IV
5i4 ORUVEES
Une vierge féconde fut le sixième signe.
Cettk Tierce Erigone en taçeme acu— pBe ; Et de l'or des moutons par Jupiter remplie.
Lie septième signe fut une balance, emblème de l'égalité des jours et des nuits , régnant par toute la terre , quand le soleil arrive k la septième partie de sa course annuelle.
Lie huitième , le scorpion a queue venimeuse , désigna les maladies de l'automne.
Après la moisson et les vendanges, la chasse devient l'occupation de l'homme. Le sagittaire fût donc placé dans le ciel k la neuvième station solaire.
La chèvre toujours grimpant et d'un caractère gai, figurera la dixième station, alors que» la marche du soleil devenant ascendante fait renaître l'espérance et la joie.
Enfin le verseau, avec sa cruche renversée, onzième signe , et le douzième , qui sont les poissons nageant dans les eaux, signalèrent parfaitement les deux dernières parts de l'orbe annuel do soleil.
Ainsi le zodiaque solaire , simple calendrier rural, fut tracé par des pâtres et des laboureurs, lorsqu'on n'avait que ses yeux nus pour observer la vraie position du soleil dans le ciel. Or, le soleil, par sa lumière , éclipsant toutes les étoiles qui se rencontrent avec lui sur l'horizon , fl fallut se contenter d'observer celles qui le précèdent , ou celles qui suivent immédiatement son coucher. C*est pourquoi la constellation du bélier , qai devançait
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son lever , et signalait sa position h l'équinoxe du prinlems, fut prise originairement pour le premier signe du zodiaque, ou calendrier rural et vulgaire, quoiqu'alors le soleil fût réellement dans la constellation du taureau. Le bélier fut donc le signe initial, le premier signe; et le taureau , qui était le premier astérisme, devint le second signe. On dut dire du taureau qu'il ouvrait Tannée , lorsque réellement Téquinoxe était dans le bélier. Les autres signes anticipèrent tous également sur la vraie position du soleil» M. de Lalande, livre VIII de son Astronomie , n° 1617, a lui-même reconnu cette vérité , lorsqu'il dit que la sphère grecque , attribuée à Chiron, se rapporte h peu-près à treize cent cinquante ans avant Jésus-Christ, et peut-être en* core h une époque plus réculée; et qu'il est naturel de penser qu elle fut faite dans le tenu où les levers sensibles de chaque constellation précédaient les points cardinaux, c'est-à-dire les équinoxes et les solstices.
11 est donc clair qu'à l'origine du zodiaque , les signes n'ont point été identiques avec les points équinoxiaux et solstitiaux. Donc, nulle raison pour faire commencer le zodiaque avec la balance, il y a plus de quinze mille ans, dès lors surtout que chez tous les peuples le bélier est le premier signe. Le zodiaque a dû commencer avec le bélier , à l'époque où l'équinoxe du printems était dans le signe du taureau, c'est à dire environ deux inille ans avant Jcsus-Christ. Alors le bélier était , pour le
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vulgaire , le premier signe zodiacal , et le dénominateur de Téquinoxe du printems , comme le taureau, second signe, devint le dénominateur de l'équinoxe du printems , lorsque cet équinoxe fut véritablement dans le bélier; et maintenant que Téquinoxe du printems arrive lorsque le soleil est dans les poissons, le coucher héliaque du bélier serait encore pour nous le signal de Téquinoxe , si chacun devait être attentif au cours des astres pour se diriger dans ses travaux champêtres.
Aussi Virgile, dans le premier livre de ses Géongiques , prescrivait de commencer les semailles du printems, non pas lorsque le soleil avait sa position dans le taureau , mais lorsque le soleil était dans le bélier ; autrement , lorsque le taureau aux cornes dorées ouvre tannée rurale, lorsque le taureau se couche en cédant à ? astre du chien qui lui est opposé :
Candidus auratis aperit eum cornitnu anmtm Taurus , et adverso cèdent canis ocddit astrm.
C'est là le sens de ces deux vers, que n'ont bien compris ni les nombreux commentateurs' de Virgile, ni même son traducteur poète, M. Delille, quoique aidé en ce point par l'astronome Lalande. Us ont cru que Virgile plaçait dans le taureau Téquinoxe du printems; et les deux vers, unis d'une manière inséparable, signifient qu'il fallait commencer les semailles du printems au coucher héliaque du taureau , lorsque le taureau cède une place, sur Thorizon , à Tastre du chien qui se lève en op-
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position, par conséquent lorsque le soleil se trouvait dans la constellation du bélier. .
En effet, du tems de Virgile, et même du tems d'Hésiode, qui donne aux laboureurs à-peu-près la même leçon que Virgile , le soleil, à l'équinoxe du printems, n'était plus dans le taureau, mais dans la constellation du bélier; le bélier avait cessé d'être le précurseur du printems, parce que le soleil Téclipsait a cette époque, tandis que le taureau, se trouvant alors dégagé des rayons du soleil, annonçait aux laboureurs l'équinoxe printanier. Virgile, si instruit pour son tems, n'avait garde d'adopter un calendrier qui ne convenait pas depuis des siècles au tems où il écrivait , et de faire cette faute dans un ouvrage didactique, dont la rectitude, par rapport au calendrier, était une condition essentielle.
En deux mots , il n'y a jamais eu dans le calendrier vulgaire ou zodiacal , ce parfait accord des signes et des saisons supposé par M. Dupuis; mais il y avait un rapport tel , que le signe qui fut dit successivement ouvrir l'année , d'abord le bélier , ensuite le taureau , anticipèrent également sur la vraie position solaire. Cette anticipation n'empêche point que le zodiaque ne porte h la-fois l'empreinte du tems et celle du lieu où il a été composé ; mais elle empêche qu'il y ait eu h son origine un accord pariait des signes et des saisons. C'est donc par erreur que M. Dupuis, supposant cet accord parfait, a désigné la balance comme le signe initial du zo-
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diaque , contre la tradition universelle , qui le fait commencer au bélier ; c'est donc gratuitement qu'il a fait remonter l'invention du zodiaque k plus de quinze mille ans au-delà du tems présent, et qu'il attribue cette invention k l'Egypte.
Par la construction même du zodiaque , il est évident que le climat où il a été d'abord en usage, doit être tel , qu'après le solstice d'été, indiqué par le signe du cancer ou de l'écrevisse , la chaleur , figurée par le lion, s'y trouve h son plus haut degré , pour faire mûrir les moissons qui se récoltent immédiatement après sous le signe de la vierge. En vain l'on chercherait cette sorte de température en Egypte, en Ethiopie, en Arabie, dans l'Inde, quoique tous ces pays aient le même zodiaque : on ne peut y placer l'origine de ce calendrier sans tout bouleverser. Il ne faut pas non plus la chercher en Moscovie, en Tartarie, ni même en Europe, puisque la plupart de ces contrées étaient encore désertes, ou habitées par des peuples sauvages et barbares, lorsque l'invention du zodiaque, inséparable de l'agriculture, était déjk fort ancienne. Cest dans la Haute-Assyrie que le zodiaque doit avoir été inventé, puisque c'est lk que l'histoire sacrée et profane nous montre le berceau des* sciences et des arts, et que le climat s'y concilie avec la construction du zodiaque, pris comme il est, et sans qu'il soit besoin de l'altérer par aucùue hypothèse .
Mais quand prit-il naissance sur le sol de ce pays?
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Environ deux mille ans avant que le colure du printems passât par la tête du bélier; c'est-k-dire , il y a environ quatre mille ans , h compter de la construction même du zodiaque , et cela résulte de ce qu'aucun monument littéraire , digne de foi, ne lui donne une plus haute antiquité.
Malgré les méprises du Mémoire Chronologique de M. Dupuis, cet ouvrage n'est point sans utilité. D'abord, l'auteur y a recueilli quantité d'observations astronomiques , qui toutes , remontant à-peuprès à l'époque du déluge , sans la dépasser , prouvent que cette grande révolution, arrivée, selon l'histoire sacrée, en 3 348 avant l'ère vulgaire , ne fut point locale , mais qu'elle s'étendit à toute la surface du globe , puisqu'elle est une limite invariable, et qu'au-delà il ne se rencontre ni monument authentique, ni observation astronomique sur laquelle on puisse compter.
Ensuite, par la savante comparaison que M. Dupuis a su faire des zodiaques de tous les peuples , il a trouvé que tous ces zodiaques , sans exception , sont uniformes pour la structure, quoiqu'ils appartiennent la plupart k des climats qui ne leur conviennent en aucune manière. Ils partent donc tous d'uu même pays , d'un même peuple , d'une même famille , qui , dispersée par toute la terre , après le déluge , a conservé , dans les lieux de son émigration, un monument éclatant de la commurie origine des peuples , et du berceau commun qu'ils avaient, il y a environ quatre mille ans.
5jo OEUVRES
Enfin, M. Dupuis ayant reconnu que tous les zodiaques avaient conservé le bélier pour premier signe de leur dodécatémorie, quoiqu'ils ne s'accordent plus nulle part avec les saisons r a fourni contre lui-même la preuve la plus forte que c'est 1b vraiment qu'elle a commencé, ce qui renverse tout le système zodiacal de M. Dupuis, et détruit cette antiquité de quinze mille ans qu'il voudrait établir. Puissent toutes les erreurs tourner au profit de la vérité en se réfutant elles-mêmes!
NOTICE
SU* l'ocYIAGS IRTITULt :
Llustrazione d'uno Zodiaco orientale , del cabineUo délie daglie H Sua Maestà à Parigi, scoperta recentemente , presso le sponde del Tigri , in vicinanza deW aniica Baby— lonia; di Giuseppe Hager. Milano} detta stamperia et fonderia di Gio. Giuseppe de Siephanù, 181 1»
Éclaicisseniens sur un Zodiaque oriental , du cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale de Paris , récemment découvert sur les bods du Tigre , non loin des ruines jlt> Babylone , par Joseph Hager. Milan , J.-J. de Stéphanis % 181 1 , in-folio , 63 pages, avec 5 pi. gravées.
Rien n'est plus propre £ exciter la curiosité que l'annonce d'un ancien zodiaque oriental , et sur* tout d'un zodiaque tel que celui-ci découvert dans la Babylouie , et portant des inscriptions toutes eu
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caractères pyramidaux, ce qui le suppose antérieur aux conquêtes d'Alexandre dans l'Asie.
Les personnes impartiales conviendront aussi que M. Hager, auteur de tant d'ouvrages, en diverses langues de l'Europe , sur les sujets les plus piquans de la littérature orientale , est assez connu par ses doctes veilles , pour que son nom ajoute à l'intérêt que fait naître le titre de ce nouveau livre. L'auteur promet ici de publier bientôt une Arithmologie Chinoise et Romaine, en réponse au docte voyageur anglais Barrow ; cette annonce ne peut être qu'agréable aux amateurs de l'antiquité.
On trouve le zodiaque à-peu-près le même aujourd'hui chez les peuples de l'ancien continent. Mais quelle est l'antiquité de cette espèce d'almanach? En quel pays du globe fut-il d'abord en usage? A quelle époque fut-il inventé? Le fut-il tout ensemble ou par parties ? N'a-t-il pas varié notablement , qtjant au nombre des constellations et quant à leurs figures? Toutes ces questions, ljes» plus intéressantes , sont encore peu éclaircies ; une histoire bien faite du zodiaque solaire et çlu zodiaque lunaire chez les principales nations , est d$ns la littérature une lacune et un besoin sentis généralement. Nous n'ayons epGQre, que des essais et des matériaux pour un tel ouvrage , qui serait propre à éclairer l'histoire et la chronologie de l'espèce humaine. Il nous semble, que pôuf les faite*, relatifs au zodiaque solaire chez les Asiatiques , chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains, on
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ne trouve nulle part de plus grandr secours indiqués, rassemblés , mis en œuvre, que dans ce mémoire de M. Hager sur le zodiaque oriental , où l'auteur s'applique à réfuter les idées émises a cet égard par un des membres que l'Institut impérial a perdu il y a quelques années.
On connaît les ouvrages de cet habile écrivain , où supposant le zodiaque solaire inventé en Egypte, et par une autre hypothèse aussi légère, prenant la balance au lieu du bélier pour point initial du cercle zodiacal , enfin , appliquant h ces deux bases les observations des astronomes sur la précession des équinoxes , il a cru pouvoir attribuer quinze mille ans au moins d'ancienneté au zodiaque solaire , et par suite , une antiquité indéfinie h la présence de la race humaine sur notre globe.
Des Français de l'expédition d'Egypte ont cru apercevoir dans les fameux zodiaques de Dendera et d'Esné de quoi appuyer les hypothèses hardies du membre de l'Institut que nous avons désigné.
A cette occasion , les disputes sur l'antiqnité du zodiaque se sont renouvelées en Europe. Le savant abbé Testa, de Rome, s'y est distingué avec beaucoup d'autres écrivains. Les défenseurs de l'ancienne chronologie ont insisté sur ce point de dit incontestable , que la tradition et l'usage de tons les peuples donnent le bélier pour le premier des signes et la balance pour le septième ; ce qui fixe l'origine du zodiaque solaire environ deux mille ans avant l'^re chrétienne .
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La nouveauté relative des deux zodiaques trouvés en Egypte a été soutenue par les plus habiles antiquaires , et particulièrement celle du zodiaque de Dendera, par le célèbre M. Visconti , membre de Tlnstitut. •
D'autres ont relevé l'accord ou les coïncidences remarquables de toutes les traditions historiques appréciées avec le secours d'une critique savante et judicieuse.
Enfin, Ton a montré qu'un grand nombre de faits d'histoire naturelle se réunissent pour faire assigner k l'état présent de la terre une époque conciliable avec les chronologies communes ' .
C'est dans cet état de la discussion, que M. Hager vient se ranger aussi du côté de M. Testa, et démontrer de plus en plus que la balance est le plus nouveau des signes du zodiaque; mais ce point important ne fait qu'un accessoire de son travail.
Il se propose principalement de prouver que la pierre antique apportée des bords du Tigre , k la fin du dernier siècle , par le voyageur M. Michaux , et déposée k la Bibliothèque impériale de France , est une figure emblématique du soleil , et qu'elle contient Un vrai zodiaque , des plus anciens connus , Tune des esquisses primitives du zodiaque des Egyptiens , des Grecs et des Romains.
1 EUmcns d Astronomie , par M. Biot, de l'Institut* Paris, 1811 , in-8*, tome II , pages 77 , 78 , 3i? et 3i8.
5a4 OEUVRES
Cette pierre , il convient avec M. Millin que c'est un marbre; il l'appelle toujours un marbre , c'est-h-dire une pierre calcaire. Cependant il croit qu'elle peut être un aérolithe ou météorolithe . Sans doute il n'ignore pas que les pierres tombées de l'atmosphère offrent toujours dans leur analyse chimique un composé de silice , de magnésie , de soufre, de fer en état de métal, et de quelques parcelles de chrome. (Voy. le Traité élémentaire <t Astronomie déjà cité, tom. m.)
Mais l'auteur n'insiste point sur cette première conjecture, c'est comme monument d'antiquité, c'est comme objet de culte et comme figure du zodiaque qu'il considère la pierre de M. Michaux.
M. Millin, dans ses Monumens Inédits, est le premier qui ait publié un dessin et une description exacts de cette pierre ; il y a joint des remarques savantes et curieuses , dont il déclare que plusieurs lui ont été communiquées par M. Silvestre de Sac y..
Trois gravures sont ici employées h décrire cette pierre ; ,une. quatrième représente uae pierre EIgLgabale/iJLwprks uue médaille* de l'empereur de Cç nom ; une autre enfin , nous offre des; modèles de caractères pyramidaux , gravés sur des briques déterrées près de l'Euphrate , et déposées partie au cabinet impérial des antiques de Paris , et partie k Londres.
La pierre dont il s'agit est conoïdale , et néanmoins un peu aplatie, ensorte qu'elle a deux faces;
sur chacune sont gravées des figures et de récriture pyramidale en deux colonnes ^et en lignes ho~t rizon taies.
Cette pierre est longue de quarante-huit centimètres et large de trente-deux; sa couleur est noire au-dehors et grise dans les cassures.
Sur son épaisseur est figure un serpent, qui embrasse la pierre par le haut, d'un côté à l'autre, et qui porte les deux filets alongés sortant de sa tête sur la tête d'un autre animal dont il sera parlé.
Dans sa partie supérieure, la pierre est entourée d'un même rang de onze figures et demie disposées en un même plan , dont cinq et demie sur la face que nous appellerons la première;, une demie sur la tranche ou épaisseur de la pierre , et quatre et demie sur l'autre face , que nous appellerons la seconde , ou le revers.
Au-dessus des cinq figures et demie de la première face, on remarque, en hors-d'œuyre, une forme que M. Hager croit être celle du vaisseau d'Isis ; et immédiatement au-dessous des cinq figures et demie viennent deux colonnes d'écriture pyramidale.
Mais au-dessus des quatre figures et demie de la seconde face , on voit deux étoiles de l'une des** quelles , placée au milieu , sortent quatre fleuves , au moins trois assez distinctement; et, à côté de cette dernière étoile, on remarque les traces de deux courbes irrégulières. Immédiatement au-des-
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sous des quatre figures et demie, et avant récriture, est un second plan , ou , si Ton veut , un troisième plan qui offre six autres figures.
Comme la pierre a deux faces , M. Hager a divise son mémoire en deux parties; Tune de sept chapitres et l'autre de cinq.
Dans la première, il cherche ce que c'est au total que notre monument , et ce que signifie le serpent couché sur l'épaisseur de la pierre : ensuite il explique les objets figurés sur la première face. Dans la seconde , il s'arrête d'abord aux figures de la seconde face , et il traite des anciens zodiaques solaires de l'Egypte , de la Chaldée et de la Perse, de l'Arabie» de l'Inde. et de la Chine, L'ouvrage finit par quelques observations sur les caractères cunéiformes des Babyloniens et des Perses.
Sur la question , qu'est-ce que ce monument ? M. Millin expose la conjecture de M. de Sacy , savoir : que c'est un monument astrologique t un talisman, un préservatif contre le mauvais génie Âhriman y qui sauta du ciel en terre sous forme de couleuvre , ou bien la première production <TAhriman, le serpent infernal , la grande couleuvre nommée grand Ashmog. (Voyez le Zend- Avesta) ; en conséquence , il croit que c'est Ahriman > ou bien Ashmog qui est représenté ici en forme de serpent.
Un talisman est toujours relatif à une sorte de culte préservateur ; et c'est le plus souvent une figure allégorique d'un ou de plusieurs astres. Sous
DE J.-p. LANJUINAIS. 5q;
ces deux rapports, l'opinion de M. de Sacy et celle de M. Hager ne sont point en opposition; car celui ci regarde également notre pierre comme un monument religieux , et , de plus , comme une figure astronomique, une image du soleil, un Élagabale, comme on disait en phénicien ; mais notre auteur soutient que c'est le soleil même qui est ici figuré allégoriquement ; que le serpent est ici le symbole du tems et de Tannée dont le soleil est la mesure ; il croit que le serpent , par les deux filets de sa tête , désigne la figure k droite sur la première face , pour le premier des signes , ou le commencement de Tannée, le premier mois de notre pr in tems ; il conclut que le principal rang de figures qui entoure la pierre doit contenir les autres signes , d'un côté les signes d'été , de l'autre ceux d'hiver, et que ce rang de figures, considéré en entier, est um vrai zodiaque primitif, un prototype de celui qui se trouve répandu sur notre globe ; ces idées simples et neuves nous semblent mériter à un haut degré l'attention des sa van s.
Dans ce même rang de figures , on reconnaît au premier coup*d'œil deux signes et trois stations ou dodécatémories du zodiaque , savoir : le capricorne et le scorpion , qui tenaient lieu de deux signes , et dont les pinces étendues occupèrent long- tems la place donnée , il y a bientôt vingt siècles , au nouveau signe de la balance. Voilà ce qu'on ne peut contester de bonne foi , et ce qui a suggéré à M. Hager cette pensée ingénieuse, que le grand
rang de figures, au nombre de onze, en y joignant le vaisseau d'Isis, représente le zodiaque solaire, qui , jusqu'au tems d'Auguste , n'eut que onze signes, quoiqu'il eût douze stations. Sur cette explication il s'élève quelques difficultés; elles ont fait regarder comme douteuse la découverte de M. Hager, par le célèbre voyageur M. de Humboldt, dans un mémoire qu'il a lu k la seconde classe de l'Institut, sur le zodiaque mexicain.
Mais nous devons dans ce moment analyser les probabilités en faveur du nouveau système ; nous croyons qu'elles sont très-fortes pour établir que la pierre est un Ëlagabale; et, ce premier point admis , le second acquiert de la probabilité.
D'abord les formes et la couleur de cette pierre, et ses deux ou trois signes zodiacaux certains, s'accordent avec ce que nous apprennent, sur les Élar gabales, Hérodien, liv. Y, et les savans modernes, Noirs, Eckel, etc. Voici la version du passage d'Hérodien : «Les habitans indigènes de la ville » d'Emèse (en Syrie) adorent surtout le soleil, » qu'ils appellent en langue phénicienne Élaga- » baie. Ils lui ont élevé un grand temple, où la » figure de ce dieu n'est point, comme chez les » Grecs et les Romains, une statue faite de main » d'homme, mais une fort grande pierre, circu- » laire par le bas , et s'élevant en une forme co- » noïdale..... elle*est noire, et l'on dit qu'elle est » tombée du' ciel. »
On sait que chez les anciens, beaucoup d'autres
DE J.-T). LANJIJINAIS. 5*)
pierres, ou carrées ou coniques, furent adorées comme des divinités. La Vénus de Paphos était une pierre conoïdale. Les plus anciens Romains avaient un Jupiter lapis.
Les obélisques étaient des monumens religieux , lapidaires et pyramidaux ; on les consacrait au soleil dont ils représentaient les rayons.
Dans les médailles , qui nous montrent la grande pierre Élagabale, portée en procession sur un char, on n'aperçoit que la partie supérieure de cette pierre ; mais ce qu'on en voit ressemble bien au haut de la pierre de M. Michaux, sauf que dans celle-ci les proportions sont plus petites , que les contours latéraux sont arrondis, et que la figure du serpent , et les autres figures déjà indiquées ne paraissent point sur le haut de la pierre, dans les médailles. Mais Hérodien nous dit qu'il y avait de certaines figures sur la pierre Elagabale.
Le serpent, symbole du tems ou de Tannée chez les anciens (et peut-être symbole du soleil même), divise en deux parts le marbre , et sépare les deux faces Tune de l'autre.
C'est la, selon M. Hager, le signe d'une division
de l'année entière , d'une des plus antiques et des
plus simples , de celle qui se fit d'abord en deux
saisons , la bonne et la mauvaise , l'été et l'hiver ;
l'été , dit-il , royaume de la lumière , et l'hiver
royaume des ténèbres. U observe que le zodiaque
de Dendera est divisé de même, par une figure de iv. 34
53o OEUVRES
femme ou d'Isis, symbole de l'année chez lés Égyptiens, nous dit Horus A polio.
Passant & l'explication du principal rang des figures , M. Millin prend ces figures de gauche h droite , selon la disposition de l'écriture de notre monument , et il trouve aussi , pour première figure , le scorpion ; c'est ce qui Pa empêché de reconnaître un zodiaque*
M. Hager commence de droite à gauche, selon Tordre qui est et qui lut le plus communément observé dans les écritures de l'Occident et de l'Asie; et par la il trouve de quoi appuyer son système.
Il y a encore d'autres raisons de penser que les figures doivent être considérées de droite h gauche. D'abord , il se peut que l'animal touché par des filets du serpent soit touché pour marquer la première figure; cette possibilité devient une nécessité , si les figures en question sont les signes du zodiaque; puisqu'autrement, le scorpion et le capricorne qui s'y trouvent , ne seraient plus dans leur ordre. D'ailleurs , la face du serpent et celles des autres animaux, et les pinces de la balance, et la proue du navire d'Isis, réel ou prétendu, sont tournées à droite ; et lorsqu'il s'agit des hiéroglyphes égyptiens, qui .présentent des configurations, non moins bizarres, les savans croient qu'il faut diriger la vue en commençant par le côté vers lequel sont tournées les têtes des figures.
Commençons donc ici par la première figure de la première face , à droite. C'est celle d'un animal
DE J.-D. LÀNJUINAIS. 53 1
sans cornes, posé h demi sur cette face, et h demi sur la tranche de la pierre, ayant sur sa tête les deux filets qui sortent de la tète du serpent. M. Hager y trouve l'agneau , le signe du premier mois de Tannée chez les Persans, chez les Indiens, etc. ; mais M. Millin y voit un shacal ou bien un loup ; et il en juge exactemeut , si Ton s'aryète à la forme des pattes , qui ne sont point celles d'un agneau , mais d'un chien, ou d'un shacal, ou d'un loup. Est-ce une faute de l'artiste? ou , comme le dit subsidiairement M. Hagcr, en joignant quelques observations savantes , ne serait-ce pas qu'en Chaldée le shacal , ou bien le loup , ou quelque autre animal fissipèdc , aurait primitivement désigné le premier mois de l'année , comme c'est encore Tusage dans l'Inde , ainsi que l'atteste M. Le Gentil ?
Quoi qu'il en soit, l'hypothèse d'un zodiaque reste assez probable jusqu'à présent.
Les figures deuxième et troisième , qui doivent correspondre aux signes du tauteau , et à celui des chevreaux ou des gémeaux , sont deux monstres h corps de serpent; le premier à tête de lion surmontée de deux cornes , et le second à tête d'oiseau .
La quatrième est un oiseau, de Tordre des gallinacés ; la cinquième est un oiseau de proie sur une espèce d'autel. Si Ton prend pour la sixième le vaisseau d'Isis en hors-d'œuvre , hypothèse à laquelle M. Hdtger s'efforce de donner de la probabilité par ses ree^rtîhes, on aura ici trois autres signes 3HR<cép<Hadrbnt à Técrevisse, au lion et a la
53* OBUVRKS
vierge. Les figures deuxième, troisième, quatrième et cinquième, toutes bizarres qu'elles sont, l'auteur fait voir qu'elles étaient connues chez les Chaldéens.
Vient ensuite la sixième figure du plan principal..
Elle compte pour la septième , en prenant pour sixième le vaisseau d'Isis. Elle doit répondre au scorpion , septième signe , employé , dans l'ancien zodiaque, pour deux stations, pour notre balance et notre scorpion. Or cette figure, comptée ici pour septième , est précisément le scorpion.
Sur la seconde face , ou le revers , sont quatre figures entières, dont l'antépénultième est. le capricorne. M. Hager donne ces quatre figures pour les derniers signes de l'ancien zodiaque de Ghaldée. Il en conclut que le principal rang des figures sur notre pierre est un vrai tableau céleste, une figure emblématique de la Imnde zodiacale en deux parties. L'une représente l'été, et le royaume de la lumière est désigné par le vaisseau d'Isis, d'Isis qui était l'Être-Suprême des Égyptiens, qui est le Dieu universel dans Apulée, et, dans Plutarque, le Dieu aux dix mille noms; d'Isis, enfin, dont le culte se retrouve encore , dit M. Hager, dans l'Inde, en Chine et au Japon. L'autre représente l'hiver et le royaume des ténèbres ; c'est ce que désignent les étoiles qui ne paraissent que la nuit.
Il est vrai que sur onze ou douze figures, il n'y en a ici que trois , ou même que deux qui soient celles de l'ancien zodiaque.
Mais de ces deux , une représente probablement
DE J.-D. LANJU1NAIS. 335
deux stations solaires ; et , selon les autres explications de M . Hager , elles sont ici placées dans leur ordre numérique et astronomique.
Mais Achille Tatius nous atteste que les constellations n'étaient ni en Chaldée , ni en Egypte , les mêmes que celles des Grec ; et les anciens zodiaques d'Egypte , publiés par Pocoque et Bianchini , ont pour signes des animaux différais de ceux de nos zodiaques. On peut donc croire avec notre auteur , malgré la différence dans huit ou neuf des figures , que c'est ici un antique zodiaque de Chaldée , tel qu'il était long-tems avant Alexandre 7 et que cette différence ne prouve que la haute antiquité et la sincérité du monument.
Si l'on demande pourquoi sept figures répondent a huit stations , pour une moitié de l'année , pour une ou deux saisons , M. Hager observe que Tété, pris pour toute la belle saison, est plus long à Babylonejque l'hiver , pris pour le mauvais tems.
D'ailleurs, selon lui, les sept figures ne répondent pas ici à huit stations entières ou huit mois ; la queue du scorpion recourbée dans l'une des figures, il croit qu'elle est représentée itérativement par la demi- tour sur la seconde face , comme répondant à une partie de l'hiver.
On peut ajouter que notre globe est, pour certaines zones, depuis environ quatre mille ans, dans cette grande période astronomique de cinq mille sept cent trente-cinq ans , ou le printems et l'été ensemble sont plus longs de plusieurs jours que
l'automne et l'hiver. ( Traité -Élémentaire d Astronomie, par M. Biot, tome II, pag. 170-173.)
L'auteur consacre cinq chapitres entiers, les sixième, septième, neuvième, dixième et onzième, a établir contre M. Dupuis la nouveauté relative du signe de la balance , l'époque de son introduction du teins d'Auguste , et particulièrement la nouveauté du fameux zodiaque' de Dendera, où ce signe est représenté. Les preuves de l'auteur paraissent convaincantes : elles contiennent des renseigqemens qu'on avait jusqu'ici oubliés; enfin, ces cinq chapitres nous offrent , sur l'ancienne histoire du zodiaque , des recherches d'un grand in« térêt.
Dans son huitième chapitre , l'auteur explique en détail les quatre figures et- demie de la seconde face.
Ce sont d'abord une moitié de maison , paris une maison entière, ensuite le capricorne, enfin deux maisons , dont la dernière surmontée d'une espèce d'anse qui ressemble au thau , dernière lettre hébraïque et chaldaïque, mieux encore à Y oméga. Cette figure parait à l'auteur signifier que cette maison est le signe de la dernière station annuelle du soleil , le signe des poissons.
La forme répétée de maison ou de tour n'arrête pas M. Hagerj elle répond aux noms des signes zodiacaux chez les Persans, les Koptes, les Arabes, à Yœthereas arces d'Ovide, et h l'expression latine : solis domicilium. Le zodiaque entier ne fut peut-
être d'abord qu'une série de douze tentes ou maisons ; ce ne fut que peu k peu qu'on substitua aux maisons d'autres signes ; et , en Chaldée , les signes d'hiver eurent, plus tard que les autres signes, leurs configurations et leurs noms spéciaux.
Mais voilà quatre figures et demie , et il ne nous manque plus que quatre signes zodiacaux qui doivent répondre au sagittaire, au capricorne, au verseau et aux poissons. Que faire de cette demi figure de tour ou maison?
M. Hager la regarde comme un simple complément du huitième signe , comme un représentatif de la queue du scorpion , qu'on voit recourbée sur la première face , et qui appartient au commencement de l'hiver , pris pour toute la saison mauvaise. Il indique encore d'autres solutions, qui ne sont de même que des conjectures.
Ainsi , quoiqu'il paraisse onze signes et demi , il faut, selon M. Hager, n'en compter que onze, correspondant aux douze stations solaires; et les deux ou trois signes de notre monument , qui sont identiques avec deux ou trois de ceux de l'ancien zodiaque, se trouvent ainsi placés k leur juste lieu.
Quant au plan inférieur de la seconde face, on y voit six figures : i° un monstre couvert d'écaillés et armé de cornes, h museau de bélier; a° un premier autel portant l'image d'un phallus pyramidal qui a sa pointe en haut; 3° d'un autre monstre aussi h cornes et couvert d'écaillés, mais h museau de sanglier : le graveur de M. Hager a oublié de de$-
siner une espèce de défense sortant de sa gueule ; 4° un second autel portant une pyramide renversée ; 5° une figure du confluent de deux fleuves ; 6° une flèche la pointe en-bas.
Ce planne présente aucun dçs douze signes zodiacaux , et il se trouve séparé du premier ; il ne contrarie donc pas les explications précédentes ; il sert plutôt à les confirmer : on dem?£ide ce qu'il signifie.
Il nous échappe de dire ici que les quatre premières figures doivent être prises deux à deux , et que ce sont deux tableaux généraux , deux vives images , Tune de Tété , ou de la belle saison figurée par le phallus droit sur un autel, comme le lingam, encore révéré aujourd'hui chez les Indous , et accompagné ou gardé par l'animal k museau de bélier ; l'autre de l'hiver, désigné par la pyramide ou flamme du soleil renversée sur l'autre autel, et par Tanimal k museau de sanglier.
Selon M. Hager, les deux monstres paraissent des crocodiles , et sont ici comme des sphinx , paraissant garder l'autel du feu ; car il veut que les deux autels soient des autels du feu; nous le croyons mieux fondé quand il ajoute : « Le phallus se trouve naturellement ici comme l'image de la force productive du soleil , et k ce titre , objet de culte chez les Perses , les Égyptiens , les Grecs et les Romains, etc. »
Il ajoute que le confluent près de la flèche marque le fleuve du Tigre , dont il est certain que le nom,
en langue du pays, signifiait et signifie encore -de nos jours , flèche. Voyez la Description générale de la Perse, écrite en allemand, par M. le professeur Gonther Wahl , page 709.
Nous avons donc ici le fleuve même sur les bords duquel notre monument était l'objet du culte et le nom hiéroglyphique de ce fleuve. C'est l'indication du pays de la Chaldée , c'est-k-dire , de la Babylonie ; c'est la date du lieu où le monument fut travaillé.
Il est vrai que près du confluent qui nous offre ici le fleuve k droite et l'autre k gauche , la flèche est k gauche, et qu'elle devrait être k droite , pour qu'il n'y eût pas une faute de géographie , pour que la flèche fût k côté du Tigre qu'elle paraît désigner; mais ce peut être lk une de ces méprises d'artistes, qui ne sont pas' rares, même sur les monumens de l'antiquité.
Ce n'est pas ici le seul exemple que noiw ayons de la forme pyramidale ou triangulaire donnée au phallus. L'auteur en cite plusieurs autres exemples auxquels on peut ajouter les trois qui se trouvent dans les Peintures d Herculanum , t. V, n0,xxxn, xxxiii et xxxiv, particulièrement celui du n° xxxm, qui nous offre sur un satyre exactement la même forme de phallus qui est sur le premier autel dont il s'agit.
On doit lire dans l'ouvrage même les intéressantes recherches qu'il contient sur cette ancienne écriture cunéiforme , ensevelie depuis tant de siè-
clés , et retrouvée de nos jours dans les ruines de Babylone , et aux environs de Persépolis ; il est réservé peut-être à un âge plus heureux de la lire et de l'entendre. Les travaux entrepris dans cette vue n'ont pas eu de grands succès jusqu'à présent.
L'auteur conjecture avec beaucoup de vraisemblance , que c'est là une espèce d'écriture sacrée , et qu'elle répond k l'écriture sacrée du monument de Rosette , écriture qu'on n'a pu également déchiffrer.
L'écriture pyramidale de Babylone et celle de notre monument, vont de gauche à droite. Elles sont généralement horizontales.
Cependant l'auteur produit ici des modèles d'écriture pyramidale et perpendiculaire , pris sur de vieilles briques de Babylone. Il en tire cette conséquence : les Chinois ne fureût donc "pas seuls a écrire perpendiculairement. Les Babyloniens , ou Chaldéens , ou Assyriens , Font fait probablement avant eux. Cet usage fut aussi pratiqué chez les Grecs, comme le prouve M. Hager, et les Syriens aujourd'hui même, ajoute-t-il, écrivent leurs caractères perpendiculairement , et de droite k gauche , quoiqu'ils les lisent horizontalement , après avoir pour cela tourné leur papier. C'est ainsi probablement qu'on a passé tout-k-fait k l'écriture horizontale, qui est depuis si long-tems celle de l'Europe.
Uq mérite remarquable des ouvrages de M. Ha-
ger, en particulier de celui-ci, est que chaque point d'antiquité qu'il examine , il le traite , nonseulement par rapport aux Romains , aux Grecs et aux Egyptiens , mais aussi par rapport aux Chaidéens , aux Persans , aux Indiens, aux Chinois, etc. Ici , en montrant que les opinions et les usages ont été généralement les mêmes chez tous ces peuples , il nous fait voir de plus en plus qu'aucun n'est étranger l'un k l'autre , et nous amène à ce résultat , qu'ils ne sont tous qu'une seule race dispersée, et que les religions , les traditions , les doctrines , les arts , les mœurs , les usages , leur sont venus originairement de la Chaldée ou Babylonie.
Il est aussi curieux qu'instructif de le suivre dans plusieurs digressions , où il soutient que les Chinois ont encore des temples dans lesquels ils honorent, non des statues , mais une pierre ronde , comme emblème du ciel , une pierre carrée , comme emblème de la terre, d'autres pierres, comme emblèmes d'autres dieux ; que Fôu-Hi, premier monarque des Chinois, n'est que le Mercure des Égyptiens et l'Hermès des Babyloniens; que le Typhon de l'Egypte se retrouve en Chine sous le nom de Ta-Foung ; que la mer a le même nom en hébreu, en phénicien, en égyptien , en chinois ; que la fable du phénix est connue en Arabie et en Chine; que l'écriture, l'astronomie, le zodiaque solaire, sont venus originairement de la Chaldée; que la Chine fut connue des Grecs et des Romains sous le nom de Sérique, comme elle est connue au-
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jourd'hui même , dans le Tibet , sous le nom de Ser, etc., etc.
Dans un ouvrage d'érudition si étendue et si variée , il a du nécessairement échapper quelques négligences.
Ainsi , Fauteur dit :
Que le palladium doit avoir été une simple pierre , puisqu'on le disait tombé du ciel : on sait que les monumens qui nous restent du palladium le représentent comme une vraie statue ;
Que le Jupiter Amraon des Arcadiens était probablement une pierre informe. Pausanias,\. VIII, c. 3s, atteste que c'était un Hermès a tête humaine, avec des cornes de bélier ;
Que selon le livre IV des Rois , c. a3 , v. 5, les Juifs (prévaricateurs) adorèrent les douze signes du zodiaque. C'est 1k ce qu'on lit dans la Vulgate ; mais le texte original, le texte hébreu, ne parle pas des douze signes ; il ne s'y trouve à la place que le nom pluriel mazzaloth , c'est k-dire ceux qui influent, ce qui désigne tous les corps célestes qui étaient le sujet de l'astrologie judiciaire , et plus particulièrement les planètes ;
Que Geminus fut contemporain d'Hipparque ; mais il le fut de Cicéron et de Pompée. Fabricius et Saxius ont redressé l'erreur commune des savans sur. ce sujet ; et cette vérité rétablie vient appuyer le fond de la doctrine de M. Hager , sur la nouveauté de la balance. V: Bibliotheca Grœca, édition de Harles, t. IV, p. 3q et 33.
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Malgré ces taches légères , et quand on hésiterait, avec M. Humboldt, à reconnaître sur notre talisman un zodiaque qui serait, je crois, notre plus ancien , et d'autant plus précieux , qu'on n'y troute pas la balance , et que nous sommes encore assez pauvres en antiquités zodiacales ; ce nouveau livré est l'utile résultat de rares connaissances, d'une longue méditation, d'une grande sagacité et d'un long travail. Cest aussi un beau monument de l'art typographique ; il aura , dans les grandes bibliothèques, une place honorable; il est pour M. Hager un nouveau titre k l'estime des savans et à la considération publique.
NOTICE
sur l'ouybaoi intitulé
Asia Polyglotte, oon Julius Klaproth. Paris; i&x3;
Schuhard.
i vol. în«»40 «le 44? page* > avec un Atlas polyglotte in-folio, imprimerie
(TEberhard.
Les savans disaient encore, dans le dix-huitième siècle , qu'il y a sur la terre quatre langues-mères et soixante-douze idiomes. La linguistique, ou la science générale des langues , s'est formée assez nouvellement, et le Mithridate d'Âdelung, continué par M. Va ter (en allemand, 4 vol. in-8°), nous
a appris , depuis peu d'années , qu'il a existé parmi les hommes plus de deux mille idiomes , et que ces idiomes , plus éloignés par les tems et par les situations géographiques , ont plus ou moins de mots communs, qui ne doivent rien à l'imitation des sons naturels. Les recherches de M. A bel Rémusa t sur les langues tartaces, et deux nouveaux ouvrages de M. Klaproth ont encore éclairci , étendu nos connaissances sur les langues du nord de l'Asie. Des recherches comprises dans ces deux ouvrages, contenant les plus riches répertoires de mots semblables des diverses langues asiatiques, il résulte-: i° que toutes les langues de l'Europe sont originaires de l'Asie, et qu'elles viennent principalement d'une antique langue indo-persane ou indo germanique, en un mot, du sanscrit; 2° que toutes ou presque toutes les langues de l'Afrique viennent principalement de l'arabe, dont l'hébreu, etc., sont des idiomes. Ce qu'on découvre tous les jours sur ce sujet si vaste et si important, contribue à vérifier les propositions générales qui viennent d'être énoncées. L'étude plus approfondie des langues étrangères nous fait découvrir le véritable sens des mots de nos langues européennes, et nous met sur la voie pour tracer les origines douteuses ou inconnues des difierentesnations.il est démontré désormais, surtout par les langues , que les hommes ont eu un premier berceau commun, et qu'ils ne sont pas venus comme l'herbe dans les lies et sur les continens. Voltaire ne voudrait plus maintenant hasarder un
tel paradoxe. M. Klaproih s'est attaché à la seule comparaison des mots semblables. Cette méthode abrège le travail, mais, en elle-même, est sujette à l'erreur : elle a besoin d'être unie a l'étude approfondie des grammaires. Cependant, ce que nous savons déjà de la structure du sanscrit , par exemple , a paru confirmer que le grec , l'allemand , le latin et le slave sont , pour la plus grande partie , provenus de cette langue indo-persane ou indogermanique. Quoi qu'il en soit , les nombreux rapprochemens de mots que l'on doit & l'auteur jettent beaucoup de lumière et sont du plus grand intérêt ; mais il se livre a d'autres investigations. D'après ses vastes recherches , il fixe , comme il est dit en la table suivante, le commencement des tems historiques chez les principales nations de l'Asie.
— Epoques du commencement de Yhistore certaine chez plusieurs peuples de l'Asie : — Chinois , au neuvième siècle avant Jésus-Christ ; — Japonais , au septième ; — Arméniens, au deuxième ; — Géorgiens, au troisième; — Arabes, au cinquième siècle après Jésus Christ ; — Persans , au troisième ;
— Turcs , au quatorzième siècle ; — - Mongols , au douzième (mais leur langue et leur ancienne littérature sont reconnues de beaucoup de siècles antérieures à l'ère chrétienne ) ; — Hindous , au douzième; — Tibétains, au premier. — Cela ne s'accorde guère avec les tables de ceux qui aiment h compter par trente millions d'années , dans leurs
chronologies vraiment fantastiques. — L'auteur définit soigneusement ce que i'on doit entendre par les Tartarés, ou ïnieux Tatars. 11 reconnaît avec M. Rémusa t , que c'est une nation mongole. Il explique en détail les différentes branches de la famille des Turcs. Il en sépare les habitans de la Grande et de la Petite-Boukarie ; il prouve que leur langue est une branche du persan , d'où il conclut qu'ils sont de race persane. L'auteur termine son in-4° par une Vie de Bouddha, prince du Bahar, auteur de la religion des Bouddhistes ; et cette vie, qui est une pauvre légende traduite du mongol , offre néanmoins un écrit fort curieux à beaucoup d'égards : elle est enrichie de notes de l'éditeur. Quant à Voilas polyglotte in-folio, c'est un recueil de vocabulaires comparatifs, qui se trouvent ici plus riches et appliqués à plus de dialectes qu'ils ne le sont dans l'm-40- A la fin de cet atlas est une carte géographique et linguistique des langues de l'Asie : elle est fort instructive»