le colonel PoKer, k qui nous devons les matériaux du recueil important publié Tan dertiier en langue française sous le titre dé Mythologie des Indous (Paris, in-8°, 2 vol. 1809), était parvenu k se procurer un excellent exemplaire du texte des Vedas, en 11 vol. in-folio. 11 les envoya en Angleterre en 1 789 ', et les offrit au Muséum britannique où ils sont déposés. Sous le rapport de ces faits, notre pays a sur F Angleterre une priorité digne d'être observée.

Passant k ce qui concerne les missions protestantes , je trouve que pendant les deux derniers siècles la mission hollandaise de Paliacate sur la côte de Coromandel , et celle de Colombo dans l'Ile de Ceylan, ont communiqué k l'Europe de grandes lumières , et qu'elles sont venues principalement des ministres Abraham Roger, Philippe Baldœus et Melchior Valentin , dont les doctes recueils sont des mines riches qui n'ont pas encore été assez exploitées.

On doit k la mission de Colombo nombre de livres imprimés relatifs kla langue singalaise, dialecte du sanscrit.

En 1 706, commença sur la côte de Coromandel, k Tranquebar , la mission danoise confiée k des élèves de l'école des piétistes de Halle, en Saxe. Le recueil de leurs mémoires en allemand, continué jusqu'à ces dernières années, est très-volumineux, mais on s'y

1 Mythologie des Indous, t. I, p. XXIV.

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renferme trop généralement dans ce qui concerne les succès de l'église luthérienne de Tranquebar et des missions anglaises de Madras et de Gondelour, k la première desquelles on doit une grammaire tamoule. Dans ce même recueil on trouve néanmoins sur les langues, les mœurs, les doctrines de l'Inde $es renseignemens qui ne se rencontrent point ailleurs , notamment des catalogues de mots indoii$ expliqués, un abrégé de VYadjour-Veda en langue tamoule et en caractères allemands avec une version allemande. Les membres les plus célèbres de cette mission danoise furent Ziegenbalg , W aller, Grundler et Benjamin Schultz; c'est à eux qu'on est redevable de la publication d'une foule de livres relatifs aux langues de l'Indostan et aux choses de ce pays , et de beaucoup de versions en langues indoues de divers livres concernant la religion protestante.

Pendant le cours du dernier siècle , grand nombre de missionnaires catholiques ont signalé leur talent et leur zèle pour la littérature indienne par divers ouvrages imprimés ou manuscrits relatifs aux langues et aux doctrines indiennes , et par des envois à Rogne et à Paris surtout de manuscrits et de petits monumens indous. Les plus remarquables de ces missionnaires sont deux religieux allemands, Jean Ernest HanLsleden , jésuite , mort jeune encore à la mission de Paschour ou Palour, non loin de l'école brahmanique de Triciour, dans le Dekan, en Tannée 1731; et Jean-Philippe Wesdiq , carme

déchaussé , né à Hoff en. Autriche * si connu sous le nom dé père Paulin de Sdint-Borthélenù , que , pour abréger, je nommerai le P. Péulin , décédé k Rome il y a peu d'années, syndic des missions orientales , etc. , etc. , etc. , associé correspondant de Tlnstitut de France. Il suffit ici de les avoir nommés; je parlerai bientôt de leurs ouvrages sur le sanscrit , après avoir indiqué les services rendus dans le dix-huitième siècle, par les employés des compagnies des Indes anglaise et française ,a et dans ce même intervalle , par dès voyageurs , par des sa vans de France et d'Angleterre. . ■ . .

Holhvel, chirurgien de. frégate, s'occupa fort sérieusement, de la littérature indienne. Spn séjour dans l'Asie et dans l'Inde /de 1727 à 1757, favoris^ son goût pour cette littérature , et il obtint quelques succès. S'étant procuré ce'qii'il appelle le Shasfa-Bhade , c'est-k-dire un des Vedas., ou un Shastra , un commentaire , un traité relatif aux Vedas , avec l'aide des sayans brahmanes , il en traduisit , dit-il , une partie; mais, à la prise de Calcutta en 1756, il perdit sa traduction et d'autres matériaux qu'il avait recueillis. Cependant il a inséré un extrait du Shasta-Bhade , dans le récit de son voyage , publié emanglais en 1765, et traduit en plusieurs langues, mais qui ne répond guère 'aux idées magnifiques que l'auteur s'est plu h donner dé ses découvertes. Il était devenu -si enthousiaste de quelques idées religieuses des Indiens,

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