F. IV] LIVRE V
« Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
— On les fera passer pour cornes, Dit ranimai craintif, et cornes de licornes*. s o
J'aurai beau protester; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons*. •
5. c Cette oonsoniianoe fait ici an très-bon effet, parce qn*elle ar^ réte Tetprit sur Tidée de Texagération qu'emploient les accusateors. 11 (CiuiiPOBT.) — Pline dit, au Ûrre VIII de son Histoire naturelle (chapitre xxxi), qne la licorne, qu'il appelle monoceras^ a au milieu du front c une corne noire longue de deux coudées, t uno cornu nigro média fronte euhitontm duum eminente, La licorne est mentionnc'e plusieurs fois dans la Biile; la Vulgate la désigne par le nom d'f^iiieamis, dont le mot français est une corruption ; elle parait souvent dans les poèmes du moyen âge. On peut roir sur cet animal fabuleux (telle est du moins aujourd'hui l'opinion à peu près générale) un intéressant article de M. £. Desmarest dans le Dictionnaire d*liutoire naturelle de Ch. d'Orbigny.
6. Seront traitées d'extravagances, f Les Petites-Maisons étaient un hôpital fondé par la ville de Paris en 1497, ^ désigné d'abord sous le nom de Maladreriê de Saint^Gennain, On lui donna le nom de Petites^ Maisons^ parce que les cours qui le composaient étaient entourées de petites maisons fort basses qui servaient de logement à plus de quatre cents vieillards entretenus par le grand bureau des pauvres. Cet hôpital était aussi destiné à recevoir des fous, et l'expression Petites-Maisons devint synonyme â^hopiial de fous* a (M. Cui- WLVEL, Dictionnaire historique des Institutions^ mœurs et coutumes de la France^ a* partie, p. 977.) — t Et Dieu veuille, dit encore M. Saint. Marc Girardin à l'endroit cité (tome I, p. iSa et a33), que ce soient seulement le dire et les raisons qui aillent k l'hôpital des fous, et non pas la personne I i II confirme ensuite cette crainte par un navrant récit emprunté à l'histoire de Venise sous la domination autrichienne. — Voici la morale de Faême (vers la et i3) :
Cui pita suh tyranno agenda contigU^ Insons heet sit^ pUctitur stspe ut nocens.
378 FABLES. [r. t
LB RBNAJID AYANT LÀ QUBDE COUPES^.
Ésope, fab. 7, !àXc&9ctxe(, 'AX(&icv)Ç x^Xoupoç (Coray, p. 7, p. 184). — Faërne, Êab. 61, Fulpes, — Haudeot, a* partie., hh, 4, 4ttm At* gaard sans queue, — Gorrozet, bh, 71, du Rfgnard sans qmeue,
Mjrihologia msopiea Nepeleti^ p. guy p. 5 16 (Tojez ci-après la note 7).
Un vieux Renard, mais des plus fins»
Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, Sentant son renard d'une lieue ', Fut enfin an piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé, 5
~ I. Un mot suffit à notre TÎeille langue pour rendre c ajant la queue coupée; h le Renard escouê, dît Corrozet. C'est le latin cscoadis, mot que nous ne trouvons employé qu'au figuré, comme terne de métrique. Haudent, Benserade et notre poète lui-même, au tcts 17, se sont servis, dans le même sens, d*e'courté (escourté). Les Grecs, comme on le voit par Tun des litres donnés dans la notice, expriment aussi ridée par le ^eul adjectif x6Xoupo(.
1. C*est une nouvelle imitation du vers de Marot cité plus haut (p. 34a, fin de la note 1). — Uahbé Batteux, dans ses Principes de la âitérature (Ttaité de V apologue ^ chapitre i), allègue les trois premiers vers comme exemple de description de mœurs. Lessîng, dans sa TV* dissertation {du Style des fables y tome V des OEuvres, p. 4i3, édition Lachmann, Berlin, i838}, les critique comme on développe* ment oiseux, contraire, dit- il, à la nature même de la fiible, le non seul du Renard sufiOsant pour éveiller en nous tout ce que contîeiit cette description. Mais pourquoi, je le demande, cette règle étroite? De quel droit peut-on défendre au fiftbuliste de donner à ses personnages, outre les qualités du genre ou de l'espèce, un caractère individuel, qui peut être, par exemple, comme ici, de porter ees qualités an plus haut degré ?