‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 110 sur 379 · CI.XTIII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

CI.XTIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

dangers. Le moyen de « résister à une fille de quinze ans quia les yeux beaux, la peau délicate et blanche, les traks de yisage d'un agrément infini, une bouche et des regards !•••

n semble, à Toir ton sourire, Que rAurore ouvre les cieux. »

Les vers de cette lettre sont parmi les plus gracieux qu'il ait écrits. Il restait jeune par l'esprit, par la flamme, par les trop tendres penchants. Son caractère est peint dans le rédt qu'il fait à Yergier de sa folie. Lorsque, après avoir été si troublé de la vue de son Amarante de BeauÛeu, il quitta Bois-le-Yicomte, pour rentrer à Paris, sa douce préoccupation lui fit manquer le bon chemin : il s'en écarta de trcHS lieues. Arrêté par la pluie, surpris ensuite par la nuit, il lui fallut chercher un mauvais gtte dans un village. Cest ce qu'il appelle son Iliade; elle est presque aussi lamentable que celle de son pigeon voyageur, et sans avoir pu finir par la même consolation. Quand il fut de retour au logis, il n'était pas encore réveillé du songe. n passa a trois ou quatre jours en distractions et en rêveries, dont on Êiit, dit-il, des contes par tout Paris. » Nous avons la réponse de Yergier, elle est des plus agréables. Il aurait eu le droit de dire de l'esprit de son correspondant ce qu'il dit de ses châteaux en Espagne : « C'est un mal qui se communique. 3» Il achève très-joliment le portrait que, par son récit, la Fontaine venait de faire de lui-même :

Hé 1 qui pouiToit être surpris Lorsque la Fontaine s*ëgare ?

Tout le cours de ses ans n'est qu*un tissu d^erreurs.

Les plaisirs Yy guident sans cesse Par des chemins semés de fleurs.

[Il] dort tant qu'il platt au sommeil ; Il se lèTe au matin, sans savoir pour quoi fiiire ; U se promène, il va, sans dessein, sans sujet *, U se couche le soir, sans savoir d'ordinaire

Ce que dans le jour il a £ût.

«c On s'étonne seulement, Monsieur, que vous ne vous soyes égaré que de trois lieues. Selon l'ordre et les lois du moure-

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■eity étant une fois ëbranlë, vous deTies aller tnr la même ligne tant qae terre et votre cheyal auroient pn vous porter, oa da moins jusqu'à ce que qaelque muraille opposée à votre psssage vous ftt changer de route ; et cette présence d'esprit doit TOUS justifier entièrement des distractions dont on vous accuse.»

Tout le monde, à Boisrle-Vicomte, avait ri de l'égarement da poète amoureux. On s'y amusait de ses distractions et de ses rêveries; on les trouvait aimables. Pour qu'elles le fussent tout à (ait, il aurait fallu qu'il ne s'y mêlât pas la pénible impression des faiblesses galantes d'un homme bien près d'être septuagénaire. Dans une autre lettre de Vergier, celle-ci peu charitable pour la Fontaine, cp'il écrivait à Mme d'Hervart', Hiistoire de cet amour inspiré par Mlle de Beaulieu est complétée d'nne manière fâcheuse. La Fontaine allait partir pour Bob-le-yicomte et y faire un assez long séjour : <c Voilà, dit Vei^gier, un bonheur que je lui envie fort, quoiqu'il ne le ressente guère; et vous m'avouerez bien, à votre honte, qu'il sera moÎDs aise d'être avec vous que vous ne serez de l'avoir, surtout si Mlle de Beaulieu vient vous rendre visite, et qu'il s'avise d'efiaroocher sa jeunesse simple et modeste par ses naïvetés et par les petites façons qu'il emploie cfuand il veut caresser de jeunes filles. » Cela cesse d'être agréable et poétique. Est-ce seukmeitt la Êiute de la méchante langue de Yergier?

Quoique peut-être il ne doive pas être soupçonné de n'avoir parié que par jalousie et n'ait fait que dire la vérité, ce n'était guère à lui de remarquer avec sévérité les libertés que prenait la Fontaine. Peu d'années après cette lettre, lui-même respectait encore bien moins la jeune fille a simple et modeste, » et composait pour elle un de ses contes les plus indécents*, que ses éditeurs datent de 1693. La gentille apparition d'Ama-

I. Ccst la lettre qu'on a datée de 1689 : voyez ci-dettos, p. ctxn^ et à la note 4 de cette même page.

1. Wakkenaer a eu une distraction regrettable, quand il a jugé (tome n, p. 195) ce conte du Grès Gmlimume c aussi licencieux qi^aneun de ceux qoe la Fontaine ait composés. » Comparer les <leu conteurs est étrangement injuste. La Fonuine a été beau- Cûttp trop Mgcr dans ses comtes, mais n*est jamais descendu jos- V^'k de si ehoquantes gravelaies.

Googk

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rante dans les bosquets de Bois-ie-Vîoomte est fort gâtée par ce que nous savons d'elle, toujours grâce à Vergier. Elle n'avait que vingt-quatre ans, lorsqu'il eut à lui adresser, en 1697, une ij^ttre pour la consoler de la trahison d*un amant. Après avoir fiîit le naufrage, sur lequel Vergier s'apitoie, elle ne pouvait rencontrer plus mal qu'un tel consolateur.

D'autres souvenirs de Bois-le-Vicçmte que cehd de Mlle de Beaulieu sont restés dans les lettres de la Fontaine. Il y en a une de 169 1, qu'il adresse à Bimes d'Hervart, de VirvÔle, et de Gouvemet, pour décliner l'invitation qui lui était faite de venir les rejoindre dans leur campagne. Sa galante excuse était qu'il craignait d'aller s'enfermer dans un château où tant dt séduisantes personnes le retiendraient par enchantement ,

Toute la cour d*Amathoute Étant à Bois-le-Vicomte.

Cette cour était composée des trois ce intendantes du Parnasse, » dont les noms sont en tète de sa lettre, et des nièces de Mme d'Hervart, beautés qui <c n'épargnent âme vivante. » Les deux dames (fue ses vers célèbrent en même temps que Mme d'Hervart étaient la sœur et la femme du marquis de Gouvemet, c'est-à-dire la comtesse de Virville*, et la très-belle Esther, marquise de Gouvemet, sœur de M. d'Hervart*. Si, comme nous le croyons, elles étaient dignes de l'encens déli-

I. Madelène-Sabine de la Tour de GouTemet (royez ci-dessus, p. CLxrn^ note 3);^ qui arait épousé François-Joseph de Grolée, eomte de Vinrille, ou de^Virhille,

a. Cette fille de Barthéfemy Herwarth arait épousé Charles de k Tour, marquis de Gouremet. La belle marquise ne pouTait être très-jeune en 1688; car sa fille, Esther de Goaremet, était déjà mariée en 1684 : « Cest ime trèt-belle personne, dit de celle-ci le ihreure gtUtaU du mois de juillet 1684, qui a épousé depuis peu de temps le fils de M. le marquis d*Halifax. » La Fontaine parle d'elle, sous le nom de Mme d*£land, dans sa lettre à la duchesse de Bouillon de novembre 1687. Son mari, lord d^Eland, était fils aine de Georges SaTÏlle, marquis d*Halifax. — M. Deppiog {Bta^ ihéUmy Herwarthy p. 353) dit que la marquise de GouTemet, lélée protestante, oonmie sa mère, passa arec elle en Angleterre après la révocation de Tédit de Nantes. Moréri, à Tarticle HnTAar

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cat que leur offirait k Fontaine, elles devaient pea goûter les éloonantes plaisanteries de Vergier. Il y a dans les oeuvres de eelaî-ci on Dialogue des morts entre Princesse et Petit-Fiis^ la chienne et le serin de Mme d'Hervart, qpi n'offense pas k uK^ale, mais la plus simple politesse. La bonne compagnie d'alors avait de singulières tolérances. Quel contraste avec le BMiavais too de Vergier, quelle ëlëgante urbanité dans k lettre de k Fontaine!

Je veux chanter haut et net Virrille, Hervarl, Gouvemet.

J^en ferai mes trois dëesses, Leur donnant à ma façon Et PAmour pour compagnon, Et les Grâces pour hôtesses.

de son Dictiomiaire^ parle ainsi de Texil volontaire de Mme de Gonremet à cette époque : a Sa mère et elle abandonnèrent leur religion et les biens qu*elles avoient en France ; » ce qui ferait -croire que jusque-là elles avaient fait profession de catholicisme, quoique sans doute protestantes au fond du cœur. On serait d^abord tenté de compter ces deux dames au nombre des amis de France qui purent, comme nous Tarons dit, se joindre aux amis angkis pour engager la Fontaine à venir à Londres. On renonce à cette idée, quand on lit dans k lettre de 1691, qui vient d*étre citée, que Mme de Gouvernet se trouvait, en cette année, à Boisie-Vieomte, avec Mme d'Hervart, la jeune, et Mme de Vîrville. EDe éuit donc revenue de son exil et avait quitté TAngleterre. «— M. Depping {iàidem) raconte que Mme de Gouvemet avait emporté en Angleterre beaucoup d*objets précieux qui avaient orné rhdtel de k me de k Plâtrière, entre autres des portraits de Camille peints par Mignard. Il parle d*une liste dressée par k «urquise d*objets d*art qu'elle léguait à son petit-fils. On n*a cette liste que dans une traduction angkise. L'article 45 porte : a tmall pieture rtpresemting tke fountaln în the Utile garden of the ftasiel tPHer^ ^mrt, M. Depping conjecture (p. 354) que le traducteur a changé notre poète, dont cette peinture était sans doute le portrait, en «se fontaine. La métamorphose est vraisemblable. Remarquons tovtefok que ce portrait, ceuvre peut-être de Mignard, n'avait pa £ûre partie des objets emportés en Angleterre en i685, année où k Fontaine n'éuit pas encore à l'hôtel d'Hervart. — La marquise de Gouvemet mourut longtemps après k Fontaine, en 1711.

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Ces galantes apothéoses étaient simpleiiiait douceurs de poète. La Fontaine, à ce moment-là, ne craignait pas tant de laisser à fiois-le-Vicomte « son cœur en otage, » comme il le disait, que de s'éloigner des répétitions de son opéra d^Jstrée^ et les trois déesses étaient certainement fort rassurées sur la liberté et la paix de son cœur. Mme d'Hervart était habituée à ses adorations, toutes poétiques. Elle les recevait sous le nom de Sylvie, aussi innocemment que Mme de la Sablière sous le nom d'Iris* Dans une de ses lettres de 1687, à M. de Bonrepauz, la Fontaine disait : « Il lui faut donner un nom du Parnasse. Comme j'y suis le parrain de plusieurs belles, je veux et entends qu*à l'avenir Mme d'Hervart s'appelle Sylvie dans tous les domaines que je possède sur le double mont. » Le parrain avait, dans ses baptêmes du Parnasse, des noms de prédilection. Il avait déjà donné autrefois celui-là à Mme Foucquet. Il importait peu. Outre la lettre à Bonrepaux qui contenait des vers à la gloire de la nouvelle Sylvie, une chanson de cette même année 1687 était, sous forme pastorale, un hommage aussi à ses charmes. Elle commence ainsi :

On languît, on meurt près de SyMe.

Sylvie récompensait les chansons du berger Lycîdas, on, si l'on veut, du berger la Fontaine, par des soins moins dignes de l'églogue, mais solides. Son poète était toujours fort négligé dans ses vêtements. Un jour ses amis le rencontrèrent h^illé de neuf, et lui en firent compliment. Il s'étonna, n'y ayant pas pris garde. C'était Mme d'Hervart, qui, sans lui rien dire, avait fait changer ses habits*. Le vieil enfant de Mme de la Sablière avait encore une fois rencontré une sollicitude maternelle, qui restera inscrite an livre reconnaissant des lifuses. Mme d'Hervart ne crut pas que ce fût assez de veiller sur la propreté des habits de la Fontaine ; elle chercha aussi, nous l'avons déjà appris parle témoignage de Yergier, à faire entrer plus de sagesse dans sa vie; mais on ne voit pas qu'elle ait en, de ce côté, grand succès : il est plus Êicile de remplacer nos vieux vêtements que de nous £ûre dépouiller le vieil homme.

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