LIVRE III
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Ponr pousser jusqu'au bout la ruse, U auroit volontiers écrit sur son chapeau : < C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. » i o
Sa personne étant ainsi faite, Et ses pieds de devant posés sur sa houlette , Guillot le sycophante* approche doucement'. Guillot, le vrai Guillot, étendu sur Therbette,
Dormoit alors profondément ; 1 5
Son chien dormoit aussi, comme aussi sa musette ^ : La plupart des brebis dormoient pareillement.
L'hypocrite les laissa faire; El pour pouvoir mener vers son fort les brebis, D voulut ajouter la parole aux habits, 20
Chose qu'il croyoit nécessaire.
Pur deceptuoir bergers, brebis et chiens, « Prist manteau gris, chappellet et moafïlette (sorte de chapeau
Pois s*eii reuint comme pharisiens, [et de gants)^
Comme bergers discretz et paciens*, La mase (musette) an col et au poing la houllette. »
(Us Ptàctz et Dietz de feu de bonne mémoire maistre Jehan MoUnet^ lattis, i53i, in- 4**, f» 93 et soirants, Jpologue du Loup et du Mouton.) 4* Trompeur. (Note de la Fontaine,) — U prend le mot dans le sens que lai ont donné les comiques latins. Voyez le Lexique.
5. M. Saint-Marc Girardin, dans sa xxiii* leçon (tome II, p. 346)» parle de oe tableau, de cette c vraie mascarade d'hypocrisie, i de ce r^ du Loup qui c espère réussir sans avoir à parler, » et il le trouve avec raison c plus comique et plus plaisant » que celui qu*il joue dans la tahle du Loup moraliste (attribuée à Voltaire , mais que Voltaire a désavouée; voyez l'édition Beuchot, tome XIV, p. 3io- 3i3, et tome XLVUI, p. 400).
6. c Ce dernier hémistiche est d*une grâce charmante. Ce qu*il y a <le hardi dans l'expression d'wt« musette qui dort devient simple et ■aturel, préparé par le sommeil du berger et du chien. 9 (Chamfoat.)
fotsihU {conte xir de la 4" partie, yen 82), répond à la forme plus moderne 'acù, et désigne ici le Loup, arec le sens de tf démon trompeur, espiègle. » PaeieuSf patient, calme. Robert a imprimé, comme au premier vers»
aia FABLES. [r. m
Mais cela gâta son affaire :
U ne put du pasteur contrefaire la voix. Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Et découvrit tout le mystère'. i5
Chacun se réveille à ce son,
Les brebis, le chien, le garçon.
Le pauvre Loup, dans cet esclandre*,
Empêché par son hoqueton,
Ne put ni fuir ni se défendre. 3o
Toujours par quelque endroit fourbes se laissent jM^ndre. Quiconque est loup agisse en loup* :
C'est le plus certain de beaucoup.
7. Voyez la fin de la fable de Handent, intitulée d'an Boae^ tt iTun Loup (l'A partie, fable 76). Le Lonp, qui
.... De tuer a la nature, Non de chanter.. .,
a de même t tresmalle aduanture, » pour avoir voulu élefer la voix.
8. Nicot traduit esclandre par « scandale; » l'Académie (1694] pv « malheur, accident qui fait éclat. » — c Mais peu dura ccsbxj esclandre, » dit Rabelaifly parlant d'un combat (livre V, chapitre x\t, tome II, p. a49).
9. Robert (introduction, p. clm) rapproche de ce ven eetif maxime analogue, tirée de la f^te des ancUms Perts de Gauthia' àf Coinsi, poëte du treizième siècle :
Cils qui le leu veult resembler La piau du leu doit affubler.
r. iv] LIVRE III. ai3
FABLE IV
LB8 GRBIfOUILLBS QUI DEMANDENT UN ROI.
Ésope, &b. 167, Bdbpax,oi (Coray, p. loi); Bérpoc^oi a^TotWreç ^ctoiXia (Conjf p. 355). — Phèdre, livre I, fab. 3, Ranm regem pttentes, — RomnlaSy livre II, fab. i. — Marie de France, fij>. 16, J'm Mstane plaln de Reines, *- Bandent, i^ partie, hh, 118, des GftmoUles /l de iuppiîer, — Corrozet, fab. 17, des GrenoUles et de leur Mof, — Le Noble, fab. ^lyde Jupiter et des Grenouilles. Le peu-pie fou.
MjrtMogia msopica Jfepeleti, p. 127, p. 890, p. Soi.
Mamuscrits de Conrart^ tome XI, p. 534, ^ Grenouilles demandant ■a Boj.
n ▼ a deQx fables indiennes évidemment inspirées par la fid>le épique; elles ont, comme elle, pour personnages les Grenouilles, et l'Hydre, qui les dévore ; mais du reste, dans ce cadre identique, faction est très-librement remaniée, et la moralité toute différente. Voyez, an sujet de cet apologue oriental, VEss<û de M. Wagener AT les rapports qui existent entre Us eqjologues de Vinde et les apologues de U Grèee^ p. 96-99 ; et les Études indiennes de M. Weber, tome III, p. 345 et 346. L*apologue même se trouve dans le Liçre des lumières^ p. s83-986, où il est suivi d'une triple affabulation d*un caractère uDeinent politique, mais tout privé ; et, avec force maximes de sens trb-dlivers, dans Je Pantschatantra^ xv« récit du livre IIÏ, et i* du hm rV (édition Benfey, tome II, p. 173-277 et p. 989-395). — La Me ésopiqne est, dit- on, une des neuf dont l'authenticité paraît le moins douteuse (voyez la Fontaine et ses de^aneiers^ par P. Soullié, p. 6s). — L'abbé GutUon cite dans ses notes une piquante allusion fiûte à cette fable par Pavillon, parlant des Hollandais (Poésies^ p. 174, Utrecht, 1731, Stances sur son voyage en Hollande) :
Ce peuple me parut, dans ces lieux aquatiques, Un reste libertin des Grenouilles antiques Qui ne voulurent point de roi.
— M. Taine (p. i35) cherche et croit trouver une ressemblance, très-
ai4 FABLES. [r. i?
peu flatteose, entre le caractère de la bourgeoisie et oefaii que ce récit prête aux Grenouilles. — Sur la fable rattachée à celle-ci par Lestiog, Toyez ci-après la note 6.
Les Grenouilles se lassant
De Tétat démocratique*,
Par leurs clameurs firent tant Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique. Il leur tomba du ciel un Roi tout pacifique : 5
Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse *,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux, lo
Dans les trous du marécage.
Sans oser de longtemps regarder au visage Celui qu'elles crojoient être un géant nouveau.
Or c'étoit im Soliveau, De qui la gravité * fit peur à la première i5
Qui, de le voir s'aventurant.
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant; Une autre la suivit , une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ; «•
Et leur troupe à la fin se rendit familière
I. On sait que dans Phèdre, Ésope raconte cette fijtle am Atbé niens à qui pèse le joug de Pisistrate. Voyez ct-desios, p. 191» b ^ de la notice de la fable xx du lierre II.