OCTOBRE
« Soyons tout justes nous serons toujours unis. » { jft>i$ à nus Compatriotes. )
Un moniteur adroit ' cherche à nous séduire ; travaillons à nous préserver de son venin. Son objet direct est d'étouflFer nos réclamations, comme honteuses, inutiles, dangereuse^; comme attaquant ë4a-fois le trône et les fondemens de la société. S'il ne peut, réussir ^ nous faire quitter les vues qui nous agitent, dans son jargon perfide ,« il nous exhorte à en changer la /orme ^k remettre aux état^. non-seulement la décision, mais la dlscussion même et Vep^amen. Il veut, en un mot, ou que
' C*éteit Ji. Iioz de Beaucourt, arocatrgenéral au parlement de Bre* tagne; d'autres disent M. dé Saint-Gilles, membre de Tordre de la no- Uesie.
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hojàune frappa du bâton un homme du tiers % et rien ne se fît.
A la suite de ces états-geHeraux , vini le ik^œ de Richelieu , .celui.de Mazarin, le despotîsiML superbe de Louis Xiy ^ et ses i^>pots, et ses persécutions, ^t la dissolution de la régente, etc.^ etc.^ et Tétat où nous sommes. i .. .^^ .
, . y ous demandez la forme de 1614 1 m^^saTezn vous bien, messieurs, que vos pèses Toot daaogée pour la Bretagne en i65i? La B^retagne n^avail, en 161 4; que dix-huit députés,^ six de diaque ordre^ nommés par deux ordres pour l'autre 5 et, en 1 651, on nomma ti^ente- trois députés,' onée de chaque ordre, et ils forent tirés au sort.
« Un coup-d'œil sur les diverses assemblées na- » tionales , fait partout apercevoir dans leim Ibr- » mation la même mobilité , la ii(èmé incertita^. > Aucune ne ressemble à. Tautre. Toutes Iss i^e-* ù cherches, toutes, les discussions n'édairciraient yi réellement que ce point.)) {Histoire des^ Assemblées nationales y "ç. i4') ' ' w .. :
A ohaipie assemblée Ton a été aussi embarnué que nous le sommes* Il y en a une raison bien sim*ple, c^est que depuis leS Gapet, nul r<»^ a'TOnt Louis XYI, n-a convoqué son peuple^ que foircé par les ' circonstances , et presque toujours- par le désprdre de ses finances. Les ministres et les oour-
' Il existait alors^ua parlement de Paris qui nVtait par noUe; et !• gentilhomme fut condamne à être décapite'.
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tisans auteurs: de ce dësordre , les grands et lea no- Mes, ont toujours mis en œuvre tout moyen de sesoustraire àia réforme, o^( tout fait poiir se procurer lUne m£(jpi^ dévoue^. Yoilà pourquoi, seius cette Irpisième . iraçe , Jes étatSrgénéraux n^ont.pas été coQStitutipnnels , et qu^l y ^ toujours manqué ce qui fait vraiment l'essence de ce^ assemblées.^ .. Pour leur fondation , tout es^t maintenant àlaire. $i(ivapt la comparaison de M« di^ Landiue , pu i5 y « Çest unç place ^aqîeuse , couverte 4'inf(]^fme$ )» matériaux et de gothiques . décombres , çù To^ » n'aperçoit ni ordre d'architecture régulier^ ni » justes proportions. Il &ut se hâter de 1^ enlever )( après leS; avoir ei^aminés , si pn> veut y élever, un. )i édifice ^ sçjlide , digne des regards du philosopjict ». et du légi^i^teiir, et prqpte à y rassembler les » représentais cLq la nation. »
» Que les ëtats-généraux ont seuls le droit de cbaoger (i) ; » que té droit n'appartient point aux notables (2) ;
(i) Mais pour se réformer , il faut qu'ils se formeiit : formez-les donc, messieurs, d'abord.
; Les éttUs^généraux ont droit. Qu'est-ce que les ^tats-généniux ? C'est y me répondrez- vous ,- une aSKmUée d'hommes qui représentent Ift nation. «^^ lier quelle jnanièr e ? e^-ce comme en Bretagne^ où i^y a phis^des neuf ^ièmîes du peuple (fbi ne donaent pasde {HTOcuratioB? ' - *
' '{?)' Slous le savons bien : mais , si leur conseil était bon? ^
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des citoyens j ne saiuradent plier lear raison à concevoir que le riche doive payer moins, qne le pau-^ vre doive payer davantage ; qu'il y ait des impositions roturières , et que la dette du citoyen ne soit que celle de la roture; que la terre soit plus noble que l'homme ; que le roturier qui n'a que du bien noble soit réduit à vivre d'épargnes ou d'emprunts, ou à mourir de faim, pendant une ou d^ux années et demie, tous les vingt ans et k chaque mutation; que le tiers-état, presque seul, paie la capitation de la province; que, sous le nom de fouages ordinaires, il paie seul une partie des frais des guerres qui se font ou qui se sont faites pour l'intérêt de tous, les frais de la maréchaussée 'qui nous galrdetous, etc., etc.; sous le nom àe/buages extraordinaires j toute somme accordée pour les besoins généraux de l'état; que le pauvre peuple paie l'eau-de-vie 4 U^., 5 liv. et 5 liv. lo s., tandis que , par une condition verbale et secrète du bail des devoirs, le privilégié l'a pour 3 livres, et qu'elle ne vaut réellement que i5 sous; que le paysan fasse par corv^ les chemins qui augmentent le revenu des terres qu'il ne possède pas; que le bourgeois, l'artisan et le journalier des villes paient seuls le casernement , et logent encore le soldat , et fournissent à la caserne ; mais que seuls ils fassent les frais des gardes qui veillent dans les viUes pour le repos des habitans -, enfin que les nobles soient aujourd'hui exempts de tous les tributs, de toutes les charges, sous prétexte de leur obligation
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d'autrefois k un service militaire gratuît qu'ils ne doivent plus , et que le tiers-état devait et faisait comme eux. Le tiers-état est sujet à la milice, et la noblesse ne sert plus que volontairement, pour passer dans la licence le tems de la jeunesse , pour gagner de l'argent et des honneurs. La noblesse ne perd pas une palète de sang pour la patrie , que le tiers-états n'en verse des flots pour la même cause : ainsi, k tous égards , les fatigues et les périls de la guerre peuvent moins que jamais servir k justifier tant d'exemptions accumulées d'un côté, et de l'autre , tant d'énormes charges .
■: . Où donc est le crime , où est la honte , a réclamer contre des abus si révoltans? Ne sont-ce là que de vils intérêts qui ne méritent pets V attention dwn peuple libre ? L'objet est-il si médiocre qu'il fadlle être initié comme un noble, comme un anobli, ou comme un candidat de noblesse j aux mystères de notre administration, pour juger aifec BxiMCtitude y pour calculer exactement ces disproportions et ces désavantages ? Ne peut-on, sans renoncer à sa propre estime, déplorer ces innombrables , ces • éclatantes injustices qui nous oppriment , nous avilissent et nous corrompent ? Enfin, n'est-ce pas une dérision cruelle, une sanglante ironie de présenter comme une grave ^ ^iflicile question, celle de savoir si le tiers-état est lésé? Vous parlez ait paix et de concorde ^ et de recon-» naissance fraternelle pour les services que nous a rendus la noblesse dans la révolution dernière ; vous
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deniandez qu^on raffermisse t union fortunée que nos pères y dites-vous , nous ont transmise. Lesquels méritent le reproche de trouUer la concorde et la paix ? ceux qui osent demander le redressement de quelques-uns des grie& qui les accablent , ou ceux qui ^ dans le délûre de Foptimiste , crient sans cesse que tout est bien y et font imprimer un arrêté pour proscrire toute innovation? Ceux qui délibèrent dans leurs villes, ou ceux qui écrivent des lettres circulaires pour former une conspiration générale dans la province et dans le royaume? Ceux qui discutent froidement, ou ceux qui, dans Timpuissance de rien répondre de raisonnable, pariaient de nous sabrer (mot du chevalier de Guer), tromme il ar^ riva, disaknt>-ils , du tems de Philippe-leBel^
Pour la reconnaissance , elle devrait être lautuelle ; car les efforts ont été les mêmes des deux côtés, et les sacri£k;es du tiers ont été j^s généreux dans la crise de cette fetale révolution.. Si l'on vous doit k cet égard, vous nous devez aus^f ^ vous ne voulez rien nous devoir , convenez àsmc que nous sonnnès quittes.
Entre vos pères ' et tes nôtres , ce n^est pas une union ^fortunée qui a existé , c^est une capitulation injuste; il y aura de V union Kj^L'ànà. la justice prési' dera 2j^ t|^ité qui réglera nos droits. Qu^il y ait
' Pourquoi ne pas dire ce que tout le ojMUide sai^, <{i|e les anciennes races de nos tyrans sont la plupart éteintes ^ et que les aïeux de la-plur part des noUes d'aigourdliui sortirent de la roture il y a un , on deux , en trois , on quatre siècles?
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JIEPRSSENTATION Complète y POINT O^EXEMPTION j
POINT D^EKCLUSiON ; voilk comoie ëtaiit tous justes, nous ^roiis toujours unis.
Sous nos pères , la civilisation ^tait looios avan^ cé%j les vôtres abusaient davantage de leur auto-!rité sur les individus ; la tradition conserve partout dans les ^^ampagnes le cruel souvenir de leurs déplm*ables«xcès. L'histoire dépose d'uu soidèvement 4^ paysans de Bretagne contre leurs seigneurs , dans le onzième siècle; des maouscrits nous apr prennent que vers la fin du dix-septième , le gouvernement de Quimper ne put apaiser le peuple de son ressort, qui se plaignait de n'être pas représenté , qu'en lui faisant accroire qu'il y aurait aux 'états des députés des paroisses. Dans le même tems, «des troupes de vassaux voulurent brûler les châteaux de Goesbriand et de Locmaria, comme bâtis du sxing du peuple y'- et par d injustes corvées ; ils assiégèrent , ils brûlèrent , pour la même raison^ ie château de K. Goct. Qui n'a pas entendu parler 4lu tumulte récent des vassaux de Couéron , déjpouillés de leurs communes par leur seigneur ? En- -fif*^ cette année même, avant que nos réclamations fûstassent , n'avons-nous pas vu des émeutes d'un Jbout k Tautre de la prov ince , contre les gentilshommes accapareurs 'de blé? A Dieu ne. plaise 4]ue ceux qui sont éclairés parmi nous , désirent , approuvent ou conseillent la moindre violence ! Us .souffriraient encore pendant des siècles, plutôt que de rien obtenir autrement que par des voies Içgi-
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limes ; mais ils sont trop instruits pour ne pas mettre au rang des fictions oratoires cette union fortunée ^ que vous supposez avoir existé entre vos pères et les nôtres. Il est vrai que ceux-ci payaient moins d'impôts : ils étaient encore admis au parlement, et dans les*gra4es militaires et dans les prclatures; voila entre eux et noui la différence. Le joug de la noblesse s'est , depuis cent ans, de plus elQ plus aggravé sur nos têtes \ mais il a toujours été plus ou moins accablant.
Dites, et répétez que c'est le gouvernement qui nous excite ; qu'il nous dépouillera les uns par les autres ; qu'il va nous recharger tour-à-tour; qu'il veut nous dÙHser pour nous détruire; qu^armë de notre forcée il va aujourd'hui étouffer les plus faibles ^ et demain ceux qui lui auront procuré la victoire : que dans l'état présent , rien ne pourrait nous sauver de la cour plénière et des bailliages y etc. C'est k-la-fois calomnier le gouvernement et les citoyens. Les circonstances ont bien changé ; le roi n'attend que de connaître les vœux de la nation pour faire notre bonheur , en assurant au royaume une constitution qui tende au bonheur de tous. Un ministre désigné par l'opinion publique , et qui ne songe qu'à la gloire d'être le bienfaiteur* du peuble , ranime l'espoir , inspire la confiance. Nous touchonsa l'époque la plus satisfaisante pour le prince et pour ses sujets. Est-ce là le moment de se livrer à de noirs soupçons , à d'odieuses conjectures? La reconnaissance et V enthousiasme
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pour le sou{^erain y sont les seuls sentimens .qui doivent se nianifester et s* éterniser dans tous les cœurs I
Mais, puisqu^au moîs de mai 1788, malgré le long, le profond sentiment de ses grie&, malgré Tétat d'abaissement qui devait ralentir son courage, le tiers a montré tant d'énergie , que ne ferait-il pas, une fois réintégré dans ses droits inaliénables et imprescriptibles ? Que ne devrait-on pas att^idre de son patriotisme , s'il ne voyait jamais porteï^ at-^ teinte à ses principes vraiment constitutionnels : Point de loi d aucune espèce , point d impôts di-rects ou indirects ^ point d extension d impôts sans le. consentement libre des états légalement formés ;. point de lettres --de -cachet sous^ aucun prétexte.
Les autres dangers qu'on veut faire envisager dans la réclamation du tiers-état n'ont rien de réel. Qo^dit que les priinléges dune classe nombreuse du^ tiers vont être attaqués; que le commerce , qui est presque exempt d impôts ^ sera soumis à des taxes y sans base solide y fondée sur V opinion qui est trompeuse y sur Vem^ie qui.estinjuste* - Je prie de considérer d'abord, que c'est le Moniteur qui cherche lui-même k cerner la division^ dans le tiers-état, en élevant des questions nouvelles.
Parmi les exemptions du tiers, je distingue celles qui sont attachées à des fonctions utiles , et qui font ime partie des gages de l'emploi ; celles qui font
laS ' OKUVRES
ïmiqBeiiidDtt te prix de la finance; enfin, celles <}tii/ de même qnè les exemptions des nobles n^existent que parce qu'elles existent, qui ne sont, poiir âin^ dire, qu'une association aux injustes prérogatives des nobles , sons la condition tacite de les dâèndfO tontes ; par exemple , le privilège pour reau--de^
Les dernières né méritent aucune grâce ; l'homme du tiers qui les regretterait ne serait pas digne de défendre les sublimes intérêts dont son ordre est occupé; plein du même esprit qui anime la*nb«btesse , il mériterait les reproches qu'elle s'est at^ tirés.
Les secondes «ont la plupart excessives etiiulle* ment proportionnées au prix de la finance ; il faut , par provision , les examiner et les réduire ; il &ut 'y. en définitive , les supprima en remboursant proportionnellement les titulaires d'ofiices.
Quant aux priemières;, elles pourraient sembler tolérables ; mais elles sont d'uù trop mauvais e^ern-* plè : une seule exception en ce genre ouvre la porte aux plus monstrueux abus. Supprimez-les , comme les autres , indemnisant ceux qui en jottisâsenti Citoyens, honoronfr-nous tous de payer la dette des citoyens. Lorsqu'elle sera nécessaire, lorsque la nation entière l'aura consentie et réglée , lorsque les nobles y contribueront également, qui de nous voudrait s'en afl^anchir? Ce serait un triaître', il mériterait la déclaration d'infamie, ihrésumohs qu'il ne s'eii trouvera point.
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'"' Par rapport à là taxe dû cômtdercé , le Mordtew^ estnll donc si novice dans les lois , qù^il ignoré de quelles nombreuses laxeà le commerce est surdEiiur^ë par les douanes , par deis droits élorbitans attribués k des milliers d'offîôes réels ou imàginmr^ ' , par les jâraîiïles , par Hinpôt sur diverses fabriques , par celui de V industrie qui se lève k là proportion conjecturale des vîngtièùies établis sur les immeubles ? au succès de la cause du tiers-état , fai cki^ des commerçans n'a rien k perdre , comme Iles autres elle a beaucoup à gagner ; heulreusèment eïe lé sent bien, et le ïnontre.
On veut savoir qui des nobles refuserait aux enfans de la commune patrie un léger sacrifice , si la justice t'exige ^ et pour la preniière fois , pré-férèrait son intérêt? La conclusion implicite de eélte question 9 tournée dans Vans trop honorablement pour le second ordre , c'est que le troîr siènie ne doit rien réclamer , et que ses démarchés sont superflues.
Mrfè j'ose demander qui des nobles à reconnu la ^réalité duViioîndre dfe nos griefs t Qix^ sacrifice a-T-oniait ? tin arrêté de ne pas rendre justice.
Le Moniteur proscrit lés libelles; mais il en a frit tfai'^trè^-condâlânâble , pui^u^ a- catômnié le
*' l!i ett^nn dés artifices de la financer die crëer dès offices inatîles , et de
lew attribuer dés droits considérable ; on les offices ne sont point l^vés,
. <yi on les siipprime , et toujours on fait percevoir les droits par les corn-
mû des diffiàrcntes régies , ou Ton force les pays d'états à consentir des
abôtibemtens^pdfir ces méines droits.
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gouvernement et des milliers de citoyens; puisqu'il a. dresse contre le peuple un piège d'autant plus dangereux , qu'il est mieux adapté à cet état d'abattement y de coaction et d'inertie sous lequel gémissent encore beaucoup de citoyens , surtout dans la ville de Rennes , centre de la faiblesse , parce qu'elle est le centre de la tyrannie.
Il e:^horte d la paix y à la concorde; mais il y a une paix qui est le sommeil de la mort ; il y a une concorde apparente, qui n'est que le complot de quelques-uns contre tous, que l'orgueil reliant des oppresseurs , et l'humble silence des opprimés; jamais aucun bien, aucun changement heureux ne s'est opéré sans mouvement; de même qu'il n'y a point de résultat chimique sans fermentation.
J'omets un tas de petites raisons, pour venir à deux argumens, sur lesquels le Moniteur semble avoir fondé ses espérances. Les voici en deux mots: qui attaque nos privilèges, attaque le roi; qui les ruine , détruit les fondemens de la société , et con-^ duit la nation à un état, «.le pire de tous. Que le tiers souffre des prérogatii^es fondées sur les rangs ^ comme les rangs sur la nécessité des sociétés Le trdne^ étant le premier de tous les
rangs , ce serait le menacer lui-même que de les. méconnaître... Le gom^ernement de tous est une indépendance générale , plus terrible que te despotisme... Chaque citoyen serait despote et tyran.
Ainsi les exemptions de la noblesse, les autres prérogatives qu'elle a usurpées , nous seraient aussi
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essentielles que le trône, et le magnifique spectacle d'un peuple complètement, justement représente dans ses états , n'oflfrirait à nos regards qu'une troupe de tyrans.
Non, non : un roi est un magistrat , mais le premier , le plus nécessaire des magistrats , surtout dans un empire étendu comme la France; c^est le chef de famille, sans lequel elle serait dispersée; c'est un centre d'unité , sans lequel il n'y aurait qu'un amas désordonné de peuplades incohérentes; le roi est le moteur suprême , le dépositaire de la puissance exécutrice; il dbnne aux lois que la nation a consenties, le sceau de l'autorité publique, il . est l'appui essentiel du peuple , la pierre fondamentale de notre édifice social.
Mais la noblesse, imprudens, vous voulez donc qu'on le dîse ; la noblesse avec ses privilèges , elle n'est dans son origine et dans sa nature , qu'une milice armée trop souvent contre les citoyens , qu'un corps parasite vivant des travaux du peuple, en le méprisant. Dans toi;s les états , elle a souffert et maintenu la tyrannie , pourvu qu'on lui, en laissât partager les tristes avantages. Partout elle s'est rendue redoutable au prince et au peuple, selon ses intérêts : en un mot , la noblesse n'est pas un mal nécessaire: L'auteur éloquent des Mémoires de Rornman vous l'a dit en termes exprès : avec une noblesse héréditaire , il ne sauyait presque y avoir de bonnes lois , ni un bon gouvernement. Washington et les autres politiques des états amé-
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ricàtns, rayaient dit ayant lui^ ea réprouyant les iiouyeaux Cmcinnatus* D*autres philosoplie^i comme le marquis de Mirabeau dans sa lettre au roi de Prusse y l'ont dit encore d'une manière bicat plus âiërgique. Chez le peuple hébreu , h qui Dieu, lui-inème daigna donner une législation ciyile^ îil ïCy ayait point de noblesse ; je y ois des rois dans la haute antiquité, je n'y yois point de noUes. Ij^ plus ancienne^ la plus peuplée, certainement unç des plus heureuses monarchies delà terre, la Chine) ne connaît pas la distinction de noblesse et de ror ture. Ecoutons comme Ton s'exprime k ce sujet daâs lïAi ouvrage récent , publié ayec approbation , et priyilége : « La nation chinoise a toujours été » gouvernée comme une famille dont l'empereur "n est le père ; ses sujets sont ses enfans , sans autre i) inégalité que ce^le qu'établissent le mérite et les ^ talens. Ces distinctions puériles de noblesse et de » rotui:*e , d'homme de naissance et d'homme de » rien, ne se trouvent que dans le jargon des peu- ^y pies nouveaux et encore barbares , qui , ayant -» oublié l'origine commune , insultent sans y pen- ">} ser, et avilissent toute l'espèce humaine. Ceux » <lont le gouvernement est ancien et remonte au » premier âge du monde , savent que les hommes » naissent tous égaux , tous nobles , tous frères * . »
* JVoiufeUe Encyclopédie Méthodique , partie de rËconomie Politiffue, tom. I, pag. 55o , col. i. Il y a encore un petit pays d'Europe , la Biscaye , où les hommes naissent tous nobles , tous égaux , et n'en sont pas plus màlheuteux.
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Montesquieu , qui a voulu consacrer les préjugés de sa caste et ceux de sa robe , s'est égaré jusqu'à dire: « Sans, noblesse, point de monarchie. » Il a bien fallu qu'il ajoutât : « L'empereur de la Chine » n'est qu'un despote. » Double erreur que des hommes plus instruits et plus impartiaux ont solidement réfutée. Après tout; il ne s'agit point de supprimer la noblesse , de lui disputer son rang : qu'elle le conserve ; mais si elle s'en forme un titre pour nous faire payer sa part contributoire à la dette pùUique , pour nous donner dans l'église , dans la magistrature et dans le militaire, des exclusions outrageantes, et non moins ccuUraires au bien public et particulier , qu'à l'ancienne constitution française ' ; enfin , pour empêcher la nation d'être comjdétement et justement représentée aux états de la pr6vince , et à cieux du royaume : ce sont autant d'infractions de nos droits naturels et politiques , autant d'attentats contre l'honneur , la propriété , la sûreté , la félicité de plus de vingt-troi$ millions d'hommes.
Je sens que cette idée essentielle de la représentation juste et complète de tous les citoyens aux états , révolte la noblesse à plus d'un ^gard ; mais
' u La constitution da royaume est si excellente , qu'elle n'a jamais » exclu , qu'elle n'exclura jamais les citoyens nës dans le plus bas e'tage, I» des dignités les plus relevëes. » Voilà ce qu'un Français écfÎTait il y a dflqx cents ans dans une re'ponsç au livre d'Hotman , intitulé Franco GaUia ; Toilà ce qui était reconnu hautement aux états-généraux comme im« maxime par le chancelier de Lh6pîtal. Les tenu sont bien changés !
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elle réjouit la nation ; mais elle bannira les inconvénîens de chacune des formes ordinaires du gouvernement , et nous en procurera tous les avantages ; mais nous aurons un roi qui ne pourra faire que le bien des peuples , mais nous aurons des impôts qui seront reconnus nécessaires, et supportés également par tous les citoyens, nous aurons des lois qui , n^étant que l'expression de la volonté gé*ncrâle , seront nécessairement les meilleures possibles ou les moins mauvaises ; car la volonté générale est la plus éclairée sur les intérêts de tous , et la moins susceptible d'être corrompue. Voyez le Catéchisme élu citoyen ^ où cette grande vérité vient d'être démontrée par un des gentilshommes les plus distingués du royaume.
Le Moniteur cherche à nous effrayer pair une description véhémente des dangers de la démocratie, ou plutôt de l'anarchie. Nous rejetons avec une égale horreur, et la démocratie, où chaque citoyen est despote et tyran , et l'aristocratie, où une petite cabale opprime le peuple sans avoir besoin de le combattre, et le despotisme,' ouïe gouvernement arbitraire de quelques-uns au nom d'un seul . Mais nous chérissons cette forme mixte tant désirée des anciens politiques , tant applaudie par les modernes , où du concours du roi , des grands et du peuple agissant par ses représentans , sortiront des résultats d'une volonté générale et constante , qui feront uniquement régner la loi sur toutes les têtes de l'empire. Enfin, ce que nous demandons li'e^t
que le rétablissement de notre ancienne constitu-> tîon, et l'objet des vœux, non pas seulement du liers-état ou de vingt-trois miUions d'individus, mais de tous les hommes éclairés et bien intentionnés , même parmi les nobles. Si le vulgaire de la noblesse pouvait, dans cet heureux système, conserver ses injustes, avantages, y verrait-il des abus? Des citoyens qui ne font qu'élire leurs députés, ne peuvent être toi despotes ni tyrans. Un petit nombre d'élus ne forment sous un roi, ni démocratie, nî aristocratie, ni anarchie.
Les demandes du tiers sont donc justes , et leur succès fera le bonheur de la nation. Maintenant , devons-nous en remettre le sort aux états de Bretagne, comme ils sont formés? Devons-nous accepter nos parties pour nos juges? Cette question, ainsi réduite à ses plus simples termes, n'est pas de nature à nous arrêter long-lems.
L'Etemel a gravé dans tous les cœurs qu'on ne peut être juge dans sa propre cause : il n'y a que la nation ou ses représentans qui puissent prononcer sur la réforme de la constitution. Or, les états de Bretagne, sous le régime actuel, ne représentent ni la noblesse , puisqu'environ la moitié des noUes en sont exclus , sans pouvoir y nommer des députée; ni l'église, puisque le clergé du second ordre n'y a pas de représentans ; ni enfin le tiersétat, puisque les neuf dixièmes des citoyens de cet ordre. ne donnent pas de procuration, puisque lé tiers est présidé par un noble, et composé de nobles
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et (Taiioblis , ou d'officiers ou d'agens des nobles-
Jjà, ^QOC^ le tiers ne peut délibérer légalenfierU, le tiers n'y étant pas représenté ; là , les ordres d^ l'église çt de la noblesse ne sont pas complets; l^ tiers ne saurait OA^oir leur avis; il n'est point irré^^ gulier^ malhonnête ni injuste de ne pas attendre , pour s'occuper de ses légitimes intérêts, rassemblée et la décision de ses adverses parties.
J'entends murmurer ; mais voulez-vous donc que le ministère décide cette grande querelle? Ne som* mes-nous pas un peuple libre , et le roi peut-il, sans nous, faire aucun changement dans notre administration?
Ce n'est pas là ma pensée : je reconnais ces vérités ^ mais notre constitution , c'est-à-dire la fcMnaation de nos états , est essentiellement videuse. U s'agit de la refondre de manière que la représentation soit juste et complète , et que les membres de$ états spient nécessairement les organes de la volonté générale. C'e^t à la nation défaire ces changemens; mais il appartient au roi de convoquer une assem* blée préparatoire , où la formation des états de Bretagne serait fixée de manière a procurer le bonr heur du plus grand nombre : cette assemblée de*yiendr^ indispensable ^ si la noblesse et l'église ne çonseiiitent pas d'eux-mêmes^ à la prochaine ttoue, le redressement de nos grie^«
C'est le vœu de la natioa que l'on doit suivre, et non la volonté de nos aristocrates. U ne serait donc
pas juste de former, sur le plan de nos états ac-
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tuels, cette assemblée préparatoire; elle pourrait être modelée sur celle de Romans, du mois de septembre demîfer.
Il ne serait peut-être pas nécessaire qu^elle précédât les états-généraux; il serait avantageux qu^elle les suivit. Les nominations des députés de Bretagne, à rassemblée nationale du royaume, peuvent se faire, et devraient toujours se faire hors Tasseriablée de nos états bretoïis, ne fut-ce que pour déconcerter les cabales et rendre les brigues plus difficiles. Xie plan d'élection indiqué par Fauteur des condi-^ iions nécessaires pour la légalité des étatsrgéné" TOUX , parait présenter le plus d'avantages , et en<traîner le moins d'inconvéniens.
Une réflexion, qu'il faut méditer sans cesse, va termizier cet écrit. Si le tiers-état; c'est^-dire la nation, ne fait maintenant que de vains efforts; si dans un siècle de lumière et de philosophie, «lie s'amuse à secouer ses chaînes sans parvenir à les briser, le joug de la noblesse va s'appesantir déplus eu plus sur nos têtes; d'exemptions en exemptions, de surcharges en surcharges, d'exclusions en exclusions, nous deviendrons peu-à-peu comme les Ilotes chez les ^Spartiates;- et si nous causons jan^iais de i'ixupiiétude k nos maîtres, ils nous donneront aussi la chasse comme k des bêtes Êiuves. .
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