‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 205 sur 379 · Excitus accessit putei vicinus ad oras · texte numérisé non relu

Excitus accessit putei vicinus ad oras

Salsus homoj et : « Quttnam hm; tua tam prsspostera^ dixît.

i6S FABLES. [?. xm

Cette aventure en soi, sans aller plus avant, 5

Peut servir de leçon à la plupart des hommes. Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes,

Il en est peu qui fort souvent

Ne se plaisent d'entendre dire Qu'au livre du Destin les mortels peuvent lire. lo

Mais ce livre, qu'Homère et les siens * ont chanté, Qu'est-ce, que le Hasard parmi l'antiquité,

Et parmi nous la Providence ?

Or du Hasard il n'est point de science :

S'il en étoit, on auroit tort t5

De l'appeler hasard, ni fortune, ni sort.

Toutes choses très-incertaines.

Quant aux volontés souveraines De Celui qui fieiit tout, et rien qu'avec dessein. Qui les sait, que lui seul? Comment lire en son sein? lo Auroit -il imprimé sur le front des étoiles

Est ratio ? Nom qui anie pedes qtue surU sita neseis, Dissita tam longe profiteris sidéra nossê ! >

(Fabrhb, vers 5-8.)

-» Dans Diogène de Laërte, c'est une vieille femme qui interpeUf TAstronome et lai adresse à peu près les mêmes paroles qo^emploif ici le fabuliste; dans Platon, c'est c une servante de Thrace» d*Bo esprit agréable et facétieux, » et Socrate, par qui Platon fait raconter Tanecdote, ajoute que « ce bon mot peut s'appliquer à tous ceoi qui font profession de philosophie. >

4. Cest-à-dire les poètes de l'antiquité, ceux qui puisèrent Imr inspiratiou dans Homère. — L'allégorie du livre du Destin ne $e trouve pas dans Homère, mais bien celle des deux tonneaux, letoo' neau des biens, et celui des maux {Iliade, livre XXIV, vers Sîj), que la Fontaine a traduite vers la fin du chant H de son Poème du Quinquina; et celle de la balance d'or {Iliade, livre VIII, rcn ^<i et suivants, etc.). Il y a d'anciennes représentations de la Destioéf (de la Parque Lachésis, qui la personnifie), sous la figure d'une femme tenant à la main un rouleau, sur lequel elle écrit avec un style. Vorez Otfried Mûller, Manuel de rjrc/iêologie de Part , 3« parti«i I, B, 7.

T. xm] LIVRE IL 169

Ce que la nuit des temps enfenne dans ses voiles *?

A quelle utilité? Pour exercer Tesprit

De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit ?

Pour nous faire éviter des maux inévitables ? a 5

Nous rendre, dans les biens^ de plaisir* incapables?

Et causant du dégoût pour ces biens prévenus ^,

Les convertir en maux devant qu'ils soient venus?

C'est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire.

Le firmament se meut, les astres font leur cours, 3o

Le soleil nous luit tous les jours, Tous les jours sa clarté succède à Tombre noire, Sans que nous en puissions autre chose inférer

5. M. Saint-Maro Girardin, dans sa xm* leçon (tome I, p. 44>- 44^}» cite ce passage :

Quant aux Tolontés souTeraines, etc. ,

et se demandant si ce sont là c des questions que la fable puisse traiter, » il répond avec raison : c Oui , puisqu'elles nous Tiennent niit cesse à l'esprit, et que la fable n'est que l'image allégorique de It vie humaine. > Puis, rapprochant de ce morceau la fable du Gland et la Ciirouille : C La philosophie de la Fontaine, dit-il, n'est.... ni téméraire ni ra£Bnée. » Il a sagement pour principe < qu'il ne faut pat chercher à pénétrer l'avenir, • ni c critiquer la Providence. » Faisons comme lui, c louons Dieu de toutes choses, dit l'éminent critique en terminant sa le<^n, et répétons avec Salomon : Quis hom'umm poierii scire consïlium DeiP aut quis poterit cogitare quid velit Dtiu? [JÀçre de la Sagesse ^ chapitre ne, verset i3.) Quel homme peut connaître les desseins de Dieu? ou qui pourra comprendre ce que veut le Seigneur? s — De son cûté, Walckenaer cite les vers ai et 13, et la Fontaine, combattant les chimères de l'astrologie, lui panit c majestueux et énergique comme Bossuet. s {Histoire de la Fontaine y livre III, tome I, p. 297.)

6. Plaisirs f au pluriel, dans les éditions modernes, et même dans celles de Crapelet et de Walckenaer. Les éditions anciennes donnent/i/aûcr, au singulier, excepté celle de 1678 A, qui a : < de plaisirs; > et celle d'Amsterdam 1679, où se trouve cette faute évidente : « des plaisirs, s

7. Anticipés, connus, et comme goûtés par la pensée, avant le temps.

I70 FABLBS. [r. xm

Qae la nécessité de hiire et d*éclairer, D'amener les saisons, de mûrir les semences, 35

De verser sur les corps certaines influences. Dn reste, en quoi répond au sort toujours divers ' Ce train toujours égal dont marche l'Univers? Charlatans, faiseurs d'horoscope, Quittez les cours des princes de l'Europe; 40

Emmenez avec vous les souffleurs ' tout d'un temps :' Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.

Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire De ce spéculateur*® qui fut contraint de boire. Outre la vanité de son art mensonger, 45

C'est l'image de ceux qui bâillent ^^ aux chimères, ^ Cependant qu'ils sont en danger.

Soit pour eux, soit pour leurs affaires.

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