‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 53 sur 101 · I. Du corps et de l'ame · texte numérisé non relu

I. Du corps et de l'ame

« L'air , les nuages , la foudre ne sont point des » corps. Ils sont sortis de l'éther; et se joignant » à la lumière du soleil , ils reprennent ainsi leur » forme originale ; de même l'ame séparée du » corps et délivrée de la nécessité d'en prendre un » autre , devient un avec l'être lumière , et re- » prend ainsi son état originel (20, p. 94).

» Le corps meurt , l'ame ne meurt pas ; elle ne » dépend point du corps; le corps n'est que la » maison de l'ame. Lorsque l'ame s'unit au corps, » elle devient sujette au plaisir et k la douleur. y> Lorsqu'elle en est séparée, elle n'a ni douleur, » ni plaisir.

» L'ame , à cause de sa liaison avec le corps , » s'appelle djiou aima ( ame vitale ). Lorsqu'elle » est absorbée dans l'être-lumière , elle est l'ame » de toute chose; tous les plaisirs lui sont faciles : » c'est elle qui jouit dans toutes les jouissances des

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» êtres heureux ; elle ne se souvient plus qu'elle a » eu un corps : alors c'est elle qui anime tous les » corps ; elle voit de tous les yeux , elle sent par » tous les organes des êtres sensibles.

» Quiconque connaît ainsi l'ame universelle, » tous ses vœux seront accomplis (ao, p. 93 et o4)-

» L'homme tient de sa mère le sang, la chair et » la peau ; il tient de son père les os , la moelta et » la semence (85).

» La vie consiste dans la respiration. Dites » cela devant un arbre sec, et il reverdira; ses » feuilles et ses rameaux croîtront ( i3 et 28). » ( Manière hyperbolique d } affirmer une chose. ) » La respiration maintient tous les sens de l'homme, » comme le moyeu maintient tous les rayons de la » roue. La respiration est Dieu, adorez-le, etc. (18).

» Nous avons trois corps : le corps grossier » (asthoul, âsthoûlà), le corps vivant et agissant » ( karn, karanà) , et le corps subtil ou presque » spirituel ( soutchem, soûkchmà) (6).

» Les sens sont formés de l'amë universelle , et » leur mouvement est le sien ; c'est elle qui les » comprime devant nous : elle est aussi les objets » des sens ; c'est elle qui , avec ses cinq rayons , qui » sont nos cinq sens, attire tout à elle (74 y P* 354).

» Les alimens étant consommés , la partie gros- » sière devient excrément, la partie moyenne chair, » et la partie subtile ame. Comme la partie supé- » rieure du lait battu est la crème et le beurre , de » même la partie subtile des alimens devient ame ,

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» respiration et parole. Si on s'abstient de manger, » on perd la mémoire et la parole (16).

» L'ame s'en va en respiration; la respiration » s'en ya en chaleur, la chaleur va dans le grand » génie, et ce grand génie est toutes choses, il est » l'ame universelle , et vous êtes vous-même cette » amc. Voilà le grand mot (le maliâvdkjra, magna » vox)( 17, 18, 28, 35).

» Les sens sont comparés aux devas et aux asou- » ras, selon qu'ils tendent h connaître Dieu et à » observer sa loi, ou qu'ils sont livrés aux désirs, » à la volonté de l'homme, à la volupté. Un de nos » sens étant soumis h Dieu , peut amener la soumis- » sion des autres ( 2 3 initio).

» L'ame est dans le cœur, elle est excessivement » petite , plus petite qu'un grain de riz., plus petite » qu'un grain de schanakaha ; mais l'ame uni* » verselle est plus grande que la terre , que l'at- » mosphère, que le paradis, que tous les mondes. » Elle fait tout; elle a tous les désirs , elle sent tous » les goûts, toutes les odeurs, elle embrasse tout : » voilà votre ame , c'est le créateur même (6).

» L'ame végétative (bhoûtâtmd) fait les actions » des sens ; mais c'est l'ame universelle qui les lui » fait faire. Celle-ci donne sa qualité au corps, et ne » prend point la qualité des corps; les corps sont » multipliés sans qu'elle le soit. L'ame végétative » paraît multiple , h cause du mélange des trois » qualités {créatrice, conservatrice et destructrice, » dont le juste mélange entretient la vie).

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w Avant que l'ame entre dans le corps-, le corps » ne connaît point; il est dans les ténèbres (64).

» Dans cette ville de Dieu-, qui est le corps de » l'homme , il y a un petit cabinet semblable à la » fleur du nymphœa; dans ce petit cabinet est uns » portion ftéther, une portion de l'ame univer- » selle (19).

» La vie de l'homme est de cent ans (84) • »

IL Destination de l'homme.

« Chaque homme doit se dire : J'étais le Gréa» » teur, puissé-je le redevenir !

» Il doit se dire : Je vais dans la compagnie du » Créateur; je vais habiter sa maison; je suis l'ame » du roi, l'ame de tout l'univers, l'ame des âmes; » puisé-je obtenir ma délivrance , et n'être plus lié » à un corps (20) !

» Celui qui connaît le Créateur, le vrai savant , » quand il meurt , retourne à l'ame universelle » dont il est émané. L'ignorant, celui qui ne cond naît pas l'ame universelle , reprend un nouveau » corps. Celui-là seul qui connaît bien le Créateur » y est de suite absorbé (33).

» Qui ne connaît pas l'ame universelle , quel* » que savant qu'il soit d'ailleurs , est dans les plus » épaisses ténèbres.

» A la mort de l'homme, le djiou (jîvd) dimd » devient triste à cause de l'affection qu'il a pour » le corps. La personne devient sans connaissance, )> et le djiou (Jîva) aima prenant avec lui ce qu'il

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\ y a de pins pur dans les sens , se retire an cœur, » qui est le siège de Famé. La vue se réunit au » corps subtil du mourant , et la faculté de voir re- » tourne au soleil; l'odorat se réunit au corps » subtil , et la faculté de sentir les odeurs retourne » à la terre; le sens du goût se réunit an corps » subtil , et la faculté de goûter retourne h l'eau ; » la parole se réunit, etc., et retourne au feu; le » tact se réunit, etc., et retourne k l'air; l'ouïe » se, etc. , et retourne k l'atmosphère; la pensée » se, etc., et retourne k la lune; l'intelligence, » se, etc., et retourne à Féther. L'ame, le djiou » (Jîvd) dtmd qui, entré par l'ouverture existant » au milieu du cœur, y demeurait, se retire en » forme de lumière (par lafbntanellé) . Si l'homme » a fait des œuvres qui conduisent au monde du » soleil , l'ame se rend au monde du soleil ; si elle » a fait des œuvres qui conduisent au monde du » Créateur, elle va dans le monde du Créateur. » Ainsi l'ame va dans le monde auquel appartien- » nent ses œuvres : ensuite la respiration et l'ac- » tion des sens cessent , et le djiou (Jîvà) aima (le » plus communément ) prend un autre corps sem- » blable au précédent, le premier qu'il trouve (44)- » Celui qui a connu le Créateur , lorsqu'il vient » k mourir , va se réunir k l'être universel dans les » régions célestes , conduit par les anges de la lu- » mière et du jour, par celui de la lune en croissant, » et par ceux des mois , pendant lesquels, le soleil » allant au nord , la lumière croît le jour et la nuit.

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)) L'ignorant , celui qui n'a pas connu l>ieu , qui a » cherché le fruit des œuvres , desceod aux lieux » inférieurs, "Conduit par les génies de la fumée, de » la nuit, de la lune en décours, et des six mois » pendant lesquels , le soleil allant au midi , la lu- » mière décroît le jour et la nuit... Les lieux infé- » rieurs (l'enfer), c'est ce monde où les âmes de » ceux qui n'ont point connu Dieu prennent des » corps de vers, de papillons, de chiens, de cou- » leuvres et d'autres animaux (60).

» La récompense due aux œuvres bonnes ou mau- » v aises, est comme les flots de la mer; nul ne peut » y mettre obstacle ; elle est comme un cordage qui » lie l'auteur des œuvres, et qu'on ne peut rompre ; » comme la mort, qu'aucun effort ne peut dompter. » Celui que le serpent noir a mordu ne recouvre » pas le sentiment; de même celui qui a perdu le » sentiment par le venin de la volupté ne peut re- » couvrer le sentiment. —

» U ne sert de rien k l'homme d'entendre , de » voir, de goûter, de toucher, de sentir ce qui sem- » ble agréable. L*aine dans ces jouissances oublie » sa noble source , l'âme universelle h laquelle elle » doit retourner (65).

» Le corps doit périr , il est la cause de tous nos » vices et de toutes nos souffrances ; pourquoi donc » l'ame liée au corps chercherait-elle des plaisirs » corporels?

» Tout ce qui tombe sous les sens passe comme )> des insectes, comme les fruits de la terre; que

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» peut-il donc y avoir de bon dans tout ce qui » tombe sous les sens?

» Les rois , les généraux meurent comme les au- » très hommes , et n'emportent rien de leurs ri- » chesses*

» Il semble que les bons génies et les mauvais » passeront aussi*

» Les mers qui entourent l'Océan seront un jour » desséchées.

» Les montagnes tomberont; l'étoile polaire » changera de lieu .

» A quoi donc sert d'avoir ici-bas des désirs et » d'y chercher les plaisirs? Livrez-vous à vos dé- » sirs, abandonnez-vous à toutes les voluptés, vous » ne faites que vous astreindre à contracter en mou- » rant de nouveaux liens avec d'autres corps , et » avec d'autres mondes. Il n'y a source de paix » et de salut que dans la connaissance du Créa- » teur (61). *

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