Lettre du 11 septembre i
sua LA FONTAINE. xxxiz
tt. Mds ce qm, sans nul doute, ne saurait être pris pour un sinple jeu d'esprit, c'est le tableau que Yoa entrevoit là de ce ménage très-lëger, oà la Fontaine avait £ait entrer le nonchaloir et la frivolité ; c'est la physionomie de cette jeune femme dësœuvrëe, presque toujours dâaissëe, qui ne prend plaisir, quand ce n'est pas ennui, que dans les bavardages des caillettes, ou dans la lecture de fadaises.
n nous semble que ces lettres nous apprennent sur elle autre chose encore : qu'elle ëtait femme d'esprit, tout au moins d'esprit assez orné, quelle que fût la qualité de cet ornement, et avec qui ce n'était point peine perdue de se mettre en frais de traits piquants, d'élégantes descriptions, de prose agréablement tourna et de jolis vers. Quoique cette correspondance fût apparemment destinée à passer de mains en mains dans les cercles lettrés, et que, sous le couvert de sa femme, la Fimtaine l'a^lressâtà toute la nation du Pâmasse^ il fallait qu'il y eût au moins quelque vraisemblance à parler à Bille de la Fontaine la langue des beaux esprits, et qu'elle fût connue pour être en état de l'entaidre.. C'était en effet, nous en avons des preuves, fidée que l'on avait d'elle. Un an avant ces lettres du voyage dans le limousin, Radne qui, dIJzès, en écrivait à la Fontaine de non moins littérairement ornées, lui disait, après l'avoir prié de lui renvoyer ses Bains de Vénus et de lui mander en même temps quel jugement il en portait : « Je feis la même prière à votre académie de Château-Thierry, surtout à MDe de la Fontaine. Je ne lui demande aucune grftce pour mes ouvrages ; qu'elle les traite rigoureusement ^. » Quand on supposerait un peu de politesse à reconnaître pour arbitre du goût une compatriote de la Ferté-Milon', il y devait cependant avoir quelque prétexte. Il n'est pas à présumer que personne eût Cadt de ces politesses-là à Mme Racine. Le rapprochement de la mention de l'académie de Château-Thierry et du nom de Mlle de la Fontaine nous parait avoir ce sens, que œDe-ci avait sa place dans ce bureau d'esprit, où l'on doit supposer que les femmes étaient admises aussi bien que les
I. Lettre du 4 juillet 1669 : voyez au tome VI, p. 494i ^ (Muwrtê de /. Racine.
s. Elle était même sa parente : voyez ci-après, p. lxx.
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