M. JOSEPH-ELISABETH LANJUINAIS
PBÉTRE, DOCTEUR EN THEOLOGIE ET EN DROIT, CHANOINE TITULAIRE DU CHAPITRE DE RENNES^ ET ANCIEN PREMIER vfCAIRE- GÉNÉRAL DU MÊME DIOCÈSE.
§ P*". ÂQant 1791. .
M. Lanjuinais, prêtre, est né k Rennes, le 18 novembre 1755. Dès Tâge de douze ans, se croyant appelé h. Tétat ecclésiastique, et vçulant se disposer à remplir dignement sa vocation, il consacre le tems de sa jeunesse à Tétude , k la prière et à la pratique des autres devoirs de la religiou catbolî-' que. Reçu docteur avant d*être honoré dtt sacerdoce, il fut ordonné prètré en 1779. Il en exerça aussitôt les fonctions a la campagne. Sept mois après , le curé de Saint-Sauveur de Rennes, grandpénitencier, témoin long-tems de ses études, de ses talens et de ses vertus , l'obtint pour vicaire et Sipus-diacre d'office au mois d'août 1780. Le i3 mai 1783 , M. Tévêque de Rennes , Barreau de Girac , le nomme promoteur par intérim h. Tofficialité qui alors existait légalement. Au mois de juillet 1788, il est nommé, par le pape , chanoine de la
cathédrale de Quimper. M. Lanjuinais refuse ce bénéfice pour rester vicaire. Sur le registre laissé en 179 1 9 par M. Barreau de Girac^ il est signalé en ces termes : Propre à toiu.
§ II. Pendant la réoolution.
En 1791, Louîs XVI déclare déloyaux sujets les ecclésiastiques de tous les rangs qui re&seront à la loi de la constitution cwile du clergé, Tobéissance due aux lois du royaume. Plusieurs évêques, avec la majeure partie du clergé du second ordre, s^y soumettent. M. LanjiÉbais a recours à ses conseils habituels, Fétude et la prière. Convaincu bientôt qu'il doit obéir, il le fait le 1 1 janvier I79 1 . Le premier évêque constitutionnel de Quimper lui o£&e èi choisir entre la place de supérieur de son séminaire et celle d'un de ses vicaires épiscopaux , M. Lanjuinais se refuse à ces ofires honorables ; M. Le Coz , élu pour le siège de Rennes, nomme M. Lanjuinais le premier de ses vicaires, et en fait le directeur de sa conscience pendant dix à onze ans. Détenu comme suspect, ^1 179^, à cause des prétendus crimes de son frère, alors proscrit comme royaliste , il refuse des conditions impies et honteuses auxquelles on lui ofire sa liberté , il subit onze mois de détention. Rendu à la vie sociale, il saisit toutes les occasions d'être utile au clçrgé insoumis. Il a été membre et premier secrétaire du concile national de 1797, qui, d'un mouvement spontané et unanime arrêta et exécuta , quoique
infructueusement, des démarches pressantes pour le rappel du cierge émigré. Élu évêque de Tours, et sollicité pour occuper d'autres sièges épiscopaux, son humilité Ta toujours décidé à re&ser un tninistèré aussi redoutable.
§ III. Sous Napoléon,
M. Lanjuinais, alors sénateur, fut averti parle chef du gouvernement que son frère , prêtre et docteur, pouvait être nommé évêque. La réponse du sénateur fut : « On peut accepter un tel fardeau; » on ne doit pas le demander. »
Arrive le concordat de 1802; M. Lanjuinais peut choisir entre le titre de grand -vicaire à Besançon ou h Rennes ; il refuse l'un et l'autre , et accepte, comme sa retraite, le canonicat dont il est encore titulaire. M. de Maillé , son évêque , indisposé d'abord contre lui , le recherche bientôt, veut en être accompagné à l'autel , lui donne des marques d'estime , et meurt à Paris , regrettant d'avoir écouté des préventions qu'il a reconnues mal fondées. M. Mounier, ex -constituant et alors préfet de Rennes , ne s'est point laissé circonvenir par les adversaires de M. Lanjuinais, toujours ennemis de la soumission aux lois % et de ceux qui l'ont pra-
> Ils se révoltent en 1 791 , contre la loi de là constitution ciyUe ; en 1803 , contre Taccord entre le pape et Tempereur, qui réconciliait sans rétractation ; depuis et actuellement contre Louis XViU , en combattant par leur conduite et par leurs écrits , les libertés de Péglise gaUicane , malgré les ordonnances du roi , en voulant faire obéir à de prétendns
tiquce. M. Lanjuinais avait signé le concordat de 1802, et Tabandon de la Constitution civile du clergé; M. de Maillé lui avait dpnné spontanément une lettre de communion ' ^ et une approbation même pour les cas réservés. M. Enoch succède à M. de Maillé ; les adversaires de M. Lanjuinais^ toujours suivant le même systètne, continuent d'intriguer contre lui. Ils vont même jusqu'à déclarer au nouvel évêque , qu'ils procéderont ex officio * contre M. Lanjuinais, et ils n'abandonnent cet audacieux projet que d'après cette réponse de M. Enoch : « Faites ce que vous juget^ez convenable, mais » n'oubliez pas que je serai le juge. » M. Enoch était si loin de partager leurs sentimens, que ce fiit
brefs qui n^ont point Fattache du gouvemément , et > entratniir tout le clergé dans leur défection.
'lettre DB COMMUNIOM.
u Jean-Baptiste-Marie de Maillé , par la miséricorde divine et l'autorité » du saint-siége apostolique , évéque de Rennes , certifions et attestons , » pcyur valoir où il a])partiendra , que M. Joseph-Elisabeth Lanjuinais , » ancien sous-diacre d'office de la paroisse de Saint-Sauveur de Rennes, » est réuni à nous , conformément à la loi du 1 8 germinal dernier.
» Donné à Rennes, le 16 fructidor an X, de Jésus-Christ 1803.
»» -|- J.-B. MAILLE , évéque de Rennes ; » Par M. l'évoque :
» J. Fourgon, jecrctoirc /)ar intérim. >»
* C'est-à-dire , devant une illégale et plus que ridicule officiaUté , tribunal prétendu rétabli à Rennes , et qui croit seul à son existence. M. Enoch , par trop de complaisance , en avait nommé les officiers ; mais on, voit ici par sa réponse , qu'il avait la sagesse d'en méconnaître la juridiction.
à M. Lanjuinais qu'il s'adressa premièrement pour lui proposer Féducation des ordioaus ; il Ta même assez estimé pour souhaiter qu'il eût partagé avec lui le poids de Fépiscopat , en qualité de coadjuteur. C'estlà ce qu'il ne lui a pas laissé ignorer.
§ iV. Sous Louis XVIIL
On voit arriver à Rennes un fort détachement 4e missionnaires ; ils se disent, ils se déclarent autorisés à disposer des emplois civils, militaires, ecclésiastiques de tous ceux qui ne leur seraient pas dociles. On tremble k Rennes devant ces redoutables apôtres ; la crainte abat k leurs genoux ceux qui adorent les puissans du jour. M. Lanjuinais est une des victimes qui leur piit été désignées . Avant d'exercer un ministère dont la charité doit être l'ame et la fin , ils osent par deux fois commander, pour ainsi dire , k l'évêque de Rennes , la destitution et le renvoi de M. Lanjuinais, inamovible comme chanoine ; c'est un préalable qui leur parait utile, ou même nécessaire au succès de leur mission. A leurs interpellations répétées, M. Enoch oppose deux fois cette réponse : « Je ne le dois pas, » car je n'ai rien k reprocher a M. Lanjuinais, et » je ne le peux , car il a un titre dont je ne pour- » rais disposer sans lui faire son procès , et ce ne » serait pas. sans injustice. » Quelques jours après, la mission commence , et de suite , la chaire et le confessionnal sont employés k déclamer contre les biens mal acquis y k dépeindre les prêtres toujours
soufois^ comme des loups dans la bergarië. Ces exemples scabdaleiix sont bientôt suivis et surpasses par des prédicateurs et des confesseurs diocél^ains ; c'est aiusi que le fanatisme, et religieux, et politique j montrant des devoirs et des fautes où il n'y en a point , attaquant à-la-fois les lois du pays et les règles de Téglise , trouble l'état , oiitrage la religion , la rend, s^il est possible , funeste.au peuple et ridicule aux sages du monde. Comment seraientils crus, annonçant l'autre vie, ceux qui, dans celle-ci , aflFectent la domination et tyrannisent les hommes?
La réputation de M. Lanjuiaais, accompagnée de la patience et du silence , triomphe encore cette fois de la méchanceté de ses adversaires, if continue l'exercice de son ministère avec la même édification. Le 3 novembre 1819, M. Lanjuinais est le premier auquel M . Enoch confie la nouvelle de la démission de son évêché. Après lui avoir témoigné la peine qu'il en éprouve, M. Lanjuinais exprime sa trop juste inquiétude , ses craintes trop légitimes, relatives aux persécutions possibles de la part d'un nouvel évêque. M. Enoch l'assure qu'il n'a rien ^ craindre de son successeur, et quelques jourfe après, il lui remet le certificat suivant :
« Nous , Etienne - Célestin Enoch , évêque de » Rennes, attestons que M. Lanjuinais (Joseph- » Elisabeth), prêtre, docteur en théologie et en » droit, chanoine-titulaire de l'église cathédrale » de Rennes, depuis le concordat de 1801, s'est
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D toujours comporté en bon ecdésiastique , qu'on » Ta toujours yu attaché à tous ses devoirs , aussi » édifiant par la régularité de sa conduite et la pu- » reté de sa foi que par son assiduité aux offices , » et son zèle à remplir toutes les fonctions de son » ministère.
» En foi Vie quoi nous lui délivrons avec plaisir » le présent certificat , pour lui servir en tant que » besoin.
» Donné à Rennes, sons notre seing et notre sceau , le 9 noY. 1819. »
É.-G. ENOCH, Épique de Rennes,
C'est là un témoignage fondé sur dix - sept ans d^observations journalières faites au milieu des diffamateurs continuels de M. Lanjuinais.
§ V. Sous Véoêque actuel , M. le baron de Mannay,
La nomination de M. le baron de Mannay, k révéché de Rennes , se répand , et en même tems difierens bruits courent sur son compte. On a dit qu'il avait été fait prisonnier dans les guerres de la Vendée ; qu'il a été depuis , comme évêque de Trêves , membre du conseil de conscience de Napoléon ; on a dit qu'il a été , k Savonne , l'un des prélats placés par le gouvernement auprès du pape , chargés de le surveiller et de bii faire adopter la déclat'atîon de 1682 ; et que loin de donner alors aux brefs du pape plus d'autorité qu'il ne faut, il avait , conjointement avec d'autres prélats fran-
çais , prononcé la nullité du bref d'excommunication contre Tempereur.
Cependant M. de Mannay arrive a Rennes ; c'est la veille du jour de la Pentecôte. Dans son discours d'installation, il distingue par de grands éloges le clergé au trefoià insoumis; il exalte encore l'insoumission par un mandement lu, huit jours après, dans la chaire de la cathédrale , sans oublier les louanges aux Vendéens,, aux missionnaires ^ aux congrégations , etc. Il y renouvelle les pouvoirs ordinaires et extraordinaires pour quelques mois k tous les prêtres. M. Lanjuinais en use ainsi que les autres pendant cinq mois. L'évêque s'entoure des prêtres les plus marquans parmi les ci-devant insoumis, et ne donne ni à M. Lanjuinais , ni aux autres prêtres toujours soumis aux lois, aucune marque d'estime ni d'intérêt. Il maintient des prêtres insoumis du diocèse qui ont notoirement la réputation d'anciens ex-chef$ de chouans, etc., etc. Les censures dont l'église les a frappés semblent disparaître devant une certaine conformité d'opinion. On tenait fréquemment à l'évêché, contre le clergé dit constitutionnel ^ éteint de lui-même depuis 1802, des conseils, et l'indiscrétion de ces conseils ne laissait rien à désirer à la curiosité du public. Les passions ne sont pas discrètes; aussi telles dames de Rennes prédisaient , dans les derniers jours d'octobre , avec certitude , la guerre que l'évoque allait faire à M. Lanjuinais et à ses frères les jureurs. On disait que le succès ne pou-
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vait pas être douteux , parce que de fait il n'y a dans ce moment nul recours aux autorités ' . ;
§ YI. Entretien de M. Vé^équedeMannay OQecM, Lanfmncâs,
du 5 décembre 1820.
Le 5 décembre dernier, un des vicaires-généraux de M. de Mannay prévient M. Lanjuinais que Tévêque veut lui parler. A Pévêché, M- Lanjuinais rencontre plusieurs de ses confrères , triomphant à l'approche d'une attaque si long-tems , si profondément réfléchie , et concertée encore le jour même de la fête de l'évêque ^ au milieu dt^ festin épiscopal; on n'a pas besoin de dire que M. Lanjuinais en avait été exclus. L'évêque le fait passer dans son cabinet , où il le laisse seul quelque tems , pour aller mettre au net une formule de rétractation y dont il ne tarde pas à lui proposer la signature. Il faut absolument qu'il signe , s'il çie veut pas cesser l'exercice du ministère, dont quatre évêques consécutifs l'avaient si long-tems jugé dig^e, en l'honorant d'une estime très-distinguée. Cette formule, dont on exigeait la signature de suite , de confiance et wec soumission ^ était com-
* L^appel simple au mëtropoUtain'ne prétexte point de ressource ; et Tappel comme d^abus au profit des particiiliers , est de fait comme supprimé en France. Le système d'inde'pendance de M. de La Mennais , se conciliant avec Findiâerentisme de M. B...t, est plus fort que )a loi. Voyez le livre de M. Tabaraud , intitule' : De V Appel comme d'Abus , et Dissertation sur les Interdits arbitraires ; in-S® , Paris , chezÉgron, i8ao. Lacerata est lex, etjudicium non pervenit adfinem, Habac. , cap. I.
DE J.-D. LANJUINÂIS. SgS
posée de trois articles: i** renonciation aux erreurs prétendues reniermées dans la loi de constitution civile du clergé ; 2° reconnaissance de la nullité des actes d'autorité spirituelle > faits par les prêtres assermentés ; 3** adhésion d'esprit et de cœur à un prétendu bref de Rome daté du i3 avril 1791, que le silence de t église joint à VaeceptationA du clergé insermenté y avait rendu loi ecclésiastique. Il est inutile d'ajouter que cette signature doit être accompagnée d'une contrition sincère. Tels sont les fruits de persécution que l'on se promettait d'olv tenir de M. Lanjuinais, et des autres prêtres toujours soumis aux lois de Tétat et aux véritables règles de l'église.
Voici quelques traits du dialogue entre monsieur l'évêque et M. Lanjuinais, avec certains dévelop^ pemens omis par respect , ou par la conviction qu^ils seraient mal écoutés. Les principales paroles de monsieur l'évêque sont ici rendues avec la fidélité la plus scrupuleuse.
M. DE M ANWAY rentré seul dans son cabinet avec M. Lanjuinais : « Vous êtes instruit , monsieur
« M. Lanjuinais. Si je le suis, j'ie^i dois goûter mieux l'avantagé de m'entretenir sur des matières ecclésiastiques avec un prélat qui s'est distingué par son instructic»!. D'abord , je déclare être parfaitement soumis à tous les symboles de l'église catholique sans aucune restriction.
« M. l'Évêque. Je ne veux et ne puis employer ,
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dans mon diocèse , que les ecclésiastiques qui partagent mes sentimens. Je n'ignore ni V abandon que TOUS ayez fait de la constitution civile du clergé, ni la lettre de commupion que vous avez reçue de M. de Maille , ni la signature que vous avez faite du concordat, mais je sais aussi que peu de tems après ' , vous vous êtes exprimé d'une manière à laisser croire que vous n'aviez pas changé de sentimens y ou que vous les aviez repris.
«M.Lanjuinais. m. de Maillé lui-même avait annoncé qu'il n'exigeait aucune rétractation , et qu'il punirait ceux qui donneraient , à ce qu'on exigeait en 1802 \ lé nom de rétractation. U y a eu, dans plusieurs diocèses , des mandemens qui ont prohibé les rétractations. Je n'ai donc point eu k délibérer si je devais changer de sentimens ; j'ai toujours cru , je suis obligé de croire , par respect même pour l'autorité ecclésiastique , que je n'ai fait que remplir mon devoir en me soumettant aux lois en 1791, par les plus purs motifs de nécessité morale et de charité. Vous savez cet axiome, fondé sur les Saintes - Ecritures , consacré par la tradition et par les canonistes, que dans ce qui n'est pas éi^idemment contraire à la foi y la loi ciifile doit au moins ^ en cas de ^nécessité y nous sentir de règle. Louis XVI avait déclaré déloyaux sujets les membres du clergé qui seraient réfractaires.
< Il y aurait environ dix-huit ans.
«M. l'Evêque- Mais le testament de Louis XVI ?
<( M. Lanjuinais. J'ai toujours reconnu dans Louis. XYI un bon et trop malheureux prince.
J'ai dû lui obéir comme au suprême organe de la loi. Il Payait sanctionnée ; et de plus , il Payait publiée y ayec une exhortation la plus impératiye k l'obéissance. Je ne yois rien de contraire dans son testament , qu'une énonciation hasardée , démentie dans l'Éyangile en termes positifs * , et séyèrement réprouvée en conséquence , par Gerson , Fleuri , Bossuet,' etc., etc., etc. Je conçois que le dernier confesseur de Louis XVI, M. Edgeworth, a dû être pour quelque chose dans la rédaction du testament; mais vous pardonnerez à un chrétien, a un citoyen de préférer ici au langage du roi , deyenu yictime et testateur , et k l'influence présumée du confesseur insoumis , les textes éyangéliques , et le commandement solennel de la loi et du roi.
« Si Monseigneur • mé faisait l'honneur de me dire : Mais nous lisons dans l'église, depuis i8i5, le testament de Louis XVI ; il n'est donc pas contraire k l'Eyangile , et la loi de 1 8 1 5 abroge celle de 1791, ma réponse serait fort simple : Plus d'une loi a ordonné de lire dans l'église ce qui est contraire k l'Eyangile. La contrariété dont il 's'agit, se juge en comparant les textes, et non par indue-
' Sicui misit me Pater, ego mitto vos , etc. , etc. Voyez Bossuet, Défense de la DécL , liy. XH, ch. i4; Hv* XUI, ch. 11-18. u Sans » doute , Téglise tient ses pouvoirs de Jésus-Christ , et non pas du pre* >» mier vicaire de Jesus-Christ. »
lion d'une loi. D'ailleurs , aucune autorité séculière ne peut faire règle doctrinale de Tcglise catholique. J'ajoute : Le testament fiit-il une loi, et la loi fut-elle une règle de l'église catholique , ni , l'un ni l'autre ne sauraient du moins avoir d'effet rétroactif.
« M . DE M ANNA Y . A la loi publiée par Louis XVI, vous ne deviez obéir que d'une obéissance j^o^^tW et non ctctwe.
a M. Lan JUIN AÏS. Cette distinction ne peut s'appliquer à l'objet de notre discussion qui ne regarde en rien la foi , dont le caractère est l'immutabilité. La loi de 1791 était passagère ; elle concernait la pure discipline extérieure , qui varie suivant les circonstances , et soujBre exception suivant que l'exigent la charité et le besoin des fidèles. On devait k cette loi l'obéissance passive , comme vous en convenez , on pouvait aussi lui accorder l'obéissance activé , qui n'est pas précisément une approbation.
«M. D^ Mannay. Le petit nombre des assistans aux qffices que vous célébrez , parle assez contre vous.
M. Lanjuinais. Ah! monseigneur, la cause de ce fait vous est bien connue ; vous savez que c'est l'intrigue aussi active que malveillante de plusieurs confrères. La ruse et la cruauté des oppresseurs ne doivent pas tourner contre leur victime. Qus^nt à la nécessité de se conformer à toute opinion ecclésiastique de l'évêque, pour qu'on puisse militer
SOUS lui, c'est une nouveauté bien contraire à l'Écriture', k la doctrine de saint Augustin , avouée, enseignée partout : unité par la foi, liberté dans les choses douteuses, charité en tout. Je vous en conjure , ne soyez pas réformateur des règles et de la conduite de l'église. Suivez plutôt l'esprit qui a guidé Alexandre V après le concile de Pise , dans un cas semblable , et Pie YII, dans TafiFaîre actuelle. L'un et l'autre*, loin de nourrir ou de* rallumer les dissensions dont ils furent les tristes témoins, se sont empressés de recourir aux flanmies de la charité qui ont dévoi'é jusqu'aux prétextes de la malveillance. La guerre serait-elle votre élément nécessaire? Vous nous forceriez de le croire , si vous entrepreniez de ressusciter une querelle finie par le commun accord des deux autorités , et par ta conduite de vos deux derniers prédécesseurs. Non , vous ne sèmerez pas la discorde , mère des troubles publics ; vous respecterez le concordat de 1802, vous ne troublerez point les cendres des morts , ni la tranquillité des vivansj vous ne persécuterez point. Autrement que dira-t-on? si ce n'est qu'au lieu d'être à Jésus-Ghrist seul , vous voulez qu'on soit à Apollon ou k Céphas ; que vous approuvez les excès du clergé qui fut insoumis; que vous voulez lui asservir les consciences , satisfaire la soif qu'il a de toutes les places , et des biens dits nationaux ^, enfin que
> JVeque ut dominantes in cleris, i Petr. 5,3.
^C^estune chose notoire & Rennes, qne tels prêtres qui dëclament
4oo OEUVRES
TOUS servez une haine injuste et toute de système politique envers des prêtres irréprochables.
M. DE MANNA.Y. L'église. constitutionnelle n'avait pas de pouvoirs ; d'où les aurait-elle reçus ?
M. Lanjuinais. Il me serait facile de rétorquer l'argument d'une manière victorieuse. Les pouvoirs des insoumis dont vous semblez reconnaître la validité, quelle source pouvaient -ils avoir? Veut-on lés tirer des évêques réfractaires ? Mais ces évêques n'en avaient plus , leur insoumission étant regardée et déclarée par la loi abdication de leurs sièges ; et leur bamiissement à perpétuité , entraînant leur mort cbfûe et la vacance de leurs titres , ces deux raisons dont une eût suffi pour éteindre leurs pouvoirs , rendaient nuls ceux qu'ils ont cru communiquer aux prêtres insoumis. Veuton dériver ces pouvoirs de l'autorité des vicaires apostoliques? Nous ne reconnaissons pas ces vicaires, et leur juridiction est nulle en France. Comment donc croire à la validité de ces pouvoirs, autrement que d'après la nécessité et la charité? Comment invoquer l'une ou l'autre de ces deux sources , k moins d'en reconnaître pour nous aussi l'efficacité? Je réponds directement à votre ob-
contre ce qaHls appellent les biens mal ac^is , çn achètent pour eux ; et que d^autres en acceptent par d'heureux testamens , et en recueillent par succession. Biais ils savent mettre leur couscience d^accord avec leurs doctrines , en se faisant dispenser par les supérieurs ecclésiastiques ; et ceux-ci deyiennent d^autant plus puissans , qu'ils se permettent contre la loi fondamentale et contre les autres lob , plus dMuTectiTes. Quel monstrueux système!
DE J.-B. LANJUINAIS. (oi
jeclion. Les prêtres soumis en reconnaissant la loi, prêtaient pas^ la ^étiié reyêtùs de pouvoirs stU^ vont la pratique du concordat de Léon X'^ .qui Tenait d'être abrogé; mais ils Tétaient, d'après la loi de la constitution ciyile du clergé , qu*on exécutait alors , et qui était fondée sur la discipline ancienne , ordinaire et apostolique. Elus évêques des sièges yacans, sacrés et institués par des éyêquès catholiques , les évêques constitutionnels étaient ainsi que ceux des douze, des quatorze premiers siècles de Pcglise , et d*après les canons universels et gallicans , dteacun dans son diocèse , revêtus de . toute Tautorité suffisante pour gouverner canoniquement et légalement. Cette source de pouvoirs valait tout au moins celle que Ton venait de quitter; mais n'eussent-ils eu pour eux que la nécessité comme saint Epiphane et d'autres saints en usaient dans des diocèses vacans , pouvez-vous en contester la valeur? N'eussent - ils eu que le pouvoir d'ordre , la nécessité ne suppléait-elle pas à l'institution canonique? La charité de l'église ^ jointe au titre coloré , ne couvre-t-elle pas tous les dé&uts de forme, connne on le reconnaît pour lés élections des papes simoniaques et intrus? Yoilk plus qu'il n'en faut pour satisfaire h votre questiod. J'ajoute : Alexandre Y, après la fin du schisti^ d'Occident ne mit point en doute la validité des actes des papes déposés. Ce schisine, comme celui de 179I9 n'en était pas un de droit, puisque tous étaient dispose^ k s'en rapporter au jugement (de
4os OBUVEES
Tëglise ; mais c'était un schi^ne de iak; car tous étiijieiic excommuniés par Tun ou par Fautre des papçs déposés. Cependant, le pape nommé par le concile 9 reconnut le clergé des deux obédiences; l'iu^e des commimions eut un héatifié; Tautre eut une sainte t:anotiisée. Yoilà ce qui s'applique parfait^toènt aux circonstances présentes , et ce qui décide quelle conduite on doit suivre aujourd'hui^ si Ton ne veut pas être (pardonnez-moi d'en être <:onvaincu) des persécuteurs manifestes.
M ••.!>£ MANiitiy, Lorsqu'une église particulière a soumis au pape uneiiqQ^stion doctrinale ^ lorsque cdùi-ci a pronc^ibÈé^ loiisque l'église rnûyerselle se tait, alors on^doit regarder, comme décistan: de l'églifiié , ce cpi'il a prononcé ; donc fl. faut obâr aubref de 1791*.
M. liÀNJtiNAis. Le tems nécessaire pour que le silepce de l'église sur une décision du pape, en ^s§i&^ui^e.rèjglev.8upposieràit au moitis que cette déx^imÀ:^ été comme de toute Féglke; c*esit là qs qu'on me peut dii*e , encore mœns prouver, réla^ tîy^iaçnt au bref de X79 1 . D'ailleurs , ii n*y a point de temps, fixe pour Ique le silence .de Téglise sâsÈiotiofijfit^ un.pôint de. doctrine. Voyez ces amas ,de réponses d^ pat)esV!edntradicCoîrès> entré elles, et trop souTent ayèc la raiàon., avec l'Évangile, et qui jbrmeiEit |>ourtànt les encoures ionfolia du btd- Ipiire romain* XKtès eombim Êiiidrak-il de millénaires d-àm[iées de sAence^, poiœ en^&ire des remets, de l'^gKse ? L'étermtë n'y suffirait, pas. Enfin,
DE J.-D, LANJUINAIS. ^qS
le bref de l 'jgi n*a aucune ^es conditions nécesr saires pour eu faire une règle yëritaj^le •
0^ nie d'abord qu'il ait pour auteur Pje VI. On le croit de la con^position d'un abbé Roy ou, qui le mit e^ vente à Paris. Il parut h Paris le lendemain de s^ d^te h Rome; il contrarie évidemment la doctrine des conciles généraux de Nicée , de ChalcédoinC; de Trente, etc. ; il calomnie rassemblée constituaijte , puisqu'il l'accuse d'avoir proscrit la religion ca,tholifue ; quoiqu'elle ait décrété que les ministres de ce cube seraient les seuls m.nistres de religion salariéa^i* l'état. Je ne parle pas de biein d'autres erreurs justement reprochées k ce bref; il statue non sur une matière de doctrine réservée au jugement de l'église , mais sur 4es points de cette discipline purement extérieure, qui a toujours varié. Il n'est point re^çu doctrinalement par le clergé de France , quoique le plus grand nombre de nos évêques en fassent un instrument de persécution illégale, -ax^ti-chrétieniie et anti- canonique. L'avez -vous reçu vous-même., jDaonseign^r, le bref Rojou? Vous a-t-^ été jamais adressé ofiicielletnent ? En avez-voùs signé une acceptation quelconque patente ou occulte? Gomment prétendez-vous m'imppser un fardeau que vous n'oseriez toucher du bout du doigt?
Ayez-vous fait publier ce bref à Rennciç^ ou seulement k Trèvest Vous ne l'avci promulgué nulle part. Comment reus^iez^-^ous lait, iQicsq'u'^^
4o4 tsirvREs
|ik)mt passe en Im , et lorsque nos Icis prohibent et punissent la publication et Texécution des bre& généraux , ceux du moins qui n'ont pas reçu l'attache tlu gouyememeiit ? Comment ne songez-vous pas qu'en me pressant de ^signer cette formule , vousmême vous vous déclarez parjure et rebelle envers l'état ' ? Pourquoi me tentez-vous? Je ne finirais pas si ]e voulais rapporter ce qui a été dit, et ce qu'on peut ajouter contre ce brrf. Il n'y a donc ici pour vous y que votre%pinion personnelle qui n'est pas règle de foi ; il n'y a que la nécessité prétendue de se 'conformer à vos idées , k votre système politique pour continuer dans votre diocèse les fonctions du ministère de Jésus-Christ , les eût-on remplies quarante et un ans sans reproche et même dans un poste des plus honorables , énoncer une pareiHe conduite , c'est la condamner assez.
Groyez-vous donc que l'hérésie de la donûnation cesserait d'être une hérésie , parce que le pape et des prélats français en seraient entachés? Le silence de l'église en cette hypothèse, ferait-elle de cette doctrine réprouvée une loi de l'église , dont l'infraction méritât des censures ? Non., monseigueur, un évêque catholique n'aura jamais pour
' L^brdomianee da rôi , do 33 décembre dernier, a, dëdartf qù'U y a abu» dans une telle oondnite , et n'a excnté M* Tihrégae de Poitiers , qn^en préminant ^'il'a délinqae par mëgarde. Après cet aTerti|Bement public y nne telle exeaae'ne pourrait plijsjMre admise.
DE J.-D. LAN JUIN Aïs. 4o5
maxime , sic voloy sic jubeo, sit pro ratione t^oluntas. Il se gardera d'ajouter k la doctrine de Téglise , et il ne retranchera rien à la charité.
M. Lanjuinais n^a rien obtenu de M. de Mannay , qu'une nouvelle lecture de la formule de rétractation , un refiis d*en donner copie y et pourtant quelques jours de réflexion. U a fallu prendre le parti ou de fuir, ou de vivre k Rennes , déshonoré , comme hérétique et schismatique> ou de se constituer rebelle aux lois , et perturbateur de l'ordre et de la paix. Avant de partir pour Paris où il réside quant k présent, M. Lanjuinais a écrit k son évêque la lettre suivante :
(( Monseigneur,
» U y a plus de ^29 ans que les raisons sur les- » quelles vous appuyez votre conduite k mon » égard ont été pulvérisées; c'est ce que j'ai vérifié » de nouveau , depuis que j'ai eu l'honneur de » vous voir ; d'où vous pouvez conclure que je » suis loin d'accéder k ce que vous exigez impé- » rieusement et avec menaces. Non possumus ali- » quid adifersus veritatem, sed pro veritate, dit » saint Paul aux Corinthiens. Vos pouvoirs sont k )> vous , ma conscience est k moi. J'ai l'honneur de » vous prévenir que ma santé et d'autres affaires » m'appellent k Paris, et que mon absence mo- D mentanée ne prendra rien sur les sentimens que » la religion me commande k votre égard , et avec » lesquels j'ai l'honneur d'être très-respectueuse-
4o6 OEUVRES
» ment, de votre grandeur, monseigneur, le très- » humble et très* obéissant serviteur,
Prêtre , Docteur en théologie et en droit , sQus-doyèn de 0ùtre chapitre,
]ftciine9, 7 norembre i8ao.
Dans un tems dWbitraire déclaré, dans le si^ lence forcé de la justice des hommes , on voit que le simple récit des faits > la seule force de la vérité combattent victorieusement encore pour Tinnocénce opprimée ^ C'est quelque chose pour ceux qui ont du pain ; mais que répondre à ceux qui en manquent, parce qu'un faux zèle et une fausse politique le leur arrachent?
Pleip de charité pour ses adversaires , et trèsdisposé k les obliger en toute occasion, M. Lanjuinais , dans le silence de la retraite , prie chaque jour pour qu'ils reviennent à dje meilleurs sentimens. Il regrette qu'on l'ait mis , par de longs excès d'injustice et de scandale , dans la nécessité de rappeler des faits trop connus et trop dignes d'oubli.
Il décrit de Paris, en décembre dernier, a M. de Mannay, une lettre de civilité , qui est demeurée sans réponse. Il attend dans la paix que son évéque revienne de son système d'arbitraire et de ses préventions injustes.
Lorsqu'on aiira laissé un libre cours aux tribu-»
' Jtepelluhtur ita veritfitis viribusj 'Qiujftctis causis iiùiocerites ôj^rifnunt.
DE J.-D. LAN JUIN Aïs. 4ot
natix d*appel comme d*abus , qui existent de droit, d'nprès Tesprit de la Charte çonstitutionneDe, maig qui manquent de fait/ et qui sont si nécessaires pour mettre fin à Tanarchie et à l'oppression dans réglise gallicane 9 il usera au besoin , quoiqu'k regret, de ce genre de pourvoi.