L. HOCHE
ReniiM, le 3d germiiiâl an Hl. A UN AMI,
« Si vous aviez pu parvenir à votre destination^ c'est-à-dire k Paris , vous auriez reçu , mon cher général , la lettre que je vous écrivis il y a quelques jours. Je vous donne les nouvelles du moment , puis je répondrai k votre lettre .
» Demain les chouans signent la paix, puisse*telle être sincère et durable! j'en doute. Les Aurais se sont présentés le 2 2 pour faire une descente aux. eovirons de Portbrieuc. La présence des troupes et quelques coups de canon les en ont
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empêché; Us sont partis le 27 au matin; je crois qu'ils reviendront : je désire que mon successeur Dubayet soit arrivé assez tôt pour les recevoir.
» L'arrivée à Rouen des trois bataillons que j'y ai envoyés vous a mis certainement à votre aise ; je ne puis guère vous envoyer de cavalerie ; si pourtant vous en avez besoin, marquez-le moi / mais plutôt allez lire ma lettre k Paris.
» Je connais Saint-Martin , c'est un assez bon officier, ami de mon frère ; je l'aurais employé il y a quatorze mois, sans l'influence de Bouchotte, qui m'en empêcha.
» Ma compagne, k qui j'ai verbalement fait part de l'article de votre lettre concernant les dispositions du gouvernement k mon égard, m'a répondu assez vivement qu'elle était très-satisfaite que je pusse la reconduire. Nous habiterons une métairie k-peu-près dans un désert, et Ik je ferai le mîsantrope k mon aise. Il est juste que les patriciens relèvent les plébéiens qui ne savent point intriguer pour conserver les places que leurs services leur ont acquises; je suis las , mon cher ami , d'êa*e sans cesse ballotté ; né républicain, je veux vivre tel et ne pas être soumis au caprice des circonstances. Qu'il vienne, mon successeur, je lui promets qu'il aura de la besogne.
» Vous devez me connaître assez, mon ami, pour croire que je ne serai jamais courtisan, j'aurais cru en remplir les fonctions en dénigrant les hommes qui servent de leur mieux , et qtii valent ceux
qu'on leur désigne pour successeurs. Régnier est destitué , Humbert peut rendre de très-grands services ; j'ai dit la vérité sur le reste, ou plutôt je n'ai rien dit. L'homme du jour eût fraternellement dénoncé , l'homme probe ne suit que les immuables principes de la justice , il doit se sacrifier pour la vérité ! croyez-moi , mon cher, le ciel vous fit faire des vers , nç vous occupez que de cela tant que votre destinée sera d'avoir des hommes pour arbitres; si vous faites des journaux, je vous enverrai des articles, critiques peut-être, mais vrais.
)) Que m'importe, après tout, que les hommes me rendent justice ou non, si ma conscience ne me reproche rien. Heureux habitant du Morbihan, qui ne vis. que pour adorer Dieu et travailler, j'envie ton sort ; que ne suis-je à ta place , bien que des pillards bleus , gris ou verts vinssent m'arracher le fruit de mes peines, je vivrais content; l'on me pille aussi et l'on veut exiger que je fasse bonne figure; non, parbleu!
Sachez, mon bon ami, à quoi l'on me destine, ou plutôt, n'étant pas noble et par conséquent ne pouvant être employé, quel reproche on me fait. Estce d'avoir dit la vérité? je la dirai toujours. Hélas ! il y a un an j'étais au fond d'un cachot bien humide pour l'avoir dite, cela ne m'a pas corrigé. Jq vous embrasse. Allez k Paris. »