‹ Œuvres de J. D. LanjuinaisChapitre 38 sur 46 · JACQUES NECKER · texte numérisé non relu

JACQUES NECKER

MimSTaE DBS FIHÀHCB8 DU ROtÎIVMB DB PEANCE ,

N^ à GenèTe, le 3o septembre i73a; mort & sa maison à Coppet,

le 9 ayrii 1804*

Comme négociant et financier, comme homme d'état et comme écrivain, Necker a été couvert dé gloire et affligé sans cesse de revers et de contradic-* tipns. M. le baron de Staël, son petit-fils, vient de publier la vie et les œuvres complètes de ce grand ministre '; je me propose de rendre compte de cette belle collection, et d^en apprécier les monumens.

U convient, auparavant, de &ire connaître en

* Paris, iSaoct iSai , i5 vol. in-8s Trenttel ct;ViirtB, d?f imprimerie de Crapelefw

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peu de paroles, Tesprit^ lés Vues, le caractère, les succès de ce.personnage célèbre , qui, malgré âta qualité d^é^ô^nger, malgré sa religioû alws fiersécutée ejfi France , de simple commis chez un banquier , à éleva dans ce royaume par son commerce et ses richesses , par ses talens et ses vertus , d'abord k la direction du trésor royal, puis trois fois à Tadministration générale des finances, qui osa soumettre les actes et les résultats de cette admi-* nistration k la publicité , en même tems que , par d'utiles réformes et d'habiles opérations , il fournissait aux dépenses extraordl&aires de la guerre de l'Amérique , et comblait un ancien déficit effrayant; qui, renvoyé ensuite, et puis rappelé une première fois (en 1788), comme un sauveur, fit convoquer les états-généraux , suspendus depuis 1614» mais n'osa , ou ne put, dans ce moment de crise politique , rien oflFrir k leurs délibérations que des ressources financières ; qui enfin , congédié de nouveau, et rappelé encore avec gloire , au 1 5 juillet 1789, mais bientôt négligé , contrarié tout k4afoîspar un conseil royal occulte, et par l'asembléé devenue constituante y dut oublier tous ses triomphes, et prendre bientôt sa retraite définitive (septembre 1789).

Rendu k la vie privée , il semblerait qu'il se reprocha la convocation des états-généraux, quoiqu'elle n'aitpasété , a vrai dire , un acte spontané de sa part, ni au fond , ni même dans la forme. On l'a vu, depuis cette époque, long-tems occupé

sans relâche k nous rappeler en arrière, k nous prodiguer, dans ses utopies /des leçons âpres, des repr^hes sanglans et des ayis alors impraticables, agité sans doute par la crainte d'être considéré comme auteur de cette convocation, et par conséquent dés excès et des malheurs qui la suivirent. Il n'en fat, dans la réalité, qu'une cause instrumentale éloignée, vraiment involontaire.

Quelle que soit la disposition ou l'ardeur des partis qui nous divisent encore , on peut affirmer, sans redouter aucune critique fondée , que M. Necker fat, au milieu des scandales de son tems, un financier habile et heureux , un savant et un sage dans l'économie publique , un philosophe respectable, un écrivain distingué dans plusieurs genres, un administrateur , un homme d'état d'un beau caractère moral et religieux , d'une rare intégrité , d'une générosité sans exemple.

Si l'on demande quels principes de liberté politique il a mis en avant, distinguez les époques. Esprit éclairé, natif de Genève, sans doute il aura toujours chéri une certaine mesure de liberté dans le fond de son cœur; et, croyant avoir trouvé cette mesure qui pouvait , seule , k son avis , rendre heureux les Français , il se sera flatté de la procurer, sans convulsion , pour des tems plus ou moins éloignés. Il aura pris pour lui ce qu'il a dit dans ses écrits: « Il ne faut pas être envieux des succès » du tems ; entouré de décombres , on ne construit » pas l'édifice de la liberté. »

4io oeuvjiEft

La premièrepensée est peut-être moins judiéieuse que vague et commode pour différer tout et k tou-* jours. La seconde est trop insignifiante, faire des décombres et en déblayer le sol ; conséquemment être entouré de plus ou moins de décombres est de nécessité absolue^ ayant qu'on puisse élever sur un {dbn nouveau une construction solide à la place d'une construction existante.

Quoi qu'il en soit , il faut convenir qu'en 1788, M. Nécker fot, dans ses écrits, tout-h-fait silencieux sur le droit national , antique et certain , naturel et nécessaire de proposer ou de consentir les lois étrangères à la finance , et qu'en matière d'impôt, il a tenu long-temps au système du pouvoir absolu , en caressant néanmoins l'opinion çidJique. Il appelait crûment le droit d'imposer, le droit du roi^ et il ne voulait point qu'on souffMt la pré-^ tention de consentir même l'impôt, comme dans lès pays d'états*; il entendait que le roi concédât précairement et provisoirement à des élus du pouvoir la faculté de le répartir , celle de proposer les moyens de perception , et de régler en pirémîèrc ligne Certains détails d'administration locale. Il se montrait l'ennemi de tout privilège; mais on peut comprendre qu'avec les assemblées provinciales , soumises et révocables, il se fut passé volontiers d'états généraux et provinciaux , délibérant sur l'impôt et sur la loi , et de parlemens vérificateurs,

» Œuvres de M. JYecker, tome m , pag. 343-346.

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«t d*asseinblées du dei^ë y et même des mteudàns, qti'îl voulut supprimer non sans motifs.

Depuis son rappel , en août 1 788, il fiit maîtrise entièrement par les circonstances. Trouvant les' états-généraux demandés par l'opinion publiée , par Tinè portion de la cour, pîàr le clei^gé, même par les parlemens , solennellement ptxmiîs par le roi et fixés au i*' mai 1789 , désespérant d'obtenir, piir tme autre voie, la suppression des privilèges pécuniaires , qui était , en y joignant les nôWV^Ues administrations provinciales , sa pensée dominante, il fit confirmer, par décliw'ation rô3^1e enregistrée, l*époque des états-généraux; il fit prometti-e ietir périodicité , Tabolition des leitres-dè-cachet y la liberté de la presse; il fit décider la question du nombre proportionner dés députés, cdntrè l'avis des notables ; il fit accorder au tiers-état uii nombre de députés égala celui des députés des deux autres ordre réunis. Mais ce doubléinént du tiers n'étisdt pas sans éxeïriple tlans Ttiistôirë , et plus d- une fois cette proportion avait été dépassée. Elliô était vo-' téè dans le bureau des notables , j)ré^idé par Moùsieur, aujourd'hui Louis XVIII; le parleihent de Paris avait rétracté une déltbét^àtioii précédente pour approuver en ce point, ce ^ue la riusùn^ la liberté^ la justice^ le vœu général poWaient inr cliquer. Le roi, la majorité des ministres*, et la reine même , avaient donné leur plein assentimètil; a cette mesure naturelle. Il eut fallu sans doute, y ajouter de suite la division et la délibération des

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états en deux chambres ; mais toute Tinflueiice de M. Necker n^aurait pu alors obtenir cette grande itmovation , si nécessaire k ses vues et k son système, et alors incompatible avec tout plan d*une bonne constitution.

M. Necker fît k regret ce qu^il fallait pour amener un meilleur ordre de choses , prévu et tant désiré; et il ne fît que ce qu'autorisaient la raison , la justice, le vœu général , et un système de. liberté qui pouvait fort bien encore se réduire au visirat, k Tomnipotence réelle d'un premier ministre. Il n'approuva point telles qu'elles se firent, malgré ses conseils , la séance royale et les délibérations du 2'i juin 1789 ; mais il en avait conçu et proposé le dessein assez hardi; seulement il eût mieux ménagé les dépressions; il eût plus sagement arrangé les formes et les paroles. Exilé par suite de ces événemens , et bientôt rappelé , il présuma trop de sa popularité immense , et ne fîit plus guère que le directeur du trésor royal ; on lui dut néanmoins l'idée conciliatrice et ingénieuse du jveto suspensifs qu'il proposa comme un pis- aller, et qu'il fit adopter par l'assemblée.

Tel fiit le dernier succès de M. Necker avant sa retraite définitive. Blessé dans son amour-propre, affligé de nos malheurs, et toujours affectueusement occupé de la situation de la France , il écrivit avec énergie contre notre constitution de 1791^ alors qu'il la voyait attaquée .en même tems par les puissances de l'Europe , par les émigrés et le con-

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seil secret à Paris ^ par les insurges de la Bretagne, et par ceux de la Vendëe.

Il censura moins sévèrement là constitution de 1795. Dans ses livres curieux et encore utiles, où il lui est échappe des traits singuliers de hauteur, de colère , peut-être de vanité , il proposait pour la France le pur gouvernement anglais , qui n*a de constitution que Tarbitraire du roi et des chambres tempéré par le bill des droits , par les institutions enracinées de la liberté de la presse et d*un véritable jury en matière criminelle ; enfin par des habitudes qu'il ne faudrait pas en France adopter sans discernement , et par des mœurs qui ne seront jamais entièrement les nôtres.

M. Necker a fini par appeler Napoléon très-abusivement Vhomme nécessaire y et néanmoins on Ta vu défendre la liberté républicaine contre les premières tentatives du despotisme impérial. Il mourut âgé de soixante et dix-huit ans, après avoir distinctement prononcé ces paroles : « O Dieu ! mon » juge , mon sauveur ! reçois ton serviteur qui s'a- » vance vers la mort k grands pas! »

Les huit premiers volumes de Timportante collection des écrits de M. Necker, se composent ainsi qu'il suit : tome P', Notice sur M. Necker, par l'éditeur; et le livre sur la Législation et le Cornmerce des grains s tome II, le Compte des Finances rendu au roi en janvier 1781J le Mémoire qui pulvérisa les objections de M. de Galonné contre la fidélité du Compte rendu, et les Nouveaux

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Éclaircissemens sur le même sujet; topie UI, plu sieurs mémoires et actes réums, intitulés : >Pr^/7zii^r Ministère de M. Necker. On y trouve, p^g^ 333, le Mémoire de i'j'j8 sur ^Établissement (ies^issem-' hlées Proifinciales ^ publié, en 178 1, p£^ suite d'un abus de confiance ; le tome lY e^t enrichi d'un portrait de Fauteur fort ressemblant et d'un beau fini. Ce volume et le tome V contiennent le grand ouvrage de M. Neckejr, intitulé : de V Administror tion des Finances de ta France ^ publié , en 3 yoL in-â"", en 1784 9 et dont U. fut débité €[uatre7vingt mille exemplaires , succès inoui, comme Ta çAy serve M. de Staël, a une époque oià 1% clf^$se des lecteurs était beaucoup moins nombreuse qu'à pr^ sent.

On a, dans les tomes VI et VU, l'intéressante apologie du Second Ministère de M. Necker ^ du 36 août 1788 au II juillet Î789, et celle de son Troisième Ministère^ du i5 juillet 1789 au 8 septembre 1790. Enfin, le tome YIH contient l'important ouvrage du Powoir Ea^écutif dans les grands états^ : ,-

Après cet aperçu général des huit premiers volumes, nous allons parler de la Notice 1^ M. de Staël, et de ce livre sur. la Pouvoir Exéfi^upifj qui fut peu lu et peu apprécié , lorsqu'il parut au commencement de notre fatale année 1792 \ les autres ouvrages compris dans les sept pruniers tomes $ont assez^ connus du public, et ont perdu un. peu du grand intérêt qu'ils ont excité.

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Sou$ le nom modeste de Notice y M . de Staël nous a donné une biographie entière de 35 1 pages, riche de faits intéressans et quelquefois nouveaux , et de réflexions philosophiques d^ plus d'un genre : c'est un livre d'ailleurs recommandable par la clarté , rélégance et la pureté du style. L'auteur y peint vivement les hommes , les choses , l'état et les progrès de l'opinion , et les erreurs qui flurent dominantes. On sera particulièrement satisfait de ce qu'il a dit sur l'occasion, le sujet, l'exécution, le but, le caractère et les succès des principaux ouvrages et des différentes opérations administratives de son aïeul, et de ceux qui l'ont précédé ou suivi dans le ministère des finances.

« M. de Clugny, dit-il, ne resta que peu de

» mois en place, et ce temps lui suffit poiu* dé-

» truire le bien que M. Turgot avait commence.

» On doit au premier le fatal présent de la loterie

» royale , invention £aneste que réprouvent égale-

» ment les principes de la morale et ceux de

» l'économie publique, et que M. Necker eût

D infailliblement sup{H:imée , si la guerre d' Amé-

» rique lui eût alors permis de sacrifier quelque

» ressource du Trésor. M. Necker avait employé

» dans ses emprunts , comme on fait aujour*)-

» d'hui en France , la forme des loteries. L'auteur

» de ta notice ajoute avec raison : « Je n'ai pas

» besom de faire sentir la difi*érence totale qui

» existe mtre l'impôt immoral et ruineux de la

» loterie et des intérêts distribués, sous forme de

it^ ŒUV11E6

» prime , sdon le goût du peuple de Paris > à des » prêteurs dont le capital reste assure. »

Yoici comme il eiqpose les principes suiyis par M. Necker, dans sa première administration. Dès Tabord , il se mit k la poursuite de toutes les dépenses superflues, de tous les gains ilUcites ou inutiles y persuadé qu'aucun impôt n*est légitime , si Ton n'a épuisé toutes les ressources de l'économie. U sut imprimer ce juste sentiment à tout ce qui l'entourait : c'était à qui , parmi les employés de sa dépendance , lui découvrirait un abus à réformer , une dépense k réduire. Passionné pour l'ord^ et pour la justice y ces deux grandes idées pr&idaient k toutes ses déterminations \ elles firait sa perte. Doué d'un esprit qui distinguait les nuances, il suivait une idée sous mille formes diverses; la théorie ne lui &isait point manquer de respect pour les faits ; et jamais aussi les faits ne se présentaient k lui , sans qu'il les rattachât k des idées générales, ne repoussant aucun système, n'en adoptant aucun avec superstition , sachant apprécier la puissance de certaines méthodes, et comprendre qu'aucune méthode ne supplée k l'action vivante de l'esprit et du caractère. Probité elpurblicité furent ses seules maximes invariables. Ceux qui lui ont prêté l'intention de changer la forme du gouvernement , d'y introduire des institutions républicaines , ont montré une complète ignorance de ce qu'il était. Sans doute, il désirait une amélioration graduelle de l'organisation politique en

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France ; il voulait préparer les voies à la liberté*, par Tordre et la morale, dans radministration ; mais ses idées ne devaient .{tes, ne pouvaient pas s^étendre au-delk. »

Il avait fait ordonner qu'aucun propriétaire ne fut imposé au-delà de sa cotte précédente , si ce n'était d'après une vérification générale et publique de tous les fonds de la commune ; et cette vérification , il voulait qu'elle ne se 0t que de vingt en vingt an$. Ce seraient deux institutions excellentes : pourquoi nous manquent-elles encore^ k Paris surtout, après tant de lois pour détruire les abus ?

Dans les suppressions des places inutiles , M . Necker voyait le double avantage d'une économie certaine et d'une meilleure distribution du travail , qui promettait pour l'avenir des ^onomies nouvelles. Cette réflexion, ajoute M. de Staël, est encore essentiellement applicable à l'état présent de la France : on rendrait service k la chose pu^ blique et aux administrés, en supprimant dans presque tous les ministères un très-grand nombre de places, dût-on conserver le traitement aux titulaires pendant leur vie, à titre de retraite, et sans obligation de faire aucun travail utile. M. Necker consacra quatre années à la réforme desi.places inutiles de son département.

On connaît ses deux livres long-tems célèbres , l'un sur la religion , et l'autre contenant un Cours

de morale religieuse. Le mérite et la différence de

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-ces- deuit 'Ouvrages sont ain^ traces dans ta notibe : (c Tant que la philosophie diï dix-huitième siècle » eut k coihbattre Tintolérance et la superstition , » sans doute elle servit la cause de ITuiïhanilé; )»- ihais , en ébranlant la religion même , on aVait » relâché tous less liens sociauy; on voulut donner » un nouvel appui k la morale. »

L'Académie française avait proposé lin prix en faveur 4n meilleur catéchisme J^/îrfi^ sûr les seuls principes du droit natuheL Les préceptes de ce catéchisme , aux termes du programme , devaient être le résultai de V analyse y (k la méthode ^ de ïart de diç^iser ^ de définir ^ de déi^eloppep tes idées et de les circonscrire. M. Neckér, révolté de ces efforts mesquins pour disséquer Têtre vîvanitquo Dieu a créé k son image, éprouva lë besoin de réfuter une doctrine aride et superficielle ; il pubKsL son livre sur V Importance des Opinions religieuses.

« En lisant ce bel -ouvrage,' oh sent que l'auteur est un homme d'état qui s'adresse k des^ àcàdénùciens. Il montre dans la religion, bien plus encore la base nécessaire de la société, que Tunique doctrkie appropriée k tous nos Tnsliix, k toîii nos besoins; et Ton découvre que les épdnchéineiis de son coeur sont gênés par l'idée du public auquel il s'adresse , et des cfrîtiques de tout g|enre dont son livre ,^ait être Tôbjèt. Gepetidaiit on y remarque les hautes^ pensées de Pàuléur^ "et , ce qui fait le caractère distint tif de M. Pftefcké^, la

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grandenr des 'mies jointe à xme ^extrême dâicsAesse dans* les nuances des seniimetis \ inais , poui' apprécier amec justice la valetir tnorale dé. cet ouvrage^ il faut te reporter k une époque où croître en Dieu et oseï* le dire li -était pas une. médiocre preuve de courage d'esprit. Il faut se rappeler que M. NecLer attaqua Tinc^rédulité au faite^e s£^ puissance , lorsqu-élle semblait être le génie des hommes les plu6 distingués , et que des résultats sinistres n'avaicoit pas encore averti de ses dan^gors y bien supérieur en cela aux Ârrivains qui ne Font combattue qu^an temps où les esprits en étaient k-la-fois effrayés et ennuyés. »

Les personnes semibles et vertueuses, et du goût le plus délicat , liront toujours avec une profonde impression, dans la notice de M. de Staël, deur lettres de consc^àtion écrites païf madame rfecker k son mari, pour n*étre lues qu'après qu'elle aurait idessé de vi'vre , et les dernières pen^ sées de M, Necker , vetif depuis qudquas années , €t {deurant la perte de son épouse. €es morceaux figurent bien dans la Notice de ce grand ^rson-^ nage , et méritent d'être insérés dans nos recueils de pièces de sentiment les plus touchantes et les l^us gracieuses.

Il convient de parler maintenant dit livre da PiHWoir EûMcutif dans les grands États. Nous laissons au lecteur à juger si c'est , comme on l'a dit, une production transcendante. C'est au moins un ouvrage utile , sur un sujet assez neuf et le plus

4ao OfiUVilKS • •

important; ce livre est pense, et écrit d*une manière très - ëminente ; il consiste prinôpc^ement dans une vive critique de rassemblée constituante et de la constitution de 1791- L'auteur expliquées six cents pages, les torts des constituans, les torts de la constitution et de ses partisans innombnhïes'^t il n'écrit que cinq lignes, pag. 5 10, sur les défiances trop réelles , e^^ Içs éi^énemens extraordinaires qui justifiaient c^ défiances \ et ea partie les résultats de ces mêmes défiances; sur tout cela, yi^ dois , dit-il, -yV^^r un voile.... Assurément ce n'est pas ainsi qu'il devait se présenta, en se donnant pour arbitre , pour honune impartial , dans une cause qui était celle de tous les inté* rets et de toutes les passions,

Malgré ces défauts, l'ouvrage est estimaUe, et par des conseils qu'il nous a donnés à bonne intention, mais qu'il ne faudrait pas tous adopter, même aujourd'hui , et par les justes concessions que l'auteur s'est cru obligé de fiedre .

Chez un peuple qui vient d'accepter , par ses représentans , une constitution écrite , dont sans doute le plus grand vice est qu'elle soit , depuis 1814? iioii développée, inexécutée > contrariée; lorsque ce peuple n'a point, à beaucoup près, les institutions ni les mœurs britanniques , il ne £iut pas , imitant M. Necker , nous vaiAer l'omnipotence parlementaire anglaise, qui est assez condamnée par l'exemple des autres nations libres; qui , chez nos voisins , même avec la liberté con^

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tinue des journaux, n'est qu'une oligarchie trèshabilement régnante ^ avec une oj^sition factice, trop souvent illusoire et purement théâtrale ; tette organisation oligarchique autorise à i!iietti% sous le joug la foi et la conscience, à changer- même la religion et Tordre de successibilité à la couronne ; elle a produit et maintenu TesclaTage public dans rirlande, une eflTrayante dette nationsdé ;* des bourgs pourris où les- princes et les pairs du royaume nomment quatre cent quatre-ringt-^sept des six cent dnquante-huit députés des communes * ; elle maintient l'odieuse presse des hommes pour ta marine ; une féodalité dévoratrice ; la dlme, injuste et mauvais impôt; les évêchés de 120,000 fr- de 3oo,ooo ou de 5o6,ooo fr. ou d'un million; l'accaparement légal -j tyrannique , du territoire j enfin l'obscurité , l'incertitude extrên^, le chaos ruineux du droit civil et du droit criminel.

Déjà , par le honteux système des élections forcées et fausses^, on a vu, dans une. contrée de l'Europe, violer, suspendre, paralyser une constitution nouvelle, pour ériger à sa place l'arbitraire et le provisoire , qui ont enfanté de graves mécontentemens , des scandales* et des troubles , des conspirations , des supplices , la mutilation de la chambre des députés, des réglemens de comptes et des budgets presque sans discussion , enfin une

' yoy. dans U Constitutionnel du a8 janvier i8a3, colonne i'*, un extrait de gasette anglaise.

4a3 OEUVRES

guerre d'opimons^ la plus injuste , la plus imprudeate j pouaf BBeantir Hn gouyemement libre, et ressusciter le pouvoir abs(4u.

II. en «Si dçs gouvernemens temporels comme des gouyememebs spirituels; ils ont également besoin , pour atteindre leur ^ut-, de règles- écrites , stables et'suprémes, élevées au-dessus des fentaisies des goiiivernans , et même des législateurs- de passage ; voilk ce qu'a prouvé Texpérience des stèdes; tplest Tordre naturel et divin. Sans la loi mosaïque pacte social, y aurait - il encore des Israélites? Sans rÉvangilc écrit , y aurait-il des chrétiens? Sans 1^ constations des États-Unis en Amérique, constitutions écrites et religieusement observées par le congrès, ces états auraient-^ils obtenu cette paix intérieure, cette gloire et ^cette: prospérité qui fixe l'attention d^'uoivers? ''

Parmi les justes concessions éparses dans ce livre de Al. Necker, nous citerons les suivantes : « Le monarque ayant la nomination abscdue des juges , ferait l^ien d'approuver que son choix fôt cin^on- ^crz^ e|i quelque manière » (pag. i^i). « Les fages sont inaipàovibleç , ea. Angleterre , selon* la loi; maïs en ipême temps , et selon la loi , as peuvent être dççtitués par le roi ^ $ur la demandé dcnr chambres » (pag. i^y)' « Les juris^ eii Angleterre , ne sont ppfiU devenus, par le fait, des cpinmissiom choisies en haine de' tel ou tel accusé » ( pag. 1 26). c( Il peut se faire que les crimes^ d'état n'appartiennent pas uniquement à ceux qui les commettent ;

DE J.-P. LArBIJdlNAlS. 4aS

il se peut^ue l^^ $içQg des» yictimes abauoes soucie fer d€{ la loi, dciyiQïloe jua!rqpr9che. éternel a im système dç gpuy^mi^meqt ^ prinqlffie des fautes; set' origine de$ miJhwr3.» (p^g- 1^7 )• Voilà uœ des rai$Q])$ pour Idçqp^lles il faut abâcdument admettrai le; pouvoir» uon pafi d'augnf^enter^ mais* de mode* rer les pei^gs dào^ 1^ chafubre des ipairs.

L'auteur approuve les lois qui excluent de > la chambre des d^uté$ l^ olUciers de.k eôuranne , créés <lepui3 l^oS, et tou3 lesagens du fisc^à la: uorninaÛQu du ^puvemeio^Qt. Ces loi^ essenttdles mau<]ueut dâps jbeaucoup de gouv^Tiemens apper lés représentatifs (p. 2o4)-

Précieux remarque, tout-è-fait apjdîcablè sous Tempire de nçitr^ Code Criminel de i8iq : a II est aujourd-hui dans le royaume tant de. pouvoirs investis du droit d^^mprisonner , et Texerçant lég^ement^ qu'on e$l eSr.^y4 de la facilité avec laquelljs ils di$pp$ent de la liberté personnelle t» (p. 205). Jamais domç M- Necker n'aurait cru

l|pi)Le ni péc^s$aire uae loi de suspects ,^ ni pour

f oujjours , i^ jK>ur deux ans? ni pour une année? Il a|>peUe raisQuyuables ou de grande convenance ; i"" une circonscription dans le nombre des grades mili|;air^^ k la nomination dû monarque ,• teUe sap^- doute qu elle est dans botre loi sur le reqrut,iewent; 2"* des administrations locales électives, d4pen40'l[^t^^ ^ W^'^ q^ puissent régulièrement ^fi^aîrer }e prince i et même resserrer dans un cercle les choix remis à son autorité; 3" un terme moyen

entre la durée de deux ans et celle de sept ans pour nos législatures ( Tauteur eût donc approuvé , comme notre Qiarte , et comme le Lditre des Probabilités de M. Delaplace , le renouvellement quinquennal et partiel des députés ) ? 4° 1^ limitation du nombre des pairs du royaume , et desL conditions apposées à leur nomination (p. 3i5).

Il veut qu'on évite surtout, comme Va /ait sagement rassemblée constituante y V inégale distribution des droits de représentation. Cfe grand docteur monarchiste eût donc rejeté bien loin le double vote , et l'existence et la singulière forma-" tion de nos arrondissemens , et les abus définitifs de nos listes préfectorales , et l'influence très-déréglée des bureaux préparatoires et des hommes de l'autorité? ^

Ses quatre chapitres contre l'introduction , dans une vieille et grande monarchie , de la r^ubliqiie et du gouvernement fédératif , font honni^ùr à son jugement et à sa perspicacité.

Il dit (p. 571 et Sgi ) h ceux- qui voudraient le retour pur et simple de l'ancien régime : « Quel est donc votre égarement! Vingt années de la plus terrible tyrannie n'assureraient pas votre succès, eussiez-vous le soutien de toutes les forces de FEurope. Il y a loin d'une conquête aux moyens nécessaires pour dominer long-tems la puissance de la raison et les vœux réunis d'un grand peuple.

Quels exemples à méditer dans l'empire tombant du grand-^turc, et dans la Chine faisant triompher

DE J.-D. LANJUINAIS. 4a5

ses lois 9 ^es goûts et s^ mœurs, malgré la barbarie des Tar tares , trois fois ses conquérans! »

Enfin, maigre sa prédilection irréfléchie pour l'omnipotence parlementaire , M. Necker demande, p. 593, que le roi et les chambres n'aient pas la /hcuhé d enfreindre les lois di ordre j de liberté et de propriété. Il essaie {p. 56o et 56i ) de tracer, en douze articles , une constitution qui , de son aveu , doit être immuable^ et sans laquelle // ne conçoit pas de Kberté, Dans ces articles , il désigne quatre choses qui nous manquent encore en fait ou en droit : i*" la détermination annuelle des forces de l'armée ; 2° la reddition , l'apurement des comptes de recette et de dépense nationale devant des autorités nommées par les chambres ; S"" l'action civile et libre contre tout officier public ayant abusé de son pouvoû*; 4*" 1^ responsabilité spéciale des ministres et des premiers agens du gouvernement. A la fin. M. Necker ne dispute donc plus que sur le nombre des articles constitutionnels supérieurs aux lois secondaires ; et puis il combat pour qu'il y ait une forme spéciale de révision , qui ne soit , dit-il, m absurde m fabuleuse. Donc il convient implicitement; que , si la constitution existe dans une Charte jurée , les chambres sont radicalement sans pouvoir et sans qualité pour en modifier un seul article. Ou rentrer dans la constitution sauf k publier une sage loi de révision , ou faire une constitution nouvelle; il n'y a, dans rh3rpothèse don-

4a6 OEUVaES

uëe, queTun de ces deux moyens de sécurité pour le peuple et pour le trônç. , ^

Les sept derniers volumes des OEui/rés de M\ Necker contiennent ( tpmes IX et X), avec les réflexions sur Tégalité , Touvrage: intitulé : />e la Réçolution française , imprimé -pour la première fois^klafiil de 1796; \xs3m. l^yhs Réflexions sur le Procès de Louis XVI y elles Dernières Vues de Politique et de Finances y adressées aux Français ; (tom. XII, XIII et XIV) le traité de V Importance des Opinions religieuses y et\e Cours de Morale religieuse ,• et (tom. XY et dernier) sous le titre de Mélanges : Éloge -de Colbert; Réponse au Mémoire de Vabhé MoreUet sur la Cotnpognie des Indes y Pensées et -Esquisses de M. Necker y publiées par madame de Staël \ les Suites dune seule Faute y conte ; une Table Çhronoiogiqae des écrits de M. Necker et des actes de son adminis^ tration , a^^ec V indication du volume oii ûs se. trouvent.

Nous avons déjà parlé du ZiV/10 des Opinions religieuses. Le. Cours de Morede religieuse est préciséiqent un recueil . dé sermons de morale générale 9 dans le genre des sermons ordiziainôs des ministres delà religion :réformëe. U Éloge de ColbeHfàt unie pièce académique et couronnée , fi>rt comme, fhn&h Jléponse au Mémoire de M. ^o^ rellety M /Necker défendit , autant xju'eUe pouvait Tètre , là ooippagniefrançaise des Indes , qm'il lavait

r^gie avec talent, mais dont la suppression , prononcée en 1770, excita peu de regrets.

Sans doute/ sur lé procès de Louis XYI, le monde n'a point promis de se taire, et même.ceux qui ont sôlenneOem^it et itératiyement juré You^ bUy on les voit sànss cessé commenter, délay«r, distiller cette fatale procédure ,i calomnier , oppri- DMir, sous ce prétexte ^ souvent les hommes: iiçs ^1^ irréprocbables. Nous ne dirons rien de ce procès- / . • . :':.

Quant aui: Pensées et auf Esquisses de Pen^ sées y elles présentent rarement un vif intérêt; il suffit de les avoir indiquées.

Les tomes IX , X et XI' vont nous fioumirle^ujet de quelque remarques. Nous croyons avoir prouvé qu'un gouvernement constitutionnel n'entrait point dans les viles personnelles de M^NecLer^ Il le ^^ dane nettement (tome IX, page â8), auNSujet de rintentîon que le' roi avait montrée ,de lé choisir pour ministre des finances *9^* avril 17871 au lieu de M. defirïenné. « Si le roi, dit-il, avait persiste, » c'est-hndire ii'fl eut nommé M. Necker, msir de y^'ce que nous auonstiu ne serait arrwé^ >» '

Il assure,' avec grande raison {^ibidem) , que le public, en voyant sous M» de Briénne le covps^lé* gidatif , nommé cour plénière"^ partagé ^nére^ies courtisans y iljr eut un cri général de réprobationi dun bout da royaume A Vaxitre. Ensuite il rappeOe que,'ministr8 pour la seconde fois, quatre inois après là fixation du jour de Fouverture des étals^

4ti8 OBUVRES

généraux , il lui fut impossible de songer à en empêcher la réunion. Il continue, dans ce volume et le suivant , Thistoire des événemens de cette époque, principalement dans les rapports qu'il a eus avec elle. C'est partout une censure partiale, souvent une satire amère ; il ne tarit pas sur les torts de la révolution , il ne lui fait pas grâce du plus léger reproche ; et il ne parle qu'une seule fois des violences, des complots et du système de pe^misme d'où naquirent d'affreuses représailles.

Instruit mieux que personne desfait^ publics importans arrivés sous son second ministère , il a du moins le mérite de s'êtrel>ien donné de garde d'accuser, par exemple, la réunion formée k Versailles, par les députés bretons, dauphinois et fîrancomtois ; cette réunion tant calomniée par les écrivains contre-révolutionnaires , où néanmoins il n'y a jamais eu que des députés , et où les Môunier, les Maury même aimaient k se trouver, où ilsétaient bien reçus, où jamais on ne put remarquer d'autre licence d'opinion , s'il faut ainsi parler aujourd'hui , que la manifestation constante d'une volonté ferme et paisible d'obtenir une constitution monarchique , représentative et vraiment observée , objet alors , et encore k présent, des vœux de la nation. U était fort simple que les Bretons , faisant, comme les citoyens dû Languedoc et de l'Artois , le pénible et gàiéreux sacrifice de leurs états provinciaux votant sur l'impôt et sur la loi, missent une importance extrême, ainsi qu'ils la mettront toujours , k ne pas

voir leurs franchises privilégiées, mais réelles^ transformées en tm droit commun de tous les Français qui ne serait qu'un simulacre dérisoire.

Cette réunion finit lorsque les états - généraux vinrent siéger dans la capitale. Alors se forma le fameux club des jacobins, où le désordre fut grand, parce que dçs non-députés , des hommes du privilège s*y firent admettre , y devinrent dominateurs, y jouèrent le rôle convenu qui leur a souvent réussi, poussant toujours à l'exagération , à la licence ,^ à la révolte, pour déshonorer et détruire l'édifice des libertés légitimes. Ils eurent leur Zurriago, leur journal incendiaire qui porta le peuple aux derniers excès.

Retiré définitivement en septembre 1790, M. Nec-^ ker eut le bonheur de ne ^as voir les tristes journées du 20 juin, du 10 août 17929 des 3i mai, i*' et 2 juin 1793, ni les 18 mois de la convention mutilée de cent- membres et plus , ni les terribles scènes des 19 mai et 4 octobre 1795. Nul écrivain n'a encore expliqué assez clairement, assez complètement, assez impartialement, les vraies impulsions du dedans et du dehors qui ont préparé, accompagné , suivi ces journées importantes , ni la grande part qu'ont toujours prise k nos troubles politiques les hommes du privilège, cette minorité irréconciliable ennemie des libertés légitimes, et qui a toujours perfideoient exploité les passions populaires et marché au despotisme par l'anarchie.

M. Necker, trompée sans doute par dé faux rap-

43o œUVEES

ports 9 affirme, par. exemple (tome X, page 60), qu'au 19 mai ( i*' prairial) , jour de T^ssassinat de Féraud, jour de péril et de gloire pour fik)is6yd' Anglas , la plupart des députes , assaillis dans la séance par les conjurés , se retirèrent jie leur salle et abandonnèrent leur président ; qu'il resta presque seul, entouré dWe populace effrénée; qu'une troupe de gardes ôatibnaux , conduits par deux députés qu'il nomme, délivrèrent la conTentipn. Il est très-certain que tous ou presque tous les dé^ pûtes restèrent è^leur poste; il est très-* vrai que trente ou qusHrante , qu'on voulait proscrire db nouveau, et dont je faisais partie, fareat empoignés sur leurs bancs , parmi leurs collègues , de4k , ras^ semblés de force en un groupe au pied de la tribune ; qu'ils y furent long-tems gardés prisonniers, et que la convention fut délivrée y non par deux seulement, mais par htiit ou dix meemhres des di&férens comités , marchant an pas de charge , le généreux Kervélégan à Içur tite , armés tous de sabres et de pistolets , précédés de tambours battant la charge , et suivis en effet d'une U^upe tutélaire de gardes nationaux. Le reste du récit de M. Necker sur Jie I" prairial contient encore d'autres erreurs. Mais où l'auteur brille et triomphe, c'est lorsqu'il recommande, avant toutes choses, au gouvernement et aux joations, un profond respect pour la justice et la inôrsJe. C'est sur quoi il revient , insiste à toute occasion ; il semble inépuisable sur ce bieau sujet; et lorsqu'il en parle, sa logique est

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constamment vive et convaincante . Ob ! comme il aurait tonné contre l*entr^ri^ qui vient sous nos yeux de muttter la législature, en exduantTorateur Manuel , pur et glorieux défenseur et martyr de la Charte royale et des garanties publiques , irréfutable adversaire de la guerre d^SSpagne I

C'est avec une grande }Ufil6Ése que M. Méckér expose et développe les pfBîl^es fondamentaux de l'organisation sociale , et principalement ttux d'un gouvernement républicain constitutionnel , pour un état indivisib^ , et ceux d*un gouvenwment fëdératif , enfin , ceux d'une monarchie tempérée par une représentation national^e.

S'il adresse au fantôme 4e constitution de i 796 rédigé par la convention mutilée, dès reproches bien mérités , il rend liautement justice k* deux dis^ positions de ce code étrange , k celle qui consacrait le droit de pétition^ et qui devait forcer k doitoer de l'attention et deségstrds aux réclama tionâ contre les actes inconstitutionnels. M. N^ker demande, sans détour, pour toutes les plaintes de ce genre, un retentissement salutcÙKe^ et cefte magistrature indépendante j qui n'est rien, si lés élections tie sont pas vraiment libres et constitutionnelles, si elles sont légalement et administra tivëtMnt feusséés .

Il ajoute : On avait écrit une belle pctrôle dans ce Code fallacieux de 1793 : c< il y a oppression » contre le corps social , lorsqu'un seul de ses mem- » bres est opprimé ; il y a oppression contre chaque » membre, lorsque le corps social est opprimé. » Il

aurait voulu trouver cette maxime conservée dans Tune des constitutions postérieures y et surtout rendue efficace par un recours , un patronage certain et bien établi. Cette institution lui paraissait d*un mérite essentiel et particulier pour la ^France, où , dit-il avec une grande justesse , on a plus qu'ailleurs le courage édaiant qui fait braver la mort et les périls ; mais où. Ton ne possède pas de même ce courage de Tesprit y qui se compose des lumières et du caractère , et qui inspire un généreux dévoùment; une ferme constance , un saint et persévérant concert aux amis de la justice. Il regrette qu'on répugne trop parmi nous k se plaindre avec sagesse et avec fierté , il devait ajouter avec constance , des atteintes publiques portées aux droits de la nation. U tie voit pas quelles garanties Tautorité executive peut jamais oiBrir aux particuliers contre ces sortes d'atteintes. Le princ0 , quel que soit son nom , ne saurait décider les aiBaires çont^ntieuses ; il n'est point juge; il n'aurait pas le tems d'en exercer les fonctions. Ainsi, M. Nècker affirme, ce que nous savons trop par expérience , qu'il y a oppression, lorsque les ministres et les conseil- Jers-d'état révocables , sont juges des plaintes contre l'exécution des ordres réels ou présumés des ministres.

Ecrivant sous le gouvernemeiit indivisible, il ne balance pas moins , avec franchise , les avantages et les inconvéniens du gouvernement fédcratif , mais il n'omet pas qu'il existe en France un esprit

naturel-de contradiction avec c6 même gouvernement. Les Américains, dans leurs petits ëtats, et comme isolés sur un terrain immense , ont moins besoin de forces concentrées que les nations de l'Europe.* D'ailleurs, les Américains se, contentent d'être heureux : il faut plus aux Français , qui veulent toujours du mouvement^ du plaisir, du bruit, de la gloure. Constitués en états fédérés, fls pourraient conserver une haute importance ; mais ils regretteraient le tems où ils formaient d'une manière plus directe les parties d'un grand tout. Les Américains étaient divisés en plusieurs états; ils ont monté en considération quand 41s se sont fédérés ; les Français se croiraient abaissés dans l'opinion , s'ils n'étaient plus unis que par un lien fédéral... La convenance particulière de la grande et superbe capitale, que les étrangers enrichissent, qui offre, sous quelques points de vue, tant d'avantages , et ou l'on vient , de tous les points du royaume, pour observer la chambre des députés, pour apercevoir la cour, pour chercher la paix , la fortune , les délices , les sciences , le goût et les talens , serait un grand et permanent obstacle k une république tédérative , tant que par la ruine de l'industrie , par la guerre étrangère , par la guerre civile , on ne nous aurait pas réduits au fer et au pain. L'auteur omet des rapprochemens non moins décisifs. En Amérique, il n'y a guère qu'un homme par chaque lieue ; en France , on en compte plus de mille. En Amérique, la plupart des hommes ont

peu de besoins factices } a Pari^ et dans nos grandes villes , et presque partout en France , les arts de luxe et ceux d'agrément, les professions de toute espèce d'industrie casanière et raffinée , occupent et nourrissent dans le loisif, sinon dapâ la paresse et le ^ésordre, une grande partie de population surabondante et agglomérée. Lui commander toutà-coup de languir et de s'éteindre , ce serait injus* tice et cruauté , et un sujet de troubles qui renaîtraient pendant long-tems.

Cherchant donc un modèle de monarchie tem* pérée nécessaire aux Français , M. Necker revient encore à son ei^emple chéri, à cet amas controversé d'usage» et d'abus , et de bills contradictoires , en quoi consiste la constitution anglaise, meilleure sans doute , comme habilement dévdoppée , et comme très-favorable de fait au commerce et à l'industrie, que ne peut l'être une constitution quelconque , écrite et non observée. C'est ce modèle angbis qu'il vante sans restriction y comme fît autrefois Montesquieu , et qu'il appelle de tous ses voeux. Cet engoûment , excusable peut-être alors , ne peut guère maintenant séduire personne.

Avec notre auteur , on est tenté d'admirer la sage parcimonie ^ la science profonde y qui ont fait rejeter, en Ai^leterre, la distinction des nobles et des non nobles. Le législateur n'a eu garde de renforcer, d'aggraver, par un privilège même nominal, l'avantage déjà si grand de la supériorité des richesses ou de la notabilité des aïeux plus ou'

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moins certaine ^ plus ou moins hoiibrablci. Il tCa donc pas Tonlu diviser la nation eu deux classes , et offenser, grever Tutié, en accordant k Tautre dé^ prérogatives tout au moin^ inutiles k Tétat. Là pairie ^ che2 les Anglais , est la seule dbtinction lëgale de naissance ; elle n'appartient qu'au seul individu qui 1» recueille comme un pur âfccessoire de la plus haute magistrature. On a dit qu'en multipliant les titres de noblesse héréditaire , non à volonté comme en France , mais en faveur des vreiis services publics et du vrai mérite , on ne fait qu'écoÉiômisei* les revenus de l'état. Au contraire, dit M. Necker, c'est épuiser les secours de l'imagination , et consommer les capitaux de l'ét&t , c'est contrarier l'opinion publique , cette opinion que rien n'égale en bons services journaliers, qui est plus forte que les lois, plus active et plus sâre que les gendarmes.

Les Réflexions Philosophiques de M. Necker contre les privilèges étaient d'une grande impor^^ tance en 1793; elles sont malheureusement encore très-dignes d'attention. Il est bien prouvé que l'égalité absolue , et sans aucune gradation d'égards , en raison de Tàgè, du sexe, des talens, de l'exercice des fonctions et de l'autorité , soit domestique, soif publique, est destructive de tout ordre social; qu'elle contrarie la liberté même ; qu'elle est , en outre , incompatible avec la morale et le boi^enr. Après avoir démontré ces propositions, l'auteur conclut en ces termes : « Les inégaii^ miseis en harmonie, » voilà le mol de l'univers. » Le (^veloppement de

cdtte idée eût formé la consigne des législateurs de la France , s'ils avaient voulu prendre Tordre du génie des choses ou du génie des siècles.

c( Etrange bizarrerie de Thomme ! Il fait la route de la vie , au milieu de tous les genres d'inégalités: di^rités de beauté , d'esprit et de talent y disparités de lumières, de mémoire et de prévoyance; disparités de fortune et d'éducation; disparités de force et de santé ^ il se soumet , il se résigne au moins à ces dijBerences réelles ^ et il ne veut pas supporter la supériorité la plus idéale^ celle des rang^ et des conditions ; il ne le veut pas ; et pour la détruire, il compromet la liberté, ij ébranle tous les fondemens de l'ordre social; il se joue des leçons de l'expérience , et c'est pour une chimère qu'il est prêt à troubler le repos du monde. »

y oilk à&s^ passages brillans et une réflexion trèsjuste en un sens, mais équivoque, dont on peut aisément abuser ; il n'y a rien de moins idéal que la supériorité de^ moyens , augmentée , aggravée par la loi ou par l'allure du gouvernement.

Mais la vraie question qui divise encore les hommes , l'auteui: ne la pose pas avec clarté. Aussi nel'a-t-il pas résolue. Elle est complexe : il y a des inégalités réelles ,. A y en a d* idéales ou de simple opinion , d'opinion arbitraire et fondée même sur dçs fîiits vrais ou faux , prouvés , ou simplement allégués ou présumés: Les inégalités réelles çont, ou naturelles , comme les qualités du corps ou de l'esprit; ou naturelles et cii^iles ^ comme la propriété ;

OU cwileSj comme les professions privées et les emplois sans commandement ; ou tout à-la-ibis réelles ^ naturelles^ cwiles et politiques : telles sont les fonctions électorales et législatives , soit héréditaires ^ soit temporaires, les fonctions suprêmes executives, les fonctions judiciaires, administratives, militaires ou religieuses; et toutes ces inégalités réelles for-* ment sans doute des rangs, des conditions, ou reconnus et protégés , ou créés par la loi j toujours réglés par elle. ,

Quand on respecte véritablement ces justes inégalités, et leurs conséquences légitimes, dans' les limites de la Charte , de la loi , des usages et des mœurs publiqu^ conformes k Tesprit de ces lois ; alors , s'il arrive que , par esprit de justice , par système, par sent iùient, par habitude, on fasse peu de cas de toutes les autres inégalités , qui sont en elles-mêmes idéales àdoos leur principe, de Taveu même de M. Necker, leur zélé patron;' si même on les voit de mauvais œil , si l'on se résigne avec chagrin , mais avec calme , k des lois , k des coutumes prolectrices , exagéràtrices de ces stqpériorités arbitraires de leur nature , et d'autant plus nuisibles , qu'elles seraient renforcées encore pat des admmistrateurs injustes, y aurait-il là une étrange bizarrerie? Non , car c'est une manière de penser fort commune ou plutôt générale chez les savans , et même chez les ignorans*, parmi toutes les nations civilisées ; disons mieux , c'est le cri du bon sens ; quoi *que l'on fasse , il triomphera plus

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tôt OU plus tard : pourquoi donc, sur ce point, irriter les hommes par des luttes et des affectations veicatoires?

Dans les Dernières Vues de Politique et de Fir nonces y offertes à la nation française , ep i8o3, M. IMeçker fait la cri^que de la constitution consqlaire de novembre 1799; il se livre de nouveau à Texamen comparatif du gouvernement républi* cain un et indivisible \ du gouvernement républicain fédératif , et du gouvernement monarchique tempéré par deux chambres législatives. C'est tou- )0urs ce dernier qu'il préfère avec raison pour les Français. M^is il veut bien reconnaître qu'il était impossible de l'établir k l'épocp^e de 1 8o3 , et çonséquemment en 1799.

llne chose curieuse et piquante est de voir comment. U s'explique sur l'article 76 de la constitution consulaire , portant que k les agéns. du gouveme- )îi m^t ne peuvent être poursuivis pour des faits » relatifs à leurs fonctions , qu'en vertu d'une dé- )) cisioA du qonseil-d'état; » c'est 1^ cet article o4i(^u:}ç et inique d'une constitution ayec conseil* d'état, que l'on nous force à observer depuis 1814» comme f^is wt partie interprétativement supplétive 4'une consititution qui ne connaît point de conseil- 4'ét4t , et qui abrogea nécessairement la consititu'r (ion consulaire.

Notre auteur (tome XI, pôg. 73 ^t suivantes) proclame que cet artide jS est une disposition «Jb- «oli^m^t $àM9àii?e ai» idées de rèspe«isabUité, et

DE J.-D. LAMJUlNAiS. 439

qu'elle met au-dessus des lois des ageitô du gouvernement En deriiier résultat^ n'est-elle pas

pour ces agens un affrandii^sement déhonté , de toute espèce de poursuite de la part des tribu^ naux ? Il faut que le ministre qui a commandé l'abus consente à le corriger lui-même , ou bien le mal reste irréparable et se perpétue. Ainsi, que les ministres et leurs agens préyariquent avec impudeïice et avec scandale contre les lois, c'est le premier ordonnateur, c'est l'auteur du mal qui décide si l'on peut se plaindre!...». « Jamais un gouvernement modéré n'a pu subsister k de telles conditions/ En Angleterre , de pareilles lois seraient considérées comme une dissolution absolue de toute liberté. Jamais , sous l'ancienne monarchie française , un parlement , ni même une justice inférieure , n'aurait demandé le consentement du prince * pour sévir contre une prévarication d'un agent public , contre un abus de pouvoir manifeste. é... La cour des aides n'avait pas besoin d'une permission spé* ciale , pour acquitter ce devoir dans toute ^on éten*-

due Une lettre d'un ministre , d'un préfet , d'un

chef de police , suffit pour créer des agens ; si , dans l'exercice de leurs fonctions , tous ces agens sont placés hors de l'atteinte de la justice, à moins de per-

' Notez pourtatit que les «ifficiers du ministère public , amovibles depais 1814 > ^ient inamoTibles dans Tancien régime , et que ces ardeiu accusateurs sont rérocables par le ministre même , cpii les dirige , qui commande leurs actes , et qui , pour en assurer Timpunitë , n^a besoin qu« de fermer les oreilles aux cris lointains des vfôtimes.'

44o OEUVRES

mission q>ëciale du gouvernement, celui-ci a dans sa main des hommes qu^un tel aiBranclûssement rendra fort audacieux, et qui seront encore kTabri de la honte. Quels instramens pour la tyrannie ! »

On lit, page 17 , une autre maxime, ;uné règle très-remarquable posée par M. Necker, et bien en contraste avec ce qu'on a mis en fait illégal, et puis en lois,, depuis 181 4^ << Un trait ementconvenable doit être attribué au corps législatif, et je le fixerais à douze mille francs pour les deux conseils (les deux chambres) indistinctement. » On sait que cette privation de traitement érigée en loi , contre la loi y par les hommes à supériorité idéale, par les introuvables de 181 5, et à leur profit, élude le vœu certain de la Charte; elle prive la France de plus des trois quarts de ces éligibles ,' et constitue , pour un petit nombre , un privilège ré- ' voltant. Les serviteurs les plus (chèrement indemnisés furent toujours ceux dont la rétribution n*est pas connue. Voyez ce qui se passe en Angleterre, où d'ailleurs , par suite de ce défaut même d'indemnité, il suffit de quarante membres pour représenter, en toute chose, les six cent cinquante-huit. On demandait à certains hommes de la majorité comptée dans les chambFes y et de la grande minorité comptée hors des chambres, on leur demandait pourquoi ils ne veulent pas qu'on indemnise les représentans , dans un pays où la liste civile peut être de quarante millions pour une seule famille , dans un pays où fourmillent des représentans , pen-

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sionnaires révocables des ministres ; ils n'ont pas' voulu dire : « C'est pour que nous soyons , k cause de nos fortunes et de nos doubles votes , assurés d'être élus ; » mais ils ont déclaré être contraires k ce genre d'indemnité , parce qu'il consoliderait les chambres , et rendrait impossible le rétablissement des trois ordres. Il n'y a point de réponse honnête k ce genref d'argumentation , qui n'est que la théorie du parjure et du machiavélisme.

Les Français qui savent que notre chambre des comptes , par la loi napoléonique de son établissement y est soumise k la correction du prince et de son conseil-d'état: qu'ainsi elle ne saurait atteindre vraiment au but ae son institution, verront avec plaisir les avis suivans que donne M. Necker sur ce sujet (pages 170 et suivantes) : « La révision ( des comptes ) doit être confiée k des fonctionnaires indépendans du gouvernement , puisqu'ils sont appelés k contrôler les actes mêmes de son autorité. On devrait donc prononcer constitutionnellement qu'ils seront nommés par le corps législatif, et sur la proposition que se feraient alternativement les deux conseils de trois candidats pour chaque place, etc. >>

On pourrait multiplier les citations de c«tte nature. Elles font honneur au jugement de M. Necker, et démontrent qu'au milieu des orages révolutionnaires, il refit un peu son éducation de publiciste, qu'il finit par se montrer assez libéral , c'est-k-dire assez juste, ou , si l'on veut, très-mal pensant ; car

44i OEUVRES

je ne saurais perdre de vue le beau langage du tems

où j'écris.

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