Les Deux Pigeons^ vers 70 et suivants
3. Chaulieu lui donne le même rôle dans sa lettre à M. Sonning :
De Baeefaiis jojenx oorjpMt^ Renier aux TiiM prôtidere ; Et ce digne élère d'Orphée Arec les Grâces chantera.
« Renier, dit une note de l'édition de 1750 des OEmres Je C/mu" fi«, tome I, p. 18, avoit été élevé par Lulli. Il chantoit et s'aceoapagnoit du luth avec tout le goût possible ; il joîgnoit à ces
OLZZZ NOTICE BIOGRAPHIQUE
Lorsque j*eut TÎd^ mainte coupe, Langetmet^, aussi de la troupe.
Me ramena dans mon manoir.
Jusqu*au point du jour on chanta, On but, on rit, on disputa.
On raisonna sur les nourelles; Chacun en dît, et des plus belles.
Le Grand Prieur eut plus d'espri Qu'aucun de nous sans contredit.
J'admirai son sens : il fit rage.
Mais, malgré tout son beau langage, Qu'on étoit rari d'écouter.
Nul ne s'abstint de contester.
Je dois tout respect aux Vendôme Mais j'irois en d'autres rojaumes S'il leur folloit en ce moment ^ - "i- Céder un ciron seulement.
Vdtaire pouvait reprocher à d'Olivet d'avoir donne place à cette lettre dans son édition de 1729, mais non de Tavoir îùJt connaître. L'indiscrète a été Mme Ulrich, qui Ta publiée dans les Œuvres posthumes. Au reste, pour nous apprendre sur quel ton la Fontaine écrivait au duc de Vendôme et sollicitait ses bienfaits, il nous aurait suffi de deux épttres, les seules qui, avec la lettre de septembre 1689, nous restent de toute li prose et de tous les vers qu'il lui adressait.
L'une a pour sujet les inquiétudes qu'avait inspirées une grande maladie (Dieu sait laquelle) de Vendôme.
n n'est pèlerinage où nous n'ayons songé,
dit le bon pèlerin la Fontaine. S'il n'avait été rassure par de meilleures nouvelles, il s'en allait peut-être, dans son chagrin,
talents tous ceux d'un conrire aimable. U mourut, en 171$, ches M. de Vendôme, grand prieur de France, qui lui donnoit un logement, sa table, un carrosse entretenu et mille francs de pension. » Walc^epaer a cru que la Fontaine arait parlé de Régnier Desnurais. C'était tout à fait iuTraisemblable. Son erreur a déjà été relevée par M* Desnoiresterres, dans ses Court gaUmtu^ tome I, p. 307. I . Sur ce Breton Langeamet ou Lanjamet, vojes les Mémoires Je Smint-^imoM^ tome VI, p. 8 et 9.
SVR LA. FONTAINE. glxxzi
nurre l'exemple de ceux qui, renonçant à toutes les joies de oe noode, se font ermitéç :
Qet ex^j^e est fort bon à suivre.
J^en sait unHneilleur. c'est de vivre ; Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies, Plaisants repas, menus devis, Bon vin, chansonnettes jolies. En un mot n'avoir goût k rien ?
Dites que non, vous direz bien.
Je veux de plus qu*on se comporte Sans faire mal à son prochain, Qu'on quitte aussi tout mauvais train; Je ne Tentends que de la sorte.
YcêËl sans doute une morale trop facile ; mais celle des autres poètes do Temple ëtait pire. Le Bonhomme ëtait encore le plus décent et le meilleur de la compagnie. Cest dans l'autre de ces deux épttres qu^ parle de nouveau des libëralitës dont il a grand besoin et que Ghaulieu lui fait espërer :
Je suis et serai
De Votre Altesse humble servant et poète ', Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite. Ce mot de biens, ce n'est pas un trésor ; Car chacun sait que vous méprisez l'or. Ten ÙÔÈ grand cas....
Grande stérilité
Sur le Parnasse en a toujours été.
Qu'jT feroit-on. Seigneur? je me console. Si vers Noël l'abbé me tient parole.
L'^iftre à Vendôme malade est incontestablement de 1691 : me allusion A la retraite de Fieubet aux Gamaldules de Gros- Bob,qm est du mois de juillet de cette année, ne permet autan doute. L'autre ëpttre a été datée de même, mais non par Hatfaîen Marais, qui l'a crue écrite en 1693*. La victoire
I. La Fontaine a fait aussi poète de deux syllabes dans la We XVI du livre Vm, V Horoscope^ au vers 44. 1. Fige ii8.
CLzxzii NOTICE BIOGRAPHIQUE
de Gatiiiât, doot y parle la Fontaine, est, selon hd, celle de la Marsaille (4 octobre 1693]. Quelques personnes veulent se ranger à son avis, parce que le duc de Vendôme prit une part brillante à cette journëe, et qu'il n'avait pas fait la campagne de 1691. Mais cette circonstance nous paratt justement prouver l'erreur de Mathieu Marais. Ck>mment la Fontaine aurait-il pu écrire à Vendôme sur la victoire de la Marsaille sans un mot de fëlicitation, qui lui était bien dû ? Il est dair d'ailleurs qu'il lui donne la nouvelle du jour : soin très-«operflu dans la supposition que' Ton fait. Comme il parait parler plutôt d'un honorable succès que d'une victoire éclatante, peut-être s'agissait-il de la levée du siège de Snse en novembre 1691, annoncée comme « im avantage sérieux » par la Gasette^. Il nous parait moins probable que la Fontaine ait dit simplement : « arrive un fait » de la victoire de StafiEude (19 août 1690). S'il en était cependant ainsi, Tépltre aurait été écrite en 1690. Quoi qu'il en soit, il y a la plus décisive des objections à la date des derniers mois de 1693. La Fontaine, alors converti, n'écrivait plus de lettres comme celle-ci, où il y a des plaisanteries sur les oraisons.
Dans le temps même où la Fontaine trouvait beaucoup trop d'agréments, mais un médiocre honneur pour sa mémoire, dans la faveur des Vendôme et des Conti, il fut aussi distingué et protégé par un prince, encore enfant, dont le nom fait contraste avec ceux-là, et qui, par ses mœurs et sa piété, devait se montrer un jour si différent du duc de Vendôme, entrer même en lutte avec lui. Le goût que le duc de Bourgogne eut de bonne heure pour l'esprit de la Fontaine lui fut inspiré par Fénelon. Ami des lettres aussi délicat qu'il en fut jamais, Fénelon eut Tindulgente chanté de ne connaître dans notre poète, quand il parle de lui, que l'admirable fabuliste. L'abbé Proyart, dans sa Fie du Dauphin^ père de Louis XF*y a dit inexactement : « La Fontaine, aussi religieux alors et aussi austère dans sa conduite qu'il avoit été licencieux dans une
I. Dans un Extraordinaire du i3 novembre 1691 (p. 647-65 1), intitulé : La levée précipiiée du siège de SoMe par le due de Savoie et rélecteur de Bavière , avec perte déplus de six cents hommes tués».., »
a. Tome I, p. s4 (Lyon, 1781).
SUR LÀ FONTAINE. glzxxiii
partie de ses ceavres, avoit accès par Fénelon jusqu'au duc de Bourgogne. » On peut craindre que le pieux biographe n'ait obëi à quelque scrupule étroit, lorsqu'il a si fort avance l'ëpoque de la conversion de la Fontaine ou recule celle des bontés que relève de Fénelon eut pour lui. La fable des Compapnns d'Ulysse a été publiée^ à la fin de 1690. Elle est dédiée au duc de Boui^ogne. Dans celle qui est intitulée le Loup et te ReiHtrd*^ la Fontaine dit qu'il en doit au jeune Prince « le sqet, le dialogue et la morale : 3»
Ce qui m*ëtoDne est qu'à huit ans Un prince en fiible ait mis la chose.
Le petit apologue dont le duc de Bourgogne a été le collaborateur est donc aussi de 1690, au plus tard de 1691; car le fils du Grand Dauphin était né le 6 août i68a. Ce ne fut pas, OD le voit, dans un temps où le fabuliste était, comme dit Fabbë Proyart, « uniquement occupé du soin de son salut, » qu'il commença d'être admis près du duc de Bourgogne. « Il lui contoit une de ses fables, et le jeune Prince lui en récitoit une autre qu'il avoit apprise de son précepteur, ou qu'il avoit hù-même composée *. 3» Sans avoir jamais renoncé aux petits poèmes, qui ont fait sa meilleure gloire, la Fontaine s'en laissait trop distraire. U fut bon pour lui d'y être rappelé par des protecteurs dont il valait mieux prendre conseil que de ceux du Temple. U avait présenté au duc de Bourgogne une des dermères fables qu'il avait composées. Le Prince lui ordonna de continuer^: ce qu'il fit, selon ses propres expressions*, par le « devoir de lui obéir » et par « la passion àtlui plaire. 3» Relevons encore ces paroles, qui suggèrent en même temps une autre remarque : « Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L'envie de vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont affoibÛe *. y> Cest ainsi qu'il disait dans les vers qui servent de préface aux Compagnons éClJfysse:
I. Dans le Jf^rcuac de d^embre 1690, p. io5-ii4* 1. Fable iz du flk XII.