Causeries du lumdi^ tOBM VU, p. 5a i
SUR LA FONTAINE. gltii
tost ce qu'il fimt pour y rëusnr, «a moms en causant» 3» Quieoaqne sait, comme le pâiëtrint cridque, tonte la grâce àa chmnant ëciivain, serait bien tente de faire, à son exemple, ces halnles corrections aux témoignages les plus anciens et les pbs ccMicordants ; mais, quand on les a contre soi sur quelques points, quand, maigre l'emploi des nuances les [Jus dâicates, on ne parvient pas à nous les faire oublier, il faudrait avouer fÊt f on n'y peut opposer qu'une sorte de divination de psydiûlogne. Aie n'a rien d'absolument sâr. La Bruyère, profond observateur, n'avait-il pas raison d'admettre de prodigieuses cootradicdons des esprits?
Ne doutons pas que, dans la conversation de la Fontaine, D ne lui échappât souvent des traits heureux, piquants» des saillies à la fois naïves et fines; mais ne doutcms pas non pfaia fa'après quelques lueurs qui le disaient reconnaître, il ne s'ëtagntt tMÔn vite, et que, la plupart du temps, ennuyé des en« tredens, il n'y fût ennuyeux. U causait certainement, et (an bien parfois, mais pour lui-même, et comme avec lui-même, oe qai n'est point la perfection de req>rit de sodétë. Il semble avoir été pont d'après nature dans une lettre de Yergier, où Fon ne peut soupçonner, conmie dans le livre de la Bruyère, k parti pris de mettre en relief une singularité. Yergier, ayant sa de la Fontaine qu'il allait faire une visite à Mme d'Hervafft et passer six semaines à sa campagne, écrivait à cette dame:
Je Toudroîs bien le Toir aussi, Dans ces charmants détours que votre parc enserre,
Parler de paix, parler de guerre, Parier de vers, de vin et d^amoureux souci, Fonner dNm vain projet le pian imaginaire, Cli^iger en cent fiiçons Tordbre de PUnivers ; Sans douter, proposer mille doutes divert : Puis tout seul s^écarter, comme il fait d'ordinaire, Non pour rêver à vous qui rêvez tant à lui,
Non pour rêver à quelque affaire,
Mais pour varier son ennui*.
tfmrvf Anrtêê ie U^ ^trgitr^ Amsteidami 1731 (a vol. vDr9)^ it da tome II, p. 44 et 45.
QLTiii NOTICE BIOGRAPHIQUE
Le Toilà, noot le croyene bien, tel ^m noos défont le représenter. Ce n'eet pk» cet homme etnpîdenient rniiet : il ptrle au contraire sur tontes choses, donne carrière à n eaprîcîense imagination, mais comme dans nn monologue; el, le moncrfogne fini, il Ta dans la solhnde se livrer à ses songes et, sinon se soustraire à Fennui, choroher an moins à le « varier 3».
Après ces traits qui paraissent avoir été pris sur le vif, nous n'avons rien à apprendre dans le récit qu'a fait Vigneul-Marvifle (le chartreux Bonaventure d'Argonne) d'un dÉner, peoftttre imaginaire, où il dit avoir invité la Fontaine avec quelqnes amis, curieux d'entendre causer un si bel eqMÎt. Le poêle ne souffla mot pendant le repas, et, après avoir bien mangé, •'endormit, ce On s'approcha de lui : on voulut le mettre a humeur et l'obliger à laisser voir son esprit; mais son esprit ne parut point. Il étoit allé je ne sais oè, et peut-être alors anim<nt-il une graiouille dans les marais, on une cigale dans les prés, ou un renard dans sa tamère; car, durant tout le temps que la Fontaine demeura avec nous, il ne nous sendUa itre qu'une machine sans âme. On le jeta dans un carrosse et nous lui dtmes adieu pour toujours. Jamais gens ne furent plus surpris, et nous nous disions les uns aux autres : « Gomment « se peut-il foire qu'un homme qui a su rendre spiritudles les « plus grosses bêtes du monde.... ait une conversation si sèche « et ne puisse pas, pour un quart d'heure, faire venir son es- « prit sur ses lèvres et nous avertir qu'il est là*. » Que d'auteurs célèbres ont été aussi muets, lorsqu'on les avait invités à dîner pour les montrer, comme des phénomènes, à la curiosité des convives f L'anecdote, dût-elle être tenue pour Traie, ferait beaucoup UKans connal&re la Fontaine qne la lettre qui nous l'a montré dans les allées du parc de Mme d'Hervart.
Revenons où nous l'avions laissé parmi ses hauts protecteurs, qu'il charmait par ses écrits, sinon par ses entretiens. Rappelons la remarque déjà faite sur ceux-ci que, s'ils méritaient le nom de Mécènes, c'étaient généralement des Mécènes, non pas amis d'Auguste, mais plus ou moins brouillés avec la
!• Mékmgm ëPhittoire ei de ùttérmiure^ rûemmIUêpwM. de rigmé- UmvUUj Rouen, m.ooo, tome II, p. 355 et 356.
SUR LA FONTÂINI. olix
irneor royile : â bîen que mienz notere poêle leor ftkait sa eonr, phn 0 risquait de la fiûre mal eo plm haut lîea* Ce n'^ tah pas qo'il se soaciât peu d'avoir part aux grâces qp» le SonYeram répandait sur les grands poètes de ce temps et de s'approdier de la source des libéralités royales. Il savait le prix de ses vers et s'était mis dans la nécessité de ne point tenir quittes de lear dette ceux que leur rang et leur fortune obfigeaient à protéger les lettres. L'He-Àdam, Chantilly et Anet ne Fempèchaient pas de tourner ses regards du côté de YersaOlea; et si lié qu'il demeurât envers les indépendants, de si indépendante humeur qu'il fût lui-même, il ne se fit jamab scmpule, nous Pavons déjà vu, de payer, tout comme un autre, ton tribut de louanges au mattre. Au commencement de 16S7, il y eat une grande explosion de l'amour des sujets pour le Prince, lorsque celui-ci, après l'opération si Êimeose dans l'histoire, fut rendu à la santé. La Fontaine se mit en règle dans une lettre qu'il écrivit alors à M. de Bonrq^iaux, envoyé plââpoteotiaire à Londres; il y avait uMé des vers qull dé^ rait certainement Êdre arriver à une autre adresse, et qn'an reste il prit soin de publier*. Il y célèbre le règne de la vertu, hqodle avait pris à ce moment la figure de Mme de Maintenon, et le règne de la piété. Il se mettait an ton du jour, sans qnll ait paru Un vemr à Fesprit que, pour cette tâche édi* fiante, il n'avait pas tout à fait qoidité. Après avoir autrefois SI bien dianté les Montespan, les Fontanges, il n'était pas plus embarrassé poor dire de leur amant converti :
Sa principale faTorite
Plot que jamais est la Tertn.
Ce « pins qoe jamais » est un trait inattendu, et, qn'il y ait atkm on distraction, vraiment asses plaisant. Il exaltait le bienfait de l'hérésie terrassée, et finissait par exprila crainte d'avoir tooché à des sujets trop hauts :
Je me tais donc, et rentre au fond de mes retraites.
Tj trouTC des douceurs secrètes.
La Fortune, il est rrai, m*oubliera dans ces lieux :
I. En 1688, à k suite de Tépitre A Mgr rMque Je SpUsom : ▼oyes cî-dessos, p. ozLTin et note s.
CLZ NOTICE BIOGRAPHIQUE
Ce ii*eft point pouor bas rtn que aet faTeort tost fiittet ; n ne m*appartMQt pu d'importnner les Dîmix.
CéVkii cependant frapper à leur porte, avec quelque défiance sans doute dans le succès et en donnant à une supplique, trèsclaire d'ailleurs, la forme d'un gëmissement discret. Walckenaer dit* que la porte ne s'ouvrit pas, et que ce fut surtout Mme de Maintenon qui la tint fermée, n'aimant pas à se souvenir du temps où la Fontaine l'avait vue chez le surintendant Ce ne peut être qu'une conjecture, dans laquelle nous voyons seulement ceci de probable, que le poète en fut pour ses frais d'encens. Il avait beau faire de son mieux, la rojautë le tint toujours, non sans quelque raison, pour un très-imparfait courtisan.
Dans la retraite dont il vantait les douceurs, on savait trèsbien qu'U avait lieu de se dire oublié de la fortune. Ce fut pour cela, dit-on, que des amis voulurent lui faire quitter la France :
Si nous quittions notre sëjour ?
Vous saTez que nul n*est prophète En son pays : cherchons notre «Tenture ailleurs*.
Plusieurs personnes lui conseillèrent de faire ainsi, et de passer en Angleterre. Mais fut-ce dès cette année 1687 où il écriyait à M. de Bonrepanx, ou même plus tôt encore? Walckenaer le donne à entendre ', sans nous mettre sur la voie d'un antre témoignage que celui de des Maizeauz dans la Fie de M. de Sairtt'Évremond^. Or des Maizeaux ne dit rien qui ait autorisé Walckenaer à croire que Mme Harvey se soit faite, en 168S, « la négociatrice du parti » qui cherchait à nous enlever la Fontaine. Voici textuellement ses paroles : a Mme la duchesse de Bouillon étant venue en Angleterre, en 1687, pour voir Mme Mazarin, sa soeur, M. de la Fontaine lui écrivit une
I. Butoirs de la pie,,,, de J, de la Fonieime^ tome II, p. i4i et 14a.
a. V Homme qtd court après la Fortune et l'Homme qui Paitemd demi sem Gty fable xn du lirre VU, vers a5-a7.