‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 51 sur 101 · IV · texte numérisé non relu

IV

» La moitié qui était d'argent, fut la terre; » l'autre moitié fut le ciel»

» De la moitié contenant le poulet » Jurent faites » les montagnes; et de la peau très-fine de la moi- » tic contenant le poulet et l'humidité, furent » faits les nuages et la foudre ; de ses veines furent » faites les mers ; et de l'eau qui était dans la moi- » tié contenant le poulet, fat fait l'océan; le pon- » let, c'était le soleil « Le soleil, four immense, » tomba dans l'orbe , et tout ce qui existe fin » fait (8).

» Le monde, que nous voyons, n'existait pas » au commencement. Harangue rbehah , le ventre v d'or où était Dieu , ou la collection des élémens » subtils, tenait toutes choses dissoutes en soi- » même. 11 n'avait aucune qualité que le désir de » matiger ou de détruire.

» Il voulut produire l'ame , et pensant qu'il était » le maître de l'ame , il s'adora lui-même, et l'eau

» nécessaire à son culte fut produite Il durcit

» l'écume de l'eau, et en fit la terre; après quoi il » se trouva fatigué , il eut chaud ; ainsi il produisit » le feu. Ge fut sa volupté; et le premier corps » produit fut le feu,

» Le Hàranguerbehah se divisa en trois parties * également respectables > le feu , le soleil et l'air. . . ; » puis il voulut avoir un second corps sensible et » grossier.

» Par cette pensée fut créée la parole , qui est la » forme des trois Vedas*

DE J.-D. LàïUUINAIS. %j&

» Le Haranguerbehah parla , eft la semence fut » produite, et le soleil fut produit de cette sei) mence , et avant le soleil , il n'y avait point d'an- » née. Dans cette semence, le soleil parvint à sa » perfection dans une année, et alors il parut.

» Le Haranguerbehah pressé par la faim f fit la » démonstration de vouloir avaler le soleil. Celui-ci )> cria d'effroi bhan ', et la parole se manifesta.

» Le Haranguerbehah pensa que, s'il mangeait » le soleil , ce serait peu pour son appétit ; du so- » leil encore nouveau , il produisit toutes les esd pèces de créatures , et augmenta ainsi son ali» » ment.

» Du mot bhan, il fit les noms qu'il donna a » chaque créature , ensuite il acheva la création » dont nous allons parler. D'abord parut le Rak- » veda (rik-ueda) , dont le nom signifie discours » mesure , en stance de quatre vers ou demi-vers » égaux par le nombre de lettres. . .

» Ensuite fut produit le Djédjr^eda (Yajour- » veda) , dont le nom désigne les stances composées » de vers inégaux parle nombre des lettres; puis * le Sam(samarvedd) , dont les vers sont composés » de lettres égales en nombre , et harmonieuse» » ment disposées. ... ; puis les poèmes dont les vers » sont mesurés comme ceux des Vedxis; puis le sa- » critioe, puis l'homme et les animaux. Tout ce

1 De la racine bkd , briller , vient bhdaou , loleiL De bhdch, *âe*| bhdchd , parole. 11 y a ici quelque allusion étymologique.

» qu'il créait , il le mangeait ; il mangera tout. De D là il s'appelle adat , mange (tout).

» Fatigué encore, il éprouva de la chaleur, et •» créa la respiration. Alors te Haranguerbehah » devint cheval (ce cheval mystérieux qui est Fem- » blême du monde et de T homme (m) offerts en » victime à famé universelle dans le sacrifice » aschomideh) ' .

» Le Haranguerbehah ne fut pas content d'être » seul. Il voulut une épouse , et il se trouva uni » avec elle , son corps étant divisé en deux moi- » tiés. Son nom était Manou, et celui de la femme » Sataroûpa. De leur union est venue l'espèce hu- » marne.

» Sataroûpa, réfléchissant qu'elle avait elle- » même été produite du corps de Manou, fut af- » fligée de s'unir avec lui , et pour l'éviter elle se » changea en vache. Par amour pour elle, Manou se » changea en taureau, et d'eux vint la race des tau- » reaux et des vaches. Par suite d'autres métamor- » phoses que Sataroûpa voulut subir par le même » motif, tous les autres animaux furent produits. » Quiconque médite là-dessus , et sur ce que je suis » la forme des créatures , et que j'ai tout crée , » pourra créer aussi.

1 Oti petit prendre une idée du sacrifiée AsouamédHka dans le

de YOupnek'hat , traduit p. xt et xti du Code des Gentous. (Test le sacrifice d'un cheTal ; c'est une pratique extérieure ; mail par le moyen de l'allégorie la plut suivie et la plu» raffiné* , c'est limage de la nature entière , immolée en sacrifice a Dieu.

DE J.-D. LANJ*Jl!f AÏS. i77

» Alors le prajdpati (pvble maître de la première » création), joignant les deux mains, les mit dans » sa bouche , et il en sortit le feu qui est brakman » mokelha l ( c'est-a-dire , le plus grand des pré- » posés , comme les Brahmanes la première classe h des hommes).

» De la semence du prajdpati fut faite Peau de » la vie, kiasoum*. Ainsi le prajdpati fît plus que » lui. Ainsi, en méditant, on peut faire ce qui est » plus grand que soi (i)>

LES DEVÀS ET LES DAITYAS.

» Au commencement , il n'y avait que le plus )> grand des préposés ; il parut en figure de feu . Il » vit que la création n'était point parfaite.

» Il créa ( parmi les génies célestes , devas ) » l'espèce des rois ou des gardiens , les rajas.

)> Parmi eux , Indra est le roi ou gardien de§ de- » va* mokelha {Jerescthhecfy; Bran[Varound) est » le gardien des animaux qui vivent dans l'eau .Mah1 » (ou la lune, lunus) est le gardien des Brahmanes ; » Roudra celui des animaux, des nuages, de la » foudre , etc. ; Varna celui des âmes des morts ; » Moût*, celui qui augmente les maladies; et Ma-

1 Mokelha est un mot persan.

* La deuxième partie de ce mot rappelle le mpt sama % qui est une boisson dn sacrifice.

3 Mot persan ; en sanscrit c'est soma on tchandra.

4 Peut-être mrityou , la mort.

»7& OBUVftES

» hâdeva ( Shiva ) est le gardien de ceux qui sont » grands et forts.

» Voila les plus grands rois (parmi Xe& feresch- » tehhà), première classe.

» Il créa de même (parmi les anges on génies) les » beies ou vaishyas ' (les marchands), et les shoû- » dras (les servant par naissance) , trois secondes' » classes.

» Puis il créa la loi ou la religion ( tcharyâ, » allure , marche, conduite) ; celle-ci est le roi des » rois , le gardien des gardiens ; elle ne fait qu'un » avec la vérité, la pureté.

» En créant ces castes d'anges , Brahmâ, le » premier des préposés , ne faisait que se mani- » fesler lui-même en ces différentes castes (célestes).

» Il s'est manifesté de même , prenant la forme » des quatre castes dans l'espèce humaine, et ce » Brahmd est lui-même le créateur ; il est l'ame » universelle; il est le mondé (24)- ••

)> Combien y a-t-il de deïouta (devatâS) ou de » génies délégués, nécessaires à connaître?

» jR. Trente-trois. Huit vichnous % (ou pénétrons » conservateurs) ; onze roudras (ou qui font pléu- » rer); douze adat (ou preneurs, mangeurs), et de » plus Indra et Prajâpati.

» Les huit génies vasous sont ceux du feu , de )> la terre , de l'air, de l'atmosphère , du paradis , » de la lune , du monde et des étoiles fixes.

1 Liiez va sou.

* Lisez aditya.

DE J.-D. LANJUINÀIS. a79

» Les onze roudras sont ceux des dix espèces » d'air qui sortent du corps de l'homme, et le djiou » (jwà) âtmây ou la parcelle del'ame universelle qui » anime le corps. On les appelle roudra, parce » qu'ils font pleurer l'homme lors de la séparation » de l'amc incorporée {djiou âtmd) , d'avec le » corps,

» Les douze adityas gonrfes devas des douze » mois , pendant lesquels le soleil passe d'une mai- » son dans l'autre ; on les appelle preneurs , parce » qu'ils prennent la vie des hommes.

» Indra est le génie du nuage ; le tonnerre est » son instrument de guerre (4°).

» Les devas ou devatds (fereschtehhd) et les » démons (djenian , asouras , daityas) combat- » tirent les uns contre les autres: la victoire resta v aux premiers, par le moyen du nom de Dieu et » de la prière.

)> Les djenian eurent , un tems , quelque avan- » tage, parce que les premiers attribuaient leur v succès a leurs mérites , et s'en glorifiaient (5).

» Le roi des djenian et ses compagnons tom- » bèrent dans Terreur et s'égarèrent, parce qu'ils » crurent que le corps et tout , et qu'on doit ado- » rer son corps; enfin qu'il n'y a point d'ame uni- » verselle (20). »

le monde.

« Outre ce monde visible , il y a le monde pri- )> mitif, qui est le monde du créateur (?4? P- i34).

?8o ORUVRES

» Outre ce monde-ci, il y a le mondé des an-r » ce très , et le monde des bons génies (devas) (a5, p. 147).

» Outre le monde terrestre , il y a le monde de » l'atmosphère et le monde du paradis (70).

» Dans le paradis il y a deux fleuves et un arbre » dévie (19).

» Le monde est*be qui est environné par une » circonférence égale à trente -deux révolutions » solaires.

» Au-delà est la mer environnée d'un cercle égal » a cent quatre-vingt-huit révolutions solaires , et » lk finit le monde (34).

» D'où vient ce monde? De l'éther {âkdsha) ; » tout vient de l'éther ; tout est dans l'éther ; tout » s'en retourne dans l'éther; l'éther est plus V grand que tout ; il est infini ; U est votre ame (6).

» Le lieu , le tems , le corps périssent ; l'être qui )> n'a pas été fait ne périt point (86).

» Quand le monde est sorti du maître du monde, » il retourne s'y absorber.

» Le monde est le ventre à! aima (de l'amc uni- » ver sel le). Tout est dans Vâimâ; la terre est son » escabeau ; il ne cesse pas d'exister ; l'air est ses w oreilles ; le paradis est sa bouche ; cet être est )> plein de bien et de mal , et tout le monde est » dans lui (6).

» Le monde n'est qu'une apparence , un men- » songe ; il n'y a de réel que l'ame universelle qui >> se manifeste par l'apparence du monde (84)*

DE J.-D. LANJU1NA1S. a8i

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