CHAPITRE X
CHAT1ME5T DES VBUGBS ET DBS MARTINETS , tMPLOTB ENVERS LA JEUNESSE UAH9 LBS ECOLES ET BARS LES COLLEGES.
Je n'ai point dissimule le proverbe : Il ne faut pas que les pères épargnent les verges ft leurs enfaijs, ce serait les haïr; c'est Salomon qui le dit dans le livre de la Sagesse, chap. i3, n° 24 • On pourrait , par diverses considérations , justifier la rigueur de ce texte ; il était apparemment accommodé aux mœurs dures des terris anciens, et au caractère obstiné du peuple israélite.
On peut dire aussi que Salomon avait compté beaucoup sur la tendresse naturelle des, pères et des mères. Il est bien évident au moins que Ton ne doit pas reprocher aux jésuites l'invention de ce châtiment, puisqu'il est aussi ancien que l'esclavage, puisqu'il fut si long-tem9 autorisé par un certain droit impérial et royal, monacal , in qui si- . torial et papal; puisque leur fondateur, lorsqu'il étudiait en l'Université de Paris, y recevait le fouet ,
»iatiri<(ue , intitulée : Proscription des berges des fie oies , dialogue entre Pamphile et Orbilius , in-ia, sain» date , 17O9. Il en existe une édition latine. Ce dialogue représenté a Tullio , dans le ci-devant Daiipliiné, en 1758 , est l'ouvrage d'un religieux minime, qui était natif île Tujlin. Sur d'autres désordres , voyc* la note suivante.
DE J.-D. LANJUINA1S. 663
au collège de Sainte- Barbe, à l'âo^lc plus de trente-trois ans ; mais on doit s'étonror de ce qu'ils l'ont pratiqué sans cesse , quoiqu'ils fussent bien instruits et de l'inutilité réelle et des grands dangers de cette correction y par le sage Quintilien l et par notre philosophe Montaigne, dont la foi chrétienne est assez prouvée a. « Cette institution {des enfans) , se doit conduire, dit-il, liv. i , ch. a5, par une sévère douceur; non comme il se fait : au lieu de convier les enfrns aux lettres, on ne leur présente qu'horreur et cruauté. Otez-moi la violence et la force : il n'est rien qui abâtardisse et étourdisse si fort une nature bien née. Si vous avez envie qu'il craigne la honte et le châtiment , ne l'y
1 Cœdi vero dise entes , quanqwim et receptum sit , et Chrysippus non improbet , minime velim. Primum quia déforme atque servile est y et certe quod convertit , si œtatem mules, injuria, Dcinde, quod si cui tam est mens illiber al Ls , ut objurgatione non corrigatur, is etiam ad plagas, ut pessima quœque mancipia. durabitur. Postremo , quod ne opus erit quidem hac castigatione , si assiduus studiorum exactor adsliteriL... Denique cum parvulum verberibus coegeris ; quid juveni facias ; cui nec adhiberi potest hic metus , et majora discenda sunt ?
Adde quod multa vapulantibus dictu defomùa , et mox verecm*~ diœ futura , sœpe dolore vel metu accidunt : qui pudor refringit animum et abjicit , atque ipsi lucis fugam et tœdium dictât» Jam si minor in diligendis custodum et prœceptorum moribus fuit cura, pudet dicere , in quœ probra nefandi homines isti cœdendi jure abutantur, quam det aliis quoque nonnumquam occasionem hic miserorum metus. Non morabor in parte hdc : nimium est quod intelligitur. Quare hoc dixisse satis est , in œtatem infirmant , et injuriât obnqxiam , nemini dtbere nimium lie ère. (Instil. Orator,, lib. 1, cap. ni.; /^bjr.Rollin , Traité des Etudes, tome IV.
a Voyez Christianisme de Montaigne, nar M. l'abbé I.abnmlerie, Paris, 1819 , in-8 , 1 vol.
CBUVBES
endurcissez-le à la sueur et an ;T an soleil et aux hasards qu'il lui V etc. Mais , entre autres choses , cette ie la plupart de nos collèges m'a toujours : on eût failli à l'aventure moins dommagea- * slndinant vers l'indulgence. C'est une >mie geôle de jeunesse captive : on la rend déy Fen punissant avant qu'elle le soit. Arriy sur le point de leur office , tous n'oyez que et d'enfans suppliciés , et de maîtres enivrés et* leur colère. Quelle manière pour éveiller l'appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives , de les y guider d'une trogne effroyable , les mains armées de fouets! Inique et pernicieuse forme, joint ce que Quintilien en a très-bien remarqué , que cette impérieuse autorité tire des suites périlleuses , nommément à notre façon de châtiment. Combien leurs classes seraient plus décvuuuent jonchées de fleurs et de feuillées , que de trouvons d'osier sanglans! » Jean- Jacques Rousst,Mu se plaignait avec bien de la raison de ce que £U(t* de la gaîté se passe au milieu des menaces , des chdtùnens, des pleurs et de V esclavage '.
Voltaire a parlé de même : « Il est abominable vfuVn inflige un pareil châtiment sur les fesses à de jinuiw garçons et à de jeunes filles. C'était autre- Ivùs le supplice des esclaves. J'ai vu dans des colk^\* îles barbares qui faisaient dépouiller des en-
* W>C4 V Emile* , liv. I", et les Confessions , lir. Ier.
fans presque entièrement; une espèce de bourreau, souvent ivre , les déchirait avec de longues verges qui mettaient en sang leurs aines. D'autres les faisaient frapper avec douceur, et il en naissait un
autre inconvénient a »
Depuis l'expulsion des jésuites il n'a guère été question en France , au moins dans la capitale , de fodtetter les jeunes gens dans les collèges ni dans les pensions ; et jamais la jeunesse ne s'est montrée plus studieuse , plus intelligente , plus disposée à tout ce qui est honnête et louable. Cependant , l'on continua, dit-on , de fouetter dans quelques pe- , tites écoles, dans les maisons des {grands) frères des écoles chrétiennes ' et dans celles des petits frères , dits de Vabbé de la Mennais. Ceux qui parlent de confier les collèges à certaine congrégation réprouvée par nos lois, devraient songer au moins que la première chose à lui interdire, sous peine grave , serait la flagellation des étudians.
1 Diction. Philos. , an mot Verge.
3 Leur maison de Saint- Yon était renommée , ayant 1 789 , pour les rudes flagellations correctionnelles et journalières qui s'y distribuaient aux jeunes gens renfermés par ordres arbitraires , par lettres de petit cachet.
Les bon frères s'y acquittaient sévèrement de leur méfier de bourreau ; n'était-ce pas accomplir un vœu sacré, un devoir de conscience? La tradition conserve encore le souvenir de leur patois ridicule , et celui de leurs formules prédisposantes , lorsqu*aprcs avoir salué méthodiquement le captif, et avoir déposé leurs chapeaux a grands bords rabattus, ils auraient le respectable martinet , et prononçaient avec l'accent du pays la formule solennelle : il faut , monsieur, que je vous fessissions , et que si vous regimhissiez , je recommencissions.