‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 54 sur 101 · III. Devoirs de V Homme · texte numérisé non relu

III. Devoirs de V Homme

Ils seront exposés en détail en traitant de Y unification qui les comprend tous , et qui est le grand objet de YOupnek'hat.

Théorie <fc i'mtHxa*iêâ>

Nous avons déjà commencé à l'expliquer sous les titres précédent.

<( L'ame universelle pénètre toutes choses; elle

988 OBUVHES

» est plus aimable que toutes choses. Qui sait cela » et en fait le sujet de sa méditation , sa prière ne » sera jamais vaine. Tout est facile h qui connaît » Dieu.

» L'ame de l'homme était autrefois l'ame univer- » selle. Quand elle s'en ressouvient et qu'elle y » médite , elle redevient Dieu ; mais cela ne peut » se faire que dans une caste élevée (af) , c*est-à- » dire dans les trois premières ou même seulement » dans la première et la deuxième des quatre castes » pures , savoir : dans les Brahmanes, les Kcha- » triyas et les Vaishyas ou Banians. »

Cependant nous lisons sous le n° 65 : « Qui est » ne dans une caste et n'en remplit pas les devoirs, » n'est pas de cette caste ; si vous faites des œuvres » pures , vous êtes d'une caste pure ' . Si vous aves » l'habit de pénitent, sans mener une vie de peni- » tence et de contemplation , vous ne cessez pas » d'être du monde; et si étant du monde, vous » menez une telle vie , vous êtes un vrai pénitent.

» Pendant que le cœur est pur , il est vérité et » lumière. Quand il est lumière, il connaît l'ame

1 On voit au N° 1 1 de YOupnek'hat, p. 33 le pénitent introduire Djabal dans la caste des Brahmanes , en lui faisant le doumi } quoique Djabal fut de naissance incertaine, et consequemment n'appartînt a aucune caste. Voilà le germe du bouddhisme , religion sortie du brahmanisme, comme une sorte d'hérésie, qui a poor l'anéantissement de la distinction des quatre principales castes , on pures, et la suppression des sacrifices sanglans ; en un mot, le rejet de* feda* et de leurs OupncKhats.

DE J.-D. LANJU1NA1S. *8g

» universelle ; quand il la connaît , fl devient elle- » même; devenu elle-même, il n'en sera jamais sé- » paré (65).

)> Qui sait que Yadkiteh ( une leçon du Keda , » voyez ci-dessus l'art. Dieu) est l'éther, doit y » méditer. Comme Téther est grand, celui qui sait » Yadkiteh est grand ; il obtient la victoire>sur tout » le monde ; il devient roi des rois ; il est ici-bas » toujours content et heureux : après sa mort, il » devient le roi des rois. Qui sait que le monde » vient du Créateur, est le Créateur, subsiste dans » le Créateur et y retourne; qui sait cela et le mé- » dite , y prend le repos de son esprit ; ses oeuvres » sont pures, ses volontés sont droites ; il est l'é- » ther ; il fait tout ; il désire tout ; il sent toutes les » odeurs , tous les goûts ; il a tout le monde avec » lui ; il est dans la quiétude.

» Lorsque le cœur a renoncé aux désirs et aux » actions , par la même il va à son principe , qui » est l'ame universelle ; lorsqu'il va à son principe, » il n'a aucune volonté que celle de l'être véritable. >> L'homme doit purifier son cœur avec un grand m soin ; lorsqu'il a purifié son cœur (de tout désir), » il a vaincu le monde. La nature du cœur est » d'être transformé dans la chose qu'il désire ; » ainsi l'ame devient Dieu ou le monde, selon » qu'elle tourne ses désirs vers Dieu ou vers lé » monde.

» Le cœur impur est celui qui a des volontés; le » cœur pur est celui qui n'en a conservé aucune, iv. 19

ig, OCUVaiS

* Le cœur "absorbé dans l'être parfait, en médi- » tant que l'ame universelle est, devient elle-même, » et alors son bonheur est ineffable ; il sait que » cette ame est dans lui,

» Ce qui fait renoncer h toute volonté , c'est de » méditer sur le Créateur, qui est la lunpère paie h et sant (in (70 , p. 356-358).

» Qui connaît l'être universel, qui sait que son » djiou (jiva) âtmâ est l'ame universelle* dévient » lumière, est délivre de tout mal; il est la science, » sans faire de fatigantes lectures ; il est heureux , » il est immortel , il est Dieu ; il produit les mondes » et les conserve; il nourrit tout ce qui respirç; 3

» est, tout l'univers, et l'univers c'est lui Lei

» bonnes œuvres ne lui servent pas , et les num* » vaises ne lui font pas de tort. (C'est lit partout la conséquence inévitable 4e la doctrine {lu qttiétisme. )

» {Dans cet état) , on ne désire rien , parçq que » (oqs les désirs sont accomplis , parce qu'on est » plein dç l'être qui est tout , parce quç , danf 1» » vérité, on possède tout,

v (Cest là la vraie vie); ainsi, désirer, c'est * mourir; ne rien désirer, c'est vivre (44 > p« *5$ » et 256).

» L'homme est le petit monde; il devient le gr*ji4 » mopdepar Y unification (yoga) (j5> p. 3&Q). 11

Méthodes et moyens d'unification.

« La voie pour être un avec l'ame universelle ,

DE J.«D» LAIf AJINAIS. ^t

» est dé la connaître , de renoncer aux plaisirs des » sens, a tous désirs.

» Ceux qui la connaissent, qui se sont purifiés » de leurs passions et de leurs vices voient, ici-bas » même, cette ame qui est la lumière, pure (83 , » p. 90).

» L'amç , dans les jouissances de là vie , oublie » l'ame universelle , sa noble source k laquelle elle » doit se réunir : elle s'y réunit par la lecture , l'in- » teUigence et la pratique du Veda. Tous les autres » moyens sont comme une paille que saisit vaine- » ment l'homme qui se noie.

» Qui fait les œuvres du Veda, va dans le monde » supérieur, qui est le paradis (65).

» Qui ne les fait point , va dans le monde infect rieur {V enfer).

» L'homme a son libre arbitre (27, p. 159),

» (Mais) il est établi dans le Veda que les œu- » vres de miséricorde se font toujours par le se- » cours de la grâce de Dieu (4o, p. ai4)-

» Qui a lu les Vedas, sait que le Créateur existe; » qui a purifié son cœur du péché par la mortifi- » cation, $ait que la mortification est la voie pour » parvenir au Créateur ; qui a médité sur le Créait teur, sait que l'univers est sa figure, et que toutes » voies conduisent fe lui (66). »

Toutes voies conduisent à lui l : cette maxime est expliquée par ce qpi suit.

1 Bhag.-GUa, lfct. 9

« Les diverses religions viennent de Dieu (82).

» Les religions diverses et opposées ne sont qu'un » avec Dieu (84).

» La connaissance de Dieu renferme trois cbo- » ses : la science du Veda; la pratique du Veda, » qui comprend la mortification ; et la méditation » sur Dieu. Qui réunit ces trois choses parvient an » Créateur, et jouira d'un bonheur sans fin.

» Celui qui sait que toutes choses sont la figure » du Créateur ; que soi et tout ce qui parait exister » est le Créateur, celui - lk parvient au monde so- » périeur, et , quand tout périt et se dissout , il est » un avec celui qui remplit tout de son immensité : » il est un avec lui (66).

» Brahma, l'agent de la création, enseigna IV » nification k son fils aîné Atkarvan. (Test la pltf » grande des sciences : elle les contient toutes. » Atharvan l'enseigna au richi Angiras : celui-ci » l'apprit k Satyavàkya descendu des Bharadvor » tchas (Bhàradhwaja), et celui-ci k Angiras1. » C'est la science que les grands maîtres ont trans- » mise aux petits ; c'est la grande science, lia grain- » maire, la logique, la rhétorique, l'agriculture, » l'architecture, l'art de la navigation, l'astro- » nomie, la théologie, l'histoire, etc., ne sont » que la petite science , celle qui est nécessaire à » l'homme en société avec les hommes. La grande » science lui apprend les moyens d'arriver k » Dieu (80).

1 Toute cette généalogie de aaints me parait Cratfre.

DE J.-D. LAIfJUlIfÂIS. *g3

» Faites les œuvres prescrites par les Vedas, » œuvres de piété , œuvres de bienveillance ; mais » c'est là une petite science qui ne préserve pas de » l'enfer, si on ne fait pas ces œuvres pour Dieu , » ou si on croit lui être utile, et si on n'y joint pas » la science du salut , qui est la connaissance de » VAtmâ. Si on n'a pas cette connaissance , ayant » fait ses œuvres, on va bien jusqu'au monde de » la lune ; mais on reçoit là sa récompense , et l'on » entre ensuite dans l'enfer (les lieux où les âmes » prennent des corps) .

» Si on a mené une vie mortifiée, celle des San- » nyâsis {quatrième ordre, quatrième degré de la » perfection chez les Indous y littéralement , ceux » qui ont tout quitté ), on va dans le soleil, dans * la collection des élémens simples, qui est le » Haranguerbehah ( ventre d'or). Connaître le » Créateur, c'est la voie droite, c'est la grande » science (81).

» Lire le Veda devant son instituteur, et selon » ses ordres ; le lire suivant les règles prescrites ; » servir son instituteur autant qu'on le peut ; tant >; qu'on vit sous sa discipline, renoncer à toute vo- » lupté ; ensuite, marié avec la permission del'insti- » tuteur, lire toujours la parole divine, l'ensei- » gner à $es enfans , à ses proches , à ceux dont on » est l'instituteur, faire ce que la parole divine » commande , et s'abstenir de ce qu'elle défend ; » concentrer en l'ame universelle tous ses sens inr » térieurs et extérieurs , c'est-à-dire , la contempler

y> en toute chose, on tout temseten tout Ked ; ne » tuer, n'affliger personne que suivant ce qui est v prescrit par Ja loi : qui se comporte ainsi pen- » dant sa vie est sauvé , et son ame ne passera plus y dans aucun corps (20, p. 96—97).

» Le grand sacrifice est l'accomplissement des » œuvres prescrites par le Veda. La perfection da » grand sacrifice est de savoir que votre ame est y l'ame universelle dans un corps humain ; que la » parole est l'épouse de l'ame ; que la respiration » est le fils de l'ame ; que la vue et l'ouie ont con- » naissance de ce qui est donné , et que le corps » fait les oeuvres.

» Cinq parties dans le sacrifice : i*% lire la se* » crête ( ou prière secrète ) du Veda; a% jeter au » feu quelque chose en l'honneur des JPeiouiah » {Devatâs) ; 3e, en conserver quelque partie pour » la donner k des êtres vivans ; 4% ^re cuire des » alimens k l'intention des âmes des ancêtres , et » les distribuer à des hommes > 5% séparer sur les » alimens qu'on prend une part pour les Faquirê » {selon le texte persan ; sans doute les Brahmar » nés (Sannyâsis) dans le texte sanscrit).

» On distingue aussi cinq agens dans le sacrifice > v l'ame , la parole , la respiration , ce qui est offert > » et le corps qui agit (2 4)»

» Ce qui est offert en sacrifice , ce sont la mor* » tification , les œuvres de bienveillance ; c'est de » faire le bien ; de ne rien tuer de ce qui a vie ; * d'avoir le cœur droit et le cœur brisé (6).

DE J.-D. LANJUlNAIS. a$5

» Dans les repas, il faut manger la première » bouchée , avec l'intention de faire manger l'être » universel considéré sous la forme de respiration; » et les quatre suivantes , avec l'intention de faire » manger les quatre vents cardinafux. De toutes les » œuvres, il n'y en a pas deiplus importante, » puisque ainsi, toutes les fois qu'on mange, on » fait manger tout ce qui existe (i5).

» Avant le repas , on fait cette prière : Si après » être rassasié^ je mange encore; si je mange la » chose d autrui y si je mange une chose contenu » tieuse y si dans les jours sinistres je reçois » quelque don; par la bénédiction du Deïôuta » ( Devata) , qui est lange des alimens y par la » bénédiction du feu qui les purifie , pat la bé- » nédiction dun rayon solaire, purifiez cet ali- » ment que fai mangé sans le savoir y purifiez » celui que je mange y purifiez tout > et éloignez » tous mes péchés.

» On boit ensuite un peu d'eau , puis on mange » les cinq bouchées en l'honneur des cinq vettts ; » ensuite on mange à don appétit et en silence.

» Après le repas on boit un peu d'eau ; ôil lave » sa bouche et ses mains, et l'on fait ces deux » prières : Cette respiration est lé feiqfiatUrel qui » opère la digestion; cette respiration est F être » universelle qui est dans le corps et y forme les » cinq vents; que celui qui ressent le plaisir de » toute chose, étant satisfait par cet a/ùnèht , » donné la pûùt au monde!— O anie universelle f

ntfi OEUVBES

» tu es le feu qui détruit tout, et qui conserve les » mondes créés; que cet aliment que foi mangé » te parvienne ; que tous les êtres vivons te par- » viennent; car tu es la forme du monde, et tu » existes toujours. Ensuite, on fait une méditation » sur l'ame universelle (70).

» Six moyens de parvenir à l'être unique , et » d'être un avec lui : i° retenir son haleine ; a* at- » tirer fortement ses sens au-dedans ; 3° méditer » sur quelque grand objet ; 4° y attacher fortement » son esprit ; 5° acquérir la vraie science ; 6* s'y » absorber. Réunir ces moyens, c'est l'état du » Djog (jrogà) ou de Y unification. Dans cet état » on ne peut pas pécher : c'est ainsi qu'aucun ani- » mal ne peut entrer dans un volcan, pendant qu'il » est en flamme.

» Il est dit dans le Veda, que, faisant entrer » dans le gosier la pointe de la langue , tous les » sens sont suspendus , l'ame est absorbée , on voit » le Créateur, on n'est plus rien pour le monde , » on ne pense plus, on est heureux et délivré.

» Il faut tenir cet état fort caché ■ (72).

» Il ne faut découvrir cette doctrine qu'à ceux

» qui ont foi aux Vedas, qui les comprennent, qui

» en font \m œuvres , qui cherchent Dieu ( 83 ,

. » Si vous avez du loisir, lisez VOupnek'hat; si

1 Fenclon , dans l'avertissement de son livre des Maximes des Saints, recommande aussi It secret sur la doctrine de l'amour pur, et le motive.

» vous conversez, parlez de V unification. Si vous. » méditez , que ce soit sur Dieu ; si vous adorez , » que ce soit lui; ainsi, vous deviendrez la forme » de Dieu , qui est miséricordieux , qui aime ceux » qui le cherchent. Être concentré en Dieu comme » un trésor qu'on a trouvé ; ne rien affirmer, ne: » rien se proposer, ne point dire je ou moi; être » sans crainte et sans volonté , voilà le signe du » salut et du bonheur suprême (74)-

» L'ame impure est celle qui a une volonté ; » Famc pure , celle qui n'en a point (75).

» Ce qui empêche de connaître Dieu et d'arriver. » à lui ; c'est i° faire société avec les impies qui ne » s'embarrassent point de la parole divine ; 2° re- » chercher les plaisirs du monde et sa propre vo- » lonté ; 3° rechercher les biens de ce monde ; » 4° exercer une profession qui nous occupe trop ; » 5° mendier aux portes; 6° refuser d'enseigner » la parole de Dieu à celui qui le demande; 70 en- » seigner une science vile , ou être enseigné par » un homme vil ou qui se vante de son savoir; » 8° exercer une profession trop bruyante; 90 mé- » dire et mentir toujours; io° être magnifique » peur en tirer de la louange ou du profit ; 1 1° vo- » 1er, brigander sur la voie publique ; 1 20 prendre » l'habit de pénitent pour mendier ; 1 3° se moquer » des hommes; i4° ruiner les peuples et les tenir » sans religion; i5° faire les grands péchés défen- » dus par le Veda, par exemple, accuser calom-

sgB OfeUVBES

» nieusement; i6# exercer la magie; 17* porter » l'habit de pénitent sans en foire les œuvres ; » 18* avoir toujours la tasse à la main pour men- » dier ; 190 préférer le raisonnement humain à la » parole de Dieu ; 200 détourner cette parole ou » même celle d'un homme k un faux sens conforme » à nos désirs ; ai0 faire des tours de charlatan et » les donner pour des miracles.

» Il ne faut pas fréquenter ceux qui ne croient » pas en Dieu ni dans une autre vie { qui ne savent » pas distinguer les œuvres inutiles d'avec les œu- » vres conformes à la parole divine ; il ne faut pas » faire le mal ; il empêche d'acquérir la vraie » science.

» Il y a une fausse science qui fait prendre le » faux pour le vrai , qui est réellement ignorance » et folie : à quoi sert de lire les livres de la fausse » science ? La femme stérile peut donner du plaisir, » mais elle n'enfante pas ; ainsi , la fausse science » peut donner du plaisir dans ce monde , mais elle » nous prive du bonheur dans l'autre : toute science » opposée à la parole divine est une fausse science

» L'égoisme est comme un portier qui ilous in* » terdit l'accès du Créateur : il a sur la tété le bon* » net de l'ignorance ; l'envie et la cupidité pendent » h ses oreilles ; il s'appuie sur le bâton de la mol* » lesse, du sommeil et des péchés; il parle avec » arrogance, parce qu'il est le plus ancien; et,

» lorsqu'il a fait de l'avarice son arc , de la colère » sa corde , et du désir sa flèche , il frappe Sans » pi tic tous les êtres vivans. »

Nous ne pouvons mieux terminer les extraits du premier volume de YOupnek'hat que par ces deux derniers morceaux \ on conviendra qu'ils sont inspirés par une imagination heureuse.

Le deuxième volume de YOupnek'hat contient, en 45 1 pages, les quarante-quatre derniers OupneiïhçLts, et tous les Brâhmanams l qui en dépendent, avec des notes et dissertations corrélatives , et une tablé analytique du texte et des notes.

Après les quatre * livres du Veda, et les Oun-

* BrdhtoaHa , tin Brahmane ; Brdhmanam , tme portion , une section théologique du Veda , qui est censé écrit , donné , créé dès le commencement par Brahmdf le Créateur.

* Dana l'Inde on n'a jamais connu plus de quatre livrés du Veda > et long-ttcns il n'y en eut que trois. Le Bahan-dannsch (Jardin de la Science ) » roman persan , traduit en anglais par M. Scott ( Londres , 1 799» in-80, 3 toi. ) , nous offre , tome ti , p. 44 > HiUtoirc de l'épouse d'un Brahmane, qui , roulant se débarrasser de la présence de son mari , l'en* voyait dans la retraite étudier les Veda» les uns après les antres ; quand il sot le quatrième , elle l'envoya étudier le cinquième \ cependant > avec tous les docteurs, il n'en connaissait pas pins de quatre. Après de longues recherches loin de sa maison , il apprit enfin que se laisser envoyer pur sa femme chercher le cinquième Veda , c'était se laisser tromper par elle*

D'où venait donc la méprise de ceux qui nous ont parlé autrefois des cinq livres du VmtU, qui même ont voulu en dériver , et les cinq King de la Chine , et les cinq livres du Pentateuque ? Elle parait venir uni»* quement de ce qu'on a trouvé dans les Observations , en tête du premier volume de VÉzourvtéam, > page 1 ai , que Vymum ou Vydm avait composé pour las Jft*alaVtt#(otux de là quatrième caste)* ancra-

3oo ŒUVRES

nek'hats qui en sont des extraits , on ne conétlt ëtk langue sanscrite aucun monument plus ancien que les instituts de Manou, publics en anglais par William Jones , et dont il existe une traduction en allemand.

Ces instituts , chap. 6 et 1 2 , citent avec éloge les Oupnek'hats , les nomment par emphase les Oupnek'hats de V Ecriture, les textes qui donnent la vraie connaissance de Dieu, qui traitent de V essence de Dieu et de ses attributs.

Anquetil Duperron rapporte ces deux passages en tête de son second volume, qu'il a dédié aux Brahmanes de l'Inde , par une épître datée de janvier 1801 , et dans laquelle il s'excuse de faire, comme il l'avait annonce , un second voyage en Asie pour s'instruire de plus en plus avec les Pandit as ', les Sannjdsis *, les Yogis 3, les Piris* de

quifanc Veda , nommé Bhdrata. L'auteur de ces observations cite en» preure le Bhdgavata, liv. I. Hais dans ce Pourdnat liv. I, il est seulement dit que Vyâsa composa pour les Shoddras le Bhdrata , qui est comme un cinquième Veda. On peut se convaincre par le livre douze du Bluigavata, où l'écrivain indien parle ex professo des Vedas , qu'il n'en reconnaît pas plus de quatre , et l'éditeur du Bha% gavata l'a entendu ainsi , puisque dans son discours préliminaire il ne compte que quatre Vedas , et qu'il entend arec raison par le Bhdrata , un des trois grands poèmes épiques et sacres, le MahdbhéraMa 9 qui n'est ni un feda, ni un Oupaveda , ni un Shastra , ni même un des dix -huit Pourdnas.

1 Brahmanes , savans dans les langues et les doctrines de l'Inde.

* On appelle Sannydsis ceux qui , pour s'unir à Dieu , ont tout abandonne,

*Ce sont des Sannydsis d'un degré de dévotion plus relevé; mot à mot des Sannydsis , unis à Dieu , des yogis . ' Les Brahmanes instituteurs ou maîtres des autres, littéralement les

DE J.-D. LANJUIN AIS. 3oi

toutes les doctrines indiennes; mais il les exhorte à bien accueillir quiconque entreprendrait cette pénible tâche. Il fait des vœux pour le succès de l'académie de Calcutta : c'est elle qui doit répandre de l'Inde en Europe et de l'Europe dans l'Inde les connaissances naturelles et religieuses , pourvu qu'elle s'applique aux langues indiennes, qu'elle fasse composer des dictionnaires de ces langues , et qu'elle cultive surtout le persan. Elle s'est bien acquittée de cette tâche , mais il lui reste encore beaucoup ^ faire.

Les Oupnek'hats et leurs Brahmens, ou instructions qui tiennent lieu de sections , sont , dans ce second volume , entièrement analogues à ceux du premier. La doctrine y parait moins obscure, plus développée; mais elle offre toujours ce système étonnant de panthéisme , & illuminisme , de quiétisme y enfin de spiritualisme absolu, c'est-à-dire négatif de l'existence réelle de la matière , système que nous avons commencé à faire connaître dans nos premiers ex traits : ce sont entre Dieu et l'homme , entre le ciel et la terre , des correspondances infinies , vraies ou chimériques , ingénieuses et piquantes, ou puériles et fades, souvent inintelligibles ; c'est une exposition sublime des attributs de Dieu, e£de l'immortalité des âmes , de leurs transmigrations , et de leur absorption en Dieu ; ce sont de belles pensées morales, des idées les plus ascétiques,

anciens , lef pères (piri en persan , c'est le corrélatif du mot sanscrit gomrou , qui rent dire vénérable )•

des pratiques de mortification le» pfae ajustâmes; c'est , à beaucoup d'égards , la philosophie de Pytbagore, de Platon , des stoïciens; c'est» ea <|*k4que sens, la charité purement désintéressée de Fcnélon; c'est la vision de tout eu Dieu du pète Mallebrancbe ; ce sont des recherches cabalistiques inépuisables sur les mots , sur les lettres mystiques du nom de Dieu ; c'est la mythologie indienne ajlégorisée; ce sont de pures abstractions réalisées et personnifiées ; ce sont des vestiges remarquables de certaines traditions ou doctrines apportantes, communes aux juifs et aux chrétiens; tout cela parsemé de quelques traits d'une morale erronée , ou même corruptrice et perverse. L'ouvrage entier fourmille de redîtes inutiles et de longueurs fatigantes ; on y aperçoit souvent des contradictions , des inconséquences , et partout des défauta çhoquans d'ordre, de justesse et de précision » com»e dans la plupart des livres orientaux*

Dans ces sortes d'ouvrages, c'est le texte qu'on veut connaître ; c'est aussi le texte surtout que nous présenterons , autant qu'il est possible de le faire , d'après la version qui nous est seule connue. Voici quelques-uns des morceaux les plus railla» de ce second volume > d'après l'ordre que nous' avons suivi eu analysant le premier : nous tâcletrons d'éviter les répétitions k moins qu'elles ne soient courtes.

Les Oupnek'hats 7% 8% 9e et 1 9% ont paru en entier, traduits en français par AnquetU Duperron

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DE J.-Ifc LANJUINAIS. 3o3

lui-même, dans le premier volume d&$ Recherches Historiques sur V Inde, in-4% Berlin, 1786. Nous puiserons préfcrablement dans les autres, sans négliger entièrement ceux-ci, parmi lesquels il faut distinguer les cent poms de Roudra , ou la doctrine de Vuniciiéy en forme de litanies ' très-longues , mais dont la seule récitation efface tous les péchés. C'est la prière la plus remarquable qui se trouve dans les Vçdas ; elle coi tient vingt^six pages in-4% ct l*8 Anglais qui ont cru la donner en trois pages * n'en Qnt fait connaître qu'un mince abrégé.

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