‹ Œuvres de J. D. Lanjuinais (volume 4)Chapitre 79 sur 101 · PS · texte numérisé non relu

PS

NOTICE

SUR L OÎ1T1UG1 IHTITULB

Alphabet M uni chou, rédigé d'après le Syllabaire et le Dictionnaire de cette langue ; par L. La no lès. Troisième édition , augmentée d'une Notice sur l'origine , l'histoire et les travaux littéraires des Mantchoux , actuellement maîtres de la Chine,

C'est ici l'un de ces doctes et laborieux ouvrages qui étendent la science de l'histoire, édaircissent la langue trop souvent obscure de la géographie , augmentent les secours de l'érudition. Il mérite à bien des titres, l'attention des savans, la reconnaissance publique, et une analyse détaillée , indiquant surtout les choses nouvelles qui distinguent ce volume. Le nom de l'auteur est avantageusement connu au-dedans et au dehors ; célèbre dans le monde savant par de nombreuses productions , non «moins utiles qu'estimées , sur l'histoire et la littérature orientales , sur la philologie de plusieurs langues asiatiques. Sans doute le premier devoir des Européens qui aspirent aux lumières ou à la gloire des lettres , sera toujours de connaître et de méditer ces vastes littératures grec-

que et romaine, qui nous offrent, en tout genre, des modèles si admirables. Mais pour connaître les modèles primitifs, et sonder l'ancienne histoire do genre humain , c'est aux littératures de l'Asie qu'il faut s'appliquer ; ce sont elles aussi en grande partie , qu'il faudrait compléter dans nos bibliothèques nationales et publiques, en langues originales, et en versions européennes. Là sont encore des mines abondantes et précieuses à peine indiquées, ou récemment ouvertes , ou trop faiblement exploitées. Prenons pour exemples les littératures en samserda et en mantehou.

La langue samserda, sœur du persan, mère des modernes dialectes indiens qui couvrent un pays presque aussi grand que l'Europe , semble antérieure a nos anciennes langues de l'occident, et fraternise merveilleusement avec elles, ayant en grand nombre les mêmes termes radicaux , souvent les mêmes dérivés, et beaucoup de procédés grammaticaux identiques. Elle a produit une littérature immense, qui s'est, en général, conservée; elle est, à présent même, la langue liturgique et savante de la moitié de l'Asie. Cependant on n'a commencé que dans le dernier siècle , b posséder en Europe quelques versions des livres écrits en samserda, quelques fragmens et des manuscrits dont les titres seulement ont été publiés. Dans tout le commerce de librairie des Européens, il n'existe encore qu'un seul livre en langue samserda, imprimé dans l'Inde , et assez récemment. C'est YHi-

topadésha du Brahmane Vichnou-Sharma , qui a paru a Sérampour, eu 1804, et en caractères dévandgaris ; recueil de fables et de maximes, dont M. La n gl es a donné une partie dans ses Fables et Contes indiens, Paris, 1790, in-8°.

Le langage des peuples appelés aujourd'hui Mantchoux y long-tems rude et informe, long tems borné aux besoins étroits de ces hordes sauvages ou demi-civilisées, qui erraient dans les déserts de ce que nous appelons Tatarie orientale y au-dessus de la Corée , à l'orient et au nord de la Chine , entre la Sibérie et la mer du Japon , spécialement sur les bords du fleuve appelé Saghalienoula, Jamour ou Amour ou Kerlon; ce langage ne s'est formé, comme langue scientifique et polie, qu'au dix septième siècle de Fère chrétienne . Mais , c'est une langue vivante dont la haute antiquité est prouvée par de singuliers rapports de ressemblance avec les anciennes langues scythique, persane , indienne , latine , allemande , etc. ' ; c'est la langue des dominateurs actuels de Ténorme empire chinois ; langue riche et douce , parlée aujourd'hui et cultivée, non-seulement dans ce que nous nommons Tatarie orientale, mais dans la Chine proprement dite. Elle y est , en concurrence avec le chinois même , la langue de la cour, la langue des lois et des livres, des jugemens et

1 Alphabet Mantchou , troisième édition , page 4?* Eichhorn, Gcschichte der neuern Sprachcnkunde , p. 3g6t

des inscriptions '; son écriture , ses mots et sa sjntaxe peuvent s'apprendre en moins d'une année * ; elle doit finir conséquemment par remporter , en Chine, sur la langue originaire dn pays 3» Outre sa propre ' littérature , qui n'est pas ë dédaigner, efle a des traductions soignées et «théoriques d'une multitude de livres tibétains et mongols5, et de tous les bons livres chinois. Elle nous ouvre une contrée commode aux innombrables monumens anciens et nouveaux de cette langue chinoise , trop long tourment des lettrés , et cause première de la débilité de leurs esprits , enfin , presque totalement délaissée dans TOccident , parce qu'il faudrait , d'abord pour la déchiffrer, ensuite pour l'apprendre , consumer la plus belle moitié de la vie 6^

Telles sont la langue et la littérature mantchoues qui doivent tant aux travaux de M. Langlès , et leur devront un jour davantage.

1 Alphabet Mantchou , p. 1 76, Hervas , Caêalogo de las lengums, t. Il, p. ?i3 , ?i4- 1 Idid. , p. go.

* Ibid.f p. 4*

* ibid.f p. 71. Mèm. converti, les Chinois , etc.; tom.IV, p. 33?. 5 Ibid , p. 91 .

* Alphabet Mantchou, p. 90. On pensera volontiers arec M. Langlès, p. g , qu'il serait néanmoins très-digne du gouvernement français , de pourvoir a un besoin bien senti dans l'Europe littéraire , en revenant au projet abandonné ou suspendu , de publier un Dictionnaire chinoisfrançais ou latin ; et que M. de Guignes , fils du célèbre académicien de ce nom , agent impérial a la résidence de Canton , où il a déjà vécn dixsept années ; M. de Guignes , appliqué si long-tenu par état à la langue chinoise , s'acquitterait fort bien de cette honorable entreprise , pendant que les circonstances de la guerre le retiennent parmi nous.

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Sans parler de l'alphabet et du syllabaire dont c'est ici la troisième édition enrichie d'un nouveau petit caractère mautchou fort élégant, et de plusieurs textes mantchoux , en original et en français , textes jusqu'il lui inédits en Europe; nous avons de cet habile orientaliste une édition d'un Dictionnaire Mantchou-Français , Paris, 1789 et 1790 1 3 vol. in~4°; dans le tom. y des Notices des Manuscrits de la Bibliothèque impériale , un Mémoire sur un dictionnaire latin mantchou- chinois , ouvrage anonyme1 et manuscrit, in-folio, 3 vol., appartenant à cette même bibliothèque ; enfin , le Rituel Mantchou, rédigé par ordre de V empereur Kien-long; Paris, 1804, 1 vol. in-4°, inséré au tom. vu des Notices déjà citées. .

Ce n'est pas tout , M. Langlès renouvelle ici la promesse de publier un supplément au Dictionnaire Mantchou-Français, et plusieurs grammaires inantchoues , rédigées par des missionnaires français. Parmi ces dernières, n'est point la grammaire du P. Verbiest, que M. Langlès s'est plaint de n'avoir pu retrouver. Mais nous lisons dans le catalogue des langues d'Hervaz* qu'elle existait il y a quelques années , en langue latine , dans la bi-

1 Ne scrait-c* point le même que le Dtctiommaire mantchou compote sous le règne de Kang-hi , par le P. Verbiest , et dont il est fait mention dans le Catalogo de las Langtuu , t. II , p. ai 5 i

a IjOco cit. La Grammaire mantchooe dn P. Verbiest était en latin , et dans lea note» sur la Nouvelle Relation de la Chine , par G. Uaguilans , jésuite , Paris , 16&4 » n>40» p. £3 , on promettait d'imprimer incessamment cette Grammaire.

bliothèque du Collège apostolique à Rome. D semblerait donc possible de se la procurer , afin de compléter le recueil grammatical que Fauteur nous annonce , et qui ne peut qu'être utile.

Voici Tordre qu'a suivi l'auteur dans l'ouvrage qu'il s'agit d'analyser. Après une préface curieuse, où l'on remarquera que les Russes ont dans leur langue des auteurs chinois traduits des versions mantchoues, on trouve d'abord un paragraphe sur l'utilité du mantchou , l'indication des secours que l'auteur a eus pour étudier, savoir, la Grammaire Latine du P. Gerbillon , insérée dans le recueil de Melchisedec Thevenot , quatrième partie ; puis le Syllabaire et le Dictionnaire Mantchoux, envoyés par le célèbre P. Amyot, au ministre de France Rertin, lequel s'empressa de les confier à M. Langlès, qui les a publiés. Nous ne parlons pas delà grammaire en langue française , que le P. Amyot envoya également, parce qu'elle n'est guère qu'une traduction abrégée de l'ouvrage du P. Gerbillon; elle est imprimée , tom . xm des Mémoires concernant les Chinois.

L'auteur jette ensuite un coup-d'œil sur l'on* gine des Mantchoux , et donne un précis chronologique de leur histoire politique et littéraire. Puis il traite de l'origine et de la formation des caractères mantchoux , et présente un tableau typographique de ces caractères anciens comparés avec les modernes. Il ne dit point de quelle époque sont ces caractères anciens ; mais comme ils occupent

la page première d'un ouvrage mantchou de la Bibliothèque impériale , intitulé : Traité des caractères qui n'ont ni point ni accent, ils ne doivent pas être plus anciens que le commencement du dix-septième siècle.

L'écriture des Mantchoux procède de gauche h droite; chaque ligne va de haut en bas comme dans le chinois. Ils n'ont point d'alphabet composé seulement comme le nôtre de lettres simples; si l'on excepte leurs six voyelles isolées, ils n'ont que des caractères syllabiques partagés en douze classes. M. Langlès les donne encore celte ibis exactement 9 tels qu'ils furent envoyés par le père Amyot, c'est-à-dire que la première série contient d'abord les caractères simples des six voyelles, que chaque série est au moins de cent-deux caractères syllabiques , au plus de cent trente-deux , et que le tout donne six caractères simples, et quatorze cent neuf groupes, chacun d'une syllabe. Il serait d'autant plus curieux de voir la Grammaire du P. Verbiest, que le Syllabaire mantchou, qu'Hervaz dit ' en avoir extrait pour l'insérer dans sa Paleographia Universale1, a quatorze cent quarante-trois caractères, sans compter ceux des six voyelles isolées.

Après le syllabaire d'Amyot, l'auteur donne en tableau un véritable alphabet, où les quatorze

1 Loco cit. , p. 31 5 , ?i6.

% Cesena , 1 798 , 1 vol. in-4°.

cent quinze caractères de ce syllabaire sont à vingt-huit caractères simples, et h douze ligatures; nous disons vingt-huit, parce que cinq des trente-trois que ce tableau présente au premier coup-d'œil , ne différent des cinq autres que par l'un des deux accens propres à l'écrituremantchoue. Il nous échappe de penser que, dans cet alpha* bet, en lui-même si commode, la colonne qui indique la valeur des caractères aurait besoin d'explication , puisque Ton y assigne une valeur littéralement identique , à des caractères qui diffèrent essentiellement dans leur forme. Nous disons essentiellement, parce qu'il ne s'agit point ici de ces variétés que l'on observe dans la môme lettre, selon qu'elle est isolée, initiale, médiate ou finale. On se demande naturellement en quoi différent entre eux de valeur le premier et le second / doux; le premier et le second th aspiré; le premier et le second k ; le premier et le second hh guttural; le premier et le second gu ; le premier et le second tch doux ; enfin , le premier et le second tch aspiré. Si la prononciation des deux lettres auxquelles on assigne une valeur identique est bien semblable , on voudrait être averti de cet emploi d'un double signe pour représenter une seule et même articulation ; et si elle est différente , comme on est porté k le croire, on désirerait que cette différence fût marquée, ou qu'il fût reconnu qu'il est trop difficile de l'énoncer par le discours écrit.

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A la suite du tableau sont des observations nécessaires qui avaient déjà paru dans les éditions précédentes , sur les formes et les valeurs des caractères de l'alphabet mantchou. Il y a de plus une comparaison curieuse des caractères de l'alphabet mantchou , et de ceux de l'alphabet bengali servant au samscrda.

L'ouvrage est terminé par des exemples de lecture et de prononciation mantchoues , et par deux extraits intéressans sur la langue mantchoue , tirés de la Description de la Chine, par le P. Duhalde.

Parmi les choses nouvelles de ce volume, ce qu'il y a de plus intéressant , c'est l'abrégé de l'histoire politique et littéraire des Mantchoux : eu voici l'analyse.

Le pays que nous avons désigné ci-devant sous le nom de Tatarie orientale , n'a pas moins de trois cents lieues de long sur deux cents de large ' . Bien des siècles avant l'ère chrétienne, il était peuplé par des tribus nomades.

Sans doute , ces tribus avaient leurs dénominations particulières ; elles se multipliaient selon les circonstances, et de l'Occident ou du Nord , il devoit en survenir de nouvelles avec de nouveaux noms. Assujéties quelquefois par la violence ou la terreur, ou réunies pour attaquer, elles durent alors avoir des noms communs. Ainsi, en dernier

1 Henraz , Loco cit. , p. 21 4»

lieu , vers 1 60 1 , elles prirent solennellement dans une assemblée qui fait époque, le nom de Montchoux. Les peuples et les voyageurs qui les ont connues en tout ou en partie, leur ont donné, leur donnent encore, h elles et à leurs rameaux, des noms qu'ignorent ou que rejettent les naturels du pays.

De toutes ces causes viennent tant de noms divers donnés aux peuples appelés aujourd'hui Mon tchoux , ou a quelques-unes de leurs branches. Il paraît que les Chinois les appelèrent d'abord Tchin ou Sou-chin, puis successivement Y-léou, Ouekie , autrement Ou-chiy ou bien Ou-ki ; Mo-hho et Mo-kho, que nous prononçons Mongols ou Mongols; Mongols est un nom que ces peuples se donnent eux-mêmes; tandis que quelques Euro* péens les appellent Mongols de Vest et Sou-Mon- , gols, c'est-à-dire, Mongols de Veau, ce qui les distingue des Tatares occidentaux qu'en Europe on appelle spécialement Mongols , et qui sont, au moins pnr leur territoire et par leurs langues ou dialectes, bien différens des Mantchoux.

Les Chinois ont encore appelé ceux-ci You-pi et You-pi-ta-tsé ; Nieu-tchin et Nieu-tché y noms encore diversement altérés ; Po-hafc et Ouan- Yuen, enfin Man-tchou.

Les Mongols les ont nommés Khourtcheh et Djoutski; les Oïgours, Tchoutchors ; et les Russes, Bogdoï, Bogdotsen, Djoutchari , Djoudjoudi ou TchoutchoiuU y ou Djoutchari , etc.

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Ces variations de noms trop communes dans l'histoire, la rendent souvent obscure, et quelquefois impénétrable.

Le premier fait qui constate l'existence des tribus dont nous parlons, est un acte de dépendance. Environ cent vingt-deux ans avant J.-C., les Souchin offrirent en forme de tribut au prince chinois Von-vang ou Ouen-ouang ', de très-grandes flèches armées de pierres affilées, et probablement aussi des chiens d'une taille extraordinaire.

On trouve encore, vers le troisième siècle de l'ère chrétienne, le royaume de Sou-chin ; mais alors , il prend le nom de royaume à!Y-léou.

Dans le sixième siècle, la dynastie tatare des Ouei postérieurs , qui réglait dans l'ancienne Chine , ou la Chine septentrionale , traitait en sujets les Y-léou, les divisait en sept hordes, et les forçait d'appeler leur pays le royaume d'Oachi.

A la fin du sixième siècle , et au commencement du septième , ils étaient de même soumis au monarque chinois, qui réunissait sous son autorité toute la Chine actuelle ; à cette dernière époque les sept hordes furent rassemblées en un seul corps de nation , qui s'appelait alors Mo-hho ou Mokho.

En 598, ces Mo-kho fournirent douze mille hommes h un chef de la Corée, qui voulait secouer le joug de la Chine, et qui ne put y réussir.

1 Mémoires concernant Us Chinois, t. II , p. 3.

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Dans l'intervalle du septième, au commencement du dixième siècle , on rencontre les Mo-kho du He-choui ou du fleuve Noir que nous appelons Amour y et les Mo-kho du Pè-chan on dn Mont- Blanc , autrement de la Montagne longue et blanche. (Ce fleuve et cette montagne sont des parties intérieures du pays des Mantchoux.) On voit se former des débris d'une des sept hordes , de celle appelée Soumo , une peuplade dont le chef subordonné à l'état de la Corée portait le nom de Ta ou Toi y c'est-à-dire grand. Mais la Corée fut toutà-fait subjuguée par les Chinois; alors , le Ta des Soumo réunit sous sa puissance les Mo-kho dn fleuve Noir, et posséda les montagqes de Tongmeouy dans le voisinage de la Corée.

Ainsi se forma le royaume des Po-hm, divisé en quinze grands districts de soixante-cinq petits. Ce royaume avait des commencemens de civilisation ; et Ton y pratiquait des cérémonies en l'honneur des ancêtres. Il eut dix rois consécutifs d'une même famille. Cet état fut démembré en Tan 9 2 5 ou 926, par Teffet d'une invasion des Khitans, ou Leao , ou Taï-leao : néanmoins il subsistait encore en 981 , mais avec des symptômes de faiblesse qui présageaient sa destruction très-prochaine, effectivement arrivée vers la fin du dixième siècle.

Ces Khitans ou Leao qui subjuguèrent les Po~ haï , étaient les princes dominateurs du Khitah, long-tems célébré en Europe sous le nom de Khar tai ou de Cotai, ou de pays des Tsin ou Tchin,

qui comprenait les six provinces septentrionales de la Chine d'aujourd'hui, dont la partie méridionale , comme plus considérable , s'appelait Mdtsin ou Mâ-tchin, la grande Chine.

Sous l'empire des Khxtans on Katajrens , sons la dynastie des Leao, les Mo-kho sont appelés Nieu-tchin, Nieu-tchin policés , au midi du fleuve Noir, et Nieu-tchin sauvages, sur les bords septentrionaux de ce même fleuve. Ceux-ci refusaient tout tribut aux K hit ans, ou Chinois du nord, leurs voisins , et préféraient pour leurs protecteurs les Chinois du midi, assez éloignés pour ne pas leur devenir trop onéreux.

Les Leao firent souvent la guerre aux Nieutchin ; mais tout ce qu'ils en obtinrent, ce fut de les obliger k s'appeler Nieu-tché, sous prétexte que l'autre nom comprenait celui d'un des princes du K hâtai qui s'appelait Tsoung-tchin.

Vers la fin du onzième siècle de notre ère, il sortit d'entre les Nieutchès, d'une horde devenue fameuse sous le nom de Ouan-jruen, un chef habile , entreprenant, qui par la force et l'adresse, réussit à faire des Nieutchin , tant sauvages que demi-civilisés, un corps de nation puissante et guerrière , qui devint redoutable aux Leao ses maîtres, à quelques égards.

Akhouta, c'est-à-dire le frère aîné , car on rappelait de ce beau nom , profitant des discordes et des guerres toujours allumées entre le Tchin et le

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Mâ-tchin , parvint bientôt à la tête d'une armée de Nieutchès , à conquérir le Tchin on l'empire du K hâtai.

En conséquence, il lut, en 1 1 15, proclamé par ses soldats Hoang-ti et Taï-tsou. Hoang-ti signifie très-haut ciel; c'est ce titre que nous traduisons Empereur : Tài-tsou veut dire grand commencement y et dans un sens dérivé, fondateur de dynastie 9 le premier d'une série de monarques de même famille. Les princes Khitans, dont Ahhouta prenait la place , avaient donné h leur dynastie le nom de Leao , espèce d'acier d'une dureté extraordinaire ; le nouvel Hoang-ti voulut que la sienne fût appelée Kin , du nom chinois de l'or , premier des métaux . Elle commanda aux Tchin etanx Nieutchès ; mais elle fut encore moins durable que celle des Leao.

Un siècle h peine l'avait vu exister, lorsqu'un autre soldat heureux , un vassal des Kin, un simple chef d'une horde obscure et barbare des Mongolsyouzhecs , le terrible Djenguiz-khan , jura la perte de son suzerain, et le renversement de sa dynastie. En 1234? elle succomba sous les attaques réitérées d1 'Oktaxkhan, (ils de Djenguiz-khan, qui prenant la place du vaincu , régna sur la Chine boréale , et sur les bords du fleuve Amour.

En 1 279 , Qoblâï-khan , neveu et successeur diOktaïy vainquit aussi et détrôna le monarque du Mârtchin , et fonda la dynastie mongole , qui sous

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le nom d'Vuen, gouverna ce qui forme l'empire chinois de nos jours , et conséquemment le pays des Nieutchès.

Les Yuen passèrent, comme les Kin et les Leao; ils furent expulses de la Chine; les Mongols le furent aussi; beaucoup d'entre eux reçurent asile chez les Nieutchès. On revit donc sur le trône de Pékin une famille chinoise ; ce fut la dynastie des Ming, fondée en i368, et, dans la première moi* tié du dix-septième siècle, exterminée, remplacée par les Mantcboux ses anciens sujets , c'est k- dire par les Nieutchès, qu'elle avait appelés à son secours , contre des insurgés des provinces méridionales de rem pire.

L'identité des Manlchoux et des Nieutchès y certifiée par beaucoup d'auteurs , est aussi constatée par l'identité de leur .langage. Pour prouver l'une et l'autre , le P. V i&delotip avait recueilli un e*sai de vocabulaire de trente-qlmtre mots nieutchès et mautchoux, entre lesquels on remarque une ressemblance évidente. Cet essai ne fut imprimé qu'en 1776 , puis en 1777 , en forme de supplément à la Bibliothèque Orientale, de d'Herbelot, dans les deux dernières éditions de ce recueil. M. Langlès redonne ici ce vocabulaire, y ajoutant les caractères inantehoux et la prononciation chinoise, rectifiée par M. de Guignes fils.

A l'époque de 1 334 , ceux des Nieutchès qui se

trouvaient établis en Chine, avaient été chassés par

les Chinois réunie aux Mongols , et poursuivis avec iv. 3*

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tant <T acharnement , que la plus grande partie avaient péri sous le fer des vainqueurs. Ceux qui avaient pu échapper en petit nombre , s'étaient réfugiés dans l'occident de leur patrie originaire, dans la contrée que les Mongols et les Russes appellent le pays des Ssolons ou des Tongouses de Daourie ou de Tàgourie. S solo n en mongol signifie protection, asile ; et tongous, qui veut dire porc , exprime la saleté de ceux auxquels ce nom est appliqué.

Sous la domination des Yuen et des Ming > les Nieutchès confinés dans leurs déserts , s'y étaient multipliés , sans jeter aucun éclat , jusqu'à la fin du seizième siècle. Mais ils se ressouvenaient de leur ancienne puissance , et ils avaient de grandes injures à venger. Ils ne formaient plus que trois grandes hordes , celle des orientaux , qui habitait» à l'orient du Leao-toung et h l'occident de la mer de Corée; celle des septentrionaux ou du Mont- Blanc ; et celle des Nieutchès de Nankoan , che* laquelle se tenaient des espèces de foires , où l'on venait acheter en immense quantité des fountores et du gin sèng.

Enrichis par ce commerce , ils devinrent plus populeux, et se partagèrent en sept hordes, ayant chacune un chef particulier.

Quelques-uns obtinrent en i586, la permission de s'établir dans le voisinage du Leao toùng, au delà de la grande muraille. Il y vint beaucoup: de Nieutchès. Il fallait les souffrir, puisqu'on les* avait

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reçus. Mais bientôt un mandarin imprudent et capricieux entreprit de les chasser, sous prétexte qu'autrefois les Nieutchès avaient accordé asile aux Mongols expulsés de la Chine. Les nouveaux colons furetit révoltés de cette vexation, et l'injustice , comme il est arrivé tant de fois , produisit l'indépendance; un abus de pouvoir, une spoliation de propriété , amena la chute de la dynastie des Ming , et assujétit de nouveau la nation chinoise au gouvernement d'une famille étrangère. ,

La querelle devint très-sérieuse; elle était en 1 601 , une guerre d'extermination entre les Nieur tchès et les Chinois. Sept frères commandaient alors chacun à l'une des sept hordes. Us crurent que dans un danger si grave la centralisation du pouvoir était devenue indispensable. Réunis dans un canton appelé Nieutchè , parce que c'était leur chef-lieu, et qu'ils nommèrent Ningouta, ou les Sept Chefs, ils élurent généralissime un d'entre eux, Taché, qui bientôt, dans une assemblée célèbre/s'assit sur un trône, et reçut ou prit le nom de Tait sou-khan des Mantchoux, c'est-àdire roi des Mantchoux, chef de^ dynastie. Il faut lire dans l'ouvrage même les recherches de M. Lan-; glès sur le sens du nom Mantchou, que les descendant des Nieutchès se donnèrent dans cette so* lennité, et qu'ils ont gardé jusqfici.

Il est probable que cette assemblée se tint en 1601J mais il n'est pas douteux 'que ce fut dans le canton de Ningouta, h OtoU*, «f«r n'était qu'un

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hameau , et qui est devenu bientôt une ville renommée.

Cette même époque fut celle d'une scission mémorable entre les Nieutchès. Il y en eut qui refit* sèrent de prendre part k la guerre , et qui , dans leur paisible obscurité , surent conserver cette indépendance honorable dont leurs descendait* jouissent encore , malgré tous leurs voisins.

Taché ent des succès , il remporta des victoires jointes a bien des calamités, sans doute; il conquit presque toute la Chine septentrionale, et se fit proclamer en 1616 Hoang-ti, dans la capitale dn Leao toung. Son fils Tciï-tsoung , en 1626,. hérita de son trône et de sa puissance ; son petit-fils Chitsotij autrement Chun-tchi, ou Chun-tché, sous la régence d'un de ses oncles , s'empara, de Pékin en iô44' acheva ensuite de subjuguer tout le territoire chinois et ses déptadances. Telle est l'origine de la célèbre dynastie des MaïUchcrox , qui règne aujourd'hui même sur le vaste empire de la Chine, sous le nom de Tsing ou de Tàï-tsmg , c'est-a-dire très-pure.

La fusion des vainqueurs et des vaincus ne s'eit pas faite jusqu'à présent. Il y a donc en cet pire, non - seulement deux langues pour tous les actes publics, le chinois et le mantchou; mais enedé deux armées distinctes, l'une chinoise et l'autre mantehoue ; deux capitales , Moukden et Pékin; et les corps administratifs ou judiciaires y sent in- partie de matodarins- mao-

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tchoux et de mandarins chinois; en an mot, sous un chef maatobou , il y a deax nations jalousos l'une de l'autre, et cotome deux -états différeas dans un seul empire. Ce dangereux état de rivalité, de fermentation , de révolution menaçante , o servi k polii\, k enrichir la langue mantchoue, à créer rapidement une littérature, toute «a prose il est vrai , mais des plus riches, -pour un peuple k peine échappé des ténèbres -de l'ignorance la plus gros* sière.

Dès le neuvième ou le dixième siècle , une branche principale des anciens Mokho ou Mogols orientaux , devenus depuis Nieutchès et Mantchoux , les Pohciï avaient une -écriture quelconque.

Cependant, il est dit ensuite des Nieutchès , devenus , en 1 1 1 9 , une première fois maîtres de la Chine , qu'ils n'avaient alors qu'uue langue barbare et seulement parlée , et qu'k cette même époque, ils se donnèrent une écriture d'après celle des Leao. Celle-ci ne nous est pas plus connue que celle des Pohaï, et ne date que de l'an 926.

Les plus habiles parmi les Nieutchès , lorsque la plupart se liguèrent sous le nom de Mantchoux, savaient k peine écrire leur nom. Comme ils n'avaient aucun livre en leur langue , il fallait qu'un Nieutchè , pour se procurer quelque connaissance littéraire , apprit le mongol , ou le tibétain , ou le chinois. Les premiers ouvragesen mantchoti furent composés ou traduits par ordre de leur prince Taché, devenu Tdi-tsou. On cite sous son règne ,

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comme un prodige d'érudition, Je Mantchou Tar khaïj que Taïtsou employait à rédiger et h copier ses ordres pour la Chine , la Corée, le pays des Mongols, etc.

Ce même prince le nomma président d'une commission composée en partie de Tibétains, et chargée de fixer une écriture pour les Mantchoux , d'après celle des Mongols qui avaient emprunté la leur des Turcs Oïgours. Ces derniers, selon M. Langlès, avaient tiré leur écriture médiatement ou immédiatement du dévanàgari, nom des plus anciens caractères de l'Inde. Ce savant auteur croit avoir reconnu que les alphabets sabéen, oïgour, kalmouk, stranghelo ou syriaque ancien, poheto ou syriaque moderne, arabe kioufique et arabe neskhi ou moderne, sont tous de la même famille.

On croyait la langue et l'alphabet oïgours perdus depuis long tems ; mais il se trouve à la Bibliothèque impériale un vocabulaire oïgour, en caractères oïgours, chinois et latins, faisant partie d'une collection de vocabulaires de différentes nations orientales, envoyée par le père Amyiot. M. Langlès, dignement secondé par M. Marcel, directeur de l'Imprimerie impériale, l'a fait graver pour cette imprimerie, et compte publier h-la-fois les alphabets sabéen, oïgour et mongol, avec des recherches analogues au sujet : ce sera encore un grand service rendu à l'histoire.

Il est bien probable que récriture mongole était usitée par les Nieutchès avant Taï-tsou; mais Ta-

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khciï et ses collaborateurs l'ont perfectionnée, en lui donnant des formés très-précises, et l'enrichissant par quelques traits des caractères nécessaires pour indiquer toutes les articulations propres aux Mantchoux, ou par eux empruntées des Chinois». En 1 64 1 , on trouve encore le même Takhaï oc*cupé a inventer des points nouveaux pour récriture mantchoue.

Un autre de ses compatriotes et contemporains, Khiféj est renommé comme ayant possédé les langues chinoise , mongole et mantchoue , et comme ayant connu k fond les littératures de ces trois langues. Par ordre de Tdi-tsoung> et secondé par des Chinois habiles, il traduisit, du chinois en mantchou, l'histoire delà dynastie des Leao , celle de la dynastie des Kin, enfin celle de la dynastie des Yuen.

Tciïrtsounj* établit le premier des écoles de langue mantchoue, et ordonna pour les Mantchoux des examens scientifiques à la manière chinoise. Il voulut présider en personne. à l'ouverture de ces examens. 11 fit rédiger et publia en langue mantchoue un Code des lois civiles et criminelles communes aux Mantchoux et à quelques hordes voisines. On a ce Code, en douze volumes, à la Bibliothèque impériale.

Ce même prince et ceux qui lui ont succédé jusqu'à nos jours ont . mis le plus grand zèle à faire composer et traduire des livres en mantchou , le plus souvent' par des commissions générales ou

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spéciales des hommes lettrés de leur nation. De Ik vient qu'on a en langue mantehone généralement tous les bons livres chinois. Ils sont stéréotypés : c'est le seul genre d'imprimerie qui soit usité en Chine, ainsi que chez les Mongols et chez les Mant choux.

Plus de cent ans avant que M. Pérard eût écrit en français sa belle traduction des œuvres d'Enclide , les PP. Gerbillon et Bouvet qui ,- en sept ou huit mois d'étude , étaient devenus assez habiles dans la langue mantehoue, avaient publié h Pékin, dans cette langue , les Élémens de Géométrie de cet illustre mathématicien , et la Philosophie Ancienne et Moderne de Duhamel.

Us composèrent encore et publièrent en mas* tchou une vingtaine de petits traités de médecine et d'anatomie, qui attirèrent d'autant plus l'attention , que les Chinois et les Tartares étaient plus ignorans dans ce qui regarde l'économie animale.

Les célèbres Kanghi et Kien long sont les deux Hoang-ti mantehoux qui ont eu le plus de aèle et d'activité pour multiplier les compositions et les versions mantehoues. Us prenaient qnè part personnelle k ces travaux ; ils revoyaient les livres , souvent ils en composaient les préfaces.

Kang-fu fit faire deux versions successives ^ dn chinois en mantehou , de la grande Histoire de la Chine, composée par le tribunal même de l'histoire , sous le titre de Tong-kien-kang-mou , ouvrage traduit en français par le père de Mailla, et

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publié en douze volumes in-4° par MM, Grosier et Deshauterayes. Le père de Mailla convient que, dans ce travail , la seconde Version* mantchoue, qui passe pour singulièrement exacte , lui a été aussi utile que le texte chinois.

Nous sommes redevables aux ordres et aux soins de Kang-hi et de Kiendong de deux dictionnaires mantchoux et chinois; i'un, que nous devons au père Amyot et h M. Langlès, parut à Pékin en 1 747 : il est dans Tordre du syllabaire mantchou ; l'autre suit un ordre de matières , comme XAmarasinha des Indiens , et YIndieulus Unwersalis du père Pomey : il parut en 1708 , et fut réimprimé en 1772, avec des additions très-considérables. C'est le plus étendu et le pins complet des dictionnaires mantchoux : il existe h la Bibliothèque de l'empire français. On en voudrait un composé d'après ces deux , mais qui suivît l'ordre de l'alphabet de M. Langlès, et lut par-là également utile et commode aux Mantchoux et aux savans de tous les pays.

Kien-long fut encore auteur ou coopéra teur de ce Rituel des Mantchoux, que M. Langlès a fait connaître en Europe, et d'une Histoire de la Dynastie des Mingj renversée par les Mantchoux.

Finissons en observant que l'ouvrage dont nous venons de rendre compte est enrichi de beaucoup d'observations de philologie orientale, qui mériteut l'attention des gens de lettres , mais que nous n'avons pu faire entrer dans cet extrait.

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S'il y a dans ce volume quelques répétitions qui n'étaient pas nécessaires , elles sont plus excusables dans les ouvrages d'érudition tels que ceux-ci , qui sont le fruit d'une multitude de recherches pénibles et nécessairement interrompues. Nous citerons une de ces répétitions , parce qu'elle fait honneur à la modestie de M. Langlès.

Il ignore moins que personne que deux des plus sàvans et des plus célèbres philologues d'Allemagne , Adelung dans son Mithridate , in-8°, Berlin, 1806, et Eichhorn dans sa Geschichte der neuern Sprachenkunde, qui est, à beaucoup d'égards, une édition abrégée, corrigée et augmentée du Mithridate y ont dit que M. Langlès a traduit en français les mots chinois et mantehoux du Dictionnaire Mantchou publié à Paris. Cependant M. Langlès, dans Y Alphabet Mantchou, dit que cette traduction est du père Amyot ; et il le répète dans cette troisième édition , pag. 5, 95 et 161.

NOTICE

toi l'outra»! ihtitulb

V Antiquité dévoilée au moyen de la Genèse , source et origine de la Mythologie et des Cultes religieux. Nouvelle édition , augmentée de la Chronologie de la Genèse , confirmée par les monumens astronomiques dont on s'est servi pour l'attaquer.

1 vol. in-8°. Paris, 1808. 167 pages» la préface et les tables synoptiques

non comprises.

La première édition de cet ouvrage, dû au zèle religieux et aux lumières de M. Gosselin , demeurant à Pontoise , parut en 1807, et fut de suite annoncée dans le Magasin. Celle-ci contient de plus un Mémoire de trente-neuf pages , intitulé : Chronologie de la Genèse, confirmée par les monumens astronomiques dont on s'est servi pour F attaquer. C'est une réponse , et la seule que nous connaissions, au Mémoire Chronologique et Mythologique publié en 1806, sur le Zodiaque, par M. Du puis, et dont on peut voir dans le Magasin une analyse fort exacte.

La justice exige que Ton rende compte de cette réfutation, remarquable par sa simplicité, ainsi

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que par une explication neuve et satisfaisante du vers de Virgile :

Candidus curatis aferit cttm eornibu» anmtm Taurus etc.

Nous nous bornerons k abréger le travail déjà très succinct de l'estimable auteur, en conservant le plus qu'il sera possible ses propres termes, et nous laisserons le jugement aux lecteurs éclaires.

M Du puis , en différens ouvrages 9 a cru pouvoir faire remonter l'invention du zodiaque h plus de quinze mille ans , en 1^ supposant originaire de l'Egypte , et en faisant commencer les signes à la balance au lieu du bélier, qui a toujours passé pour le premier.

M. Gosselin, p. 27 et 28 de l'ouvrage que nous analysons , convenait qu'il serait difficile de réfuter M. Dupuis, s'il était vrai que 1e zodiaque convient au climat de l'Egypte , et surtout qu'il ne convient qu'à ce climat. Mais il ajoutait que, même en voulant bien supposer que les signes zodiacaux aient commencé a la balance , on trouvera que ces signes ne s'accorderaient ni avec le dîmat de l'Egypte, ni avec les positions du soleil , auxquels ils ont eu pourtant un rapport manifeste. Commeat Pccre visse, par exemple, qui marche i reculons, et qui, dans l'hypothèse de M. Dupuis, devait répondre au solstice d'hiver, peut-elle représenter le soleil , qui prend alors une marche tout opposée ? Comment la chèvre , toujours grimpant , pourraitelle figurer la marche rétrograde du soleil vers le

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solstice d'été ? Comment le sphinx à tête de vierge entée sur un corps de lion , qui précipitait dans les eaux ceux qui ne savaient pas deviner ses énigmes, comment cet évident symbole du débordement du N\J , quand le soleil est dans les signes du lion et de la vierge , eût-il annoncé le retour périodique de ce débordement ? Et comment ce débordement eût-il pu exister, si le soleil > au lieu d'avoir dépassé le tropique du cancer, eût encore été loin d'atteindre l'équinoxe du printems? D'ailleurs, L'hypothèse de l'inversion des signes en Egypte , supposerait un zodiaque étranger adapté au clima t de l'Egypte , auquel il ne convenait pa». L'Egypte ne peut donc, sous aucun rapport , s'attribuer l'invention du zodiaque ; les premiers Egyptiens , comme les autres peuplades , l'avaient emporté en quittant le berceau commun du genre humain.

M. Dupuis a cru pouvoir lever les difficultés qui combattent son système % et arriver au même résultat, à un zodiaque de quinze mille ans d'antiquité, en s'y prenant d'une autre manière, dams son Mémoire de 1806 , dont voici la substance. La lune et le soleil ont chacun leur zodiaque différemment divisé, mais correspondant; les zodiaques solaire et lunaire sont les mêmes, sur toute la terre : faits d'une même main, venant de la même source, Us ont été d'abord en harmonie, entre eux et avec les saisons. Ce double accord eût resté parfait , si Tannée eût été purement sidérale; maiç il ne tarda

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pas à s'altérer, à casse du mouvement apparent des fixes, qui abrège l'anhée tropique, en faisant rétrograder les points équinoxiaux et solsticiaux d'environ cinquante secondes de degré par an, d'un degré environ' en soixante-douze ans , d'yn signe solaire environ en deux mille cent quarantecinq ans, et du cercle entier en vingt- sept mille sept cent trente ans. Le tems auquel existait ce double accord doit donner l'époque de l'invention des deux zodiaques. Or, ce tems n'est pas celui où les étoiles de la tête du bélier se trouvèrent au point équinoxial du printems; car elles s'y trouvèrent vers Tan 388 avant l'ère "vulgaire , et déjà quantité d'observations faites en Perse , en Egypte , à la Chine ,. dans l'Inde , plaçaient l'équinoxé du printems aux premiers degrés de la constellation <lu taureau, ce qui fait remonter l'usage du zodiaque solaire deux mille ans avant l'ère vulgaire. Mais ce n'est point à cette époque de deux mille ans avant l'ère vulgaire , lorsque l'astérisme du taureau' était h l'équinoxe ^qu'ôn doit placer l'invention du zodiaque, puisqu'alors il n'eût existé aucun accord entre les signes et les saisons ; la balance est le seul signe qui ait pu réunir l'accord des stations solaires et lunaires , et l'accord des signes avec les saisons ; Quoi de plus propre à représenter l'équinoxe dû printems , ou l'égalité des jours et des nuits , qu'une balance ? Donc les hommes inventèrent le zodiaque , au plus ' tard , lorsque le point

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équinoxial du printems était dans la balance , autrement quinze cents années , pour le moins , avant le tems où nous, vivons.

Voici la réponse de M. Gosselin.

D'abord , en prenant la balance pour point initial des signes, on s'écarte de l'usage de tous les peuples qui le placent au bélier, et slaccordent ainsi à fixer Torigine du zodiaque solaire environ deux mille ans avant l'ère chrétienne.

Mais en prenant la balance pour point initial des signes , si on a le juste raccordement des stations solaires et lunaires, il s'en faut bien qu'on ait le pariait accord des signes avec les saisons ; sans vouloir relever tous les défauts de cet accord prétendu , nous citerons seulement le cancer et le capricorne , qui.se trouvent, dans l'hypothèse de M. Dupais, placés à contre-sens de ce qu'ils doivent représenter ; le cancer monterait , tandis qu'il doit descendre, et le capricorne descendrait, tandis qu'il doit monter. M. Dupuis aura beau vouloir prouver que monter au nord c'est descendre , et que descendre au midi c'est monter, personne n'admettra ce paradoxe.

Il faudrait donc aller plus loin que la balance et remonter jusqu'au bélier, pour satisfaire complète-* ment aux conditions exigées. Ce serait remonter de treize signes solaires, et donner à Kînventiôn du zodiaque une. antiquité d'environ vingt-rhuit mille ans, ou plutôt uhe antiquité indéfinie7 puisqu'il est absolument impossible que le point équi-

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noxial du printems ait déjà parcouru {dut d'une ' (bis le zodiaque entier en rétrogradant.

M. Dupuis ne prouve donc rien h force de trop prouver ; les conséquences directes de son qjstème conduisent h un terme illimité ; conséquemmeat , il ne fournit aucune solution réelle. 11 y a donc un vice dans les principes : tâchons de le découvrir.

Ici Fauteur expose en peu de mots ce que, pour réfuter M. Dupuis, ont publié M. Testa , M. de la Prise, et l'auteur qui attribue l'invention de la sphère céleste à des navigateurs de la ville de Bakou , sur les bords de' la mer Caspienne. Il les combat rapidement , et revient h l'adversaire commun.

Le principe vicieux posé par M. Dupuis, est qm% son origine , le zodiaque montrait un parfait accord, entre les signes et les saisons que ces signes représentent , entre les stations solaires et les stations lunaires.

Cet accord eût existé, si de savans astronomes eussent dessiné priginairemnt le calendrier zodia- * cal ; mais ce*Fut l'ouvrage de pâtres et de labou* reurs , qui n'avaient pour observer que leurs yeux, et pour observatoire que des champs couverts de leurs troupeaux et de leurs moissons. Us n'allèrent pas loin chercher le type de ce calendrier. La génération successive du bélier, du taureau , du chevreau , leur en fournit les premiers traits. Cette fécondité périodique dépendant des différons de* grés d'ascension apparente du soleil dans l'espace,

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ils ne tardèrent pas à comparer ensemble ces phénomènes concomitans. Pour le faire avec ordre, ils partagèrent la route du soleil en douze parties égales. Cette route, tracée dans le ciel parle moyen des étoiles fixes, a des points remarquables, à cause de son obliquité par rapport à l'équateur ; ce sont les tropiques et les équinoxes.

On s'aperçut que , quand le soleil est vers le moyen terme ascendant, les agneaux prennent naissance, et que c'est le renouvellement de Tannée rurale. De là le nom du premier signe, agneau ou bélier 9 donné au groupe d'étoiles qui paraissent alors avant le lever du soleil , et qui précèdent sa position dans le ciel.

Le nom du second signe, veau ou taureau, fut donné au groupe suivant par une raison semblable.

Le troisième s'appela les chevreaux ou les gémeaux y parce que , dans le tems où ce groupe paraît à rhorizon avant le lever du soleil , la chèvre met bas ordinairement deux petits à-la-fois.

Le soleil étant parvenu à sa quatrième station , conséquemment au solstice d'été , le quatrième signe îvxX écrevisse y parce qu'elle marche à reculons , et peut ainsi désigner .la -.marche rétrograde du soleil.

Le cinquième signe fut le lion, animal des climats brulans de l'Asie, et d'ailleurs assez propre, par sa fureuj;^ igpjçésenter la chaleur extrême du» soleil entré *^d: sa <2^uième station.

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