‹ Œuvres de J. D. LanjuinaisChapitre 2 sur 46 · SUR LA VIE. ET LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

SUR LA VIE. ET LES OUVRAGES

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Justum ml tênttcém pr»f9$Ui vimm Non civium ardor pnum Juèemtium « Non quitus instantis tjrmnni Monio qmatit solida ;

Sijmetus illakainf orèis , Mmjmpidumjerient ruinm,

Hofti.cc.

JbanoDbnis Laujuihais naquit le la mars 1753 , à Rennes , où son père exerçait avec distinction la profession d'avocat. Son enfance fut signalée par une intelligence précoce , par une assiduité rare aux leçons de ses mahres , et par une ample moisson de lauriers classiques.

Doué d'une ame tendre et impétueuse, il embrassa aree ardeur les croyances du christianisme , et en I. I

a NOTICE

pratiqua la morale avec une austérité digue des premiers disciples : aussi , la vie domestique , la vie politique , la vie scientifique , n^ont été pour lui que les formes variées de la yie religieuse.

C'est là Texplication de cette immobilité de principes , de ce courage inébranlable , qui ont valu à Lanjuinais Testime de tous ses contemporains , et Tadmiration de ceux qui ont traversé avec lui les tempêtes révolutionnaires.

A seize ans il était sorti du collège et partageait les laborieuses veilles de son père. L'étude de Tbi»toire et du droit ecclésiastiques , celle du droit civil , faisaient l'objet principal de ses travaux , dans lesquels la philosophie et l'histoire générale n'étaient pas omises. Reçu par dispense d^âge avocat et docteur en 4roit, il venait d'atteindre dix-neuf ans lorsqu'une chaire de droit fut mise au concours à Rennes. Son extrême jeunesse ne lui permettait pas de se présenter. Il obtint une nouvelle dispense , et justifia ces faveurs par le talent et la science qu'il déploya dans ses épreuves. Il y emporta le sufirage de ses concurrens et du public ; mais les juges du concours ne voulurent pas se donner un collègue imberbe. Il ne recueillit pas moins Je fruit de ses efibrts : son habileté comme jurisconsulte fut connue, et sa place fut honorablement marquée au barreau, n

Plein de confiance dans l'avenir, il reprit les travaux de son cabinet , et se livra à des études plus vastes qui devaient lui assurer de nouveaux succès.

'i-twt^

Ne s'arrétant pas. aux commeDtatcurs connus du droit civil et canonique , il se procura à grands frais de nombreux ouvrages sortis des universités allemandes , et pour la plupart ignorés en France , et puisa à ces sources une érudition , contre laquelle devaient échouer les efforts de ses adversaires et la mauvaise volonté de ses juges. ,j^

L'occasion ne tarda pas à se présenter. En 1776 un concours s.'ouvrit pour une chaire de droit ecclésiastique. Lanjuinais , alors âgé de vingt-et-un ans, y parut avec une supériorité non contestée. Mais les uns le trouvaient trop jeune , les autres le trouvaient trop savant. La majorité se déclara encore contre lui. Alors , M. Loisel , Tun des professeurs de la faculté , faisant éclater la plus vive indignation , ^e répandit en reproches contre ses collègues , et déclara qu'il se croirait déshonoré s'il signait leur décision. Cet acte de fermeté ramena les esprits , et Lanjuinais fut nommé à la chaire vacante , oii il se distingua en combattant les routines de l'école, et en ouvrant des voies plus larges à l'enseignement.

D'aussi brillans succès accrurent rapidement sa réputation , et dans l'àge des débuts , il se trouva placé aux premiers rangs du barreau. Consulté pour les affaires les plus importantes de la province , sa probité sévère , ses connaissances profondes et la vigueur de sa logique , justifièrent toujours la confiance de ses cliens : aussi en 1779 il fut élu par les trois ordres , l'un des conseils des états de Bre-

4 * • HOTICE. .

tagpne , p^ce i^^^^ d'ordinaire à de» hommee. blanchi» dans la pratique des afiaires.-

Lanjuinais, qui avait puisé dans l'Évangile autant que dans la philosophie contemporaine le principe de rëgalité entre les hommes , condamnait les pri-? viléges de la nohlesse et du clergé. Cette dispositî(Ul^ d'espijjt Tentraîna à laisser dans une consultation, ^i imprimée en 1779, quelques paroles qui soulevèrent contre lui ces deux ordres* Il s'agissait de savoir ai Jè^droitds.cohmbier^ réservé en Bretagne à la seule ndblessa ^ pouvait se prouver par titres , ou s'il falv lait de plus que le titre fût accompagné de possession ancienne. La question intéressait toute Im nobksse de Bretagne , très-jalouse de' ses droits féodaux.

'Lanjuinais soutenait l'insuffisance des titres sansi possession ; et combattant un mémoire de ses ad^ versaires où ceuX'Kîi' avaient invoqué les procèa^ verbaux de discussion relatifs à l'article de la cou-t tome qui donnait lieu au procès , il s'exprima ainsi :. « Qu'il y ait eu de grands débats entre la noblesse » et le tiers^tat au sujet des< colomlûers, que l'or- » dre de l'église ait pris le parti de la noblesse codm H tre le tiers , ainsi qu'il fait presque toujours , cette » prépondérance de la noblesse sur le tiers par le » moyen de l'église ne prouve sûrement pas quc^ H. notre article soit l'ouvrage de la raison saine et » ifDpartiale. . ^ . . »

Ce mémoire, qui contenait d^autres passages aussi

SUR J.-D. LANJUINÂIS. S

hardis, fut dénonce par le procnreur-rgénéràl et «upr primé par arrêt du parlement de Bretagne ,: coinm^ injuriant et calomniant les trois ordres de Tétat.

Le barreau^ qui jouiss^iit alors d'une liberté véritable, ne dissimula pais son indignation contré Tarrét injuste dont un de ses meiùbrèsétôit victime. Sur la demande de M. Gohier (depuis membre du directoire) , Tordre des avocats. fiit convoqué et se réunit tout entier. Le mémoire fut lu , les passages incriminés furent discutés, et il fat déclaré unanime^ ment que le mémoire supprimé était Touvràge d'uni savant et digne jurisconsulte, et qu'il devait être placé dans la bibliothèque comnle renfermant des principes que Tordre entier s'engageait à soutenir 1 Le bâtonnier fut chargé de remettre la délibératicfn à Tavocat'général , pour la communiquer au parlement , qui Id laftssa subsister ■■•

Lanjuinaîs avait pour adversaire dans cette cause Dttparc-Poulain , célèbre jurisconsulte de ce tems. Celui-ci , plusieurs fois mis en défaut par son jeune confrère , l'attaqua avec une aigreur extrême et lé lOÀ d'une sopériorké dédaigneuse. Justement blessé des manières hautaines de son adversaire, Lanjtd-^ nais répondit avec une rudesse et une sévérité qui lui firent regretter ses attaques inconsidérées..

Yoiei la première phrase de son mémoire j en

I fj

Ob détails sont confirmes par nne lettre de M. Gohier, insérée dans i« CourT«eiduaoj|SBnvicr 1837.

ŒUVRES

DE

Dès 1787, une grande agitation régnait en Bretagne^ les embarras de la eour et du ministère eireiUaient dans les trois ordres des espérances opposées , et tons travaillaient avec zèle à profiter des cireonstances dont aacon ne comprenait la gravité. La cronvocadon des états-»généranx j en 1788 , vint éclairer le tiers^état et lui révéler ses forces*

La constitution de la Bretagne avait , par ses formes , conservé dans le pays des principes de liberté ^ une habitude de discussion qui ne demandaient que Toccasion de prendre Tessor. Elle fut saisie avec avidité. Les noMes eurent leurs réunions où ils traitèrent les questions à Tordre du jour : le noasbre des députés du tiers , le vote par ordre ou par #tc , etc. De son coté , le tiers avait pris une attitude imposante. ^Des assemblées des députés des paroisses s'étaient partout formées , pour la rédaction dfs cahiers auxquels devaient se conformer leurs députés aux états-généraùx. II ne s'agissait plus seulement du nombre des députés du tiers et du vote par ordre ou par tête.;- mais on y discutait les privilèges de la noblesse et la constitution même de la QïOnarohie. Des paroles on en vint aux écrits, et une polémique riolente s'engagea. Lanjuinais y prit part , et publia, en 1788, ?deux brochures où il attaqua avec chaleur les prétentions et les intrigues de la noblesse. Ces brochures,, qui eurent alors plusieurs éditions , étaient intitulées, l'une lePmservatif contre TAv^is à mes Compatriotes ; l'autre ,

Réflexions patriotiques sort Arrêté de quelques nobles de Bretagne du aS août 1^98 '.

Dans la prenkière de ces publications , il traçait d'ùip. Biain fermé les vœux de ses compatriotes. « TSoxn rejetons, disâit-^il , avec Une égalé horreur, » la démobratie^ Taristoçratie et le despotisme, mais ^ » noiis yohérisftons cette forme tnixte tant désii^ée des » akKÛ^i^<fipMtiqaes , tant applaudie par les mon demes ^ où du concours dû roi , des grands et dfu » peuple agissant par ses repifésentans , sortiront )» des i*êéultats d'une volonté générale et constaivtly • » qui feront régner uniquement la loi sur tbutéki » les têtes de 'l'empire. »

Puis, attaquant les injustes prétetitionë de là no>blesse , il lui faisait pressentir que sa résistance entrainerait sa ruine : «Improdens, voulez^ vous )) qu'on vous le dise, la noblesse avec ses privi"- » léges , n'est , dans sdd orrgine et dans «àliatùre, » qu'une milice armée trop souvent contre lès ci- » toyens \ qu'un corps parasite vivtrnt diss travaux » du peuple en le méprisant. Dans tous les états , » elle a souffert et maintenu la tyrannie, pourvu V qu'on lui laissât en partager les tristes avantages. » Partout elle sW rendue redoutable au prince et w au peuple , selon ses intérêts : en un mot, la nùy> Messe n'est pas un mal nécessaire. »

La noblesse ne profita point de l'Mis. Loin de Ifr,

' y oyez tom. I", n'* i cl 11.

lo NOTICE

elle proteMi contre la déclaration du roi qui ordonnait le doublement du tiers, et refusa de nommer sé^ députés. En même tems elle soudoya des laquais et des porteur^, pour exciter des émeutes , dont ellervoulait faire tomber Todieux sur le tiers. Il y eut à Rennes des combats meurtriers, dont Tissue fut fatale à ceux qui les avaient provoqués et dont le résultat fut d^exaspérer les esprits. Aussi le cahier des vœux de la sénéchaussée de Rennes , le plus complet et le plus hardi de tous , demanda Tabolition des droits féodaux et même de la noblesse ti- ^tulaire , et signala presque tous les grands principes proclamés plus tard dans la déclaration des droits et dans la constitution de 1791*

Lanjuinais qui en avait été le principal rédacteur, fut un des députés chargé de le défendre aux états-^généraux.

La députation bretonne était composée d'hommes, pénétrés de la grandeur de leur mission , et dévoués tout entiers à son acccpiplissement. Ils avaient sur la plupart de leurs collègues l'avantage de Texpérience. Dix-huit mois de lutte violente contre le parlement et la noblesse de leur province les avaient habitués aux intrigues de& grands et même au bruit des armes ; ik possédaient aussi cette persévérance de volonté et d'action particulière au caractère breton. Ces availlages devaient leur donner sur rassemblée une influence qu'on leur a depuis amèrement reprochée.

SUR J.-D. LANJUINAIS. m

Arrivés à Versailles, ils partagèrent la joie pure et la noble confiance de leurs collègues ^ néanmoins ils se réunirent immédiatement pour concerter leurs efforts et en assurer le succès. Leur asseinblée , si connue* sôus le nom de chib breton, ne fut d'abord ouverte que pour eux , mais ils s'empressèrent d'y admettre les député^ qui partageaient leurs vues , et c'est là que se préparèrent les premiers actes de l'assemblée nationale dont la hardiesse et la majesté firent la terreur de la cour et l'admiration de la France.

L'un des fondateurs du club breton , Lanjuinais, marqua de bonne heure sa place parmi les plus généreux patriotes. Il parut des premiers à la séance du jeu de paume , et mérita d^ figur-er dans la scène sublime que le pinceau de David a léguée à la pos-

térité.

Quelques jours après la séance royale du 23 juin, Lanjuinais censura sévèrement les formes impérieuses que le roi avait employées , et les mots/ordonncyje i}eux , qui né devaient plus, trouver place dans le langage parlementaire ; bientôt il attaqua la noblesse de Bretagne , et ses protestations réitérées contre les actes de l'assemblée \ il soutint les mesures prises contre les parlemens ^ il demanda constamment l'abolition de tous les privilèges, et réclama l'admission des hommes de couleur au libre exercice des droits civils et politiques.

Il ne faisait pas de longs discours : c^était par des^

îi • NOTICE

phrases vives et brèves , par dès expressions toujours incisives et souvent véhémentes , qu'il portait coiip aux institutions vieillies , mais encore si vivaces de l'organisation féodale.

Il eut une fois Thonneurde décideir l^Vot^ de l'assetiibléè coiitre une proposition de Mirabeau. Ge grand oràteui*, après avoir fait alliance aVeck HonVf présenta , le 6 novembre 178^, un projet de décret j àyaHi pour but de donner atit ministre» vmk consultatiire dans rassemblée^ M. de Gldriaone-Tontierre prit la parole pour le projet de Mirabeau , et |)araissâit àvbJr gagné tous les stiffrages , lorî»qué Lanjuinftis if râppelaht dans uti discours énei^qûe et con* cTs les prii!icipès de l'assemblée sur la séparration des pouvoirs , enleva les applatidisseméns et raineDa la fntijorité. On s'est deptiis départi de ces principes : essentiels à l'action d'une autorité révolutionnaire , ris auraient de gravés iticonvénienv dans des éircônstanôés ordinaires.

Les opinions religiéttséS de Lanjuinaîs , et ses Vastes connaissances dans la législation canonique j le ûrëtit appeler au condité ecclésiastique.

Partageant les vues de l'assemblée pour la régénëratidii de toutes les parties de l'organisation sociàte , ce coiâité prépara lesi actes législatifs destinés à détruire les abus qui déshonoraient la religion, et à soùnièttre l'autorité cléricale à des mg^es en harmonie avec les nouveaux besoins de la civilisation.

Sun J.-Pt LÀNJUINAIS. • i3

• La France était couverte de bénéfices,) vraies ^i-^ néoures ecclésiastiques , 4oQt les titulaires passaiçi^t leur yie dans Foisiveté , souvent dans la débauche , tandis que les prêtres , qui portaient le poids du jour, n'avaient pas leur existence assurée : il fallait supprimer ces sinécures et rétribuer honorablement les véritables ministres. Des prélats comblés d'honneurs et de biens , étalaient à la cour des m<¥^rs toutes mondaines 9 et délaissaient le soin de leur diocèse ; il fallait réduire leurs richesse^, et les obliger à la résidence. Certains évêçbés embrassaient quinze, cents lieu^ carrées , tandisi que d'autres avaient un village pour tout territoire : il était nécessaire de changer ces circonscriptions. Le^. hauts of&ces ecelé^iaMîques ne s'obtenaient guère que par l'intrigue , et . souvent par la faveur d'une courti-* sone: une voie plus honorable devait y condujire désormais. Enfin un tiers du sol français SÇ: tro.uvait, par l'effet des œain-mortçs ^ frappé d'inaliénabilité et presque de stérilité : il fallait rendre ces terres à la circulation qui, seule, pouvait les féconder. Telles futent ^ avec l'abolition des ordres monaftiques , les principales réformes préparées dan^ le cçr mité ecclésiastique, et consacrées par la constitution civile du clergé et par quelques décrets particuliers. Lanjuinais eut une grande part à ces innovations. Sincèremenf -«attaché à la religion , son seul désir avait été de raviver la foi par le retour à la discipline trop ouhlié«4es premiers siècles. Ayant écarté

Mais les opinions

trop profondéflBCiiC. D icpilMTa b

Telle et entraim à si snile me partie da dngr

ferieur. Les eniifi» de b l é iulti o»

une querelle religieme, m lerîcr

à remoer ks populatîoiis paJaWr» de b

eicitèrént les animosiiés niimiitriy eC alors

menoèrent des rénstauces et des intrignes

plus tard par d*aflreases perséeDtioos.

Lanjniiiais fm spé^alement diar^, an eodesiastiqne, d*iin travail de la plus hante importance , la rédaction d*nn projet de loi pour la constatation de rétat cÎTil des citoyens, et le règlement des dispenses de mariage.

H accomplit cette missicm en présentant à l'assemblée un projet qni établissait nn mode nniforme de constatation de Tétat ciril pour tons les citoyens, et chargeait les officiers municipaux de la rédaction des actes et de la conserraticm des registres* Si cette grande innovation était facile à défendaMans le sein de rassemblée , il n*en était pas de même au dehors, oh riufluence cléricale était puissante , et oh Ton

SUR J.-D. LANJUINAI8. i5

s^était habitaé , depuis plusieurs siècles, à voir les ministres du culte exercer exclusivement les foitclions d'officiers de Tétat civil. Lanjuinais porta donc son attention sur ce côté de la question , et , s'appuyant sur les lois canoniques , il établit que les sacremens de Téglise n'avaient rien de commun avec les actes de la vie civile , et que ce n'était que par une usurpation encore récente que la confusion des uns et des autres, avait prévalu. Quant aux empechemens de mariage , il les restreignait à un petit nombre, et stigmatisant le commerce simoniaque des dispenses, il proposait de les abolir entièrement. Son projet fut présenté à l'assemblée en juin 1791 '. Inquiétée déjà par les mouvemens du clergé, et craignant de donner un nouvel aliment à ses clameurs , elle en prononça l'ajournement. L'assemblée législative le reprit l'année suivante et Tadopta, sauf quelques modifications. Ce projet a ensuite passé dans notre Code Civil , où il s'est maintenu malgré des tentatives répétées avec opiniâtreté.

Après la clôture 4e l'assemblée constituante , Lanjuinais revint à Rennes, où il fut nommé officier municipal. Plein de confiance dans la sagesse de la constitution nouvelle , il se croyait rendu pour la vie à ses goûts laborieux et paisibles ; mais l'orage grondait toujours et le tems n'était pas loin où il allait faire éclater ses fureurs.

^ Voyez tome HI.

1^ . /. NOTICR

.. Le lo aoAt, le trône s'écroula ; puis vinrent les sanglantes journées de septembre , puis la oont^ention, élue sous ces auspices terribles. Lanjuinais, député dlUe-et-Vilaine , y apporta son amour désintéressé pour la patrie et un entier dévoûnàent à ses devoirs '. Mais les jours d'enthousiasme et de joie étaient écoulés ; la révolution , roulant sur <les flots de sang, avait dépassé »son but : c'était contre ses excès qu'il allait déployer son énergie.

Prenant part aux plus importantes délibérations de l'assemblée, on le vit à la tribune toutes les fois qu'il y eut à^réclamer justice ou, à faire acfé «lecou-^ rage. On l'y vit surtout dans les grands débats de la montagne et de la gironde.

Dès le a a septembre , il fit ajourner une proposi^ tion de Tallien, tendant au renouvellement en masse de tous les fonctionnairesadministratifs^et judiciaires, que Içs démocrates^ ne trouvaient pas assez purs. Le 23 , il appuya vivement l'établissement de la garde départementale , demandée par Kersaint pour pratéger la conv^tion , et peu aptés il joignit sa voix à celle deLouvet, lors de sa fameuse accusation cofn-^ tre Robespierre -, il devint depuis l'objet des injures*

' Peu de jours après son élection , il devait se rendre à la société dto Amis de la Constitution : on n^it ï,4iB8sein à Tordre du jour la prestation de serment h(Ù9^ aux rois et a ta royauté. Il combattit le serineht de toutes ses forces , et ohserva i^e > pecsotaiettettiettt appelé à pr<uionccr dans la convention sur le sort de Louis XVI , il ne pouvait prononcer un serment de haine contre lui. Le serment ayant été voté malgré son opposition , il persista dans son rtfasM se retira.

quotidiennes du journal de Mairat ÎAmi du Peuple. Lors des premiers débats, du procès de Louis XVI, les girondins, connaissant mal les intrigues d'une partie des montagnards, et ne pouvant concevoir le système violent des autres , pensèrent qu'on voulait se défaire du roi pour le remplacer par le duc d'Orléans. La conduite équivoque de ce prince et ses liaisons avec les jacobins donnèrent matière à ces soupçons. Buzot demanda qu'avant déjuger le roi, la convention exilât le duc d'Orléans et sa famille. Lanjuinais soutint cette proposition , et prononça , dans cette circonstance , deux discours ' qui furent couverts des applaudissemens du côté droit et des vociférations du coté opposé. Il signala en cette occasion son indépendance de toutes les associations particulières qui fractionnaient alors la convention et la France* a Étranger à tous les partis , dit-U , » isolé de toutes les sociétés , n'en connaissant d'au- » très que la convention nationale , je vais présenter » une opinion libre et pure de toute influence. »

La morale de Lanjuinais était en effet trop sévère, et sa probité politique trop absolue 9 pour qu'il lui fut possible de régler ses actions sur des arrangcmens de circonstance et des exigeances de parti. On le place communément parmi les girondins ^ parce qu'il a partagé leurs travaux et leur proscription ; mais il n'assistait pas à leurs réunions. Admirateur

y^y* tom. I*', n" m, un fragment du premiev de ces discours. 1. 2

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de leurs talens et de leur courage , s'il atait eu be* soin d'un drapeau, il aurait sans doute Choisi le leur. Il était chrétien comme Arnaud et Pascal^ voilà tout. Sans ambition comme sans orgueil, il puisait , dans le sentiment de ses devoirs et dans un ardent aknour pour Thumanité , son aversion pro-* fonde contre les violences des montagnards et le noble déVoûment dont il allait donner de nouveaux témoignages.

La condamnation de Louis XVI était pour le parti extrême le talisman d'oii dépendait le salut de la république. Selon eux, il fallait que la convention, baignée dans le sang royal , y retrempât son énergie, et y éteignît jusqu'à la dernière pensée de transaction. La majorité de la convention était animée de sentimens plus doux ] et tout en reconnaissant la culpabilité de Taccusé , elle répugnait à l'idée de la peine capitale. Les déclamations des journaux et des clubs ) les attroiipemens armés de bandes mercier naires ^ toué les moyens de terreur furent déployés pour ébranler les timides. Ces efforts redoublèrent • après l'accomplissement des formalités nécessaires de la procédure , qui se termina par la plaidoirie de M, Desèze pour le roi.

A ce moment, un bébat tumultueux s'engagea sur la question de savoir si on ouvrirait la discussion , ou si on procéderait de suite à l'appel nominal. Duhem et Basire demandaient à grands cris que l'on décidât sur-le^cbamp si Louis subirait la

p¥fiffe de mort. Ils prétendaient que l'on condamnât d'abord , et que l'on renvoyât après le jugement , à délibérer sur l'impression de la défense du roi. A leurs voix, leurs amis de la montagne s'ébranlaient, et leur peuple des tribunes signifiait par ses applaudissemens redoublés sa volonté souveraine. Ému vivement de ce spectacle, Lanjuinais élève sa voix auHlessué des clameurs : a Le tems des hommes fé^

» roues est passé Il ne faut plus songer à nous

» arracher des délibérations qui pourraient désho-

n norer rassemblée Aujourd'hui, citoyens, on

% veut vous faire juger l'accusé sans vous donner le » tems dé méditer sa défense; hé bien ! moi, je viens » voué detâândér le rapport d'un décret barbare qui » voué a été ravi en peu de minutes , et par voie » d^atnendement celui qui Vous a fait juges dans cette » affiiif^. »

n dit ensuite que si la convention voulait agir comme corps politique , elle ne pouvait prendre que des mesures de sûreté contre le ci-devant roi ; mais que si elle agissait comme tribunal , elle serait hors de tous lèé prinèîpes, éar ce serait faire juger le vaincu par le vainqueur lui-même, puisqu'un gil'ànd -noiùbre des membres présens s'étaient déclarés les conspirateurs du lo août, n Nous ne pouvons, ajou- » tait Torateur, être à-la-fois, dans la même afiairé, ••et législateurs, et accusateurs, et juges, surtout n ayant publié d'avance nos avis , et quelques-uns' » avec une férocité scandaleuse. )>

ao NOTICE

Ce discours énergique , souvent interrompu par des injures et des cris de rage, ne put faire rapporter le décret de mise en jugement , mais du moins |a discussion fut ouverte sur le procès.

Lanjuinais n'y prit point de part orale, mais il publia son opinion ' , où il soutenait que le roi ne pouvait être jugé par la conventions il demandait que Tappel au peuple précédât le jugement ^ il ajoutait que si la convention voulait juger , elle devait au moins suivre la proportion des suffrages exigés par la loi , et voter au scrutin secret. « L'appel no- » minai qu'on vous a fait décréter , et qu'on ne me » soupçonnera; pas de redouter pour moi ; cet appel » si terrible en cette salle, en cette ville ; quand une )) faction puissante et audacieuse réclame le supplice » avec^tant d'éclat et de fureur, pourriez-vous y )> persister , quand la loi la plus sage commande un » scrutin secret et silencieux ? Vos contemporains , » la postérité , le ciel et la terre vous le reproche- )) raient comme une lâcheté insigne et impardon- » nable. »

Après de longs débats , la convention posé enfin les questions du procès. Sur la première : Louis Cafet est'il coupable de conspiration et d* attentats cont"* la sûreté générale de F état P Lanjuinais répondit : « Oui » , sans être juge *.

' f^ojr. tom. 1", n* iv.

^ L^alfinnativc sur la première question fut adoptée par la presque unanimitd.

SUR J.-D. LANJUINAIS. 9t

Sur la seconde : Le jugement^ quel qu'il soit, serat^il ens^oyé à la sanction du peuple ? a Je dis oui , si » TOUS condamnez Louis à mort -, dans le cas con- » traire, je dis non... J'entends dire que mon suf- » frage ne sera pas compté \ comme je veux qu'il le » soit, je dis oui. »

L^appel nominal sur ces deux questions avait consommé toute la journée du i5 janvier. La troisième question : Quelle peine sera infligée ? fui ajournée au lendemain : c'était tout le procès. Pendant la nuit , les jacobins mirent leurs émissaires en mouvement ; ils semaient les bruits les plus sinistres , parlaient d'un nouveau 2 septembre et de la guerre civile.

Le 16 au matin, les députés se rendent à l'assemblée, dont ils trouvent les issues encomnrées par les sans-culottes des faubourgs. Des éloges grossiers on bien l'insulte et la menace accueillent chaque représentant, selon qu'il a paru favorable ou contraire à la condamnation capitale.

Enfin la séance est ouverte; l'appel nominal va commencer. A ce moment solennel, Lanjuinais veut faire une dernière tentative en faveur.de l'illustre victime. « La première violation des principes , dit- » il , fait toujours marcher de violation en violation : » je pourrais vous en donner plusieurs exemples )• dans cette affaire même-, mais au moins soyez con- D séquens dans cette violation des principes , soyez * d'accord avec vous-mêmes. Vous invoquez sans » cesse le Code Pénal -, vous dites sans cesse nous

aa NOTICE

» sommes jury : hé bien ! c'est le Code Pénal que » j'invoque} ce sont ces formes de jur^ que je de- » maqde et auxquelles je supplie de ne pa^ fsure y\ d'exception. Vous avez rejeté toutes les formes que » la justice et Thumanité exigeaient ^ la récusation » et la forme silencieuse du scrutin , qui peut seule » garantir la liberté des suffrages, Ou paraît délibé- )) rer ici dans une convention libre ^ et c'est squs les » poi£;uards et les canons des factieuji^.,. »

Après une longue interruption, l'orateur termine eu demandant^ au nom de la justice et de l'humanité, qu'il faille pour la condamnation les» trois-qua^t^ des sufF^^gç^. Danton prçnd alprs la parole, et fait décrétei;' l'ordre du jour. L'appel nominal commence \ les plusfQrcepé& oçiQntaguairds , inquiets et menaçaus , vont sç grouper au pied de la tribune , pour aç;$urer par la terreur une victoire encore incertaine \ autour de la «aile un public hideux applaudit chaque député qui vote la mort, et promet de cruelles vçnçeanqçs à chaque député qui émet uu vpte de réclusion ou d<? bannissement ^ la mas^c de l'a^em-^ bléç est mornç et silencieuse, beaucoup de députés veulent prononcer le bannissement , et , saisis d'effroi, laissent tomber une sentence de mort ■• Lanjui* nais parla en ces termçs : (( Comme législateur ,

' ' Lepelleticr de Saint- Fsgrgeau consulta Lai\)iiinais , qui l'engagea à voter la réclusion, et le bannissements la paix : « mais ils me tueront », répondit Lepelletier, et il prononça ce rote de mort qu'il expia quelques j.0ur6 après sous le poignard d'un royalisle.

SUR J.-D. LANJUINAIS. a3

» considérant uniquement le salut de Tétat et Tintéikt rét de la liberté , je ne connais pas de meilleur D moyen de les préserver et de les défendre contre » la tyrannie que Texistence du ci-devant roi. Au )) reste , j'ai entendu dire qu'il faut que nous ju- )» gîons cette affaire comme la jugerait le peuple lui- » même ; or le peuple n'a pas le droit d'égorger un » prisonnier vaincu : c'est donc d'après le vœu et » les droits du peuple que je vote pour la réclusion » jusqu'à la paix, et pour le bannissement ensuite. » . La mort du roi devait avoir une influence déci<ûye sur la marche ultérieure des événemens. L'Europe coalisée allait envahir la république , et , irritant les factions , donner une épouvantable énergie aux fureurs révolutionnaires et aux intrigues royalistes qui s'y mêlaient^ l'esprit de justice et de modération du côté droit allait encore lutter glorieusement contre elle$ , mais pour succomber bientôt sous les atteintes des unes et des autres.

Quelques momens après la condamnation de Louis XVI y la gironde avait , comme pour expier sa fkiblesse , renouvelé le décret sur la poursuite des assassins de septembre. L'instruction produisit des preuves accablantes contre Danton et la montagne : il fallait la suspendre. Dans ce but , une pétition est signée dans les clubs , et , le 8 février , elle est apportée dans la convention par une horde d'hommes déguenillés, milice mercenaire des jacobins. Plusieurs députés demandent qqe la pétition soit con-,

aa NOTICE

» sommes jury : hé bien ! c'est le Code Péual que » j'iavoque} ce sont ces formes de jury que je de- » mande et auxquelles je supplie de ne pas fs^re y\ d'exception. Vous avez rejeté toutes les formes que » la justice et Thumanité exigeaient ^ la récusation )> et la forme silencieuse du scrutin , qui peut seule » garantir la liberté des suffrages. On paraît délibé- » rer ici dans une convention libre ^ et c'est spus les » poignards et les canons des factieux... »

Après une longue interruption, l'orateur termine en demandant, au nom de la justice et de l'humanité,, qu'il faille pour la condamnation les trois-quart^ des suflfrages. Danton prend alors la parole, et fait décréter l'ordre du jour. L'appel nominal commence ^ les plus forcepés montagnards , inquiets et menaçans , vont sç grouper au pied de la tribune , pour ^çsurer par la terreur une victoire encore incertaine \ autour de la aalle un public hideux appl9.udit chaque député qui vote la mort, et promet de cruelles vQuçeancçs k chaque député qvii émet un vpte de réclusion ou dt^ bannissement ^ la masse de l'assem-^ blép est morne et silencieuse, Beaucoup de députés veulent prononcer le bannissement , et , saisis d'effroi, laissent tomber une sentence de mort ■. Lanjui* nais parla en ces termçs : « Comme législateur ,

' ' Lepelleticr de Saint-Fsgrgeau consulta Lai\)(iinais , qui Tcngagea à voter la réclusion y et le bannissements la paix : « mais ils me tueront », répondit Lepelletier, et il prononça ce rote de mort qu^il expia quelques jours après spus le poignard d^un royaliste.

SUR J.-D. LANJUINAIS. aS

a dément à ce décret affreux par les circonstances qui » nous environnent, affreux par la violation de tous » les principes, affreux par Tabominable irrégularité » de la suppression de Tappel en matière criminelle. » Je demande que ce soit au seul département de » Paris que s'étende cette calamité. »

Cet amendement tioutenu par Guadet , fut rejeté , et la convention décréta en termes généraux l'établissement d'un tribunal extraordinaire pour juger les conspirateurs et les contre-révolutionnaires. Le comité de législation fut chargé de la rédaction du décret pour le lendemain. Lanjuinais , qui était membre de ce comité , fut sommé de s'y rendre ; mais il refusa hautement d'y aller. A la séance suivante lé courage et l'éloquence des girondins ne purent empêcher l'adoption du décret , dont l'exécution ne tarda pas à couvrir la France d'échafauds.

Dans les affaires importantes, la montagne gagnait la majorité par les craintes qu'elle inspirait aux faibles; le côté droit jouissait pourtant de la considération publique , et conservait une vaste influence sur les affaires. Pour avoir une domination sans partage ; les montagnards virent qu'il fallait se défaire de leurs adversaires , et dans ce but ils préparèrent contre eux les armes qui leur avaient toujours donné la victoire. Les déclamations des clubs commencèrent contre les mandataires infidèles, puis les pétitions , puis les insurrections , le 1 5 avril Pache vient lire à la barre une pétition contre vingt-

deux membres du côté droit. Elle est déclarée calomnieuse, et la majorité y répond en créant la commission des douze , investie de pleins pouvoirs de poursuivre les complots tramés contre la république dans toute retendue de son territoire. Les douze agissent avec vigueur , et la confiance renaît , on espère un moment que la France va échapper à l'anarchie \ les complots de la commune sont mis au joui* ; Lanjuinais les dénonce à la tribune dans un discours qui est , malgré la montagne , envoyé à tous les départemens ' . Les démagogues comprenant alors le danger de leur position, hâtent Texécutionde leurs trames,

Le 97 juîn, des pétitionnaires audacieux vieni^ent à la barre demander la dissolution de la commission des douze et la mise en liberté des citoyens arrêtés par 9es ordres* Us envahissent les bancs de rassemblée ^ et votent eux-mêmes le décrçt.

Le 28 ^ 4 Touverture de la séance , Lanjuinais paraît à la tribune pour en demander la nullité et faire rétablir la commission des dou^e , dernière planche de salut du côté droit. De violens murmures Tinterrompent^ « Accorde2^-:moi du silence , dit^il , y> car je suis décidé à rester ici jusqu'à ce que vous » m'ayez entendvi- » Après deux, épreuves douteuses,

' Dans ce discours, prononce le 34 mai 1793, Toratcur demandait qu'ail y eut dans Paris une municipalité par chaque cinquante mille âmes, proposition adoptée en 1 796 par la divisioR de Parti , en douze arrondissemeus. l^oy* tojn. I", n® xu

StJR J.-P. JLANJUINAÏS. 37

i^assemblée lui accord^ la parole, a Tout est perdu, » citoyens, s'écrie-t-il , j'ai à vous dénoncer dans » le décret d'hier une conspiration plus atroce que )» toutes celles qui ont été tramées jusqu'ici. Plus » de oinquante-mille citoyens ont été enfermés dans » toute la France par vos commissaires ^ ils ont fait » plus d'arrestations en un mois J^u'il ne s'en est » commis en un siècle sous Tancien régime , et vous » vous plaignez qu'on ait enfermé deux ou trois » hommes ' qui prêchent le meurtre et l'anarchie à » deux sous la feuille. Vos, commissaires sont des » proconsuls qui agissent loin de vos yeux , et vous 9 les laissez ^gir *, votre commission , placée à coté » de vous , sous votre surveillance immédiate , vous » vous en défiez , vous la supprimez ! Dimanche » dernier on a proposé daps la jàcobinière de faire » un massacre dans Paris , on recommence ce soir » la même délibération à l'évêché , on vous en four- » nit les preuves , et vous les repoussez ! . . . . Vous

» protégez des hommes de sang » A ce mot,

l'orateur est interrompu par mille clameurs. Le boucher Legendre , dominant le tumulte , s'écrie : « Si » Lanjuinais ne cesse de parler , je me porte à » la tribune et je le jette en bas I » L'orateur n'en continue pas moins son discours , et le décret est rapporté à quarwite voix de majorité.

Le 3o, la commission des douze, attaquée de nou-,

' Entre autres le fameux Hébert , auteur du Père Duchéne.

a8 NOTICE

▼eau, est encore défendue par Lanjuinais ' , ^les fureurs de la montagne échouent devant le vote libre de rassemblée.

Vaincus par le scrutin , les démagogues courent aux armes , et le 3 1 mai cent mille hommes entourent la convention, qui, cédant à la force , prononce la dissolution c^ la commission des douze.

Le succès des conspirateurs n'était pas encore complet *, ils avaient demandé inutilement Tarrestation des vingt-deux, des membres de la commission des douze , et des ministres Roland , Lebrun et Clavières. Décidés à consommer l'œuvre de leurs violences , ils se retirent à l'évêché pour y concerter des complots plus terribles.

Toute la nuit du i" au 2 juin, le tocsin, la générale et le canon d'alarme retentissent dans Paris. Dès le matin , quatre-vingt mille hommes avec cent soixante pièces de canon entourent la convention. Les députés y arrivent successivement , connaissant déjà le but dé cet appareil de guerre.

La séance s'ouvre , on expédie la correspondance. Lanjuinais arrive au moment où on allait admettre les nouveaux pétitionnaires de la commune. (( Je de- » mande la parole , dit-il , sur la générale qu'on » bat dans Paris. — A bas , à bas ! s'écrie^t-on , on » veut amener la guerre civile. )) Lanjuinais continue : « Tant qu'il sera permis de faire entendre

* y^oy, Unn. 1", n* vu.

» ici sa voix, je ne laisserai pas avilir dans ma per- » sonne le caractère de représentant du peuple ; je » réclamerai ses droits et sa liberté. Il n^est que trop » notoire que depuis trois jours vous ne délibérez » presque plus, que vous êtes influencés et au-de- » dans et au-dehors ; une puissance rivale vous » commande , elle vous environne au-dedans de ses » salariés , au-dejiors de ses canons. Je sais bien » que le peuple blâme et déteste Tan^rchie et les » factieux, mais enfin il est leur instrument forcé. » Des crimes que la loi déclare dignes de mort ont » été commis , une autorité usurpatrice a fait tirer » le canon d'alarme. (Murmures.) Il semblait qu'un » voile officieux devait être jeté sur tout ce qui s'était » passé , mais le lendemain le désordre continue , le » surlendemain il recomnïience. (Explosion de mur- » mures dans l'assemblée et les tribunes. ) Comment )i voulez-vous assurer la liberté de la représentation » nationale , lorsqu'un député vient de me dire à » cette barre : « Jusqu'à extinction des scélérats » qui te ressemblent , nous' remuerons et agiterons » ainsi ! » (Nouvelle interruption.)

» Jusqu'ici vous n'avez rien fait , vous avez tout » souffert, vous avez sanctionné tout ce qu'on a » exigé de vous. Une assemblée insurrectionnelle » se réunit, nomme un comité chargé de préparer la » révolte , un commandant pour l'exécuter -, et cette » assemblée , ce comité , ce commandant , vous soufn frez tout cela. » (Nouveau tumulte.) Le boucher

3o NOTICE

Legendre, Faisant un geste menaçant, s'écrie : « Des- » cends de la tribune, Lanjuinais, ou je vais t'as- » somnder ! — Fais décréter que je suis bœuf, et » tu m'assommeras ! » lui répond l'orateur. A cette cpigramme sublime, Legendre est frappé de stupeur, et le silence règne dans la convention. Lanjuinais poursuit son accusation contre les conspirateurs. «Une assemblée usurpatrice, non-seulement » existe, non-^seulement délibère, mais elle agit. » Dans la nuit du vendredi au samedi., elle a con- » spire ] non pas la grande assemblée qui èéduit , » égare et trompe les ignorans , mais le comité di- )) rectorial et exécutif de cette assemblée. C'est lui » qui a fait Sonner bier le tocsin ; c'est lui qui re« » commence aujourd'bui. Cette commune révoltée, » illégalement nommée , existe encore. Le secret des » lettres a été violé , et n'est pas rétabli. Si lorsque » je parlai jeudi soir des moùvemens qu'on prépa- » rait, vous aviez voulu m'entendre, la scène ne » serait pas arrivée. Hé bien î écoutez-moi donc : » quand celte autorité rivale et usurpatrice Vous fai- » sait entourer d'armes et de canons , oh venait vous » reproduire cette pétition traînée dans la boue des » rues de Paris (nouveaux murmures dans ulbe » grande partie de l'assemblée et dans les tribunes) ; » cette pétition , dis-je , qui avait été déclarée ca- » lomnîeuse après une longue discussion , et pour » ainsi dire à l'unanimité.

» On m'accuse de calomniier Paris ! non, Paris

SUR J.-D. LANJUINAIS. 3î

» est pur , Pari» est bon , Pari» est opprimé par les y» tyrans qui veulent du sang et de la domination.» A ce» mots, la fureur de» montagnard» se déchaîne ; Chabot , Drouet , Robespierre jeune , Turreau et d^autres , le pistolet à la main , s'élancent sur Lanjuinai», et veulent le précipiter de la tribune ^ Legendre lui applique un pistolet sur la gorge : Defennon , Pénières , Lidon , Pilastres , volent à son secour» ; il »e cramponne avec force à la tribune , et sa voix tonne encore au milieu des hurlemens des sans-culottes et du plu» croyable tumulte dont la convention eut jamai» retenti. « Je demande , dit-il, » que toutes les assemblée» révolutionnaire» de Pa- » ri» , notamment celle de l'évêché , soient cassées , » ainsi que ce qu'elle» ont fait depui» troi» jour» , et » que le comité de »alut public vou» rende compte » après demain de l'expédition du décret que vous » rendrez à ce »ujet^ je demande encore que tou» ceux » qui voudront »'arroger une autorité nouvelle et » contraire à la loi, soient déclarés hors la loi , et qu'il » soit permis à tous les citoyens de leur courit* sus. t A ce moment arrive la députation des autorités révolutionnaires de Paris. Elle présente une pétition terminée par cette phrase : « Représentans , les fac- » tieux de la convention vous sont connus ; décrétez » à l'instant leur mi»e en arre»tation... Le peuple » e»t la» d'ajourner »an» cesse Tinstant de son bon- » heur; sauvez-le, ou nou» déclaron» qu'il va »e » sauver lui-même. »

Des applaudissemens convulsifs des tribunes et de la montagne accueillent cette pétition. Puis Tallien et Billaud demandent que le rapport en soit fait à rinstant même. La majorité de rassemblée, qui résiste encore à la terreur , la renvoie au comité de salut public. Le décret est à peine rendu , que les pétitionnaires se précipitent de la montagne où ils étaient allé s'asseoir. « Peuple, tu es trahi, » s'écrièrent-ils ^ et ils sortent de la salle en proférant les plus sanglantes menaces. Les députés proscrits, qui étaient présens, sont signalés, a Qu'ils néchappeut pas ! » devient un cri général -, des sicaires courent aux diverses issues. Cependant la convention feignant de se croire libre., vaque aux affaires , à Tordre du jour. Bientôt paraît Barrère , annonçant qu'il est prêt à faire son rapport sur les pétitions des sections de Paris. Il propose encore une demi mesure. « Le comité , dit-il , n'a eu le tems d'éclaircir » aucun fait ^ mais , vu Tétat politique et moral de la » convention, il croit que la suspension volontaire ^ des députés désignés produirait le plus heureux » effet , et sauverait la république d'une crise ef- )) frayante à prévoir. »

Après ce rapport , Isnard se rend le premier à la tribune, et dit que, dès qu'on mettra en balance un homme et la patrie , il n'hésitera pas, et que nonseulement il renonce à ses fonctions ^ mais à la vie s'il le faut. Lauthenas , Fauchet et Dussault , imitent son exemple. Lanjuinais est appelé après eux. Pen-

SUR J.-B. LAK JUIN Aïs. 13

aant quUlne peut, ^ns trahir »ou ipand^t, se eoumettre à la volonté des insurrecteurs^ il refiise d'accéder à la proposition de Barrère. a- Si j^ai montré n jusqu'à présent quelque courage, dit-41 , jeTai )i puisé dans Tardent amour qui m'anime pour la pa- » trie et la liberté. Je serai fidèle à ces mêmes senti- » mens, je Tespère, jusqu'au dernier souffle de ma vie, » ainsi n'attendez pas de suspension. (Interruption») » Je dis à mes interrupteurs, et. surtout à Cha- ^ bot y qui vient d'injurier Barbaroux : on a vu or- )» ner les victimes de 0eurs et de baïidelettes, mais n le prêtre <qui les immolait , ne les insultait pas. » Ces paroles produisent sur l'assemblée une impression impossible à déorire. Un silence profond permet à l'orateur de continuer son discours ' , qu'il termine par ces paroles mémorables :

tt J'ai encore la faculté de faire entendre ici ma » voix. Hé bien! j'en userai pour vous donner n un conseil digne de vous , qui peut vous couvrir » de gloire et sauver la liberté. Osez manier avec » vigueur le sceptre des lois déposé en vos mains \ » cassez en ce moment toutes les autorités que les » lois ne connaissent pas^ défendez à toutes per- » sonnes de leur obéir ; énoncez la volonté natio- » nale, ce ne sera pas en vain^ les factieux seront

» abandonnés des4>ons citoyens qu'ils abusent

» Si vous n'avez pas ce courage , c'en est fait de la

» Vof' tom. 1% no y\\\ et n* ix.

n liberté. Je vois la guerre civile qui, déjà , est al- » 4umée dans ma patrie, étendre partout ses ravages, » et déchirer la France en petits états ; je vois Thor* )> rible monstre de la dictature ou de la tyrannie , yt sous quelque nom que ce soit, s'avancer sur des 1) monceaux de ruines et de cadavres , vous englou- » tir successivement les uns lés' autres, et renverser » la" république. »

Quelques instans après ce discours , Lacroix , le montagnard Lacroix , entre tout effrayé dans la salle, et déclare que là convention n'est plus libre -^ qu'il a voulu sortir, et qu'on lui a refusé le passage.

En effet , la consigne avait été donnée par les conspirateurs de ne laisser sortir aucun député , et cette consigne ne devait être levée que lorsque le décret d'arrestation aurait été rendu contre les proscrits. A la nouvelle donnée par Lacroix et par plusieurs députés , un sentiment d'indignation se manifeste , méine de la part de ceux qui voulaient l'arrestation dès vingt-deux. Barrèré proposera rassemblée de sortir précédée de son président , et de vérifier ellemême si son autorité est encore reconnue. L'assemblée se met en marche et se présente successivement à toutes les portes de la coiir et du jardin , et partout ses tentatives sont inutiles ; enfin les députés , abreuvés d'humiliations , rentrent dans leur salle , et l'impudent Couthon s'écrie : â Citoyens, tous les » membres de la convention doivent é^re mainte- » nant rassurés sur leur liberté. Je vous demande

n donc le décret d'accusation et d'arrestation contre » les vingt-deux membres dénoncés , les membres de n la commission des douze et les ministres Lebrun »' et Clavière. » Cette proposition est aussitôt décrétée par la montagne et une partie de la plaine ; le côté droit s'abstient de voter.

Ainsi finit cette journée où Lanjuinais, avec un courage héroïque, osa tout seul faire tête à Torage. Vaincu et proscrit , il trouva la consolation de son malheur dans la pureté de sa conscience et dans les hommages publics que ne purent comprimer les dictateurs. L'enthousiasme excité par sa conduite fut tel , que gardé à vue par un gendarme , et malgré la terreur imprimée par le triomphe du parti jacobin , il reçut de toutes parts les témoignages les plus éclatâns de l'admiration et de la reconnaissance publiques.

La ville de Rennes , dont il était le député , et celle de Saint-Malo , lui envoyèrent des adresses de félicitation et des promesses de voler à son secours ' .

' AD&B88B DB LA TILLB DE BENIIBS.

« Les membres des autorités constituées de Rennes, pënëtrës d^admi- • ration poiur le grand caractère et les yertus cÎTiques dont leur conci- » toycn Lanjuinais Tient de déployer Fenergie , profondément affligés » de ratteînte que des factieux se sont permis de porter à sa liberté ; » oonTaîncus que son arrestation n^est que Feffet de la rage des anar- » étûalUtBf dont ses talens et sa fermeté déconcertaient lès projets liber- » tkides :

» Arrêtent àPonanimité, de témoigner à ce digne représentant, Tintérét » ine xprim able que ses commettans et tous les vrais amis de la république

ïianjuinais , après la journée du d juitt , ne désespéra point de la patrie' : convaincu , comme Péfôit généralement tout ce qu'il y avait en France d'hotoimes éclairés , que la domination des démagogues ne pouvait que livter le pays à tous les crimes et k tous les désastres , et regardant un grand nombre d'entre eux comme des agens du royalisme et de l'étranger , il n'hésita pas à faire , du sein de k proscription ^ xm dernier appel à ses concitoyens. Il publia un ré-^

» prennent h son sort , et Pindignation que lenr oàvse la TÎolenee dont -» il est -victime dans ce moment ;

n Arrêtent cp'nné expédition du présent liu sera adressée , comme un n gage dé Pattatihemeni et de la reconnaissance de ses concitorf ens , et » qn^nne antre expédition sera renûse à son épouse ;

» -Ânétent , en outre , cpe le présent arrêté sera inanimé pour être » envoyé anx ^tistrîcts et anx muiicipalités dUk-ei-Vilaine et à tons les 1» antres départemetis. »

▲ DEBSSlt DB LA TILLE DE SAINT-HALO.

« Vertaeox et conrageux citoyen ! le peuple entier de la ville de Saint- » Malo sVmpresse de yous faire parvenir Fexpression de ses sentimens. » 11 a appris avec Findignation la plus profonde Fattentat i^oui que vient M de se permettre Faudacieuse et criminelle faction des contre-révoluw tionnaires anarchistes ; mais il a contemplé avec admiration Fattitude n sublime que tous avez su garder dans un moment d^oppression qui » vous honore. Il n^a pu voir sans tme sorte d^Orguetl qneFun des repré- » sentans de son choix , ait eu la gloire de devenir Fohjet de la haine 2) des conspirateurs. Rassnrea&-YOus , vertueux citoyen , v<fas aves bien » mérité de la patrie , mais ne croyez pas qu'elle se borne & vous en » adresser Fassurance. Vous avez tout fait pour elle par votre courage et » votre énergie : elle fera tout pour vous ^ en vous couvrant de son im- » posante et majestueuse protection. Le peuple est debout, il eittems » que la lutte des crimes contre la vertu finisse , le moment de la jostice » est venu, m

SUR J.-D. LâNJUINAIS. Sx

cil ' de l'insurrection et en prédit le» ean8é|uenceft jfanestefi dans ces courtes paroles :

« O PsuHisiens ! voilà ce que les factieux appellent » une superbe journée, uae belle insurrection mo^ %* raie ^ et moi , je vous dis que c'est le plus horrible » attentat- qu'on puisse commettre^ c'est un grand ». mouvement contre-révolutionnaire ^ c'est la dis- 1» solution de la convention ; c'^est la mort de la ré-< » publique et de la liberté. Il ne suffit pas d'agiter » vos chapeaux au bout de vos piques et de vosbayon-^ » nettes, et de crier Flue la république! Vos tyrans » arrêtent maintenant par centaines vos parens , vos » voisins , vos amis ; ils les massacreront demain » comme en septembre ; ils vous massacreront ; ils. »- vous pifUeront , comme ils se tuent de le dire de^ » puis si long-^ems , et vous feront bientôt crier il' Hi^ le roi. Vous deviendrez ainsi la risée de l'Eu- » rope, le j^ouet des puissances coalisées et des dé- » partemens qui s'éveillent enfin. Votre ville su- » perbe^ on voudra en faire un désert, et vous ^ Tanrez mérité par votre faiblesse. Debout, Pari- » tiens ! il est encore tems de sauver la liberté ! ))

lie 3 juin, Lanj^uinais provoqua son jugement par ane lettre adressée à la convention ; mais voyant «nsaite les mesures de terreur que le parti dominant eQinmençaitkprendre,et nepouvantplus exposer utilement sa vie , il trompa la surveillance de ses gardes

et quitta Paris. Pea de tems avant son arrestation ^ il avait eu le bonheur de rendre quelques service^ à un de ses .compatriotes , M. le marquis de Chateaugiron , qui , arrivant, de Prusse avec son fils , avait failli être poursuivi çt traité comme émigré. M. de Chateaugiron lui témoigna sa reconnaissance , en lui procurant des moyens d'évasion, sans le secours desquels il eût probablement péri comme ses infortunés collègues. Le 23 juin, Tabbé Baron , précepteur de M. de Chateaugiron fils , vint chez Lanjuinai», qui demeurait dans un hôtel garni rue SaintTNicaise , et sortit après une courte visite; Lanjuinais, feignant de le reconduire , sortit après lui : le gendarme de garde le voyant nu-tête et en costume de chambre, ne conçut aucun spupçon.^ A quelques pas de rhôtel , Tàbbé Baron le fit monter dans une voiture disposée à ce dessein , qui les conduisit à la campagne de M. de Chateaugiron , au Marais , près Ârgenteuil. Lanjuinais y resta deux jours , pendant lesquels il se procura .un passeport par Tentremise de M. Chevallier, officier municipal de cette ville ; craignant de ^compromettre M. Chevallier, il voulut que ce passeport luî fut délivré sous la désignation de Jean Denys , écrwain, noms et qualité qui ne contenaient , comme on le voit , aucune énonciation mensongère. Muni de cette pièce, U partit avec M. Sénau , secrétaire de M. de Chateaugiron^ et avec son xalet-de-chambre appelé Chasot , qui , connaissant le pays , servait de guide. Après deux jourr

d^une marche' dangereuse et pénible, il arriva à Pacy, où il prit une voiture pour aller à*Caen. Plusieurs de ses collègues de proscription y étaient déj^ 6t organisaient la' force départementale» Lanjuinais ne prit point de part à leurs raouvemens , et après s'être arrêté vingt-quatre heures à Caen pour se reposer des fatigues de la route , il se rendit à Rennes, cil il fut reçu , au milieu d'acclamations générales , par M; Duplessis-Grénédan. ' y. maire de la ville , et par les autorités constituées. Ce triomphe devait être de courte durée \ il en profita pour publier, sous le titre ironique : Dernier crime de Lanjuinais, une brochure où il dénonçait aux assemblées primaires la constitution anarchique rédigée par Hérault-Séchelles , et décrétée par la convention peu de jours après rinsurrection du a juin '.

La mise hors la loi des vingt-deux , les mesures de terreur prises par la convention , la soumission de Caen , et l'arrivée du représentant Carrier dans la ville de Rennes , obligèrent Lanjuinais de songer à sa sûreté. Il se cacha dans sa propre maison. Un petit grenier, à peine assez grand pour contenir un matelas , une table et quelques livres , lui servit de retraite. Ce galetas était éclairé par une lucarne à demi-bouchée avec un fagot , et n'avait pour issue qu'un trou pratiqué au niveau du sol , et

I Le même cpi a figuré dans les assemblées législatives de la restau« ratioB.

4p koticb

causké sons la lapînerie d*tiBe cbanh^ Tmsine. H Tecot ft dit-hmt mois eiposé aux intempéries de Ta^, n*ay»it poor se chauffisr (ja'un pea de braise qii*«i Wb faisait passer de tems en tems ; et poor se promeser q«e la «Cambre attenant h sa eadielte , oà il se pissait dans les joors on pen tranquilles. Donmt cette longne agonie , il dnt son saint au deroomeiit sans bornes, an sang fimd et à la présence d'eqprit imperturbable de sa femme. Il le àvÊ, anssi an courage d'une serrante nommée Julie Poirier. Cette généreuse fille, prévenue par madame Lanjninais qn'ily avait peine de mort dans les vingts quatre beures ccmtre toute personne coupable ou complice du crime d^auùùr donné asjrle k un condamné révolutionnairement , ne voulut point abandonner ses maîtres, et partagea avec joie leurs dau^

Carrier, arrivé à Rennes, fit des recherdbes actives contre Lanjninais ; mais elles furent infructu^ises. Un nlence morne réglait dans la ville ; toutes les âmes étaient plongées dans la doiriaur, et pas une porte ne s'ouvrit pour recevoir le proconsul. U n'eut de moyen de signaler sa présence que de se promener dans les rues au son du tambour , donnant le bras à des prostituées et suivi de qudques polissons et de quelques bommes déguenillés ,

* LegoaTé , dans son joli poème du Mérite des Femames , « câArtf le dcToÀment de M">* Lavjoîiuàs et de JuKe Poirier.

SUR J.-D. tANJUINÀIS. • 4i

qui criaient : Vhe Carrier ! vwe la Convention ! les traiilres à la guillotine !

Après cette dégoûtante ovation, Carrier partit pour Nantes , et envoya à Rennes le général Beysser avec mission spéciale de recjhercher Lanjuinais , Rervélégan^ etc. , dont les têtes avaient été mises à prix. Ce brave officier occupa la ville pendant trois semaines avec ses troupes ^ mais pensant qu'un militaire ne doit pas jouer le râle d'espion , il ne fit aucune recherche particulière , et se borna à envoyer des soldats prendre garnison chez les proscrits. Beysser, bientât emprisonné comme modéré, paya de sa tête cette conduite honorable.

Avec la loi des suspects la proscription qui avait finppé Lanjuinais atteignit toute sa famille : sa mère, son frère, sa sœur, sa fille encore enfant, &|rent jetés en prison. Tout était perdu si sa femme eût subi le

même sort.

Une seule voie de salut restait. La législation d'alors déclarait le mariage dissous par la prononciation d'uiie peine afflictive contre Tun des conjoints; et ce divorce , en brisant le lien de parenté, faisait cesser la cause de la suspicion légale. Lanjuinais détermina sa femme à y recourir, rédigea lui-même les pièces préparatoires, et le 12 novembre 1793» le divorce fut prononcé. x

Cet acte adoucit un peu Thumeur soupçonneuse dn comité révolutionnaire , et madame Lanjuinais conserva sa* liberté. Elle conserva aussi la disposi-

4a NOTICE

tion de ses biens personnels devenus sa seule ressource ^ les biens de son mari ayant été confisqués et frappés de séquestre.

La . tourmente révolutionnaiire fut plus affreuse à Rennes que dans la plupart des villes de France , à cause de la présence continuelle des armées royalistes. Aussi la guillotine y était en permanence, et le rebut de la population investi de Tautorité publique, faisait à chaque instant des visites domicilierez accompagnées de toutes les formes acerbes de l'époque. Le logement des gens de guerre était une autre calamité. La maison de madame Lanjuinais en était toujours garnie de préférence aux autres , et souvent â tel point qu'elle était obligée de se réfugier dans un grenier. Qu'on juge combien il fallait d'adresse xt de fermeté pour ne pas se trahir lorsqu'on était dans ses moindres démarches exposé sans cesse à une foule de témoins malveillans.

Si du moins les tourmens de- la proscription se fussent bornés là ! Mais il fallait endurer encore l'abandon de ses amis et de ses parens, et les insukes souvent féroces des étrangers. En voici un exemple. Un prêtre marié , alors maître de pension , condui-sait souvent ses élèves sous les fenêtres de M™* La»juinais pour faire manœuvrer de petites guillotines^ qu'il leur avait distribuées.

Il est vrai qu'à côté de tant de bassesse on voyait quelquefois les actions les plus généreuses. Lorsque la disette mettait le comble aux maux de la guerre

Civile et de Tanàrchie , madame Lanjuinais^ eut à loger un sous-officier du train d'artillerie, qui, plein de compassion pour ses souffirances , lui faisait rémettre tous les jours sa ration de pain. Agissant avec une délicatesse au-dessus de son éducation , il ne passait à son logement que le tems nécessaire au sommeil , de peur de gêner les démarches de madame Lanjuinais , dont il paraissait avoir deviné le secret. Plusieurs fois aussi il obtint par ses réclamations, le renvoi de nouveaux garnisaires imposés à ses bdtes«

Ainsi s'écoulait le tems de la proscription. Pen^ dant sa longue durée , Lanjuinais ne perdit jamais sa sérénité. Son sacrifice était fait d'avance *, il ne lui eût rien coûté pour Taccomplir. Trouvant dans

la religion d'abondantes * consolations , il attendait

avec patience la chute du gouvernement révolutionnaire qu'il avait prédite dans son discours du 2 juin. Enfin,, arriva le 9 thermidor, et comme il n'y avait dans la convention persotine qui pût remplacer Robespierre , la liberté y reparut. La convention écouta les accusations dirigées contre ses procon^ suis et eut horreur dô leurs crimes ^ Faction de la guillotine se rallentit et les prisons commencèrent à s'ouvrir. Lanjuinais se mit à travailler dans sa retraite à faire rendre la liberté à son frère, à sa sœur, ë sa mère et à sa fille, et n'y parvint qu'après plusieurs mois y par l'entremise du conventionnel G)rbel, député du Morbihan, qui leva les difficultés^

élevées par ses collègues 6.... c^ Esnue-Lavallée.

Il espérait lui-^néme obtenir bientôt la permissioii de se montrer , et quittant son greuier, il valait souvent auprès de sa femme malade et alitée. Cette confiance pensa lui être funeste. Son frère était sorti de prison et on Tavait vu sur la place publique. Le représentant du peuple B. . . . ayant reçu avis^ (par malveillance ou par erreur) que Lanjuinâis lui* même était à Rennes^ envoya de suite des soldats pour investir sa maison et Tarréter'. Il était dans la chambre de sa femme , et causait avec le tthre de son collègue I>efermon. On frappe à la porte ;> Julie Bk)irier va ouvrir; des gendarmes se présentent , et lui font des questions insidieuses pour lui faire avouer que son maître est dans la maison. Cette brave fille , s'aperçevaût du danger, répond saûs se troubler à toutes les interpellations, et se metàcaurser avec les gendarmes^ espérant qu^ils s^en iront ou que sa longue absence éveillera Tinquiétude de ses maîtres. En effet, madame Lanjuinâis ne voyant pas revenir Julie, fait éacher son mari dans éon dlcove. A ce moment les soldats entrent avec un officier à leur tête. Madame Lanjuinâis remet avec le plus grand sang-froid les clefs des appartemens et des meubles , M. Defermon cause avec l'officier , et après d'inutiles recherches , Fescouade se retire déconcertée.

Malheureusement B. ... fit faire les mêmes perqui* sitions chez la mère 4^ Lanjuinâis ; elle en fut telle*

ment effirayée qu^elle tomba malade ^ et mou^t peu de tems après.

Ea brumaire an in (novembre 1794)9 Lai^uinais conçut Tespoir d*étre rappelé dan« la convention , où beaucoup de députés proscHts étaient déjà rentrés. Dans ce but, il adressa à la convention, par les mains de son collègue et ami Pénière , une pétition oii il demandait dés juges. Cet écrit V n'était point une humble supplication^ mais la .plainte éloqu^Qite et fière de la vertu outragée. Voici comn»e il s'ejLprimait , après avoir répondu aux calomnies ridicules dé ses oppresseurs.

« Ce ne sont la qae les vains prétextes de la per<- » sQcution que j'endure. Mes véritables cfimes, vous «t m^avez vu les commettre au grand joui*' de votre » assemblée ^ et vous y avez applaudi. C'est que ré- » publicain sincère, zélé patriote , esclave' de mon » devoir, inflexible dans la voie de la justice, bien » sur qu^on ne se propose pas de mener à la liberté » par dés embastillemens , à Fégalité par le pillage , ».à la république par le despotisme et Tanarchie , » par la terreur et les massacres, j'ai qA^el^uefois ». mis à mt devant vous les tyrans de mon pays ; » c'est cfue j'ai poursuivi leur châtiment souS' les » yeux mêmes de leurs septembriseurs et des vils » stipendiés qu'ils envoyaient vous insulter, vous » menacer dans les tribunes et à votre barre; c'est

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ïianjuinais , après la journée du d juib , ne désespéra point de la patrie' : convaincu , comme Péfôit généralement tout ce qu'il y avait en France d'hotnmes éclairés, que la domination des démagogues ne pouvait que livt^r le pays à tous les crimes et k t^ùs les désastres , et regardant un grand nombre d'entre ^ux comme des agens du royalisme et de Tétranger, il n'hésita pas à faire , du sein de la proscription j xm dernier appel à ses ccmcitoyens. U publia un ré-^

» prennent 3i son sort , et PinJUgnation que lenr oaase la TÎolencsfr dont M il est victime dans ce moment ;

» Arrêtent cp'nné expédition du prient liu sera adressée , comme un n gage âé Fattatïhemèiii et de la reconnaissance de ses conciitoj'eiB , et » qa^nne antre expédition sera remise à son épouse ;

» Jinrétent , en outre , qae le présent arrêté sera impripaé ponr être » envoyé aux districts et aux monicipalitâ dUle-et-Vilaine et à tons les 1» autres di^^artemetia. »

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