‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 262 sur 379 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

LB LION AMOURBUX.

Ésope, fab. aai, Aécuv xa\ FccopY^ (^^^^''^yi P' i43-i4^y sous cinq

fomet*, et p. 37$ et 376). — Babrius, fab. 98, Mua (ivifoTvip. —

Aphthonias, fab. 7, Fabula LeonU et FirginU^ a voluptatihus dehor»

tatu. — Handent, i* partie, fab. 28, d^un tyon ajrmant la fille ttum

nutic^tu, — Verdizotti, fab. 9, del Leone imnamorato e del Contadûio,

Mjtkologia msopîca Neveleti, p. 368, p. 337.

Chez Diodore de Sicile (Bibliothèque historique^ lirre XIX, cfaa-

phre xxt), Eomène raconte cette fable aux MacédoDiens de ion

année, qu^Antigone arait cberché vainement à sédnire par de belles

promesses, c Une fois maître de tos forces, il tous traiterait, leur

dit- il, comme le Lion qui s'était laissé arracber les ongles et les

dents. 9 — Saint Jean Cbrysostome (édition Ganme, in-4«, tome I,

p. 998) fait une très-énergique application de Tapologne aux clercs

qui, virant avec des vierges canoniques, se laissent amollir par elles

et deviennent semblables c à ce lion terrible et farouche, à qui on a

coapé la crinière, enlevé les dents, rogné les ongles, et qu*on a rendu

laid, ridicule, jouet des enfanu. » -^Ottfried MàUer (Manuel de Tjér»

ckéologie de tort, 3* partie, I, B, $ a) indique un bon nombre de mo-

ooments antiques qui reproduisent Tidée fondamentale de la fiible et

représentent soit Cupidon, soit plusieurs Amours, domptant des lions

oa d'autres bétes farouches. Un de ces monuments, la pierre d*un ca-

1. La troisième, qui est une version fort enjolivée, est tirée de Nicépbore Basilacas, sophiste du onzième siècle (voyez heonis AUatiX Excêrpta varia grmeorum sophistarum ac rhetorum, Rome, 1641, iii-80, p. i3o-i33); la quatrième est de Diodore de Sicile (voyez le troisième alinéa de cette notice).

a6a FABLES. [f. i

cbet ou d*im anneau, fidt le aojet d*iine élégante épigraMme grecqae de Marcof Argentariua (Jmtkologie palatine, ix, n« sai), traduite en yen latins par le P. GMomire (Carmina, 3« édition, Paris, 16S9, p. 4S7). — La Motte, dans le Discours sur Im fahU qui sert d^introdnction an recneil de ses fobles (Puîs, 1719* in-4«, p. xx), liUae comme invraisemblable le LUm amoureux^ traitant cette à^image picieuse, de supposition ridicule, de prodige aisurde. D 1 qne la Fontaine, oomme le fût remarquer M. Saint-Haro Gînoifia, dans sa xxin* leçon (tome II, p. 963 et a64), ait prém la crîtiqiie, et qu'il y réponde d'ayanoe par les sept premiers Ters de sa fiible, lim qu*il soit beaucoup moins en cause que les anciens inrenteors :

Du temps que les bétes pariaient, etc.

(Voyes ci-après, les Ters i8-a4, les premiers après la dédicace.) Aa reste la Motte s*est répondu lui-même, lorsqu'il nova dit (i h page XXI du Discours cité) : c J'ai remarqué qu'A snCBsoit qœ l'image fût fondée sur Topinion, et f ajonte sur une opinion sitee dont on est revenu. Le fabuleux a dans cette matière tous les droiti de la Térité (et il cite pour exemple le chant du cygne).,.» La célArilé de Topinion lui tient lieu de réalité et lui acquiert tons les pnTÎl^ d'une yérité de symbole et de pure comparaison. > A Vopimea on peut certes ajouter la tradition, poétique, légendaire, etc., et ks limites de Fallégorie seraient bien étroites, ses règles bien pointilleuses, s'il nous Aillait condamner cette c personnification poétûpe de la nature bumaine, » comme l'appelle M. Éd. du Méril (p. 99), cette frappante image de Samson près de Dalila , d*Hcrenle près d'Ompbale (royes ci-après la note 3).

A VADBVOI8BLLB DB SÉVIGirÉ'.

Sévigné, de qui les attraits Servent aux Grâces de modèle,

s. F^rançoise-Marguerite de Sérigné, fiUe de Mase de Séripé. Elle était née le 10 octobre 1646, et avait dix-neuf on ringt ansquiad la Fontaine composa et lui dédia cette £dile, si c^est, comme il y s lien de le supposer, en 166$ ou 1666 : Toyea les If ^noirar de Wakkenaer sur Mme de Séwigné (3« édition), tone V, p. S69; et, daoi b collection des Grands écrivains de lu France^ l'excdloile ffctkeèt

F. i] LIVRE ÏV. a63

Et qui naquîtes toute belle, A votre indifférence près',

M« Paul Mecnard, placée en tête des Lettres de Mme de Séçigtté (tome I9 p. loOy note i); yoyez aussi le tableau généalogique qui se troore à la suite de cette Notice (tome I, p. 340). — Mlle de Sérigné irait plus de TÎngt-denx ans, lorsqu'elle épousa, le %g jan- TÎcr 1669, le comte de Grignan, déjà veuf deux fois, un des lieutenants généraux en Languedoc, et qui fut nommé, à la fin de cette Même année, lieutenant général au gouTemement de ProTenoe.

3. Dans la dernière entrée de la seconde partie du Bailet rojal de Im Naissance de Fénus^ dansé par le Roi en i665 , Mlle de Sérigné jouait le personnage d'Omphale ; elle figurait, dans un même groupe, arec Alexandre (représenté par le Roi) et Roxane (représentée par Madame, duchesse d'Orléans), arec Achille et Briséis , arec Hereole, etc. Ce rôle d'Omphale, paraissant auprès du hàxis dompté par elle, dut donner bien naturellement à la Fontaine l'idée de lui dédier le lion amoureux. Voici la plus grande partie du couplet de quatorze rers que Benserade fit pour elle à Toccasion de ce ballet (Tojes \tMeEu9res de M, de Bensserade^ Paris, 1697, ^^°^® ^9 P* ^^4) :

Blondins accoutumés à faire des conquêtes, Derant ce jeune objet si charmant et si doux.

Tout grands héros que tous êtes, n ne faut pas laisser pourtant de filer doux. L'ingrate toule aux pieds Hercule et sa massue; QueUe que soit Toflrande, elle n'est point reçue : aie ferroit mourir le plus fidèle amant, Faute de l'assister d'un regard seulement.

Oétait un peu le sentiment de Mme de Sérigné elle-même, lequel peree à trayers les délicatesses et les atténuations de la tendresse maternelle, dans le passage suivant d'une de ses lettres (aa septembre i6te) : c Vous êtes bien injuste, ma très-chère, dans le jugement que TOUS fûtes de tous; tous dites que d'abord on tous croit aasex aimable, et qu'en tous connoissant dayantage on ne tous aime plus; c'est précisément le contraire : d'abord on tous craint, tous aTcz un air aasez dédaigneux, on n'espère point de pouToir être de tos amis ; mais quand on tous connoît, et qu'on est à portée de ce nombre, et d'aTcnr quelque part à Totre confiance, on tous adore et l'on s'attache entièrônent à tous; si quelqu'un paroH tous quitter, c'est parce qu'on tous aime, et qu'on est au désespoii* de n'êû« pas aimé autant qu'on le Toudroit : j'ai entendu louer jusqu'aux nues les charmes qu'on trouTe dans TOtre amitié, et retomber sur le peu de mérite qui £ait qu'<m n'a pu oonsenrer un tel bonheur ; ainsi chacun

i64 FABLES. [r. i

Pourriezrvous être fayoraUe S

Aux jeux innocents d*une fable,

Et voir, sans vous épouvanter,

Un Lion qu'Amour sut dompter?

Amour est un étrange maître.

Heureux qui peut ne le connottre i o

Que par récit, lui ni ses coups !

Quand on en parie devant vous,

Si la vérité vous offense,

La fable au moins se peut souffrir :

Celle-ci prend bien l'assurance 1 5

De venir à vos pieds s'offirir.

Par zèle et par reconnoissance.

Du temps que les bétes parloient ^,

Les lions entre autres vouloient

Être admis dans notre alliance. i«

Pourquoi non ? puisque leur engeance

Yaloit la nôtre en ce temps-là,

•e prend à soi de ce léger refroidissement ; et comme il n*y a point de plainte, ni de sujet yéritable, je crois qn'il n*y a qn*à causer cisemble avec quelque loisir , pour se retrouver bons amis, s Dîsobi au reste que, dans les six derniers vers du couplet dont nous avcai cité le commencement , Benserade prétend que c'est à « la boase dame, » sa mère, que c Mlle de Sevigny i doit cette indiffÊRDW qu'il lui reproche arec la Fontaine. — Sur Bille deSérigné, voyesh Notice^ déjà citée, de M. Mesnard, surtout aux pages 93*1 is; k> Mémoires de Walckenaer sur Mme de Séwigné (3« édition), tome H, chapitres xxn et xxm; tome III, chapitres u et vm; tome V, €hapître xn, p. 167 et suivantes ; et V Histoire de ia Fomtautey du mène, livre n, tome I» p. 207 et 908.

4. c Au temps que les bestes parloient (il n'y ha pas trois ioan\ ung paoure lion, etc. » (Rabsijus, livre II, chapitre xv, tome I, p. 978.) — Au sujet de ces premiers vers de la £iJ>le, voya la fia de la notice qui est en tète. — Dans la troisième des fablô données par Goray, celle de Nicéphore, le Lion fait lui-même son ëoge, vante sa force, sa beauté, sa vitesse.

». i] LIVRE IV. ^65

Apnt courage, intelligence,

Et belle hnre* outre cela.

Voici comment il en alla : a 5

Un Lion de haut parentage*,

En passant par un certain pré,

Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père auroit fort souhaité 3o

Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui sembloit bien dur;

La refuser n'étoit pas sûr'' ;

Même un refus eût fait, possible*.

Qu'on eût vu quelque beau matin 3 5

Un mariage clandestin;

Car outre qu'en toute manière

La belle étoit pour les gens fiers,

FiUe se coîffevolontiers

D'amoureux à longue crinière. 4o

Le père donc ouvertement

N'osant renvoyer notre amant,

Lui dit : « Ma fille est délicate^;

Vos griffes la pourront blesser

Quand vous voudrez la caresser. 4 5

Permettez donc qu'à chaque patte

On vous les rogne ; et pour les dents,

5. « Hurê^ en Tenerie, dit Nioot (i6o6), c'est la teste d*un sanglier, oorsy loup et autres bestes mordantes. » Furetière, en 1690, reproduit oette définition ; mais 1* Académie, en 1694, n'applique plus le moiy dans le sens propre, qu'au sanglier.

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