IV
34 OBUVREG
qu'il aurait voulu en faire le seul Code religieux de tous les bornai». Il savait un peu l'arabe, llndostani vulgaire, et le pâli, et la langue franque de • l'Inde ; mais il ignorait le sanscrit , et cette ignorance et son enthousiasme sont' les grandes sonrcfes de ses erreurs. m
Dôvir, qui a donné une traduction libre de lTfistotre de Tlndostan , écrite en langue persane- par Ferishtah , a publié aussi, avec cette traduction, une dissertation où il fait connaître en partie la doctrine dés deux Shastras, fort révérés dans le Bengale , et qu'il appelle l'un Vedânga , ou partie du Veda, qui enseigne proprement l'idéalisme , Je panthéisme spirituel indien, et l'autre Neadirsen*, ou Nouveau Miroir, dont le fonds est attribué au philosophe Gautama , et contenant un système ihverse de celui du Veddnga. ' •
Ce que Voltaire a étfrit sur l'indianisme, il ne put le rédiger que d'après les notions légères et fautives présentées par Holbvel et par Dow , et d'après uh livré d'autorité assez équivoque, nommé EzoHrvedam , publié en 17779 avec de savantes observations; par M. de Sainte-Croix. On ne do\ite pas que Y ]£zourvedam donné par Voltaire en 1 7621 , k la Bibliothèque de France, ne soit la version française d'un texte indou*. <#Ce livre, disait Voltaire, est antérieur aux conquêtes d'Alexandre ; son titre lignifie Explication du vrai, du pur Vedam* »
0 Cê m*t «rf m umterH Tfmvaâarihmna\ .
Mais il n'est" réellement qu'une simple réfutation des doctrines indiennes consignées dans les f^edas et les Shastras y réputés ortodox es par la plupart des ïçdoas ; ces doctrines n'y 'sont rappelées que pour y être fortement combattues. Quant au nom du livre ,' c'est visiblement un titre supposé , une corruption du mot Y&djvûr^Vtda x en malabar Yezoutvedamî nom dû deuxième livre des Vedas, qui est comme un rituel des sacrifices prescrits aux ludobs; Sonnerat et le P. Paulin nous disent que YEïourvedam n'est qu'un livre dé controverse écrit par quelque missionnaire, pour disposer ses lecteurs indous à la religion chrétienne. Cependant, si l'on considère que partout on s'y applique nonseulement & réfii ter le paganisme indien, niais h repousser sans ménagement, et comme absolument inadmissible, toute incarnation de la divinité, on sera plus porté à croire que Fauteur était dé l'une des sectes du Corômandel qui réprouvent la doctrine et les pratiques extérieures et Communes des VedcCs y^xmv s'en tenir au pur théisme ou bien au quiétisme de* illunkinéâ * * .
i Pour là connaissance de la religion et de la philosophie indiennes, il y a plus de* fruit à mirer des recherches publiées dans les Mémoires de l'Académie des Belles Lettres sur les philosophes indiens et sur leurs doctrines par M. l'abbé Mignot, et' sur là' religion indienne, sur son histoire en Çhigçru sur le livre originairement indien, appelé Antberkendy c'est-à-dire jSoorce de F eau de la vie, |>ar
36 OEUVftES
M. de Guignes. Dans cette notice de VAniberken
on trouve en abrégé , comme dans le livre bo
. dhiste des quarante-deux paragraphes , publié an
\ par M. de Guignes dans son histoire des Hn
(tome i), Fétonnant système de perfection re
gieuse des sages Indous , si exactement dévelop
j avec le panthéisme spirituel dans les Oupnek9-h
tirés des Vedas. On n'a guère moins de mystirisu indien; mais. on a beaucoup plus de mythologie de traits d'histoire altérés dans le Bhagavadari septième des dix-huit Pourânas, publié en 1784 par Foucher d'Oseonville, voyageur français*, i livre n'est pas encore une version faite sur le sa scrit , ce n'est qu'une version française de versû tamoule; l'éditeur l'avait fait écrire en franc; avant 1771, par Marida Poulla , interprète de compagnie française des Indes. Lorsque cette ve sion n'était encore qu'en manuscrit, M. de Gu gnes, dans un de ses mémoires , avait fait connaît
Il l'ouvrage et rassemblé des objections graves cont
■ sou antiquité. Le P. Paulin1, qui possédait m
copie du Bhagavadam en sanscrit , nous attes que la version française de Marida Poulla est 1 ouvrage apocryphe, corrompu, etc. M. Hamiltoi
W\ * M. Eng. Bamdof prépare nne édition do texte et one version fri
l ! fait* de cet omrage. D a été publié dam le* Monument Littéraires
jj I i , i'Inda un épisode entier de ce poème , dont la prétendue tradocti
J cFOMonville ne fait dm mention
{ ' P. Paulin Vyâkaranût p. n. Examen Coda, Initie, p. tfi.
' - * CtUtldgu* du mm. a. de la Ùiblioth. imp. de Paru, 1807, p.
Ht
DE J.-D. L4I* JUINAI8. . 37
Tappelle une espèce d'abrégé , et dit qu'excepté au commencement , cette version fourmille de fautes en tout genre. Un voyageur plus célèbre nous avait rapporté de l'indè-des pièces plus importantes que cette version très-curieuse, quoique imparfaite; je veux parler de votre illustre confrère, M. Anquetil du Perron.
Vous savez qu'anime du noble espoir qui n'a pas été trompé , de recueillir dans l'Inde des trésors de littérature jusqu'à lui inconuus en Europe , il visita l'Indostam de 1755 h 1761 , et qu'il en rapporta non-seulement d'utiles connaissances /exposées dans l'histoire de son voyage et dans ses autres ouvrages sur l'Inde, mais aussi des manuscrits précieux , entre autres des livres des Parsis en textes originaux , curieux débris de la religion de Zoroastre; enfin, les Oupnek'*kat ea langue persane^ traduits du sanscrit *, sur lesquels je dois un moment fixer votre attention.
Oupnek'-kat est le mot sanscrit oupa-nichat transformé en persan. Il est composé de nishâ, nuit, obscurité, et de oupa **, près, à, sous, avec; il signifie donc ce qui reste ou doit rester dans
* On doit a M. Jouy la reproduction autograpbique d'un de ces livret , intitula Vendidad Sade , et M. Burnouf s'est occupé de mémoires et de. traductions oui jetteront bientôt un grand jour sur cette matière.
** Cette étymologie est fausse : le mot oupanichad (car c'est oupani? çhad qu'il faut dire), ne peut Tenir <Je nishd. Wilson le tire des deux, prépositions oupa et ni , et du verbe chada , aller, tomber. Il le traduit comme si ce mot signifiait : ouvrage' dans lequel résident les parties essentielles de la religion.
l'ombre^ avec les ténèbres, un secret. Aussi ToûL trouve dans le fameux dictionnaire $ Amarasinhay cru antérieur à l'ère chrétienne, section dès synonymes, que vupanichat est synonyme àerahasia, c'est-à-dire qu'il signifie secret. Les oupnek'-kai sont donc les secrets ; on sait qu'ils sont les textes secrets des Vedas , parce qu'en marge de chaque
pupnek'-kat il est dit duquel des quatre Vedcùs il est tiré. Dans la loi dé Manou, ch. <6, si. 29, on lit qu'il faut apprendre les oupanichatas , qui con-
• cernent l'existence ou les propriétés de Dieu. Tels sont en effet. tous les oupnek'-kat, que l'on appelle aussi brdhmana , parce .qu'ils traitent de Brahma , c'est-à-dire du Créateur, de Dieu. 11 existe en san-
*scrit , sur cet obscur, mais précieux recueil , plusieurs commentaires.
La version persane ,-sur laquelle M. Anquetil a public sa version latine et littérale, doit contenir, et contient évidemment des mots qui ne sont pas tires du sanscrit , très-probablement des gloses et ' des paragraphes , au lieu du pur texte, défaut trop* ordinaire des. versions persanes ' ..Mais les Oupnek'kçU sont d'accord avec tout ce que nous connaissons de l'indianisme , et ils offrent des développemens qui nous étaient inconnus. Malgré les défauts qu'on reproche à l'édition de M. Anquetil , sa versioot latine , reconnue fidèle , mais trop obsoure , parce qu'elle est excessivement littérale, et la plupart 4es
1 Vichnou y est Gabriel,
DE J.-D. LAH JUINA1S. 3*
noces qui l'accompagnent, forment encore le livre le. plus utile qu'on puisse étudier en langue euro-», péenne, pour apprendre h connaître les ancien* systèmes de religion et de philosophie des brah^ raanes; je dis les anciens systèmes, parce que je crois y remarquer trop d'incohérence pour me persuader que les Oupné&'-kat ne forment qu'un seul corps de la même doctrine. Au reste, il n'y avait que les modernes écrivains anglais, ensuite le P. Paulin, qui pussent disputera M. Anquetil dû Pefron quelque supériorité de connaissance dans les doctrines religieuses des brahmanes. '\ > 1 Les Anglais, restés maîtres de l'Inde en 1762 ,'» ont fini par avoir presque à eux seuls les moyens, de cultiver la littérature relative à l'Indostan. Le/ Français néanmoins, les Allemands, les Hollan-, dais» et même les Italiens, ont donné, depuis soixante ans, comme lei Anglais, sur ce pays, ses productions naturelles , sur sa religion et sa philosophie , sur son, commence et son gouvernement* et sur les guerres qui l'ont désolé, Une multitude de livres instructifs, souS les titres de Voyages, Descriptions , Histoires*, Tableaux ., Manuels , etc . . 11 me sujflit d'indiquer en gro$ ces ouvrages; j'espère donner à leur su jet les fen^çi^nemens désirables dajis une bibliographie indienne , dont je travaille depuis long tems à rassembler les matériaux. Je reviens donc aux travaux des Anglais sur les langues et la littérature de ce pays.
4o OEUVRES
Sous l'habile gouverneur Haslings , la Compaq gaie anglaise reconnut qu'il lui serait avantageux de gouverner les natifs par leurs propres lois et par leurs usages-, sauf quelques tempcramens nécessaires : le parlement l'ordonna ainsi par un bill de 1793. Ce grand -acte de justice et de politique , et le projet plus nouveau de convertir les lndous au christianisme par la persuasion , ont rendu de plus en plus impérieuse et urgente pour les Anglais la nécessité de cultiver les langues principales en usage dans l'Inde , de les faire enseigner , d'établir des imprimeries, des fonderies de caractères pour ces langues, et d'en faire publier des grammaires et des dictionnaires. Ge furent le$ gouverneurs-générau* Vansittard et Hastings qui donnèrent l'impulsion à ces belles entreprises. Ils eurent pour les seconder et les continuer Ch. Wiïkins, William Joues, Wilford, Oladwin, Gilchrist, Bentley, Chambers, Colebroôke, Carey, beaucoup d'autres que je ne; peux nommer. On vit se former sous la présidence de William Jones, en 1784 ? çt bientôt fleurir et fructifier, la Société Académique de Calcutta , qui a déjà dix volumes de Mémoires sur les partiesles plus importantes de l'érudition indienne. Permettez-moi de regretter que la traduction française de ce beau recueil-, si riche de lui-même , et par les notes et par les extraits de M. Langlès, ne soit pas continué. Une autre Société semblable s'est élevée aussi à Bombay, fen 1804, par les soins et
DE J.-D. LAtUGItfàlS. 4«
sous la présidence du savant James Mackintoss ' . Le premier volume fie ses Mémoires doit avoir paru. Au fort Williams a été fondée, en 1800, une* sorte d'université, où des professeurs enseignent le persan, l'arabe, le sanscrit, l'indostani, le bengali, le mahratte, etc., et enfin une école semblable , mais sur un plan moins étendu , a été instituée k Hertlord en Angleterre. L'école du fort Williams possède une imprimerie et une très-remarquable fonderie de caractères indiens, persans, arabes, chinois, etc., une bibliothèque, où se trouve .celle de Tipou, sultan de Misore. 11 len sort chaque année de précieux ouvrages qui parviennent difficilement en France. J'ai* cru devoir expliquer ces faits qui se rapportent en commun aux principaux idiomes de J 'Inde,. avant d'essayer de tracer ici l'.histoire abrégée des progrès, des Européens dans la littérature sanscrite.
Tout ce que les Occidentaux firent pour elle , avant le. dix-huitième siècle, se réduisit h publier les caractères de quelques alphabets. Dans le siècle dernier parurent, avec des alphabets plus instructifs, des mots, des phrases, des titres de livres 5 et de courts fragmens en sanscrit , et le plus; souvent en caractères romains; enfin deux grammaires sanscrites, et quelques traductions d'ouvrages écrit* dans cet idiome. Au dix-neuvième siècle appar-t tiennent d'importantes publications, dont je ren-,
'■ Aiiat. Mes. , t. VII > p. 6{.
OBUVHBS
drai compte en grande partie; Les voyageurs et missionnaires apprirent d'abord aux Européens < les brahmanes avaient une langue morte, lan< liturgique et savante, et dans cette langue des liv très-nombreux sur divers sujets , enfin des car tères mystérieux pour récrire. Long+tems il fal se contenter de ces faibles notions, et des ne défigurés qu'on attribuait à cet idiome. Le reste un secret caché soigneusement aux Européens, q sous le nom commun de Pbiranguis ou de Franc; sont encore pour un Indou orthodoxe, et surt< pour les brahmanes, des hors-castes, des gens to légalement au moins, impurs, méprisables, en so qu'il n'est pas permis*de prendre sa. nourriture leur compagnie.
Cependant le P. Roth, jésuite, missionnair Agra, était parvenu k se procurer un alphab* alors secret des brahmanes, servant au hanskret sanscrit dans le pays d'Àgra : c'est une sorte devanâgari» Le père Kjrker publia cet alphabe Rome, en i663, dans sa China Wustrata, a< TOraisôn Dominicale dans ces mêmes caractère mais en langue latine , et des notjon* de mythe gie indienne qui avaient alors le mérite de la n(
veaute.
•Peu d'années après , en 1 678 , parurent dam Hortus Malabaricus, in-folio, 9 vol., les noms < plantes indiennes en langue malabare et en car; tères grantha (feuille, livre), et qui servent le p généralement dans le Dekan pour écrire le sansci
DE J.-D, LANJU1NAIS. 43
et surtout les mots purs sanscrits du Malabar, tels que sont en grand nombre les noms des plantes dans l'Inde. Ce beau recueil était l'ouvrage du gouverneur hollandais de Cochin , Henri- André van Rheede, qui avait des missionnaires catholiques pour coopéra t eu rs.
• Chardin, en 1711, publia de nouveau l'alphabet usité à Agra pour le sanscrit, mais sans, le rendre plus intelligible que n'avait fait le père-Rirker. Le docte Bayer l'a inséré aussi en 1728, "1729, 1782, 1733 e.t 17.35, dans les Mémoires de l'Académie de Pétersboûrg, mais avec bien plus d'étendue; et ses tables d'une multitude de caractères simples et groupés , sont d'autant plus dignes de confiance , qu'ils sont pris- sur des modèles imprimés en Chine, à la manière chinoise, c'est-à-dire stéréotypés.
On retrouye encore ces mêmes caractères, mais avec des différences , et tels qu'ils sont en usage k Bénarès», dans YAlphabetum Brahmanicum seu Indostanum/Unwersitatis Kasi> k Rome, in-8°, 177ij.de l'imprimerie de la Propagande. En 1772, on vit sortir de la même imprimerie l'alphabet grantha, soiis le titre YAlphabetum Grandonico- Malabaricum, sive Samscrudonicum > in-8*. Ces deux ouvrages sont dus à la protection du cardinal Borgia, et, l'abbé. Amaduti en fut le rédacteur. Us sont rédiges avec détail et avec clarté, en sorte qu'ils suffiraient pour l'instruction des Européens dans ces deux parties , s'il n'existait encore , sur-» tout pour le grantha,. des groupes nombreux de
ces mêmes caractères, groupes qui exigent une longue étude, et dont il ne se trouve qu'une petite partie dans ces deux alphabets. En 1781, h la tète de sa version anglaise du Code des Gentous, faite sur. un texte persan , HaJhed donna l'alphabet der vanâgari en formes carrées, usité dans le Bengale pour le sanscrit, et l'alphabet cursif, dont se conTtentent le jplus souvent les brahmanes du Bengale pour écrire cette même langue et le haufr indostani.
Enfin, en 1791, le père Paulin publia, à l'imprimerie dé la Propagande , les principaux alphabets indiens pour le sanscrit,* savoir : i° he grantha y employé dans le Malabar et le Coromandel ; 3° le devandgari de Bénarès; 3° le ndgri, connu dans le pays de Népal, différant peu du devanâgari de Bénarès; 4° le talinga, dont je parlerai dans lai suite. Déjà, en 1790, il avait inséré ces alphabets dans son premier abrogé de grammaire Sanscrite , intitulé Sidharubam, avec des 'groupes nombreux. Mais les groupes du grantha montent à plus de huit milliers, qui doivent se trouver dans un manuscrit de la Propagande romaine.
M. Langlès, qui .a soigneusement étudié, comparé tous ces caractères, -m'avait fait observer, d'après. M. Al. Hamihon, que les formes les plus pures et les plus exactes du devanftgari , duquel dérivent toutes Les écritures de l'Inde , sont celles qu'on trouve dans la relation de l'ambassade du major Symes au royaume d'Àva, relation qui n'a paru qu'en 1800; mais elle ne contient que trente-
DE J.-D. LANJU1MA1S. 45
deux caractères, et alors M. Langlès n'avait point vu les caractères de YHitopadesa de 1804, ni les autres ouvrages dont je parlerai bientôt, et qui ont paru dans ces derniers tems.
Voilà, qui suffit sur les progrès des Européens dans la connaissance des principaux alphabets indous servant à cette langue. Parlons maintenant de la langue même et de sa littérature ; parcourons les degrés d'avancement successifs qu'y ont obtenus les Européens. Adrien Reland, dans sa dissertation de VeteriLingwi Indicà, appela le premier, en 1706, l'attention de l'Europe sur ce qu'il nomme l'ancien idiome de l'Inde, c'çst-à-dire sur le sanscrit. Dans cette pièce fort courte, il a recueilli les mots que Ctesias nous a conservés ; il les explique d'après le persan, et quelquefois avec succès. Il était en effet sur une bonne voie en cherchant leur signification dans la langue persane ; mais il n'avait pas moins lé tort inexcusable, en 1706', de croire que les anciens s'étaient trompés en donnant p6ur indiens des mots dont la langue persane sert à découvrir le sens.
.Après Reland, je dois rappeler ici le père Hanksleden, puisqu'il a ravi aux Anglais, à Dow, à Halbed, la gloire d'être le premier Européen qui ait étudié le sanscrit, et à Charles WilLins celle de l'avoir su le premier. Depuis Hanksleden , il s'est trouvé des Européens traducteurs de sanscrit : on n'en connaît pas qui aient écrit dans cette langue * Pour lui, il a composé, non-seulement en malabar,
c'est-à-dire en haut malabar mêlé de mots sanscrits, comme le sont tous les bdchjras , mais aussi en pur sanscrit, des poésies chrétiennes, qui remplacent, pour les Indous convertis, 4e Ramâjrana et le Mahâbhâraia. Il a d'ailleurs composé en latin un abrégé de la Granulaire du Sanscrit, d'aptes' le Sidharubam > et uti Dictionnaire Portugà&~Màlàbar-Sanscrit. Aucun de ses ouvrages n'est imprimé'; ils sont répandus en manuscrits dans le Dekèîn , et la plupart ont enrichi la Bibliothèque de la Fropagande-à Rome. v •
Dow, vers 1760 seulement, et Halhed, vers 1770 ,- obtinrent ; avec bien des peiiies, qu'on leor donnât,' comme h la dérobée', quelques leçons de sanscrit. Les notions que Dow en avait recueillies sont fondues dans ses préfaces- de Y Histoire de F/ri* dos tan, traduite du persan de Terishtah. ' Halhed avait laissé en mourant des extraits de quelques livres sanscrits., particulièrement du Si&a Pouràha et du Brahma Pourâna. Ces extraits, déposés ten manuscrit dans le British Muséum, ont été publies k Londres, par cahiers , en 1807 et députe. ' l • M
Lorsque,. d'après ljin sage système, les Indous furent traités par les Anglais avec douceur et bien-' veillance, et peut-être ausèi lorsque les pandit as on savans brahihanes virent que leur secret était découvert, ils s'en^ montrèrent moins avares, et bientôt ils n'en firent plus de mystère. Charles' Wilkins d'abord put apprendre assez la langue pour doïiner ces belles versions et cette Grammaire du Sanscrit
qu'il a publiées. Il aida* de ses conseils le célèbre William Jones*. Celui-ci trouva de même des brahmanes compiaisans; le père Paulin et beaucoup d'Anglais eurent le même bonheur . Les cent employés jpour» les langues dé l'Inde et de l'Asie, sous les professeurs du collégejdu fort Williams, ;soitt fa plupart' des panditas, des brahmanes sa vans;
J'ai déjk dit que Hottwel , ne sachant pas le sanscrit^ ne pouvait puiser dans cette langue même ce qu'il a dit en son Voyage sur la religion indienne. Mais il n'est pas douteux: <(ue le père Paulin avait dans cet idiome antique, tel qu'il est connu au Malafcpt , des connaissances étendues. U * nomme les panditas qui Ty ont initié y et il assure avoir composé lui-même les extraits qu'il a publiés du Sidharubam * (forme des noms et verbes connue) et $u pydcarana (explication de l'écriture).' Il a sans doute profité des • manuscrits de Hanksleden, et il les cite s4hs cesse. Et nous. croyons qu'il n'avait pas pénétré dans le sanscrit aussi loin que ce jésuite respectable ; mais il a été plus utile aux Européens par la publicité,. par Timptatance., Je nombre et l'étendue- de ses ouvrages sur cet idiome, sur ses alphabets, sur ses dialectes et sur la littérature, enfin sur les doctrines indiennes, qu'il explique toujours par le sanscrit. .-,;••..
Ge n'est pas ici le lieu de' présenter la nomenclature de tous les livres qu'il a mis au jour ,. mais
* L'orthographe exacte «t ëùÊtfkanépam.-
48 «UYEES
je crois devoir indiquer les cinq principaux r qui sont ses deux Abrégés latins de deux Grammaires originales de la langue sanscrite , à Tune desquelles il a joint un vocabulaire élémentaire de cet idiome; son édition de la . section première de YAmara— sinha ( vocabulaire antique du sanscrit , en vers , et déjà cité), avec une version et un commentaire en latin; Sjrstema Brahrrianicum , recueil trèsutile sur la religion et le culte des Hindous ; enfin son Voyage dans F Inde, publié en italien, qui a obtenu l'honneur d'être traduit en latin ' , en ailem and, en anglais et en français , d'être annoté par Fors ter, par feu M. Anquetil du Perron, et par M. de Sacy . On a reproché au père Paulin un penchant peut-être excessif pour expliquer la mythologie indienne par de? allégories physiques et astronomiques , une critique faible , souvent hasardée , et un style trop éloigné de. la douceur et de la modestie qui conviennent à tous les horairffes , particulièrement aux ministres delà religion chrétienne. Il a employé constamment , pour les* textes du sanscrit, cet alphabet gtantha dont j'ai parlé, différent de l'alphabet malabar ordinaire , en ce que le premier est riche de plusieurs lettres qui ne servent que pour écrire correctement les mots purs sanscrits, et en ce qu'il est embrouillé, comme nous l'avons dit, par des milliers de groupes syllabiques, aussi malaisés- fa reconnaître, quand on a pu les ap~
9 Annual Aùalik Hë (fié ter pour 1799, p. *5.
prendre , qu'a bien distinguer , lorsque Ton commence k les étudier. J'ai parlé ici du père Paulin, parce qu'il convenait de l'offrir en regard avec le père Hanksleden , et de ne pas interrompre ce que j'ai à dire des travaux des Anglais qui ont su véritablement ou qui savent le sanscrit.
Le premier en ordre de date est Wilkins, qui est encore dans cette langue la lumière du monde savant. Il posséda de bonne heure assez de fortune pour abandonner la profession du commerce , qu'il avait embrassée , et pour se consacrer entièrement aux lettres. Il vit encore, fixé à Londres, et toujours occupé du sanscrit.
lue premier, il traduisit en langue européenne d'après l'original sanscrit; toutes ses traductions sont en anglais, comme celles de Will. Jones.
Sa version du Bhagavat-Gutta (chant du bienheureux), ou dialogues ftArjouna et de Crichna, épisode du Mahdbhdrata > publiée en 1785, et si gratuitement déprisée, ravalée par le P. Paulin ', fît la plus vive sensation parmi les savans de l'Europe^ ' m s
On fut très-étonné de trouver, dans. ces fragmens d'un très-ancien poème épique de l'hide, avec le système de la métempsychose, une brillante théorie de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'ame , tout le sublime de la doctrine des stoïciens, l'amour pur qui égara Fénélon , et un panthéisme ,
1 Mamuerit Borgimmi Codd. mm. ss. , p. ti*.
56 * oKtf Vîtes !
tout Spirituel , enfin la vision de tont en Dieu soetenue par le P. Mallebranche. Will. Joues a 00e écrire qu'il faut oublier, quetnd il s'agit de lu connaissante des doctrines indiennes, tout ce *joi * paru avant cette version de Wilkins.
Dès 1 787, on vit paraître sa traductiod de Yffiiàpadesha (instruction utile); c'est un recueil de fables ingénieuses , liées par un même récit où elles sont insérées, et contenant des règles de prudence, de morale et de politique. Vichnou-Sarman, savant brahmane , y est dit avoir raconté ces fables pour l'instruction de son élève , le fils d'un raja hindou; c'est le prototype des fables attribuées à Pilpai , à Lokman, et peut-être même k Esope/ M. Langlès, en 1^91 , a publié en français la première des troiè parties de YHitopadesha. 11 n'y a que les livres sacrés des juifs et des chrétiens qui aient été traduits plus souvent et en plus d'idiomes que ce recueil original de l'Indoustan.
Un autre épisode du Mahàbhdteta, dû an mène traducteur, est l'histoire touchante de S<tcountald> qu'il ne faut pas confondre avec le drame de Sn<+ couMalà, sur le même sujet.
La fable de cet épisode n'est pas tont-ihfait la même que celle* du drame , et contient des dé* tails qu'on chercherait en Vain dans celui-ci.
On attend de M. Wilkins, depuis plusieurs années, une version complète du Mahâbhârata. Il a donné a Londres , en 1 808 , une grammaire sanscrite, extraite des grammaires les plus tmées dans
DE J.-D. LANJU1NAIS. 5i
le Bengale; c'est on vol. in-4° de 660 pages, à l'usage des élèves de l'école de Hertibrd. ■ •
Wilkins eut pour disciple William Jbnes,qui se fit comme auteur une réputation plus brillante que celle de son maître. L'Europe littéraire a long* tems déploré la mort prématurée de William; il est le vrai fondateur de la société académique de Calcutta , et l'auteur des plus importa™ mémoire* qui se lisent dans les quatre premiers volumes du recueil de cette société ; on trouve dans ce recueil d'antiques inscriptions et beaucoup de fragmens en4 sanscrit avec des versions. Il y a publié une version presque entière de l'ancien poème pastoral et mystique connu sous le nom de Gutta~>Govinda* (le chant du berger) , et une du premier chapitre du Vidyàdarèha ou Vidyâ darshana (miroir ou vue de la science) , qui est un tableau abrégé de toute la littérature en sanscrit, rédigé par un moderne pandit a 9 selon un ordre didactique familier aux brahmanes.
On doit à William Jones d'autres versions anglaises du sanscrit ; elles se trouvent dans la collection des œuvres de ce beau génie. Je citerai celle de YHûopùdeshn, et la versioh singulièrement curieuse du livre de Manou. autrement du Mânavadharma Shastra, qui passe, après les Vêdas , peur le plus antique monument de la législation
* Gorfoda ett nn dés noms «là cHca Chridin* , qui a patte* ton «nfirnce a* ttUkm 4*t toupets*/
5i OEUVRES
indienne. Nous en avons une traduction allemande faite sur le texte anglais.
M. Wilfort, né en Allemagne, et membre de la société de Calcutta , mais fixé dans l'Inde, a publié dans le recueil de cette société ce qu'il a trouvé de notions géographiques dans les livres sanscrits ; il y a inséré également des écrits nombreux , extrait» des Pourânas, et beaucoup de conjectures Historiques fondées sur des mots ou des textes sanscrits ; il y a hasardé des assertions très-piquantes sur l'histoire des fils de Noé , sur Sémiramis et Ninus, suc d'anciens rapports de l'Inde avec l'Egypte et l'Ethiopie, et même avec les Iles Britanniques; mais il les a lui-même en grande partie noblement désavouées dans le huitième volume , comme appuyées seulement sur des falsifications de textes sanscrits, que lui fournissait un savant pandit a y pour Rassurer un traitement lucratif par cette indigne tromperie.
M. Bentley, dans cette même collection , a sondé avec une critique sévère l'antiquité dés Pourânas^ et celle des principaux livres d'astronomie en langue sanscrite. \»
Un savant confrère de Bentley, M. H. T. Cole-i brooke, professeur de sanscrit et de droit, indœt* au collège du fort Williams , a publié dans le mèm& recueil d'utiles recherches sur le sanscrit.» sut les dialectes qui en sont dérivés , sur la. ^^tsSSicaùon, et enfin sur les poèmes en sanscrit c^- ^p®"^**^ y a donné des fragmens extraits d*- m ^ V wU** *X faa
rituels sanscrits , enfin d'intéressans' détails sur le culte extérieur des hindous et sur leurs sectes religieuses ; il a traduit du sanscrit , sous la direction de William Jones, et publié en anglais, en 1801, sous le nom de Digeste des Lois Indiennes, un beau traité moderne de droit indien sur les contrats et sur les successions , intitulé Vivâda Bhangârnava (mer des flots de controverse), par le brahmane JagannàthaTarca Pantchdnana. Nous lui devons encore une version anglaise du Ramâjràna de Valmlki , dont le premier volume a déjà paru à Calcutta , et a été réimprimé à Londres. On sait que deux grammaires anglaises du sanscrit , Tune par Coiebrooke, et l'autre par John Carey, sont sorties des presses de Serampour dans ces dernières années , ainsi que deux vocabulaires du même idiome. En i8o5, la société asiatique de Calcutta , et l'administration du collège du fort Williams , ont fait un -fonds annuel de 45° livres sterling , pour des missionnaires anglais du Bengale chargés de traduire et de publier en anglais les Vedàs et d'autres livres sanscrits. Mais le premier livre, sanscrit imprimé par des Européens est celui qui parut à Serampour; dans le Bengale , en 1 804 , en un volume in 4°; il contient, avec une docte préface en anglais, le pur texte de Y Hitopadesha, qui n'est lui-même qu'an extrait d'autres ouvrages en sanscrit plus anciens, et principalement du Pantcha Tantra (cinq divertissement). On a joint à cette édition, mais toujours en sanscrit seulement, te
Coumdra (charùra* (aventures de jeunes gens), par un ancien poète célèbre, nommé Dandy, et trois des Saiakas , ou centuries de sentantes morales, 4'tJfr autre poclte non moins fameux, appelé Bhari ri Suri, Cette édition , donnée d'après trois manuscrits, est due aux soins de John Carey, déjà nommé, xélèbre professeur de sanscrit et de bengali ; elle a été destinée aux çlèyes de ce même collège, et entreprise h la demande des administrateurs de ce magnifique établissement : elle est d'autant plus remarquable , qu'on y a employé les caractères devanàgaris. D'après ce volume, la première partie de VHitopadesha a été mise sous presse à Londres , avec de pareils caractères, en 1809, et a sans doute paru.
M» Langlès nous a procuré la connaissance de ces détails en nous communiquant VHitopadesha de Serampour. Il a, depuis quelques années, fait frapper des matrices de caractères devanàgaris pour l'Imprimerie Impériale. Puissions -nous bientôt cueillir le fruit de son aèle, et voir publier à d'importans ouvrages en sanscrit , avec traduction en langue européenne ! Déjà, par ses soins et ceux de M. Hamilton, l'Europe jouit d'un nouveau catalogue des principaux manuscrits de la Bibliothèque Impériale en langue sanscrite, ouvrage important dont je dois maintenant rendre compte.
* Cet ouvrage porté ortlinairement le titre <k Dttsa-Coumdrtt ,' les Dix Attucf 6001. . 1 .
En t8o5, Alexandre Hauûlton, un des membres de la société de Calcutta les plus versés dans le sanscrit , et professeur de l'école lût. ind. des langues orientales de Herlfbrd , non loin de Lojk* dres , profita des trop courts instaHs de paix entre la France et l'Angleterre , pour venir k Paris visiter les manuscrits en sanscrit que possède la Bibliothèque Impériale. 11 fut accueilli et recherché con*me il le mérite par le conservateur des manuscrit* orientaux. M. Hamilton se livrait avec une vive satisfaction à l'examen de ces manuscrits, lorsque des ordres donnés à l'occasion du renouvellement de la guerre , le forcèrent à une prolongation de séjour en cette ville. Il profita de cette circonstance et des égards distingues que notre gouvernement voulut bien lui accorder, k la sollicitation du sénateur Volney, membre de la société de Calcutta , pour rectifier, ou plutôt pour refaire en anglais le catalogue des manuscrits de la France en caractères soit devanâgaris , soit bengalis. Vous savez que M. Langlès a traduit cet ouvrage, qu'il y a joint de précieuses notices , et qu'il a publié le tout en 1807; un volume iu-8°. Il serait bien curieux de pouvoir le comparer avec le catalogue de la bibliothèque des livres orientaux du dernier sultan de Misore, k Londres, en 4809, in-4°> par Charles Steward, professeur de langues orientales au collège de Hertford. Pendant son séjour k Paris, M. Hamilton fit part de ses connaissances sur la littérature sanscrite k son confrère le sénateur Vol-
ncy , et au jeune Hageman , Hanovrien , qui alors parvint de lui-même h lire les manuscrits sanscrits en caractères talinga. M. Hageman se serait fait un nom dans la littérature indienne , si une mort prématurée n'eût trompé nos espérances. Un autre littérateur allemand plus connu , M. Frédéric Schlegel , reçut dans le même tems* à Paris , de M. Hamilton, des leçons de sanscrit , et mit si bien à profit renseignement de cet habile maître, qu'il s'est trouve en état de publier, à Heidelberg , en 1808, un curieux essai sur les langues et la littérature des Indiens, ouvrage en allemand, qui, par des recherches intéressantes et des idées profondes, a excité l'attention du monde savant ; une partie de ce livre a été traduite en français par M* Mauger, professeur à Lauzanne. Enfin, je dois dire que M. de Chézy, employé a la Bibliothèque Impériale de France, section des manuscrits, est parvenu k lire fort bien le sanscrit en caractère de* vanâgari et en caractère grantha, et même k traduire en français des textes sanscrits.
Tel est le tableau abrégé des progrès des Euro- 'péens dans la littérature indienne , et surtout dans la connaissance du sanscrit. Ce que j'ai a dire sur l'histoire de cette langue sera plus court , mais aussi plus vague et plus environné de doutes et de conjectures. Arrêtons-nous d'abord aux noms de cette langue.
DE J.-D. LAN JUINA1S.
ROMS DU SAICSCmiT , BT P1ISC1PAOX TRAITS Dl l'hISTOIBB DB CETTE • LA1*6UB.
Depuis la découverte du cap de Bonne-Espérance, l'Europe a continuellement communiqué avec l'Inde ; mais pendant plus de deux siècles elle y a fait un riche commerce et d'injustes conquêtes, sans paraître s'inquiéter de l'ancienne langue des Indes, sans même en connaître les véritables noms, d'autant plus remarquables , néanmoins , qu'ils ne désignent par eux-mêmes aucun peuple , ni aucun pays.
Mal k propos les Européens ont affecté «ouvent d'appeler cette langue brahmanique , du nom de la première caste hindoue. Elle ne fut pas plus brahmanique que ne sont Yindoustani, le tamoul , le malabar , tous les autres bhâchjras ou bhâchâs , dialectes yivans des quatre castes , et même de certains hors-Krastes • Les brahmanes, comme dévoués par état à la religion, aux lettres et aux sciences , sont restés les principaux dépositaires du sanscrit depuis qu'il est devenu langue morte ; mais s'ils en ont fait long-tems mystère aux Européens leurs oppresseurs , ils ne purent songer h en interdire la connaissance h aucune des quatre castes dites pures, ni même aux hors-cartes hindous. Au contraire, les brahmanes sont de tout tems obligés par devoir de religion , d'enseign^ même les Vedas, aux kchatryas ou rajas, formant là se-
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conde caste; et le fameux Mahâbhârata y en sanscrit, est comme un cinquième Veda écrit pour tenir lieu aux shoûdras , quatrième caste pure K des trois ou quatre Vedas ' , qu'on ne peut sans crime leur communiquer. U existe k la Bibliothèque Impériale de France, sous le nom de Nammala ou Namamâla, un dictionnaire sanscrit composé pour leç mêmes shoûdras*, que Brahma fit naître de ses pieds , précisément pour servir les trois castes supérieures, mais qui n'en sont pas moins très-élevés par droit de naissance, non-seulement au-dessus de tous les hors-castes du Bharata, du vrai pays du milieu et des vertus , mais de tout ce qui porte face humaine sur notre globe, soit gouvernails, soit gouvernés. U existe en sanscrit, sous le titre dV/kara bhdndika, un rituel k l'usage des shoûdras 3. Bhartrihari, poète sanscrit, était shoûdra ; un chapitre de Y Agnipourdna traite des poèmes populaires en sanscrit. Les grands poèmes épiques, les dix-huit Pourânas y et les dix-huit Oupapourânas , et les drames en sanscrit, etc., sont de ces poèmes populaires. Enfin, le célèbre Valmîki, l'auteur àpi plus élégant des Ramâyanas y n'avait pas même l'honneur d'être shoûdra ; il n'était qu'un tchandata i , un homme de la race indienne la plus avi-
1 Bhagauadam. Paryr» 1788, în-8#, p. 17.
» V. Zendavesta, t. p», p. 365 romain, n° 11 3. Catalogue des Manuscrits S^jcrits, p. 95.
» Asiat. RJsWi. VU , p. a33.
* Mythologie des Indous , par M11* Polie* , 1. 1 , p. 177.
DK J-D. LANJU1NMS. 5$
lie, c'estrk-dire presque aussi méprisable qu'un FranJtit Franguiy oi| Firanghi, ou Pharanghi, autrement un Européen. Indépendamment de tous ces faits , O» devrait convenir que le sanscrit était Ja langue nationale et commune, mais polie de l'Indostan, puisqu'il est reconnu par les plus sa vans Hindous (les panditas) , et par le père Paulin, et par les professeurs de cet idiome au collège du fort Williams et au séminaire oriental de tjertfort ' ; enfin , démontre par la seule comparaison de* vocabulaires , que le sanscrit est la langue-mère des dialectes vivans de l'Inde. On ne peut donc que mettre au rang des fables ce paradoxe de M. Dow, et de quelques autres écrivains , que le sanscrit est un simple argo inventé par les brahmanes pour dérober aux Musulmans, leurs persécuteurs, le secret de leur religion et de leur pbjlospphie. Nous ne parlerions pas de cette vaine conjecture , si elle ne $e retrouvait encore dans le septième volume des Mémoires de la Société de Calcutta 9 et dans l'ouvrage déjà cité sous le titre de Mythologie des Hindous * .
Le sanscrit, ou l'ancien idiome de l'Inde, a trois noms indigènes , dont le premier est devanâgara, terme plus généralement appliqué à l'alphabet; ainsi j'en parlerai en traitant de l'écriture du sanscrit. Les deux autres noms, en passant dans les
1 V. Sidharub , p. 3g et 77. Apiat. Rçs. , t. VU , p. 90 1 , A Grammar Sarucrila de WiJkiiw, p. xn.
2 P. 474 Mythologie des Indotis. Introd., p. 99, t. I. ,
langues vivantes de l'indostan et de l'Europe, ont été si fort altérés, et de tant de manières, par les différentes prononciations des lndous et des Européens , qu'il faut de l'attention et de» l'expérience pour les reconnaître. Le père Paulin, dans son Abrégé du Sidharubam (page i" et suivantes), a recueilli la plupart de ces variations. Il nous suffira d'avoir indiqué leur existence.
L'un de ces deux noms est sanskrita, ou samskrita, ou samskrta, ou encore sanskrda; car on ne s'accorde pas mieux sur l'orthographe que sur la prononciation de ce mot, devenu ici un nom propre, de qualificatif qu'il est originairement.
L'autre nom est grantha * ou grantham : il tt'est guère usité que dans le Dekan ou le midi de l'indostan. 11 signifie feuille de palmier, par extension, feuille de palmier préparée pour écrire , ou plutôt pour y graver l'écriture avec un stylet de fer ; et , par d'autres extensions, livre et science. Lé nom grantha signifie donc que le sanscrit est proprement la science des livres et des sciences , autrefois la langue polie des Hindous. Mais ce mot est moins convenant pour les Hindous septentrionaux, puisqu'ils écrivent avec une plume et de l'encre , sur du papier de coton ou de soie ; il l'est devenu aussi pour tout l'indostan, depuis qu'on y a écrit des
* Grantîut lignifie assemblage , arrangement, composition, on Toit alors comment par extension il signifie encore ouvrage en prose ou en vers , et livre ; les livre* étant composes de feuilles réunies et attachées ensemble.
livres, non-seulement dans plusieurs langues étrangères, mais dans les nombreux dialectes vivans qui sont nés du sanscrit. En langue tamoule , qui manque du son ga , et qui remplace ordinairement le ta par le da, qui préfère aussi, comme le malabar, les intonations nasales, on dit kirandon pour grantha. M. de Guignes, dans les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres , dit souvent kirendon.
Je m'arrêterai au mot sanskrita, qui est le nom technique et le plus général. J'en expliquerai le sens par son, radical et par ses analogues, et je chercherai comment il convient de le prononcer.
Ce mot est un participe passé formé de la préposition sam y qui , dans les dérivés et les composés, fait souvent s an, terme qui répond au cuv des Grecs, au cum et au simul des Latins; et du participe kritq,, ou krouta, ou krta, si Ton veut, participe passé du verbe karoti (créât f facit) : ce verbe est dérivé du radical indéterminé kri, signe de Tidée abstraite d'action , Le s radical réunit les deux mots en un seul ; et les deux mots réunis correspondent aux mots latins çonfectus , perfectus , or nains. Ils signifient ce qui est bien assemblé, bien (ait, régulier, orné, parfait, excellent.
Le sanscrit est donc réputé une langue bijen faite, ornée, polie, parfaite. C'est au moins une langue formée avec beaucoup d'intelligence , et très perfectionnée généralement, régulière, quoiqu'elle offre beaucoup d'anomalie et de variantes par opposition. Les dialectes du sanscrit, déforpiés par
6a OEUVRES
la coutume , ainsi moins réguliers , mauvais en iin certain sens, sont nommés prdkrita , prakfit, c'està-dire fait contre les bonnes règles, jeté en at>afit, admis par l'usage, mauvais : c'est ainsi que tout hors-caste est un prâcrita.
Les brahmanes de l'antique et célèbre école dé Kaszi ou Cashi, autrement de Bénarès (yara* nasi) , dans leur écriture , soit devandgarï, soit bengali, écrivent sanskrit a > et prononcent de même. Tel est aussi l'usage des brahmanes du Bengale, auxquels, d'ailleurs, j'avoue qu'où reproche avec raison de défigurer le sanscrit par une prononciation vicieuse, qui affecte également les voyelles et les consonnes, mais qui, je crois, ne fait rien pour l'objet actuel de notre examen.
Le père Paulin nous assure ' que tous les brahmanes du Dekan écrivent ou prononcent sanskrta; il recommande partout décrire et de prononcer âé> même, rejetant de ce mot la troisième voyelle e ott i comme un barbarisme.
J'ai cru devoir préférer sanskrit a et sahskrh m» mot dur et sourd sanskrta ou sanskrda. Voici hm* raisons , que je souiriets au jugement de la classev Je serai court , et c'est la seule discussion de ce genre que j'oserai me permettre dans cet écrit.
1* 11 est avéré que sanscrit a son fondement dans récriture devandgari; prototype des antres écritures hindoues.
1 Gulharub, p. i5.
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2* Sahskrît nous sauve du concours de trois consonnes frappant sur une sfetite voyelle. On admet avec peine, dans le douté, un si dur assemblage, et d'abtres bien plus odieux enseignes par le père Paulin, dans une langue qui, selon son nom, passe généralement pour bien faite -, qui , daùs la formation des mots et même des phrases, se distingue de tous les idiomes par vth vaste système de permutation des voyelles et des consonnes , fondé sur une profonde analyse des sorte et des articulations , et sur une recherche délicate des lois de l'euphonie et de celles de l'usage.
3* Le radical indéterminé kri, qui vient de kara *, main, et qui, atec sam ou son, a produit le verbe actif sanskarôti et noA sanskrit , il ortie , il fait bien , il perfectionne , donne pour présent passif de sanskaroti, sanskriyâle, il est orné, bien fait; donc on doit dire aussi, par analogie, au participe passe du même mode , semskrita , comme , selon le père Paulin, on dit au participe futur sanskritjnà. Il faut donc garder cet i que le père Paufift rejette s£ absolument; il faut l'admettre ou le remplacer par tme autre intonation. Aus?t est-il remplacé par ou dan$ tebhâtkfas ou bhâchâs du
* Il dW pas rationnel de fake venir Ari de kara. Kara ett un des dérÎTéa de la racine kri, qui ett on compote* de A et de la royelle ri , qui , dans certains cas , té change en or. Cette existence extrfcorôVutfrd de deux roy elles, ri et U, est un fait bien remarquable , que Fauteur de cet Mémoires «e me seinble pas avait tumaaaanent examiné , et qui aurait piété «ne bien pro* gfrandu Forcé an ranonnenient qdHl deVeloppe dans l'alinéa qui soft. . .
Dekan, où l'on dit et Ton écrit, au lieu de,
ta, sanskroutan et sanskourtam, mots adoptés par
plusieurs de nos écrivains de l'Europe.
Il est vrai que dans les alphabets de l'Inde la lettre a est généralement inhérente aux consonnes. Et le père Paulin ne manque pas de s'en prévaloir pour supprimer i sans le remplacer. Mais il est vrai aussi que la voyelle i, ou bien la voyelle ou , est inhérente en sanscrit aux consonnes r et /. Je le démontre par l'alphabet devanàgariet par l'alphabet grantha des éditions même du père Paulin (4lp/iabeta IndicajRome, in-8°, 1791; Sidharub, page 78) , où l'on trouve pour le devanàgari, U et ri; et pour le grantha , lou et rou, comme valeurs de la lettre labiale et de la lettre canine. Sanskrit a, en écriture nàgari, et sanskrouta, en écriture grantha, n'ont rien conséquemment qui ne s'accorde avec les sons voyelles inhérens à des lettres du sanscrit.
4° Pour être fidèle à son système, le père Paulin tombe dans l'inconvénient presque insupportable d'admettre en sanscrit des assemblages de cinq çoi>? sonnes sans voyelles ; par exemple , il écrit en caractères latins vrksha (pluvia * l ) : ces mots que , dans le nord de l'Inde, on prononce vrikcha, srichtiy srichty feraient avec une seule voyelle, de l'une des langues du monde les plus, polies, un
* Frikcha signifie arbre ; c'est vareha qui rent dire pluie. 1 V. Fydkar, p. ftft et a3 ; srshdi (creatio) , «r*Afa (creaftor); Sidharub , p. 43 > 53.
idiome de sauvages^ Mais il y à quelque chose de* plus remarquable ; c'est que le père Paulin- emploie J pour exprimer en grantha cesmotSjnalsonans, dés' caractères, qui, suivant ses propres alphabets," font sans aucun doute 1>roukcha, et srcmszta, et srouszti ' . il serait donc très-possible que le mot ' sanskrta du père Paulin ne fût de même que le produit vicieux d'une habitude de .prononciationnégligée , ou' d'une évaluation erronée des caractères indous.
5° Les Européens les plus instruits dans l'ancien idiome de l'Inde écrivent et prononcent sanscrit. Nous citerons Wfl. JoneS, et plus .particulièrement Wilkinset Colfebrooke, autours .chacun d'une? grammaire sanscrite. Le suffrage de ColebrôOke' est -ici -d'autant plus imposant, que c'est lui * qui nous a mis en garde contre les vices de la prononciation du Bengale, et qu'il a partout un grand soin de s'en préserver. C'est assez , c'est trop .peut-être pour justifier le mot sanscrit, où je retranche la finale a, suivant le génie de la langue française et de la plupart des langues européennes.
Voilh pour les noms de l'idiome. Quant h l'histoire de son origine, de ses progrès, de ses révolutions, il serait maintenantâmpossible, en Europe' surtout , de l'écrire avec les détails convenables', '
1 V. Sidharub, p\ 2t , 4$, go , 91 Veto. » Asiat. Res't t. VU, p. 3*4.
avec la critique nécessaire. Mais l'objet de ce Mémoire exige que j'établisse la haute antiquité du sanscrit ; que j'indique les vastes contrées où il s'est répandu , et que je cherche quand et comment 3 est deveny langue morte ; quand et comment il s'est transformé en ces nombreux dialectes parlés encore aujourdliui par les originaires indiens dans tout le pays de BhârcUa.
Mais sur la haute antiquité du sqnscrit, je seras arrêté au premier pas, si j'oubliais d'examiner un passage célèbre de Mégastbèn'es , conservé dans Stqpbon , livre XV, et allégué fout récemment par notre savant confrère, M. Barbie du Bocage, dans une note qu'il voys a lue, et où il dit que les premiers monumeqs de la littérature indienne ne peuvent pas être plus anciens que le géographe Bto* lémce , qui florissait au milieu du second siècle de notre ère.
On sait que Mégasthènes fut ambassadeur du roi Sélcucus-fticator, auprès de Sandrocottus , roi in-* doit. 11 fut reçu pendant la guerre entre ces deux rois , dans un camp au milieu d'une armée de qua-' tre cent mille hommes ; et il observa , dit-il , que cette armée si nombreuse usait de lois noç écrites dans les jugemeus militaires : sur quoi il ajoute : Car ils ne connaissent pas V écriture; chez eux tout se règle de mémoire. Où&yocp ypéppatr* tîSAau
Ce texte remarquable a été souvent discuté par
DE J.-D. LAN JUINAIS. 6*
les érudits. Je commencerai par rendre compte de ce qu'en ont jugé cinq de nos habiles critiques les plus modernes.
Le père Georgi , auteur de l'énorme Alphabetum Tibetanum, fît de ce texte un argument décisif contre les ouvrages où le père Pâdlin a reconnu et yantc même l'antiquité de la littérature indoue. Voyez p. ioi et seqq. d'un livre du père Georgi , intitulé : Fragmenta Dhebaica dwtfSe miraculis SHColuthi9 etc. Rbmœ, 1793 , in-4°*
En réponse à cette critique, le père Paulin publia sa dissertation de Veteribus Indisj Romœ, 1795, in»4° i consacrée à l'examen du texte qu'on nous oppose ; et il y prouve par un passage de Néarque, aussi dans Strabon (livre XV )? et par* tes témoi*' gnages d'autres auteurs grecs et latins, qu'il ne faut pas S'en rapporter* sur ce point à l'assertion de Mogasthènes; encore a-t-il oublié le texte du livre d'Arrien; De Rébus Indicis,où cet auteur, d'après M égasthènes lui-même , nous apprend quç les Indeus avaient dès-lors des almanacfas avec des prédictions sur les saisons. *
• Le professeur Meiners ( tome X , page 65 des Nouveaux Mémoires de l'Académie de Goettingue), s'étant objecté la même assertion, l'a repoussée par une citation de lambulus, dans Diodore de Sicile (liv. 111). Comme ce passage a échappé àyx recherches du père Paulin , j'en dirai le sens: Iambulus parlant d'une lie , qu'on croit être celle, de la Taprobane , qui a dû recevoir de la Péninsule et
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sa population et son instruction ,. dît qu'on y avait une écriture syilabique de vingt-huit caractères, allant de haut en bas.
Au contraire , le docte Zoega, dans son beau traité de Oàelùeis, pag. 55 1 et 55a, se fonde encore sur le passage de Mégasthèmes comme sur «a texte décisif» et croit le concilier avec le texte qpn» traire de Marque, un peu antérieur à Mégasthènes» en disant qtie , si Néarque vit 4e l'écriture indooe peinte sur la toile , c'est que tes Indieus imitaient les Grecs. Néarque ne dit pas un mot dé cette imitation ; une longue expérience a prouvé que les Indous, avec beaucoup d'adresse et de talent, se refusent, par préjugé, par caractère, à l'imitation des arts étrangers ' , et qu'ils se croient faits pour être imités, nullement pour imiter les autres. Un général, comme Néarque , occupé de sa périlleuse entreprise, allant a la découverte en pays incouuo, descendant le Sindhou au milieu de sa flotte, escorté par d$s corps de troupes qui s'avançaient en même teins que lui de chaque côté sur les deux rivages , n'était guère en situation de faire enseigner l'écriture grecque aux Hindous y qui avaient bien autre chosç à faire que de rapprendre. Cependant Zoega ne se contente pas d'ajouter foi au rapport de M é*gasthèpes ; U veut, que les Indous n'aient appris fe écrite que long-tems après T-ere chrétienne. • Mais nous avons un^ édition de Strabon, publiée
1 AMk*ç* MUhrtdam, 4. I*> p. t3i.
DE J.-D. LAKJUINAIS. 6g
a Oxford , en 1807, où l'éditeur, M. Fraeer, s'en tient à l'assertion positive de Néarque, et ne balance point k dire que' les Indous cachèrent leurs livres h Mégasthènes, ambassadeur et général ennemi, et que des peuples , aussi policés qu'ils étaient du tems d'Alexandre, ne pouvaient pps alors être privés de l'art d'écrire. •
•M. Wilferd est du même avis dans le tome LK des mémoires de la sotié té de Calcutta, p. io5.Nous croyons aussi que Mégastkènes n'ayant aperçu ,. dans le camp de Sandrocottus, ni livres, ni coq* ture, et peut-être mal informé d'ailleurs, et ou-» bliant ce qu'il avait dit des almanachs des Indous , se fia trop légèrement à ses conjectures ou k des rapports inexacts. On ne doit pas l'en croire, puisqu'il est contredit par les textes que j'ai indiques , et puisqu'il nous apprend lui-même, dans S ira bon, que les Indous avaient une sorte de chronologie'} qu'ils s'accordaient avec les Juifs sur ce qui regarde la création et la nouveauté du monde ; qu'Us avaient des catalogues de leurs rois y et qu'ils faisaient tenir des listes des morts et des naissances ; puisqu'enfin l'état de la civilisation était .dès-lors très-avancé dans l'Inde , quoiqu'il y eût dan* ce pays , comme il y en a encore de nos jours , des hauteurs et des forêts habitées par des espèces de sauvages dont quelques-uns, au jourd'hui comme alors , sont anthropophages. J'ajoute que Mégasthènes est contredit lencore par M. de Guignes, qui, dans Ses premiers Mémoires snt la religion de Boudha ou
?o OEUVRES
de Fo*, cite un des livres indiens sur cette reli-< gion, connu en Chine dès Tan premier de l'ère chrétienne , et d'autres déjà traduits de l'indien en chinois , dans le premier ou le second siècle de cette même ère .
Il est probable qu'on avait trompé Mégasthènes pour échapper à' sa curiosité: C'est ainsi que, jusqu'aux vingt ans derniers , souvent les panditas ont trompé plusieurs de nos Européens les plus habHes , tels que Sonnerai, le. P^- Paulin , etc. , qui npus trompaient à leur tour, en nous certifiant tantôt que les Vedas sont perdus , et tantôt qu'ils n'étaient pas des livres écrits. Ainsi, le pandita de qui tés missionnaires danois reçurent l'abrégé de l' Yadjour Veda, qu'ils ont publié dans leur recueil, leur assurait que ce livre n'était pas écrit , et qu'il ne pouvait s'aider que de sa mémoire seule pour leur eu faire connaître la substance ' . Ainsi , dans le dernier siècle, le P. Bouchet, missionnaire dans l'Inde, assurait que les Ipdiens n'ont* aucun livre de loi , et qu'ils jugent les procès par dçs coutumes non écrites i.
J'ai prouvé par aies extraits de VOupnek'-haê , dans le Magasin Encyclopédique de M. M il lin , que, dans plusieurs cas , le; mensonge est autorise
1 Mémoires dé CAcmdemie des B *Uês- Lettres , t. XIV, p. a5i »
% Der Danischen Missionnaires BerichUn. Contin. 3g, p. 4*8; Cotttin. $6 , p. t?53.
* Lettres EdifianUs , t. Xtt, p. a5&<i5g, editiqn de 1781.
DE J.-D. LAffJUINAIS. 71
par ce recueil célèbre lire des Vedds . Une doctrine si commode dut s'étendre naturellement à des cas même que ni \?%Vedas ni les Shùstras n'ont pfévus.
Vous en avez des exemples dans les interpolations du panditaàz M. Wilford, dont j'ai parlé 7 et dans les ouvrages entiers de ces imposteurs littéraires de l'Inde , qui maintenant encore attribuent leurs propres écrits aux plus antiques personnages, afin de s'accommoder j c'est leur misérable excuse, à la perversité de notre âge contempteur des livres modernes ' . •
Je croîs donc pouvoir dire , quoi qu'il en soit , ou que MégastHènes écouta de purs mensonges sur cette ignorance des lettres, qu'il attribue ahx Indiens, ou que c'est ici un exemple des méprises excusables qui lui sont échappées ; c'est ce qui va recevoir un nouveau jour des renseigriemens que j'ai rassemblés concernant 1'hbtoire de l'idiome sanscrit.
Le récit \t plus fabuleux cache souvent un- fond de vérité historique : on peut essayer avec succès de la dégager de ses enveloppes. Les brahmanes racontent k qui veut les entendre , que leur langue savante et liturgique est l'idiome de ces millions de dieux subalternes faits en personnifiant les astres, lés élémens', la mer, les montagnes, les fleuves, les productions de notre globe , et les emblèmes, ainsi que les attributs de la Divinité. Ils vont plus loin;
1 Jisial. Res. , t. VIII , p. ao3. -
ûs soutiennent que Dieu, le Dieu suprême, rairaua au commencement leur alphabet $t leur langpe * qu'en un mot , ce fut en parlant sanscrit qu'il commença l'œuvre de la création , continuée ensuite par Brakrnd, et qu'alors il exprima sa volonté par les moî4 sanscrits , celui-là d'interrogation., je&-ce~ lui -ci d'assentiment , houm et om, qui font partie de toutes les prières des Hindous ' . I^eur fcttflq» serait donc, à tes en croire, aussi vieille «çme le monde. Au moins faut-il conclure de ces £ables, que les Indiçns,.dont la haute antiquité n'est révoquée en doute par personne, croient que leur langue est la première et la plus ancienne de toutes les langues. . •
A l'appui de ce préjugé national, vient pgk célèbre auteur persan, qui n'est, à la vérité , que du dix-septième siècle , mais qui, par 1# singularité et la vraisemblance de certains faits qu'il expose , a fixé l'attention des savans de l'Europe ; c'est Mohammed-paui, auteur du Dabùtan, qui est uaeftiV toire des religions. -En 1789, Gladvin , membre de la Société Asiatique de Calcutta, en a publié le texte .persan et une version anglaise ■*. Dans le pren&ter chapitre de cet ouvrage, qui vient d'être traduit en allemand d'après l'anglais , comme un des ptys curieux morceaux de l'ancienne histoire , on lit'tas
1 SidbawubamlP. Pmulini, p. 54 , 6g , a5>t suiv, .
1 New Aêiatic Miicellanjr, Calcutta» 178g, in-4° I* Yeroion allemande , par F.-V. Dalberg, a para à Aschaflemboucg , 1809, in- la, 117p.
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assortions suivantes , enseignées par une secte de sabéens ou jrezdiens, dont il existait encore des sectaires du teins de l'auteur persan : « Mahabad était le premier homme de la période actuelle du monde. Il reçut de Dieu toutes les sciences , <]&ns une langue appelée sainte. Dé cette langue , divisée en dialectes , sont provenus le persan , 1'jndien , le grec et les autres langues, Lc$ descendons $p Mahabad, sous leciom de rnahabadieris , ont formé une première dynastie persane. »
Ainsi que Manou, fils de Bcahmâ, Mahabad (qui paraît être le Manou des Indiens.) , publia un code de lois, et il établit les distinctions légales des quatre castes; Bavoir : des birmans, des kchetreman, des boss et des soupir, termes persans qui répondent aux mots sanscrits bjtihmana, kshçUiya, paishya et shoûdra. I/autepr persan donne l'étymologie des noms des quatre castes, étymologie que je n'ai trouvée, nulle part ailleurs* Il est remarquable que la même distinction des fastes est attribuée au célèbre roi. des Perses , Djemshid , dans le Shah-Nahmç de Ferdousi f . Maintenant 5 si l'on se rappelle ee que np.itf wqujs déjà observé sur le persan , wiï daps pqji $ta,t moderne 3 §pit 4aps $& &ourjQ<$ leç plus prochaines ^ q^i sont le zen<J , \e
' Monumtnti Persepùlilani e Ferdusio poeta Persarum heraico llliutratio : proposait G. E. tiageman philologiœ studiosus , Goctting. 1801 , in-4°. Mém, de tAcad. des BelUs-Lct. , t. XXX VU , p. 35?.
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pahlavi et l'ancien parsi, trois dialectes aaalog étroitement liés avec le sanscrit, par l'identité <T très-grand nombre de radicaux , et par celle de structure grammaticale , on regardera comme c tau* , avec beaucoup de savans, ou que l'Inde dans les tems plus recules , une partie de l'emp de Perse , sous la même langue et sous Tes mèn lois, on que les Indiens d'aujourd'hui sont des F sans ou des Mèdes d'origine , qui nous ont ce serve l'ancienne langue commune de l'Inde et la Perse; deux alternatives qui supposent éga ment la très-haute antiquité du sanscrit.
Cette 'haute antiquité est encore fortifiée : pi mièrement, par les analogie» frappantes que j*< poserai à la fin de cet écrit, et qui depuis quelqi années ont décidé H'habiles écrivains a faire di cendre en très-grande partic-dn sanscrit le grej l'ancien teuton et le latin ; il est au moins certs que ces trois idiomes nous ont. transmis une- gran quantité detnots étroitement liés a la théologie, la mythologie, aux usages et aux doctrines de 1*1 dostan.
- Secondement , par ces amas prodigieux de tei pies et de -sculptures antiques, et dans Tue de Si sette ' et sur la câte d'Ellora , où sont représent des personnages, des mythes, des emblèmes , à opinions, des usages, qui ne se retrouvent et n'o
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leur explication que dans la langue et dans les livres si respectés chez les Içdous ' .
Troisièmement, par cette remarque frappante, que non-seulement le sanscrit est la- langue sacrée du# brahmanisme , système religieux si ancien et si étendu dans l'Asie, mais qu'il a pour sœurs ou pour filles , les langues liturgiques du boudhisme ou du shamanisme > doctrine qui rçmonte pour le moins au sixième ou septième siècle av^nt J.-C. * , qui deux cents ans avant notre ère était répandue dans le voisinage de la fiactriane, au nord du Sindhou 5, et qdi subsiste encore, énoncée par tout en sanscrit altéré sur la côte orientale de l'Inde , dans Tile de Ceylan , au Tibet , daps l'empire des Birmans , dans la Tartarie , la Sibérie , la Çochincbine, la Chine et le Japon.
Quatrièmement enfin, par ce fait décisif, que c'est la langue des Vedasj ce dernier point demande quelques dcveloppemens , à . cause de son importance et des doutes qui se sont élevés sur l'époque de là composition des principaux livres indous.
M. de Guignes, nous l'avons déjà dit , avait observé judicieusement que le Bhxigavata Pourâna ou certaines parties des textes qui le composent
1 V. Uindow Excavations in the ntountain of Ellora. .. By ThooflM Partiel, Loti don, junc 1804, in-8°; et le recueil , trët-groml in-f», de* gravures mêmes.
1 Ai. Hes. , t. VII , p. 34 et 5*.
1 Mèm. de V Acad. des Belle*- heure i , t. XI, p. ai^-*
7fl OEUÏKE8
sont assez modernes ; mais ces parties sont étp gères à la doctrine des. Vedaa f el les Pourôm visiblement interpolés , sont eu outre des ouvrai fort difterens des Fedas mêmes-
On sait combien les suppositions et les fraul littéraires ont été communes el le sont encore di l'Inde; qu'elles sont légalement favorisées pai goût des lecteurs et par la complaisance des éc vains ' ; mais il .y a loin de la à la supposition* rci de tous les livres hindous réputés antiques. L/I rope aété inondée de faux monumens en tout geit aucune personne scusée n'en conclura la suppc lion de toutes nos médailles et de toutes nol i scriptions , de toutes nos décrétâtes et de te nos anciens livres. Le père Hardouiti même ado» tait quelques livres latins comme authentiques.
M. PinLerton, dans sa Géographie, a trait sans distinction, les livres de l'Inde les plus vévét comme des monumens d'imposture forgés dans derniers siècles ; mais il n'apporte "pas la preuve plus légère au soutien de ses assertions , et J" aperçoit assez -qu'il connaît fort peu les livres hi dnus qu'il prétend juger.
M, Eichhora, beaucoup plus savant dans littérature orientale*, suîl tt-peu-près le -même «j tème que Pinkerlon " ; mais il s'abstient aussi de motiver.
1 AiiAt. Ht:, I. vn , p. 3o3.
i Getchichit dtr Littaratur- Gmlliag ,
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Egalement versé dans l'astronomie et dans le sanscrit, Bl. Bentley. s'est armé dfe Tune et de l'antre pour reléguer parmi les productions des sept à huit derniers siècles , et les Pottrànas , et les traités d'astronomie indienne appelés Siddhdnta ; et même., contre la tradition générale et les plus fortes probabilités , les poèmes de V almiki , et le célèbre dictionnaire sanscrit Àtnarasinha ou Àmaracosha. .
Mais, quelle que soit la sévérité de son système, ni fui, ni aucun des savans de la Société de Calcutta n'ont attaqué l'antiquité des Vedas. Au contraire M. Colebrooke, après avoir fait des Vedas l'étude la plus approfondie, a proclamé les preuves les plus satisfaisantes de leur antiquité et «de leur authenticité l . Il a d'ailleurs constaté que différentes positions du ciel décrites dans les Vedas, comme existantes à l'époque de la rédaction de ces livres, se rapportent au quatorzième siècle avant l'ère chrétienne a. Et M. Wilford, d'après une observation astronomique, a fixé au treizième siècle, avant cette même ère, l'âge de l'astronomie indoue. Paràshœra^père de Krichfta Doucvipayana Vyâsa, éditeur ou réviseur des Vedas, est réputé l'auteur duMahdbhdrataet desPourqnas, tels qu'ils étaient avant les altérations modernes qu'ils ont souffertes.
Ce n'est pas tout. Avant les trois mille ou trois
1 Atiat. Res. , t. VIII , p. \$i et soit.
3 AtiaL Re*. , t. VU, p. *83; t. VIII, p. 473.
mille deux cents ans derniers, époque à laqu semblent remonter les Vedaç, combien de tem avait iallu pour former cette langue dans laqu tant de portions des F'edas sont écrites ; cet antw sanscrit, rude et irrégulier, .en comparaison sanscrit perfectionné ' , conforme aux règles ■ grammaires , et rapproché des prâcrits? Coin h de tems pour inventer , pour entasser, pour ex] mer, en langage poli, et tantôt enversharmomei tantôt en prose mesurée , tant d'idées les plus i traites, tant d'emblèmes, tant d'hymnes, tant prières et de cérémonies, tant d'opinions et de t ditions , tant de réflexions profondes , tant d'in ginations vaines , tant de subtilités excessives, ti d'observations physiques et morales que l'on, trot accumulées dans ces recueils volumineux ?
Te) est donc au moins, comme langue de» VecL l'avantage bien remarquable .de l'idiome sansci qu'il nous offre de plus antiques volumes que ti ceux qui nous restent des Grecs et des Romai Vous trouverez, j'espère, qu'il n'y a pas d'exaj ration It lui reconnaître, au tems où nous "aomm environ quatre mille ans d'existence. J'ajoute qt rivalise de même avec les langues les plus cëlèbi du monde par la vaste étendue des pays qu'il a < cupés , 'soit comme idiome vulgaire , soit corn: langue savante et religieuse. Comme idiome nati
• Min JtTAtati. dt$ BtlUi-UtUti , i. Vf. , p. i,>6. Atimt. k VH . ,,. mi, no, l. VIII, p. 497.
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nal et commun, il a couvert probablement l'ancien empire de Perse; et tout au moins llndoustan, prenant ce mot dans la signification la plus étendue. On ne doute pas aujourd'hui de cette vérité, déjà plusieurs fois énoncée dans ce mémoire, que le sanscrit est la source principale -et presque unique de tout ce que Ton connaît de directes indous lettrés, anciens et modernes, dans cette vaste contrée. Les mots sanscrits se montrent fréquemment tout purs dans ces dialectes : c'est un genre d'élégance qui a sa théorie fixée , de les employer ainsi dans leur pureté ; et partout le fond 8e ces dialectes n'est que le sanscrit plus ou moins reconnaissable, selon qu'il est plus ou moins altéré par éllsion , Contraction ou permutation de lettres, ou mélange de flexions , de mots et de locutions étrangères.
Le sanscrit exempt de graves altérations locales et d'élémens hétérogènes , le sanscrit des livres ne se rencontre plus nulle part dans la vie ordinaire. Mais une grande partie des brahmanes et les autres Hindous bien élevés ont étudié cet idiome. Us l'entendent, récrivent encore; ils le parlent même, comme en Europe la classé éclairée étudie le latin , compose et parle dans cette langue, en s'appliquant h étudier, h imiter les bons écrivains; et depuis le pays de Rashgar, jusqu'au cap Comorin, depuis les bords de Y Hindou ou Sindhou, jusqu'aux bouches du Gange ' , le sanscrit proprement dit est la
1 V. Sidharub, p. 8; Vyâkaranam } p. 19; Atiat. Jto. , t. VIII , p. *j54; Eiehhorn, Gesehiehte der LitUrat. , toI. V, p. *4t.
8o OEUVRES
langue sô^fitmefie des prières et des cérémonies *e* ligienstes; c'est celle des livres de lot, et généralement des livres les phis estimés,- ancien» et modernes , en tout genre de science et de littérature.
Les langues étrangères parlées dans Tlndostan ont admis dés ternies et des phrases empruntés do sanscrit ; et avec la religion des boudbistes , branche sortie du brahmanisme , il y a environ deux. mille quatre cent* aris , une multitude énorme <to mots sanscrits, plus 6n moins altérés, ont pénétra* au nord , h l'orient et au midi , depuis l'Indostan jusqu'aux extrémité! de l'Asie, au Tibet, chez les Mongols et les Mantchous, dans tonte la Tartarie , au Japon1, dans la Corée, dans l'ile tle.Gejrlan.,; dans l'errvpire des Birmans , dans la Cocbinckkie et; jusque dans la Chine , surtout dans le £ays et dans; les îles entre la Chine et l'Indostan.
Nous prouverons bientôt qu'il existe dans les» langues grecque et latine, allemande etesclavone, un très-grand nombre de mots, ou purs sanscrits,. on dérivés du sanscrit , en sorte qu'on servait portât h croire que l'Europe a été peuplée principalement pa* des colonies d'origine indienne on indoscjohe;* comme on présume d'après le langage de ces Van gabonds appelés. Egyptiens , Bohémiens, Zmga^ riens, etc., répandus en Europe depuis le gomment* cernent du quinzième siècle, qu'ils nous sont venus du midi de l'Inde. *
Une langue aussi étendue que l'ancienne langue indienne , parlée , écrite dans de vastes états indé-
pcndans, et dans leurs nombreuses principautés subordonnées, separtagea nécessairement et promptement en dialectes multipliés, qui s'éloignaient plus ou moins de la souche primitive. Le tems, la diversité des climats , les habitudes locales et populaires, l'influence des étrangers durent assez tôt changer plusieurs de ces dialectes en autant de langues propres, et inintelligibles hors du territoire que chacune occupait, aux Hindous même parlant un idiome dérivé du sanscrit. C'est ainsi que les Grecs n'entendaient pas le latin dérivé du grec , et que les Italiens, les Français, les Espagnols ne comprennent pas , s'ils ne les ont étudiés comme langues mortes, leurs idiomes respectifs, quoique tous sortis du latin.
Quelques-uns des dialectes indous, appelés, comme nous l'avons dit ci-dessus , bhdchd ou prdcrita, sont antérieurs; non-seulement aux diverses conquêtes des Mahométans dans l'Inde, mais même h l'ère chrétienne.
Je ne parlerai ici que du prâcrit hindava ou du vieux hindostanique , du prâcrit sârasouata , autrement des bords du Gagra, et du prâcrit de Ma* gada, ou de Magadha, ou du Bahar, qui paraissent les trois plus anciens prâcrits. Une première preuve de la haute antiquité de ces deux premiers prâcrits , c'est qu'on les écrit ' en caractères dévanâgaris, formes perfectionnées des plus anciens ca-
• AùaU Res. , t. VII , p. mo.