‹ Œuvres de J. D. LanjuinaisChapitre 3 sur 46 · ADEB8S1B DE LA VILLE DE SA IN T-|EAL · texte numérisé non relu

ADEB8S1B DE LA VILLE DE SA IN T-|EAL

« Vertaeox et courageux citoyen ! le peuple entier de k ville de Saînt- » Malo s'empresse de vous faire parvenir Fexpression de ses sentimens. )> U a appris avec l'indignation la plus profonde Tattentat lAouî que vient » de se permettre l'audacieuse et criminelle faction des contre-révolu- » tionnaires anarchistes ; mais il a contemplé avec admiration l'attitude » sublime que vous avez su garder dans un moment d'oppression qui » vous honore* H n'a pu voir sans tme sorte d'orgueil que l'un ilet rêpré- » sentans de son choix y ait eu la gloire de devemr l'objet de la ftaine 2> des conspirateurs. Rassnreai-vous , vertueux citoyen , vtfns avez .Mett » mérité de la patrie , mais ne croyez pas qu'elle se borne & vous en » adresser l'assurance. Vous avez tout fait pour elle par votre courage et » votre énergie : elle fera tout pour vous ^ en vous couvrant de «tai im* » posante et majestueuse protection. Le peuple est debout , il eét' teins » que la lutte des crimes contre la vertu finisse , le moment de k justice » est venu, m

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cit ' àe l'insurrection et en prédit le» canséquencea. fimestes dans ces courtes paroles :

« O PsuHisiens ! voilà ce que les factieux appellent » une superbe journée, ime belle insurrection mo^ % raie 5 et moi , je vous dis que c'est le plus horrible n attentat- qu'on puisse commettre ; c'est un grand ». mouvement contre-révolutionnaire ^ c'est la dis- 1» solution de la convention ^ c'^est la mort de la ré-* » publique et de la liberté. Il ne suffit pas d'agiter » vos chapeaux au bout de vos piques et de vosbayon- » nettes, et de crier Fîue la république l Vos tyrans » arrêtent maintenant par centaines vos parens , vos » voisins , vos amis \ ils les massacreront demain » comme en septembre ; ils vous massacreront ; ils. » TOUS pilleront , comme ils se tuent de le dire de^ » puis si long-tems , et vous feront bientôt crier ii^ Fîi^ le roi. Vous deviendrez ainsi la risée de l'Eu- » Tope, le jouet des puissances coalisées et des dé- » pertemens qai s'éveillent enfin. Votre ville su- » perfae^ on voudra en faire un désert, et vous IP^ Tanrez mérité par votre faiblesse. Debout, Pari* » siens ! il est encore tems de sauver la liberté ! ))

lie 3 juin, Lanjuinais provoqua son jugement pv une lettre adressée à la convention ; mais voyant «nsaite les mesures de terreur que le parti dominant cûfomençaità prendre, et ne pouvant plus exposer utikment sa vie , il trompa la surveillance de ses gardes «

5o NOTICE

Il y fut accueilli avec enthousiasme par ses collègues. Ses amis, et un grand nombre de citoyens de toutes les classes , vinrent le voir et le féliciter •, et il

reçut, comme au jour de sa proscription , des adresses de toutes les parties de la France.

Le 1 1 floréal , il reparut à cette tribune qu'il n'avait pas occupée depuis sa lutte héroïque du 2 juin. L'assemblée , émue par le souvenir de cette journée^ le salua des plus vifs applaudissemens. a C'est )) avec la sensibilité la plus profonde, dit* il alors, )) que je reçois un accueil aussi flatteur ; mais nous » ne devons nous occuper que de la chose publique. » Pour moi, j'ai tout oublié ; je ne me souviens que » de mon devoir •, je n'ai plus d'autre sentiment que )) le zèle ardent avec lequel j'ai toujours su défendre » la liberté. »

Il ne tarda pas à donner une preuve de sa sincérité. Le parti jacobin , efirayé de la marche rétrograde de la révolution , avait , au la germipal , fait une tentative hardie pour asservir de nouveau la convention. Irrité plus que découragé par sa défaite, il reparut en armes le i" prairial, mit en fuite la garde de la convention , pénétra de vive force dans l'assemblée , et secondé par quelques montagnards, fit décréter , malgré la noble résistance du président Boissy-Danglas , toutes les mesures qui pouvaient remettre le pouvoir dans ses mains. Mais^à ce mo-ment, les bataillons des sections dévouées au parti modéré de la convention chargèrent les insurgés,

SUKJ.-D. LANJUINAIS. 5t

et après un combat opiniâtre dans la salle même des séances, les mirent en déroute.

La convention renvoya les chefs des rebelles devant une commission militaire. Parmi eux se trou-^ vaient plusieurs députés montagnards 5 Lesage d'Eure-et-Loire proposa de les excepter du décret et de les faire juger par les tribunaux ordinaires. Lan^ juinais , qui avait été injurié et menacé plusieurs fois dans la séance du i^' prairial , /et qui n'avait dû son salut qu'à la bravoure de son ami Kervélégan , Lanjuinais soutint avec chaleur la proposition de Lesage , toute favorable aux ^ii^cusés , et demanda justice pour eux ' comme il l'avait demandée pour Louis XVI , et comme plus tard il devait la demander pour le maréchal Ney. Dans cette occasion , comme dans les deux autres , ses efforts furent infructueux.

S'il pardonnait à ses ennemis , il ne pouvait cependant songer sans horreur, aux crimes qui avaient souillé la révolution *, et après avoir fait d'inutiles tentatives pour les prévenir, il regardait comme un devoir sacré de travailler à leur réparation. Cette pensée le dirigea constamment, soit dans ses discours à la tribune, soit dans ses travaux comme membre du comité de législation et de la commission des onze (comité de constitution).

Dès le 1 8 floréal de l'an lU , il demanda avec

• yoy, tom. I*', 11* xiii.

5i NOTICE

chaleur, la restitution des biens confisqués sur les condamnés révolutionnairement, soutenant quMnnocens où coupables , ils n^avaient pas été jugés , mais assassinés. Sa motion, appuyée par Boissy-Danglas, fut adoptée.

Après avoir plaidé la cause des condamnés révolutionnairement; il demanda l'abrogation des lois qui frappaient les parens d'émigrés '. Il comprenait la justice des lois contre les émigrés^ mais il ne pouvait souffrir que Ton confondît les innocens avec les coupables.

Lors des troubles #uscités dans la Provence par les hommes qui avaient livré Toulon aux Anglais en 1793, et qui rentrés en France, y conspiraient de nouveau, Fréron proposa d'annuler les certificats de résidence de tous les individus qui s'étaient enfermés à Toulon. Lanjuinais , tout en reconnaissant la nécessité de prendne des mesures contre les rebelles , s'opposa à la proposition de Fréron , en faisant observer que l'annulation des certificats de résidence faisait réputer émigrés tous ceux qu'elle atteignait ^ et par cela même emportait peine de mort dans les vingt^quatre heures. Le côté gauche murmura ; mais la proposition ne fut pas adoptée.

Dans beaucoup d'aut)*es circonstances , il professa les mêmes principes de justice et d'humanité à l'égard des émigrés et à l'égard des prêtres déportés , dont

' P'oy. lom. I*% n» xr , n« xvi et n° xtii.

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un grand nombre furent , par 8es soins , rayés des listes fatales.

Un autre objet méritia aussi sou attention. La fermeture des éaifices destinés au culte était , dans une grande partie de la France , une caus% de troubles sans cesse renaissans^ il fit sentir à ses collègues qu^en restituant aux cérémonies les édifices qui leur étaient indispensables , ils se concilieraient des populations nombreuses et donneraient de la stabilité à la république : il fut en conséquence chargé , par les comités de salut public , de sûreté générale et de législation , de présenter un projet que rassemblée adopta ' .

Cette conduite de Lanjuinçiis le compromettait auprès des montagnards , qui le traitaient de royaliste, et auprès des thermidoriens , qui voulaient bien modifier la législation révolutionnaire, mais graduellement et sans secousse. Tout en rendant hommage aux vertus de leur collègue , ces derniers craignaient que Tapplication immédiate de ses principes de justice absolue, ne donnât trop de puissance aux royalistes , qui , depuis les dernières défaites du parti démocratique , commençaient à lever une tête menaçante. Sincèrement attaché à la république, Lanjuinais ne croyait pas alors que le royalisme eut un parti puissant , et il prenait les mouvemens des sections de Paris pour une effervescence causée

' yojr. tom. I«', n« XIV.

par la persévérance de la convention dans le régime dictatorial ^ aussi tous ses efforts tendaient-ils au prompt rétablissement d'un gouvernement légal et régulier : sa fermeté à suivre cette voie Texposa bientôt à des* attaques directes.

La convention « après avoir voté la constitution directoriale, avait cru nécessaire d'empêcher les royalistes d'envahir la législature nouvelle par les élections , et avait rendu le décret du 5 fructidor, qui obligeait les électeurs de prendre , dans le sein de la convention , les deux tiers des nouveaux députés. Ce décret mécontenta les sections de Paris, et irrita au dernier point les meneurs royalistes , qui se voyaient enlever un puissant moyen de contre-révolution. Ils résolurent de s'opposer par la force à l'exécution du décret , et le i3 vendémiaire , quarante mille sectionnaires se mirent en marche' pour assiéger la convention.

L'assemblée n'avait à sa disposition que quelques milliers de soldats. Pour les renforcer, elle donna des armes aux anciens terroristes désarmés depuis les journées de prairial. Lanjuinais y qui se souvenait de leurs excès , et qui craignait que la convention ne retombât sous leur influence , s'opposa à cette mesure , qui fut néanmoins décrétée. Le même jour, espérant prévenir l'effusion du sang, il appuya une proposition de Gamou ayant pour objet de parlementer avec les sectionnaires avant de leur livrer bataille ^ ses observations furent couvertes par des

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murmures , et la proposition de Gàmou fut rejetée.. Oa sait que les deux armées en yinrént aux mains et que la convention triompha des royalistes ^ comme aux journées de prairial elle avait vaincu les jacobins^

Peu de jours après , Tallien vint à la tribune accuser Boissy-Dauglas , Lanjuinais et deux autres députés d'avoir été les complices des royalistes dans la conspiration du x3 vendémiaire. Cette accusation était si ridicule , que Lanjuinais ne prit seulement pas la parole pour la repous^r, et que pas une voix dans l'assemblée ne Tappuya. Il fut défendu spontanément par Louvet , Syeyes et Legendt*e même , ce boucher qui , le 2 juin 1798 , avait menacé de l'assommer.

Si Lanjuinais était en butte ^ux traits de quelques anciens terroristes , il jouissait , comme on le voit , de Pestime de ses collègues , et au dehors il recevait les marques les moins équivoques de la vénération, publique. Malgré ses habitudes austères et son goût pour la i*etraite , il était recherché par ce qu'il y avait de plus distingué dans la société du tems , et entre autres par M°** de Staël et M"* Beauharnais ', qui n'était pas encore M"** Bonaparte. Nos généraux les plus célèbres, Hoche et Moreau, étaient ses amis ', et lorsqu^après l'acceptation de la çonatitu-

' F'ojr, tom. V, n» xxyiit t

* Vof* tom 1*', n*' xxTiii. Moreau , étacliant en droit k Reunes , avait en des relations avec Lanjuinais avant la rëvolution. Sa liaison avec Hoche avait commenoc aux conférences de Lamabilaic.

ti6ii directoriale % on procéda à la nomioation des (léputés aux nouvelles législatures , il fut élu par &oixantertrei2:e départemens , et dans presque tous Iç premier de la liste.

Appelé par le sort au conseil des Anciens , . il s'opposa avec force aux lois d'exception et à toutes les mesures inconstitutionnelles. Il était convaincu que la stricte exécution des lois , était le seul moyen de sauver la patrie , dés factions qui se disputaient le pouvoir ; et qimpd , pour justifier une mesure extraordinaire , pn invoquait les malheurs des teins et les dangers du pays : « C'est avec de iels mots , répon- » dit-il , qu'on nous a écrasés §ous le poids de la » tyrannie décemvirale. Les considérations de cir- )» constances et de dangers composent ce qu'on ap-

» pelle la politique : la vraie politique consiste à » respecter les droits du peuple. » (Discours du ^4 frimaire an IJ^*)

Ses fonctions législatives cessèrent le i^** prairial an y ( 20 mai 1797) 9 et il retourna à Rennes, sa ville natale. Lés opinions y étaient bien cbangées» Les royalistes dominaient partout ^ les émigrés rentrés et les chouans pacifiés, avaient presque tous

' (( L^on vit proposer en 1 796 un plan de constitution républicaine > » beaucoup plus raisonnable et mieux combiné que la monarchie dëcré- » tée par rassemblée constituante en 1791. Boissy-d^Anglas , Daunou et » Lanjuinais , noms qu^on retrouve toujours quand un rayon de liberté faillit sur la France , étaieqt membres du comité de constitution. i> ( Considérations sur la Révolution JF'rançaise , par M"** de Staèl lom. U , pag. a5a. )

SUR J.-D. LAMjruiNAI6. 5;

ogiiseryé de grand$ bieus , et s'étaient etn parés des assemblées primaires , par eux-mêmes, et par le bas people dont ils disposaient au moyen des prêtres ; la bourgeoisie, si énergique au commencement de la révolution, avait presque entièrement disparu, décimée par. la guillotine , ou enrôlée sous le drapeau républicain. Aussi les élections de Tan Y furent à Rennes encore plus que dans k reste de la France , des élections royalistes , et Lanjuinais, rendu à la vie privée, reprit ses occupations fawrites.

Les facultés de droit comme toutes les corporations étaient détruites. Â la vérité la convention avait créé en Tan III des écoles centrales , auxquelles elle avait attaché un cours de législation , mais Tétude du. droit était presque abandonnée , et c'étaient des publicistes plutcit que des jurisconsultes qui étaient chargés du cqurs de législation. Laiijuinais, nommé professeur à Técole de Rennes, imprima à cet enseignement ime direction grande et utile. Il divisa son cours en trois années , dans lesquelles il enseigna le droit liiaturel sous le nom de théorie des droits et des 4evoirs , le droit constitutionnel français , le droit eriminçl | les règles de Torganisation et de la compétence des tribunaux et le droit civil , et enfin la .procédure civile.

Il était le seul professeur en France qui eût ainsi organisé sur un plan complet renseignement du droit \ sa marche , une fois connue , fut adoptée dans un grand nombre d'écoles. Malgré ses grands talens,

868 cours furent d'abord peu suivis. Là population aisée de Rennes se composait principalement à cette époque des familles nobles et de quelques familles bourgeoises qui leur étaient attachées. Devenues insolentes , par le fol espoir qu'elles nourrissaient de voir bientôt Tancien régime et leurs privilèges rétablis , elles payaient par de basses calomnies les services que LanjuiuSiis leur avait rendus , et le traitant de révolutionnaire, elles interdisaient ses cours à leurs enfans , surtout le cours de droit constitutionnel. Il eut alors pour disciple assidu et ensuite pour ami le célèbre jurisconsulte Carré.

■ A la même époque , la chaire de Grammaire gé-nérale était vacante à l'école centrale de Rennes, et personne ne se présentait pour la remplir. Quoique surchargé par les affaires de son cabinet , et par ses cours de droit \ il ne voulut pas laisser manquer un enseignement qu'il regardait comme indispensable à l'éducation libérale. Il s'en chargea donc bénévolement et y porta l'esprit régénérateur qui distinguait ses autres cours. Ses cahiers rédigés avec beaucoup de soin , forment un ouvrage complet resté inédit. Il se divise en trois parties : la première est une introduction philosophique à l'étude des langues ', la seconde traite de leurs formes en général ^ la troisième ^ sous le nom de logique , considère les langues comme des instrumens d'analyse qui entra-vent ou facilitent les opérations de l'intelligence en raison directe de leurs défauts ou de leurs perfections.

SUR J. D. LANJUINAIS. Sg

Au milieu de tant d'occupation» exigeantes et de veilles laborieuses , Lanjuinais trouvait encore quelques moinens à consacrer à la défense du pays et de la liberté. Témoin des intrigues royalistes , il les dénonçait souvent dans^ Journal de V Ouest y et y publiait des réfutations de leurs doctrines ' Mais il pensait qu'on ne devait employer contre ces ennemis de la France que les moyens légaux , et il voyait du même œil les conspirations contre- révolutionnaires et le» coups-d'état républicains. Aussi désapprouvat-îl ouvertement la révolution du 1 8 fructidor , et la réaction démagogique qui en fut la conséquence.

Le i" vendémiaire an VI , jour de la Fête d^la République, il fut invité à un dîner donné à Remes par deux mille citoyens ; on le pria d'y porter un toast au 1 8 fructidor , il s'y refusa et dit seulement : « A la liberté ! puisse-t-elle , fondée sur les impé- » rissables droits et sur les saints devoirs de l'homme » et du citoyen , s'éterniser parmi les Français. )>

La catastrophe du 1 8 fructidor ébranlant la constitution directoriale, prépara la révolution militaire du i8 brumaire (1799), qui mit Bonaparte à la tête du gouvernement. Dès l'année suivante, Lanjuinais fut présenté au sénat par le corps législatif 5 sa candidature fut vivement appuyée par les députés de Bretagne , et par le célèbre Volney , qui était alors dans les bonnes grâces du premier consul.

6o NOTICE

M""" Bonaparte elle-même , pour asi^urer sa nomination, fit retirer M. d^Arcet, à qui elle avMt promis son appui, et le 22 mars 1800 Lanjuinais fut élu par le sénat.

Il s'y distingua par la courageuse indépendance de ses opinions. Ainsi , il s opposa aux proscriptions dirigées s^-rla-fois contre les démocrates et les émigrés après TafiSsiire de la machine infernale. En i8oa , il combattit avec énergie l'élévation de Bonaparte au consulat à vie , et en 1 8o4 , son élévation à l'empire. Mais ensuite, se voyant au milieu d'hommes tout dévoués au chef du gouvernement et dans une assemblée dont les séances étaient secrètes , il renonça à d^discussions nécessairement infructueuses, et se contenta de protester par son* vote , contre les mesures despotiques toujours sanctionnées par le sénat. Sa fermeté déplaisait, aussi il était souvent menacé de Yincennes , et n'avait aucune part dans les faveurs de cour, il fut cependant nommé en 1802 commandant de la Légion-d'Honneur, et en 1808 comte de l'empire ' < Mais on sait que pour réhabiliter ces débris féodaux, Bonaparte les donna au sénat en masse et non pas individuellement. Au reste, Lanjuinais , pénétré des sentimens de l'humilité chrétienne , n'attachait aucune importance à ces dis-

' Il prit pour devise de ses armoiries la règle de ses actions : Dieu et les Lois , et pour insignes de son écusson une croix , emblème de la religion , un lion tenant un frein et une balance , emblème de la force gouvernant par la justice ; enfin , trois mains , emblème du travail.

SUR J.-D. LANJUINAIS. 6i

tinctioDs, et n'en faisait usage que pour éviter le reproche d'un rigorisme aflfeclé ' .

Le sénat donnait peu d'occupation à ses membres , il y avait loin41e ses séances rares et courtes, aux séances si remplies de la convention, qui plus d'une fois avaient duré une semaine entière sans désemparer. Lanjuinais , qui ne pouvait plus , à cause de ses nouvelles fonctions , exercer la profession d'avocat, trouva prompt ement un aliment à son immense activité. A son arrivée à Paris , les écoles étaient supprimées et l'enseignement du droit n'avait plus d'interprètes dans la capitale. Sentant vivement cette lacune, il se réunit à plusieurs savans jurisconsultes : Target, Portalis, Malleville , etc.', et fonda avec eux, sous le nom d'Académie de Législation, une école libre , qui ne tarda pas à s'illustrer par les talens des maîtres et les brillans essais des élèves. Le succès des plans donnés par Lanjuinais à l'École Centrale de Rennes , le fit charger des programmes d^enseigement de la nouvelle académie. Sur sa demande , le nombre des chaires fut porté de cinq k dix , puis à quatorze , et toutes les branches de la science du droit furent enseignées.

Il fit plus, il prit une part directe à l'œuvre , en

' n imprimait en i8ai : k II serait peu raisonuable de critiquer la >• cooftitution de 1 791 , parce cpi^elle ne tolérait point cette noblesse no- » minale et de caprice royal , qui s^agite encore pour dominer par des w privilèges. » ( f^ues politiques sur les changemens h faire a la constitution tf Espagne. )

se chargeant de la chaire de droit romain. Ses leçons, quoiques faites en latin , étaient recherchées par une foule d^auditeurs , attirés à-la-fois par la science et par la tendre affection du professeur. M. Dupin aine , si connu par ses succès au barreau et à la tribune , les suivit , et y commença des relations précieuses au maître et au disciple.

La création des écoles de droit en 18049 ^^ ï'^* bligation pour les juristes d'y prendre leurs degrés, entraînèrent la chute de T Académie de Législation. Mais elle ne fut pas remplacée , et le public vit à regret que l'empereur, dans son aversion pour les idéologues, exclût des nouvelles écoles les chaires philosophiques , et bornât les études aux connaissances les plus indispensables aux praticiens.

Lanjuinais, mu par ses croyances religieuses, avait toujours nourri le désir d'étudier les théogonies orientales, pour y chercher de nouvelles preuves de la vérité des traditions bibliques. Il profita du reste de ses loisirs pour se jeter dans cette carrière. Il avait alors cinquante ans. C'était une entreprise dont la pensée seule eut effrayé tout homme de son âge^ mais aucun obstacle n'arrêtait son ardeur, qui avait ^sesoin de se déployer dans l'étude , depuis que les affaires publiques ne lui offraient plus qu'un champ stérile. En peu de tems, et sans le secours d'aucun maître , il apprit l'anglais et l'allemand , afin de pouvoir lire les nombreux et savans ouvrages écrits dans ces deux langues sur les dialectes orien-

taux. Il resserra ses relations avec Volney , qui suivait la même carrière, mais dans un but tout opposé, et il se lia avec Anquetil-Duperron , Langlès , Mil^ lin, Sylvestre de Sacy. Aidé d'abord de leurs conseils , il s'associa bientôt à leurs travaux en publiant, dans le Magasin encyclopédique de Millin et dans le Moniteur^ un grand nombre de notices relatives aux langues, aux mœurs et aux religions de l'Asie. Dans le même tems,.il était membre de l'académie celtique, et enrichissait les mémoires de cette société par des rçcherches intéressantes d'archéologie et d'histoire. U ne tarda pas^à recueillir 1© prix de tant d'èflbrts. Son nom illustre dans les annales de la jurisp^rudence et de la politique le devint aussi dans celles de la science, et en 1808 il alla s'asseoir à l'Institut parmi les savans dont s'enorgueillissait la France.

Ainsi s'écoulèrent, pour Lanjuinais, les années glorieuses de l'empire? Peu ébloui de leur éclat , il vit avec inquiétude commencer la guerre de 1^812 , dont il pressentait la désastreuse issue. Lorsque Paris fut investi par les alliés , il se réunit avec Gré-^ groire Lambreclits et quelques autres sénateurs, pour aviser à des moyens de salut public. Le sénat cédant à l'impulsion qu'il reçut d'eux , prononça la déchéance de l'empereur , et nomma le gouvernement provisoire. L'on sait que, trahissant la confiance de ses commettans , ce gouvernement livra la France sans condition au bon plaisir de ses anciens maîtres.

6i NOTICE

se chargeant de la chaire de droit romain. Ses leçons , quoiques faites en latin , étaient recherchées par unie foule d'auditeurs , attirés à-la-fois par la science et par la tendre affection du professeur. M. Dupin aîné, si connu par ses succès au barreau et à la tribune , les suivit , et y commença des relations précieuses au maître et au disciple.

La création des écoles de droit en 18049 ®i l'^"' bligation pour les juristes d'y prendre leurs degrés, entraînèrent la chute de l'Académie de Législation. Mais elle ne fut pas remplacée , et le public vit à regret que l'empereur, dans son aversion pour les idéologues y exclût des nouvelles écoles les chaires philosophiques, et bornât les études aux connaissances les plus indispensables aux praticiens.

Lanjuinais, mu par ses croyances religieuses, avait toujours nourri le désir d'étudier les théogonies orientales, pour y chercher de nouvelles preuves de la vérité des traditions bibliques. Il profita du reste de ses loisirs pour se jeter dans cette carrière. Il avait alors cinquante ans. C'était une entreprise dont la pensée seule eût effrayé tout homme de son âge^ mais aucun obstacle n'arrêtait son ardeur, qui avait ^sesoin de se déployer dans l'étude , depuis que les affaires publiques ne lui offraient plus qu'un champ stérile. En peu de tems , et sans le secours d'aucun maître , il apprit l'anglais et l'allemand , afin de pouvoir lire les nombreux et savans ouvrages écrits dans ces deux langues sur les dialectes orîen-

taux. Il resserra ses relations avec Volney , qui suivait la même carrière, mais dans un but tout opposé, et il se lia avec Anquetil-Duperron , Langlès , Millin, Sylvestre de Sacy. Aidé d'abord de leurs conseils , il s'associa bientôt à leurs travaux en publiant, dans le Mtzgasin encyclopédique de Millln et dans le Moniteur^ un grand nombre de notices relatives aux langues, aux mœurs et aux religions de l'Asie. Dans le même tems,.il était membre de l'académie celtique, et enrichissait les mémoires de cette société par des recherches intéressantes d'archéologie et d'histoire. Il ne tarda pas^à recueillir le prix de tant d'efforts. Son nom illustre dans les annales de la jurisprudence et de la politique le devint aussi dans celles de la science, et en 1808 il alla s'asseoir à llnstitut parmi les savans dont s'enorgueillissait la France.

Ainsi s'écoulèrent, pour Lanjuinais, les années glorieuses de l'empire? Peu ébloui de leur éclat, il vit avec inquiétude commencer la guerre de 1^812 , dont il pressentait la désastreuse issue. Lorsque Paris fut. investi par les alliés , il se réunit avec Gré-^ groire Lambrechts et quelques autres sénateurs, pour aviser à des moyens de salut public. Le sénat cédant à l'impulsion qu'il reçut d'eux , prononça la déchéance de l'empereur, et nomma le gouvernement provisoire. L'on sait que , trahissant la confiance de ses commettans, ce gouvernement livra la France sans condition au bon plaisir de ses anciens maîtres.

Tons les souvenirs de rancienne moiïarchié se réveillèrent alors , et nne politique iniM^sée dirigea les affaires. Lanjuinais prévoyant les consJSqînencés d'un tel aveuglement, n'hésita point à s'efi'otririr à M. le comte d'Artois. Il fut écouté avec bienveillance, niais ses avis ne prévalurent pas.

Nommé pair le 4 juin i8i4 ) il parut à la tribune nouvelle, pour défendre les droits de la libeité et de la justice. Il y combattit surtout la loi dfe denéftfè du 21 octobre i8i4> et la pit>position du maréchal Macdonald , relative à Tindemnité des émigrés ' . Il dit en cette dernière occasion , qiie Tétat ne devait point établir des classes d'infortunes privilégiées , surtout au profit d'hommes qui possédaient encOTè les plus grands biens du pays, et qui, après s'être enrichis des faveurs de l'empire , oecupaiênt déjk tous les postes éminens de la monarchie. Faisant toutefois la part des circonstances, il ne s'opposait point à ce que des secours fussent accordés aux personnes réellement indigentes.

La marche à-la-fois despotique et contre-révolu-^ jtionnaire des ministrêé de ïiOuisXYIII, ayaht ramené Bonaparte en France y en mars 1 8 1 5 , Lanjuinais' se retira à la campagne , et refusa de prêter les nouveaux sermens qu'on lui demandait en qualité de membre de l'Institut et de commandant de la Légion-d'Honneur. L'un des premiers proi^ocafeurs du

SUR J.-D. LÀNJUINAIS. 65

décret de déchéance, ne fut point replacé à la chambre des pairs impériale , mai« il fut nommé à celle des représentans par la ville de Paris et par le département de Seine-et-Marne. Il voulait: refuser cette double élection; il avait même écrit sa démission , lorsqu'une foule de députés vinrent le presser de ne pas abandonne^ la patt*ie au moment du danger. Il céda à ce vœu , et se rendit à la chambre.

L^empereur voulait faire nommer au fauteuil l'un des quatre présidens de comité du conseil d'état, et de grands efforts furent dirigés dans ce but, mais sans le moindre succès.

Au premier tour de scrutin, Lanjuinais eut 189 sufl^ges , et Merlin , le candidat de Tempereur, 49* Les ministres , les cbnseilliers d'état et les hommes dévoués au gouvernement, espérant empêcher la nomination de Lanjuinais , répandirent le bruit que l'empereur de l'accepterait pas.

Leur attente fut trompée ^ toutes les voix dissidentes se reportèrent sur lui , et il fut proclamé au milieu des applaudissemens. Dans cette circonstance, Napoléon tint un conseil d'état. Il ne manqua point de flatteurs pour le porter à refuser sa sanction : Regnault de Saint-Jean-d'Angely et l'austère Carnot lui représentèrent le danger de cette mesure. Carnot, en particulier, pénétré d'estime pour Lanjuinais, et répondant de sa loyauté , obtint, malgré une forte répugnance , le consentement de

Napoléon. Cependant l'empereur balançait encore , i. 5

et y0|ilait faire dépendre son approbation des réponses que le président éhi ferait à certaines questions ; yoici leur entretien :

u NipoLioM : Eh bien ! monsieur, il ne. s'agit plus » di^ tergiverser , il faut répondra à i»es questions.

» LAjyjinsrÀis : Sire, avec la rapidité de Téclair, )) car je ne compp^ point avec ma conscieiM^.

» NAPoi^éoN : Ête«-Tou3 à moi ?

» LAKJunifAis ; J& n'ai jamais été à pQrspan<ç ) je ït n^ai apparteau qu'à mon devoir-

» Napoléon ; Vous éluder. Me servirez-vou^ ?

» Lanjuinais : Oui, Sire , dajisla ligne du devoir, )> vous avez la visibilité,

» Napoli^on : Mais , me halssez^vous ?

M Lan JuiNAis : J'ai eu le bonheur de né haïr ja- )» mais personne , d'être bieavèiUant et bienfaisant » quand je l'ai pu, même envers ceux qui m'ont fait » tuable à vue pendant dix-huit mois ' . )» .

A ces mots Napoléon tend les bras au président élu et l'embrasse. Il envoie ensuite Régnault de Saint-Jeanrd'Ângely , porter à la chambre son acceptation.

Le rôle passif de président l'empêcha de particir per, autrement que par son vote , aux délibérations nobles et sages qui ont mérité à la chambre des représentans la reconnaissance des amis de la liberté

' Latguinais a souvent donné des secours h des conventionnels qui avaient demandé et voté avec le plus d''acharnement sa mise hors la loi.

et du pays. Il prit seulement, part à la discussion de Tadres^ , où il fit substituer le mot de héros à cel^i de grand homme , çn faisant observer naïvement , que réimpression de grand homme svippQsaif des vertus dont celle de fféjxis pouvait pluifr aisément ^e passer.

Dans la nuitdu 2 1 juin, il assista au comité spécial, tenu auiL Tuileries.,, pour délibérer sur Tabdication provoquée , le matin à la chambre , par MM. Jay et Lafayette , et il appuyai la base de délibération pos^ par ThibCfiudeau , qu'on sacrifierait tout pour la patrie ^ excepté fa liberté constitutionnelle et ïinté-^ grité du territoire. Ce principe passa à 17 suffrages sur 3o. Il appuya aussi la proposition tendant à Tab^ dication de l'empereur, faite ensuite par Lafayette , et qui ne fut point adoptée. Le lendemain Tempe^ reur envoya à la chambre son abdication en fayeur de son fils. L'abdication fut acceptée par la chambra. Lanjuinais porta le décre-t aux Tuileries ; et sur Tob* servatipn derempereur,que cet acte ne mentionnait pas son fil0 , il dit avec une fermeté respectueuse : « La chambre n'a délibéré que sur le fait précis de » Tabdication , je me ferai un devoir de lui rendre » compte du vœu de votre majesté pour son fils. » Napoléon comprit cette réponse , et dit qu'il recom-? mandait son fils à la chambre. Peu de jours après les étrangers entrèrent dans Paris , et les portes de la chambre furent occupées militairement. Quatrevingts représentans repoussés de leur palais se réu-

Birat ao «kiinkâle de leur président , et signèrent aiec hn nn procès- Yerbal constatant la Tiolence qui Mettait fin à Pezercice de leurs fonctions.

Looîs JLYUi reoKmta sur le trône, et alors com- M c n ça la réaction sanglante de Tancien régime c(mtre la r éio luti on et Tempire. Une noa¥elle chambre des dépotés ayant été conToqnée, Lanjninais fut par le rm président du collège âectoral de

n y fut reçu par les antorilés avec les égards dus à ses fonctions , et la Tille lui offirit , au poJais de rérédié, un k^ement qu*il refusa pour ne point être à diarge à ses compatriotes. Biais le parti de la nohiesse témoigna la j^us Tire humeur. L^ordonnanœ de sa nomination fut à peine connue , que le rapport en fut demandé au rm par une adresse remplie de calomnies grossières et ridicules. Lanjninais dédaigna de répondre à une si basse intrigue , et Louis XYin n*y Toulut £ûre aucune attention.

Le complot éthooéj on se rqeta sur d^autres moyens, et Lanjninais reçut Taris que les dmnans deraient Tattaqu»' en route; il ne partit pas umhus, mais en gardant rincc^rnito. Une fois aniTé, il de- Tint Tobjet de propos insolens , et plus d*une Ams le bas peuple de la Tille fut ameuté sous ses fenêtres pour rinsull«r par d^injurieuses Tociferations '.

khmit tfmifcrt' lùc fMwnilrin '

StR J.-D. LANJUINAIS. 69

Il ouvrit les séances du collège électoral, le 22 août

181 5, par un discours plein de convenance et de

fermeté ' , où il engageait les électeurs à oublier le

passé , et à confondre désormais leurs vœux pour le

bien du pays , le maintien de la dynastie et Texécu-

tion de la Charte. Il terminait par cette phrase :

« Vous n'élirez que des royalistes constitutionnels ,

» à qui les droits du peuple soient chers autant que

» ceux du trône *, vous ne choisirez que des patrio-

» tes , mais de ceux-là seuls qui regardent les inté-

» rets légitimes du roi comme désormais du moins

» inséparables des droits de la nation \ que des

» hommes enfin qui veulent de bonne foi la justice

» pour tous , régalité de tous devant la loi , et qui

» sachent embrasser dans leur affection , non pas

> seulement quelques individus , quelques familles, » mais tous leurs concitoyens. »

Ce discours fut souvent interrompu par les clameurs des électeurs ultra-royalistes, qui presque seuls s'étaient rendus au collège. Fatigué d'attendre le silence , Lanjuinais finit par l'imposer, k Mes-

> sieurs , dit-il , je suis président de ce collège en » vertu d'une lettre close du roi ; votre devoir est » de m'écouter sans m'interrompre. » Pendant la durée des opérations , une foule d'électeurs demandèrent avec insistance la radiation de la liste électorale , de M. de Fermon , récemment proscrit par

rordonnance du 24 juillet. Lanjuinais ne dëssa de répondre : « Je n'en aï pa» le droit, le collège lui-"^ » même ne Ta pas; M. de Fermon n'est pas jugé , » il n'a donc perdu aucun de ses droits. » " Le 25 août, la même prétention fut encore élevée après la proclamation des députés. Lanjuinais dit alors : « C'est aujourd'hui la fêté du rôi ; je rti'étonne )) de ce qu'on ait si mal choisi le jour, pour Faire >) une demandé qui n*est propre qu'à exciter du » trouble. Allons au contraire prier pour la paix de » la France et pour l'union des Français, j'ai le V droit de clorrc la session du collège : je déclare » qu'elle est cl6se. »

De retour à Paris , il eut à soutenir de nonvèaux combats. Les mesures oppressives et violentes étaient à l'ordre dû jour; le sang coulait sous la main des bourreaux et sous le poignard des assassins du midi. Dans ces affreuses conjonctures , le ministère présenta un projet de loi concernant les mesures dfe su-reté contre les inculpés d'attentats politiques , par lequel il demandait àtut chambres de suspendre la liberté individuelle, et d'autoriser les fonctionnaires administratifs à faire emprisonner arbitrairement tous les Français , et à les détenir indéfiniment sans les faire juger. Ce projet, apporté le 26 octobre à la chambre des pairs , réveilla dans l'ame de Lanjuinais cette profonde indignation qui l'avait agitée au tems de la terreur ^ et montant à la tribune , il y improvisa un discours dont l'énergie étonna l'assem-*

blée et excita la fureur de «e« adversaires ' . Dd retenir chez lui, ii dicta son discours, et le fit iaiprimer dans la nuit. Plusieurs éditions en furent épùiséeè ra{»idement. Mais la loi avait été votée le 2^ , et les flatteurs du pouvoir, irrités de la haine générale dont elle était frappée, cherchèrent à s'en Venger sdr Laàjuinais. Le 3 novembre, lé duc de Saint* Aignaii , à qui sa conduite pendant la révolution et Pempire aurait dû imposer une grande rés€frve , Taccnsa d'avoir , par Timpressidn de son diéceUrs , excité au mépris d'une loi votée par la chambi'e , et detUahda qu'il fût censuré. En inéme tems , les journaux miâîstériels l'attaquèrent avec une viHiléiicé qui ne s'était déployée à son égard que dans les feuilles de Marat et du père DUchéne ; un libélliste Alt chargé de répandre contre lui des jpamphlets dégèûtans de calomnies et d'injures \ et , pour côinble d'infamie, les censeurs refusèrent l'iiùpresÀiôli dé tous tes articles que voulurent publier en sia favieur lés jouinàux non soudoyés par la faction dûttiinàiite.

La chambre des paits , alors composée en grande majorité d'anciens émigrés , prit en considératiôU la proposition de M. de Saint-Aignan. Lanjuinais répondit par la publication d'un ihémoire justificatif ' otl il démontra que son discours ne contenait rien

■ f^ojr. tomr. l**, n° xxi.

■ ^ojr, Wm. P', n? xxii.

que de vrai -, qu'il avait eu le droit de le publier et de le distribuer ^ et d'ailleurs qu'il l'avait fait imprimer dans la nuit du 26 octobre , avant que la loi fût votée ^ qu'il n'en avait donné qu'à un petit nombre d'amis ) et que si plusieurs éditions avaient été publiées et vendues , ce n'était pas à lui qu'il fallait s'en prendre, mais à l'imprimeur, aux acheteurs, et surtout à l'effroi inspiré par une loi tyrannique. La proposition de M. de Saint-Aignan n'eut pas de suite /et ce débat ne fit qu'ajouter un fleuron à la couronne civique de l'accusié.

Peu après la loi des suspects, la chambre des pairs fut saisie de l'affaire du maréchal Ney. Il était coupable , mais il était sous la sauve-garde de la capitulation du 3 juillet, et sa condamnation ne pouvait être qu'un assassinat juridique.. Cependant on procéda à l'instruction, et les plaidoiries étaient cornmiencées, lorsqu'un pair, averti que les défenseurs se proposaient d'invoquer la capitulation de Paris , écrivit à M. d'Ambray pour l'inviter à interdire la discussion , et même la simple lecture de cet acte. M. d'Ambray communiqua cette lettre à MM. les pairs , et dit : a Je suis de l'avis de M. le comie » de ***. J'ai le droit, par le pouvoir discrétion- » naire que m'accorde la loi , de faire cette inter- » diction^ je désire néanmoins consulter MM. les » pairs. » Le comte Garnier et le comte Desèze appuyèrent cette opinion sur un arrêt précédent qui avait interdit la présentation de moyens préjudiciels;

SUR J.-D. LACfJUIN^iIS. 73

UD autre pair ajouta que la convention était purement militaire. Lanjuinai^ , qui ne connaissait pas le maréchal Ney, prit seul sa défense.

» La convention de Paris , dit-il , a été stipulée » précisément pour les délits politiques , et il s'agit » dans ce moment d'un militaire illustre ! Cette con- » vention fournit une exception non-pas seulement 9 préjudicielle , mais péremptoire , puisqu'elle dé- » truit l'accusation . Les exceptions péremptoires peun vent s'opposer à toutes les périodes de la procé- » dure , jusqu'à ce qu'il y ait condamnation , cela: » est reconnu , écrit dans tous les livres , reçu dans » tous les tems, admis dans tous les pays.

» Quant à l'arrêt, il n'est de sa natui*e que pré- » paratoire, jamais les juges ne sont liés par de tels » actes . »

Lé président mit la question aux voix, et la chambre décida qu'on ne permettrait pas la lecture de la capitulation.

L'audience ayant été reprise , M. Bellart, commissaire du roi , interrompit M. Dupin au moment où il allait parler de la convention de Paris , et le président fit connaître l'arrêt que la cour avait rendu dans la chambre du conseil. Le maréchal, justement indigné de ce que sa défense n'était pas libre , s'opposa à ce qu'elle fût continuée. La chambre passa alors aux opinions. Trois questions de fait furent posées et résolues contre le maréchal par plus des deux tiers des voix. Lanjuinais refusa de voter , al-

léguant qu*il ne pouvait jnger en conscience, attendu le refus qu'on avait fait à Faccusé d'entendre sa dé-^ fense sur la convention du 3 juillet. Dodx pairs , MM. d'Aliçre et De Nicolaî , adhérèrent à sa protestation.

La chambre s'occupa ensuite de l'application de la peitie. M. Malleville soutint dans un éloquent discours, que la chambre devaitmodifler la peine, tant sous le rapport politique que sous le apport de l'illustration de l'accusé. Cette opinion fût appuyée par MM. Lemercier, Lenoir, Laroche et GhoUet. Lanjuinais prit aussi la parole, et renonçant à sa protestation pour concourir à faire atténuer la peine , il dit : « Il n'y aurait point de chambre des n pairs , ou il ne devrait pas y en avoir , si en fait » de crimes d'état , elle n'était pas un grand jurjr » politùpie, astreint principalement tnui considéra- » tions d'titilité publique. Ainsi , considérant i

» i"* La conviction où je suis qu'il y a des vicei » majeurs dans l'instruction ;

-» a"* L'article l «2 de la convention de Paris ^ qui

» s'applique à l'acK^usé ou à personne ^ et qui A été

» rejeté sans l'entendre datis ses moyens de déf^Eisé ;

» 3"* Les circonstances atténuantes que chacun

» connaît \

n 4"" Redoutant pour ma patrie l'abîme dé mal* » heurs qui peuvent naître de la mùltiplioation des » supplices pour des crimes politic|ues^ multipli*- )) cation que je verrais appeler par celui de l'accusé;

n j'acoèdeà l'avis paur la peine de la déportation. » dix-sept pairs votèrent pour la déportation , et cent tréDte-faeuf pour la mort.

Après ce grand procès, Lanjuinais ôominuade s^opposer au débordement réactionnaire de la chambre intrtmuable. Il combattit successiTement la fé^ solution de cette chambre tendant à restituer au clergé ses biens non-vendus , et à lui permettre d'en acquérir indéfiniment de nouveaux ^ la résolution relative à la suppression des pensions des prêtres mariés ; lé projet de loi pour le rétablissement deé cours prévotdles ; la prétendue loi d'amnistie , quHl appelait loi de proscription , cettcloi si inconséquente, où sous prétexte de venger la mort de Louis XVI , les chambres et le gouvernement firent uti acte tout èemblable à celui qu'ils punissaient dans les conventionnels.

Le roi , apercevant enfin l'abtme où l'entraînaient ses courtisans et ses ministres , rendit là célèbre ordonnance du 5 septembre 1 8 16, et la France piut avec moins d'effroi envisager l'avenir.^

La modification profonde que cet événement amena dans la direction de la politique générale , fit cesser le râle d'opposition où Lanjuinais se trouvait placé. On le vit appuyer avec chaleur les projets du ministère , et particulièrement la loi des élections de 1 8 1 7 et la loi du recrutement de 181 8. Toutefois son adhésion aux vues du gouvernement n'était pas sans restriction ; ainsi , dans la crainte de compromettre

1 adoption de la loi de 1817, il avait gardé le silence sur la disposition qui soumettait au conseil-d'état toutes les questions électorales ^ mais aussitôt la loi promulguée , il publia une brochure sur rexistence inconstitutionnelle du conseil-d'état , et sur le danger de soumettre à une commission amovible les questions de Tétat politique des citoyens. U réclama aussi , en toute occasion , le rappel des proscrits , la réintégration des vingt-neuf pairs qui avaient siégé dans la chambre des cent jours , et le paiement arbitrairement suspendu des pensions de Grégoire, de Monge et de quelques autres sénateurs , débris illustres des assemblées politiques de la révolution.

Lanjuinais appuya encore vivement le ministère dans Tafiaire de la proposition de M. Barthélemi ' contre la loi des élections de 181 7. « Le but pro- » chain de la ligue , dit-il , est de renverser le mini- » stère actuel , qui a le choix du roi et Topinion » publique , et qui , par un avantage nouveau , se » distingue à-la-fois par le patriotisme et par Tesprit » d'union. » Il dénonça ensuite les notes secrètes et les autres intrigues des légitimistes^ puis enfin il excita dans la chambre des pairs un orage de vociférations , en signalant à la tribune Texistence de Tarmée de TOuest , ses dépôts de matériel , ses assemblées secrètes et sa cocarde verte. Il avait cité

• yojr, tom. 1", n® xxy.

SUR J.-D. LANJUlNAfS. 77

des faits notoires dans la Vendée et la Bretagne ; il en donnait des preuves irrécusables : il ne fut pas moins démenti et rappelé à Tordre. Mais la France connut la vérité , et , malgré les articles officieux des journaux, elle sut qu'en essayant une contre-révolution colorée des formes légales , on en préparait une autre à main armée , en cas d'insuccès de la première.

L'année suivante , M. Decazes , doué de qualités distinguées , mais encore» plus homme de cour qu'homme d'état , abandonna les principes constitutionnels qui l'avaient soutenu au pouvoir, et , subissant l'influence de Louis XYIII et de son entourage, revint au système de bascule. Il était dans cette voie funeste , lorsque l'assassinat du duc de Berry servit de prétexte à sa disgrâce. On sait que , par un raffinement de cour adroit , le parti légitimiste eut soin de ne la consommer qu'après avoir obtenu de ce ministre , comme amende honorable sans doute , la présentation des trois projets de loi destructifs de la liberté individuelle, de la liberté de la presse et de la loi électorale.

Lanjuinais rentra alors dans l'opposition , et y combattit pied à pied toutes les tentatives rétrogrades des administiptions successives de M. Pasquier et de M. de Villèle.

Son activité parlementaire ne nuisait pas à ses autres occupations. Quelques écrivains avaient conçu ridée de faire connaître les diverses législations

constkuliopiieUea des deux mondes. Il exécuta sa part de ce projet en publiant, en 1819, le livre des conatitutioa& françaises '*

La première partie de cet ouvrage est un abrégé du droit eonstitutionael frajoçais ^ Tautcur y traite de rétal politique du royaume depuis sa fondation jusqu^'à la réunion de rassemblée constituante ; il jette ensuite un coup-d'œil sur les constitutions qui se sont succédées entre cette époque et la restauration ^ enfin., il expose les faits relatifsr à rétablisse^ ment de la charte de i8i4 et. à son eiLéciition jusqu'en 1819. Les deux autres parties de Touvrage sont purement doctrinales^ Tune est consacrée à Texposades; droits individuels des Français ; Tautre à leurs, droits politiques^ Ce livre a le mérite particulier de présenter, à coté des vues de rhomme d'état , Topinion d'un témoia et d'un acteur, sur une grande partie des faits^ de nos longues révolutions.

Peu aprèa la publicatioii de ce traité^ les patriotes italiens, qui venaient de «ecouer le joug de la saintealliance, consultèrent Lanjuinais sur lesDaodificaT tiens à faire à la constitution des certes d'Espagne, pour l'appliquer à leur pays. Il fit à cette oooasioD un brochure remarquable^, avec celle épigraphe modeste : Non ut Pythius jipoUo^ sed uthopaanculus. . .

' y^oy. tom. II.

' P^QY, toni. II.

SUR J.-D. LAffJUINAIS. m 79

Set conseils furent reçus avec reconnaissance ^ mais avant qu'on pût les suivre, Tltalie et TEspagne étaient retoo^bees sous le régime du bon plaisir, par la qu^^i-tpahisou: de leurs doctrinaires et de leurs hommeiB de juste milieu»

Daps ses re^prets amecs pour le passé , et dans ses tentatives de replâtrage féodal ^ la restauration ne ppuvail oublier les institutions religieuses : aussi , dans toute sa durée ^ se moptrai-t-*elle opiniâtrement persévérante à réhabiliter les doctrines et les pratiqua uUramontaines. Persécution contre les prêtres soumis aux lois depuis 1789 '; rétablissement du conoordat de François I^^ institution occulte de tribuiiaus: ecclésiastiques; multiplication de couvens d'hommes et de femmes ; création de privilèges pour ces ét^bUssemens ; tentatives de soumettre la puissance t^npoi^le à Vauùmté spirituelle : tout fut es^

•ayé.

L^njuinais , attaché aux règles de Téglise gallîqane ^ vit avec une profonde douleur ces folles Wtroprises , et les combattit sans relâche à la tribunç di9^ la. chambre des pairs et par la voie de la prease» Une habileté bien connue dans la législation canonique, dont il était peut<-etre alors le plus dof^te ii^terprète , des mœurs irréprochables et une piété éprouvée , lui donnaient en ces matières

* ^^X* **'™* '**> "* ^^vï 9 ïc ""«-'cit des persécutions éprouvées par

8o ^ NOTICE

.\a pln8 grande autorité. lien usait quelquefois pour stigmatiser ces dévots de cour, qu'on voyait surgir de toutes parts depuis que les épaulettes et les broderies se gagnaient comme les indulgences. « J'ai » eu ma part de persécution , disait -il un jour à ses » adversaires (discussion sur le projet de reconsti- » tuer une dotation territoriale pour le clergé , ses- » sion de 1816) , pour avoir été le plus constam- )> ment dévoué à la religion catholique ; ainsi je n'ai » pas besoin d'imiter le zèle éclatant des mondains, » les pieux sanglots des politiques , et les cris la- » mentables des nouveaux convertis. .. »

Placé au point de vue évangélique, et par conséquent au point de vue du libéralisme religieux , il concevait l'utilité politique de la religion , comme instrument de moralisation , mais nullement comme levier de puissance matérielle. Il croyait que h royaume de Dieu nest pas de ce monde, et qu'il faut rendre à César ce qui est à César, et de là il niait les prétentions de l'autorité spirituelle à s'immiscer dans le gouvernement temporel des hommes. Il rejetait aussi les prétentions des papes au gouvernement absolu de l'église, et leur infaillibilité, contre laquelle il citait souvent le mot de saint Paul : « Tout pon- » tife qui n'est qu^un homme, est sujet à faillir. » ( Epit. aux Hébr.y cliap. v. )

Tel est l'esprit dans lequel il a publié une suite de dissertations historiques et religieuses , qui formeront un recueil curieux sur cette partie du droit

SUR J.-D. LANJUINAIS. "''' 8f

public français , et de Thistoire de la restaura^ don'.

Pendant plusieurs années^ il écrivit aussi dans la Chronique Religieuse , recueil périodique à la fondation duquel il avait participé , et qui était destiné à la défense des doctrines gallicanes , et des ecclésiastiques persécutés pour les avoir professées.

On a dit souvent de Lanjùinais , qu'il était yan^enùite. Cette qualification serait tout-à-fait inexacte à soni égard , si elle supposait l'adoption des opinions théologiques attribuées k Jansémus sur la grâce, ou Taffiliation à quelque association particulière. Adversaire des jésuites , il les regardait comme les plus dangereux ennemis de la religion. Admirateur des philosophes de Port-Royal , il les prenait souvent pour modèle , et afiectionnait leurs écrits ^.fl donna même au public , en iSsB , deux notices biographiques sur Arnauld et sur Nicole. Avec sa science et ses vertus , voilà tout son jansénisme.

Les croyances catholiques conduisent ordinairemei^t ceux qui les professent avec quelque ardeur, à Fintolérance par Tesprit de. prosélytisme , et au rejet de toute discussion , de tout examen par le respect aveugle à Tautorité. Lanjùinais fut toujours

' P^€jr, tom QI.

* Même cenz'dff Qaesnel , et il ne se souciait pas beaacoap de la condomuition des cent une propoiûtions , portées h ce nombre patce qoe le Père Letellier avait sasaré à Louis XIV «juMl y en avait plus de cent infiectte dliérésie.

s» NOTICE

exempt de ces faibleMes. Dans les aascmblées légishtÎTes de la restauration , il défendit les intérêts des prêtres mariés qn^cm Toaiait dépouiller dé leurs pensions. Il s^opposa, en 189^, à la disposition de la loi sur la presse , qui qualîBait délits tamirwÈge mue reUgians rec&fuuêts. « Le monde , disait-il , né se n règle pas comme un courent , ni ooanne un sémi-

n mûre Les apdli^s n^otit pu établir Î^Éirançile

« sans outrager de paroles, nonobstant les édits des » libères, desNéronettlesDioclétien, lesttjitèlvs * de Baockus, ceux de Séràpis et de la oière îles n dieux. Vôtre loi n^est cpi^un édit deTibèns , de Hé- 1» ron et de Diodétien. 1» En i8«5 , il proocnça , contre la loi de sacrilège , une pbilippiipie ^Aémente oui commençait par ces mois : « Tout révolte V» les c^rtts et les coeurs, dans ce projet de romrir

n lès <jiamier» de Pintolértece m Enfin, dans

des notices intéressantes , il bonora la mémoire du ministre Kecker ' , et celle du grammairien Coart de Gébdin , tous dent piDlesians.

Loin de redouter la discussiun, il la chercbait are^ empressement, et ne négligeait aucun HMijeÉi de connaître les objectivons qu^on pouvait faire 3i ses croyances. Il eut ainsi , pendant TingtH»iq ans , les relations les plus suivies et les plus amicales avec Volney. Le caractère particulier de son esprit « était la tendance aux ^généralités, à la pInkHiopbie de

rhomme et de la divinité. De ià, 9e^ rapport» avec H. Wronsky, avec Fourier^ 61 auBti avec Saint- Sitt<m , dont leB idées appellent aujourd^i la méditation des pkilosophes et des l^omtnes d^état.

La polùiqulî et la religion lui laissaient des loisirs qu'il consacrait k ia littératnre , à ki philosophie ec à rélude de» langues orientales. En f 8i5 , ii donna une édition de VHistoiris namrelh de la parole ^ fHT Goait iâe Gâbelfû ) et ^enrichit d^un idiscosn préliminaire plein de vues élevées* et judicieuses «ur la Ibraiatiôn des lan^^s, et sar la gnEu^diaire gé*néràle. En f 8^3 ^ il publia le livte de 4a Heiigiondes Indous , ou Analyse de FOupitékhat, qui servit à édairar et à vulgariser les mystères obscurs et igno-* rés de la religion et de la philosophie de llnde* E^ i8âi5 , il publia une dissertation curieuse et savante cMitTe les peines barJ^ares de la baHoonaderct de la flagellation. Il écrivait chaque mois plusieurs ijiofi^ oesdatisla Revue Encjrçhpédiquû, qu'il avait cp^trîhué à fonder en 1819. Il donnait énccrre des artides an JUèrcure de France y a«ix Annales de Grantmaine, au Sommai de la Société Asiatique , ki^ Encyclopédie Moderne de M^ Courtin , et quelquefois aux feuilles quotidiennes^

Avare de séa tems, il ne sortait guère que pour le rendre À ladhiambre, à Tlnstitut ou à Téglise ; ne fréquentant Ai les théatrefi, ni les réuftions de société , il .bcnrnaît ses Délations à un petit nombre d amîa, dont le plus intime était le savant et vénérable

évêque .Grégoire» Du reste,, safiorte était ouverte h toute heure et à tout le monde* .

. Il dut à la douceur et à la simplicité de ses mœuirs> et à sa parfaite tempérance , de conserver jusqu'à la fin de sa vie le plein usage de ses facultés. Une vivacité prodigieuse se peignait dans tous les mouvemens <le son corps , dans ^s yeux étincelans , dans réclat et la soudaineté de sa parole, et dans sa physionomiie d'une étonnante mobilité. Sa démai^e

était ferme et légère^ sa voix fraîche et brillante, sa vue infatigable , quoiqu'il travaillât tout le: jour , souvent même pendant ses repas , et son esprit était toujours actif et dispos.

Mais. une ame trop ardente, minait par 8e& fougueux élans cette* constitution robuste. Dépuis la révolution ministérielle de i8ab , la lutte des ,p{|rtis devenait incessamment plus âpre et plus hostile. Lanjuinais , entraîné par son dévoûment sians bornes , y prodiguait ses forces, et s'y épuisait daps.les émotions de la: tribune. Il rentrait souvent chez lui avec la voix éteinte , l'ardeur de la fièvre , et une agitation qui ne se calmait qu'après plusieurs jours de repos.

A la suite de ces secousses violentes et répétées , il fut atteint , dans le courant de 1 8^6 , par les premiers symptâmes d'un anévrisme au cœur. Il ne parut pas moins à la tribune , oii il prononça encore deux discours contre le droit d'aînesse et les substitutions, et il continua ses autres études, en ache-

vmit la traduction du poème sanserit- k Bltagavad^ gUà ' ,'et en composant , dans les derniers jours de Tannée i8;s6, un mémoire historique* sur laeélèbre maxime de Tédit de Pistes de 864 : Lex fit consens popuU et constitutione reff,s.

• U avait à peine mis la dernière main à cet ou-^ vràge, lorsqu'il fut atteint subitement, le ii janvier 1827, par des accidens plus graves de son anévrisme , et par une inflammation cérébrale. La violence de sa double maladie augmenta rapidement, et sans lui laisser aucun relâchot Le 1 3 janvier , k II heures du soir, il rendit le dernier soupir, à l'âge de près de soixante-quatorze ans.

Ainsi finit ce grand citoyen , ce patriote si dévoué , si pur*,, si désintéressé , si constant \ ce savant si laborieux et 'si modeste; ce chrétien si austère pour lui-*méme , si plein de douceur* et de charité pour les autres y es pèref de fsrmille si- bon et si vé-« néréJ

Une seule chose a manqué & sa yie : il n'a pas vii le soleil de juillet britler sur i^^Franee. Quelle Joie il aurait éprouvée d'être le tétnoin de cette solennelle^ mi^estuéuse confirmation des principes qu'il avait professés toute sa vie ! Quelle joie pour un des auteurs de notre première révolution , de voir un si haut témoignage des vertus inspirées au jpeu-

' C'est une épisode du grand poème «picjue des Indoux , iutitultî Mahfibharata.

pie par c^anlntè ans d'institutions libérales ! Quelle jj6ie^ eni admiraiit le courage sujbliiae et la {M*pfonde motâUte des classes déshéntééa des avantages de ^ fortune i^ de l'ëducHtién, de pouvoir dirdt j ai partagé les travaux qui ont développé tant de vertus !

U est vrai que celte joie eut é%é bientôt mêlée d'àmei^tiime. Pepuis jxnllet , .que dé sal^ intrigues ; quelle politique rétrograde , pusillanime , hooiteuse) qiielles^ seiiod^leuses rapines \ ^quelle haine aux:b6m* mes qui ont posé au milieu des barricades . la première pierre; du âou.veau trône.

Mais^ Tavenir est là, il marche sous la loi fltale du progrès , qui entraîne toute chose. Puissent ses VKÂes être pacifiques ; puissent les hommes qui itous gouvernait calmer leurs passions^ cl ouyrir les yeux à la lumière. Ils ont reçu de terribles enseigneoaens, qu'ils sachent en profiter* Qu'ils reiidelit à la France la pl^e qu'ils lui ont fait perdre parmi les nations \ qu'ils s'occupent de la moralisation iet du bien-^re.d^ peuple > qu'ils abandonnent leur éco* nomië politique de 'carrefour ; qu'ils soieni; hommes d'état enfin : il est tems encore peut^tre. Quoi qu'ils fassent ^ la France et la révolution ne périront pas !

t6 janvier idSa.

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