‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 140 sur 379 · NVt-il pat dit lui-même (Cljrmème^ yen · texte numérisé non relu

NVt-il pat dit lui-même (Cljrmème^ yen

U me tot du novnreau, n'en li&l-il point an monde ?

PRÉFACE. i5

in certain channe, un air agréaUe qu^on peut domer à toates sortes de sujets^ même les plus sérieux.

Mais ce n*est pas tant par la forme que j*ai donnée à eet ouTrage qu*on en doit mesurer le prix, qae par son utilité et par sa matière ; car qu'y a-t-il de reçommandaUe dans les productions de Tesprit, qui ne se reneontre dans Tapologue ? Cest quelque chose de si divin, que plusieurs personnages de Tantiquité ont attribué la phs grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père, celui des mortels qui avoit le plus de communication avec les Dieux. Je ne sais comme ils ii*ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables ^

I. Peat-ètre ^aTaJe1l^iU (ait au contraire, à ea juger par le paitage niTint de Philostrate : c Ésope était berger, il faisait paître son troupeso près d'un temple de Mercure. Comme il aimait la science, il la desanda au Dieu. Beaucoup d'autres étaient Tenus faire la même demaade à Mercure, déposant sur son autel soit de Tor, soit de rarjeat, soit tan caducée d^ivoire, soit quelque autre riche présent. Éiope n*était pas d'une condition à faire de telles offrandes, mais il éûit économe même de ce qu^il avait : il se bornait à verser en Kbition tout le lait d*une chèrre, à porter au Dieu autant de miel qa'en pouvait tenir, sa main, ou encore à lui offrir quelques grains de mjrte, quelques roses ou quelques violettes. « Est-il nécessaire, c 6 Mercure, disait-il, que je néglige mon troupeau pour te tresser c des couronnes ? a Lie jour fixé pour le partage de la science arriva. Hercnre, comme le dieu de l'éloquence et du gain, dit à celui qui fad avait apporté les plus riches o^randes : a Je te ferai part de ma t ictenoe ; prends place parmi les orateurs, a Puis se tournant vers cens qui étaient au second rang par leurs dons : a Toi, tu seras astrot BOBe; toi, musicien ; toi, poète héroïque; toi, po€te lambique. a I4 Dieu, malgré son habileté, distribua par mégarde toutes les KÎenees, et dans cette distribution il oublia Ésope. En oe moment, U hd revint à la mémoire que les Heures, qui l'avaient nourri sur WioMBetde l'Olympe, quand il éuit au berceau, lui avaient conté ne bble sur l'Homme et le Bœuf, où le Bœuf disait toute sorte de dtoses sur lui-même et sur la terre, et que cela lui avait fait détirer let bceufs d'Apollon. Alors il fit don à Ésope de l'art des fables, le ml qui restât en sa possession, a Reçois, lui dil-il, la première < chose que j'aie apprise, a C'est ainsi qu'Ésope Ait doté d« sa

i6 FABLIS.

et comme ik ne lear ont poîni aasîgoé un dieu qui eo eût la direction, ainsi qu*a k poésie et à Téloquence. Ce qne je dis n'est pas tout à fait sans fondement, puisque, s^il m*est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a parlé aux hommes par paraboles ; et la parahcle est-elle autre chose que Tapologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet, qu'il est plus commun et plus famili» ? Qui ne nous proposeroit à imiter que les maîtres de la sagesse, nous foumiroit un sujet d'excuse : il n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.

Cestpour ces raisons que Platon!, ayant banni Homère de sa république, y a donné à Ésope une place très-honorable. Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande ' aux nourrices de les leur apprendre ; car on ne sauroit s'accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habitudes, il faut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. Or quelle méthode y peut contribuer plus utilement que ces fables ? Dites à un enfant qne Crassus, allant' contre les Parthes, s'engagea dans

facilité pour Tarier les formes de son art, et qu^il excella dans la composition des fables. » {Apollonius de Tymmo^ $a ino^ ses vaytigas^ ses prodiges^ par Philostrate^ traduit du grec par A. Chatsang, Farts, i86a, i roi. in-8% p. 198.)

I. Vojez le troisième lirre de la RépuUique (tome VI, p. 4t> ^^ rédition citée). Du reste, dans oe passage, qui est célèbre, Platoa ne nomme ni Homère, ni Ésope ;mais tout le monde, à commencer par Cioéron (de RepuhUca^ lib. IV ^ apud Nonium)^ Ta appliqué à Homère; et la seconde partie peut bien se rapporter en effet à Ésope.

a. Il commande^ dans l'édition de 1678 A.

3. Que Crassus alla^ dans Tédition de 1678, qui corrige cette fiiute à VErrmta.

l«ur pays sans considérer comment il en sortiroit ; que cela le fit périr, lui et son armée, quelque effort qu'il fît pour se retirer. Dites au même eniant que le Renard et le Bouc descendirent au fond d*un puits pour y éteindre leur soif* ; que le Renard en sortit s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle; au contraire', le Bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance ; et par conséquent il faut coQffidérer en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet enfant. Ne s'arrêtera-t-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse de son esprit? Il ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enlknce sont d'elles-mêmes assez enfantines, sans y joindre encore de nouvelles badineries. Ces bidineries ne sont telles qu'en apparence ; car dans le fond elles portent un sens très-solide. Et comme, par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très-familiers, nous parvenons à des connoissances qui mesurent enfin le ciel et la terre, de même aussi, par les raisonnements et conséquences' que l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on se rend capable des grandes dioses. ^

Elles ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres connoissances. Les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés ; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes

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