‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 138 sur 379 · Attemdtt^ par erreur, dans Tédition de 1678 A · texte numérisé non relu

Attemdtt^ par erreur, dans Tédition de 1678 A

3. fictions^ an pluriel, dans les éditions de 1668 in-4* et in-ia, et dans la réimpression de 1719. Walckenaer a adopté cette leçon. — Notre texte, fiction^ au singulier, est celui des deux éditions ^ 1678. Ainsi écrit, le mot ne désigne plus les inventions diverses ^l^rit, mais Tart même d'imaginer, le ulent de mêler le men- >Mfe à la vérité, ou, comme le dit Richelet, a Faction ingénieuse ^ Tcsprit qui imagine une chose qui n*est pas. a

lA FABLBS.

qae dire la vérité. Enfin il aroit troniré un tempér»ment : c'étoit de choisir des fables cpi continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d^Ésope. Il employa donc à les mettre en "vers les derniers moments d« sa vie^

Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poéne et nos fables. Phèdre a témoigné qu il étoit de ce sentiment ; et par Texcellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes'. Après Phèdre, Aviénus a traité le même

X. Voîei le passage entier du Phédon auquel la Fontaine fait aftitlon : c Souvent, dans le aourt de ma TÎe, un même ton^e m*est apparu, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, mais me prescrivant toujours la même chose : a Socrate, me disait-il, cultive les « beaux-arts, d Jusqu'ici j*avais pris cet ordre pour une simple exhor> tation à continuer, et je m^imaginais que, semblablea aux encoura|ements par lesquels nous excitons ceux qui courent dans la lice, ces aonges, en me prescrivant Fétude des beaux-arts, m'exhortaient seulement à poursuivre mes occupations accoutumée», puisque la philosophie est le premier des arts, et que je me livrais tout entier à la philosophie. Mais depuis ma condamnation, et pendant Tintervalle que me laissait la fête du Dieu, je pensai que, si par hasard c*était aux beaux-arts dans le sens ordinaire que les songes m'ordonnaient de m'appliquer, il ne fallait pas leur désobéir, et qu'il était plus sâr pour moi de ne quitter la vie qu*après avoir satisfait aux Dieux, eo composant des vers suivant l'avertissement du songe. Je commençai donc par chanter le Dieu dont on célébrait la fête ; ensuite, faisant réflexion qu'un poète, pour être vraiment poète, ne doit pas composer des discours en vers, mais inventer des fictions, et ne me sentant pas ce talent, je me déterminai à travailler sur les fkbles d'Ésope, et je mis en vers celles que je savais, et qui se présentèrent les premières à ma mémoire. » (OEuvres de Platon^ traduites par Victor Cousin, Paris, Bossange frères, i8aa, in«-8«, tomel, p. 19a et 193.)

3. Il semblerait résulter de ce passage que la Fontaine a cru à l'existence d*un recueil fait par Socrate. C'est sur ce recueil que Phèdre aurait travaillé; ou bien, à supposer qu^îl ne Tait pas eu sous les jeux, ce que la phrase ne dit pas expressément, de l'excellence de l'œuvre de Phèdre notre poète conclut à celle de Foeuvre de Socrate, lequel était un esprit bien supérieur au iabuliste latin.

PREFACE. i3

SQJet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en atons des exemples^ non-seolemeitt obez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que lorsque nos gens y ont tra« vaille» la langue étoit si différente de ce qu'elle est, qa on ne les doit considérer c[ue comme étrangers^. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise : au contraire, je me suis flatté de Tespérance que si je ne courois dans cette carrière avec succès, on me donneroit au moins la gloire de Tavoir ouverte.

11 arrivera possible que mon travail fera naître à d'antres personnes Tenvie de porter la chose plus lotn^. l^t s'en faut que cette matière soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je n'en ai nris. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire celles qui ai'ont semblé telles ; mais outre que je puis m'ëtre trompé dans mon chmx, il ne sera pas difficile' de donner an autre tour à celles-là même que j'ai choisies; et si ce tour est moins long, il sera sans doute plus approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours obligation, eoit que ma témérité ait été heureuse, et que

I. Cette phrase feit entendre que la Fontaine a connu quelque cboce des fobles si nombreuses composées chez nous au moyen â^. Jusqa*oà s'étendait cette connaissance? Pas bien loin sans doute. Les mots dont il se sert ici et ceux qui terminent le paragraphe n'indiquent pas, du reste, qu'il fît grand cas de ces rieilles po^es.

s. La fable était déjà fort à la mode au dix-septième siècle. Indépendamment des noms de Furetière, de Mme de Villedieu, de BeBserade, les recueils de Bouhours et de Daniel de la Feuille atteMent combien de personnes essayaient alors d'exprimer sous cette famé, qui leur paraissait commode et facile, leurs idées momies 00 leurs sentiments politiques. Depuis, les fabulistes ont pullulé, bien que la perfection de leur inimitable prédécesseur eût dû les décourager, et il faut renoncer à les compter.

3. Vab. : il ne sera pas bien difficile. (1A66.) — La réimpression ^ 1739 donne ansn cette leçon, qui a été adoptée par Walckenaer.

i4 FABLES.

je ne me sois point ttt^ écarté da chemin qu'il fidloît tenir, soit que j'aie seulement exdté les autres à mieux faire.

Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à Texécutiont le public en sera juge. On ne troQ- Tera pas ici Télégance ni Textrême breveté ^ qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au»dessus de ma~pôrtée. G>mme il m'étoit impossible de Timiter en cela, j'ai cru qu'il Falloit en récompense égayer Tonvrage pins qu'il n'a fait. Non que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demtndoit pas davantage ; et si l'on y veut prendre garde, on reconnoitra dans cet auteur le vrai caractère et le^vni génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n'ai pas les perfections da langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever t un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne sauroit trop égajer les narrations '• Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison : c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré que ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferois rien si je ne les rendois nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté' et de It gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire; mais

Page 1