LB8 MÉDECINS
Ésope, fiJ>. 3i, Icrrpbc xal Nooc&v (Goray, soas deux fonnesy p. ai); fab. 43, Noffûv xa\ 'lorpdç (Coray, p. ^7, p. 3oa). Ancime de a» fiiblet grecques ne se rapporte eiactement à celle de la Fontaine. U première, qui a été mise en français par Haudent (a* partie, bh. i5» itun Médecin et des hommes portant un corps mort), déTeloppe le trait final : f S*il m*eùt eni, etc. » (Voyez la dernière note de la &Ue.} La seconde met en scène nn médecin Tant-mienx. Benserade coosiore aussi un quairam (le Gxxn*) au médecin Tant-mieux ; son cxlti* raille le médecin Tant-pis.
c Cette Càblci dit Chamfort, est moins on apologue qo'une éfîgramme. Comme telle, elle est m^ne parfidte, et elle figurerait trèsbien parmi les épigrammes de Rousseau. »
Le médecin Tant^pis alloit voir un malade
Que visitoit aussi son confrère Tant-mieux^.
Ce dernier espéroit, quoique son camarade
Soutint que le gisant* iroit voir ses aïeux.
Tous deux s*étant trouvés différents pour la cure, s
Leur malade paya le tribut à nature *,
I . Dans le premier des quatrains de Benserade indiqués cîh Tant^mieux n'est pas le nom, mais, bien moins plaisamment, le propos constant du médecin :
Un de ces médecins qui font tant de visites
Au malade gisant disoit toujours : c Tant mietix. »
a. Benserade a employé le même mot, mais adjectiTement : Toyec la note précédente.
3. Boileauy dans sa x« satire (rers 411-418), noua montre <leax médecins c mandés au secours » d'une malade, qui
Lui donnent sagement le mal qn*elle n'a point, et
Au tombean mérité la mettent dans les formes.
F. ui] LIVRE V. 4o3
Après qu'en ses conseils Tant-pis eut été cru.
Ils triomphoient encor sur cette maladie.
L'un disoit : « Il est mort; je Tavois bien prévu ^.
— S'il m'eût cru, disoit Vautre, il seroit plein de vie*. »
4. Daot le quatrain cxlti de Benseradei le médecin dit aa fossoyeur entenrant le malade :
Cest dommage d'un tel, mais je me persuade Qa'il ne pouToit guérir, tant il étoit malsain.
5. Voyez la notice en tète de la fable. Coray pense que Démosthène fait allusion à la première des deux fables âopiques (la 3i*), lorsque, dans son Discours de la Couronne (édition Reiske, 1770, tome I| p. 307 et 3o8), il fait dire au médecin accompagnant le malade qu'on porte au tombeau : c Si cet hoomie aTait fkit ceci et cela, il ne serait pas mort : » £{ xb xol tb 2ico{i)9tv dfvOpciMCoc Q&t09\, o&x è*
4o4 FABLES. [t. un
FABLE XIII
LA POULB AUX OBUFS d'oR.
Étope, hh. i36, 'Opvic xp^)aoT6xoc, ^Av^p xol\ "O^'hç (Coray, p. 77 et 78, sous trois formesi et p. 335 et 336). La foble 14, Tw^ xol ''Opvtç (Coray, p. 17 et 18, p. 192 et 193}, est pareille pour la moralité, mais différeote pour le récit. — Babrios, fab. ia3, 'Opn; XpuaoT6xo<. — Arianus, fab. 33, J/uer et Rustictu, «~ Handcnt, i^ partie, fab. 109, tTim Homme et de sa Poulie. — Coirozet, fij). 91, de la Femme et de la Geline,
Mfthologia msoplca Neveleti^ p. 1981 p. 365, p. 47^*
Le manuscrit de M. le comte de Lurde que noas stods mentioiuié pins hant (p. 396) porte, an verso de la fable z de ce li^re, cette fiUileci, écrite de la même main, sans ancone Tariante qui la distingue de notre texte. — Elle est aussi an Manuscrit de Samia^GenefièH,
Benserade a sur ce sujet un quatrain bien tourné (le cxx^) :
Un Homme ayoit une Oie, et c'étoit son trésor.
Car elle lui pondoit tous les jours un oeuf d*or.
La croyant pleine d*œufs, le fou s'impatiente, / ,
La tue, et d'un seul coup perd le fonds et la rente. ''*'^';^^
Pdàr les fables orientales qu'on a rapprochées de celle-ei, on p«oi consulter le Mémoire de M. Wagener, p. 81*87; les Études indie/mn de M. Weber, tome III, p. 34o et 34i; et le tome I du Pantsckatantra de M. Benfey, p. 36o et 36i, p. 378-380. Le rapport nom parait trop peu frappant pour qu'il soit à prq>os de l'indiquer id. Voyez ci-après note a. — Une aftabulation analogue se tire de k £ftble de l'arbre qu'on abat ou Teut abattre pour en manger plus commodément les fruits. Desmay, dans P Ésope du temps (1677, faUe xm), l'a mise en yers , sous ce titre : Us Loirs ou la Débauche funeste, H vaudrait beaucoup mieux mettre le cbéne k bas, dit l'on des Loiff*
Rien ne seroit si commode au repas :
n faudroit seulement se baisser pour en prendre.
Mais un antre mieux arisé s'oppose à oe funeste dessein el montre à
F. xiu] LIVRE V. 4o5
•et oompagnont qae ce serait folie de c faire mourir leur nourrice. » — On trouTera à V Appendice de ce volume one fable latine de Hilton, où Tarbre, an lieu d*étre abattu, est transplanté, et dont la moralité est à peu près la même.
L^avarice perd tout en voulant tout gagner^.
Je ne veux, pour le témoigner, Que celui dont la Poule, à ce que dit la feblci
Pondoit tous les jours un œuf d'or ' . n crut que dans son corps elle avoit un trésor* : 5
n la tua, rouvrit, et la trouva semblable A ceUes dont les œufs ne lui rapportoient rieui S'étant lui-même été le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches ^ !
I. Qies Babrius (vers 7), la morale, appliquée an fiait particulier raconté dans la fable, est ainsi rendue :
nX«(0V<K fpCi>Ç.... l9Tipl)9S XfiW hvoiy
c Le désir de plus le prira de ce qu'il avait. » — Pantaleo Gandidus (Weiss), qui, dans sa fable 54 : Mulier et GalUna aurîpara, a traité le sujet d'une des fisd)les ésopiques (la a4«), termine ainsi son apologue ;
Magna appetens amiitU et mediocria.
a. Dans une fable de Lockman, c'est, au lieu d'un csuf d'or, un OBuf d'argent. M. Éd. du Méril {Poésies inédites du moyen âge, p. aa et note 1} conclut de là que la fable a très-vraisemblablement une origine sémitique. Dans celle des fables ésopiques que nous avons indiqifée, dans la notice, sous le titre de la Femme et la Poule (Fuv^ taX 'Opvic), il est question d'un œuf ordinaire. En arabe, et cela peut expliquer que dans la tradition l'œuf ordinaire se soit cbangé en œuf d*aigent, les mots blanc et œuf ont la même racine, et l'adjectif qui signifie blane se prend substantivement pour dire argent,
3. L'une des versions de la £ible ésopique (n® i36) dit de même : c Car il croyait que dans ses entrailles il trouverait un trésor, n ftéxtt Y^kp h Totç hpéxoK^ oc&rfiç OijoaupÇ tivi Ivtu3(^£îV. — Dans la version la plus connue, on lit : ^Yxov fj^Moion^ ce que Haudent traduit par c une nuisse d*or fin. 1
4. Chiehe^ dont la vraie signification est c mesquin , parcimo-
4o6 FABLES. [p. zm
Pendant ces derniers temps', combien en a-t-on vus lo Qui du soir au matin sont pauvres devenus. Pour vouloir trop tôt être riches!
nienx, » est pris ici an sens ^aport^ antre dans TacceptieB éUmâat dn latin avarus^ qui reat dire avide en général, et surtout avide iar^ gent^ cupide. Au premier vers, avarice est employé avec cette mteie extension de sens. — Dans Tédition de 1719, on a imprimé par erreur, au lieu de chiekes^ le mot qui est déjà à la rime : riches,
5. Les exemples qui confirment cette leçon ne manquent en ancoa temps. Est-ce une nouvelle allusion à ceux dont il est parié ci-dessus, p. 9 5a, note 7?
F. xivj LIVRE V. 407
FABLE XIV
l'âne portant* des rbuqxtbs.
Éfope, hh. iSy, "Ovo^ paordR^cov £?B(«>Xov, 'Ovoç ^ocjTdECcDV 'ÂYoXjjLa (Gokay, p. 168 , p. 169, p. 889, sous trois formes). — Faërne, fab. 95, Asmus simulacrum ^estons,
Mjrthologia msopiea Nepeleti, p. 297, p. SSy.
Cette fable est la troisième et dernière dn noianuscrit dé M. le comte de Larde dont nous avons parlé dans les notices des fables x et xm de ce livre. Voyez ci-après la note i.
c L*Ane portant les mystères, 1 est un proverbe grée. On se servait d'&nes, dit-on, pour transporter d'Atbènes à Eleusis les objets nécessaires à la célébration des mystères, c Par Jupiter! dit Tesclave Kantbias dans les Grenauiiles d*Aristopbane (vers 169 et i^), je sois donc r&ne qqi porte les mystères ; mais je ne les porterai pas davantage; »
N^ tbv Af *, ïywy^ o5v ^voç dfywv {AU9Ti(pta •
— Cet apologue fait le sujet du vii« emblème d*Alciat, qui est précédé de ces mots : Non tibî^ sed reHgioni, Claude Mignault» plus connu sous le nom de Mîn9s, cite, dans le commentaire qu'il a dît de cet emblème, le distique suivant du savant Jean Mercier, successeur de Vatable dans la chaire d*hébren du Collège royal :
Quid sibi pult Jsintu ter go mysteria portons? Indoctos pideas smpe prmesse sacris,
— • Voici TAne qui passe gravement , dit M. Saint-Marc Girardin (xiv* leçon, tome II, p. a), portant des reb'ques, et tout le monde le salue. L'Ane prend pour lui ces hommages. Quelqu'un l'avertit :
Ce n'est pas vous, c'est l'idole, A qui cet honneur se rend.
Ce quelqu'un est assurément un mal-appris : pourquoi détromper 1. Dans le manuscrit de M. de Lurde, portant est précédé de
4o8 FABLKS. [r. xn
TAne? pourquoi lai 6ter rilluiion qui fiûiait ton bonheur? De {^, j*y trooTe an inconTénient : TAne dorénaTant portera moini biea les reliqoet; il aara Tair moins graye et moins solnmri. H tel croire en oe monde aox rdîques qu'on porte. Il y a eependnt aussi un autre inconTénient : c^est d*y trop croire, ou plutôt de croire en soi-même à cause des reliques qu'on porte. Fant«>il un exemple? Nous arons rdevé le principe d^autorité, qui était tombé par tene, et nous aTons eu raison ; nous le portons areo rérérence , et en eda encore nous avons raison. Mais ne croyons pas que ce principe puis» rendre Ténérables et sacrés tous ceux qui le portent. Sana cda, gut à la fable de TAne qui porte des reliques ! » — L'apologue de Bon^ sauU, I0 Jardîmer et tJne^ qui se trouve dans l'acte II (scène i) de U comédie èi Ésope à la eoWf a un sujet tout différent ; nais la morale n'est pas sans quelque analogie avec celle qu'enseigne notre fidile. L'Ane porte des fleurs, on le recherche et le suit ; il porte du fumier^ on le maudit et le fuit.
Un Baudet chargé de reliques * S^agina qu'on Tadoroit :
Dans ce penser il se carroit'^ Recevant comme siens Tencens et les cantiques.
Quelqu'un^ vit l'erreur, et lui dit : $
« Maître Baudet, ôtez-vous de l'esprit Une vanité si foUe.
Ce n'est pas vous, c'est l'idole *,
eAar^, biffé. On Toit qu'on avait d'abord voulu écrire : c l'Ane chargé de reliques. »
a. Les autres fid>ulistes, même les modernes, ont laissé le sujet tout païen. L'Ane porte la statue d'un dieu, Ç6cevQfy, dp^^ipouv pp^tac, eîmulacruM argenleum (dit Faërne), JsUHs effigiem (Alciat), mme iéioie de bois (Benserade, quatrain ocvm).
3. Dans la fable ésopique, il saute de joie, et peu s'en faut qu'il ne jette à terre la statue : mipr&v ^(uXXs tbv Ocbv ^{^^i.
4. Ce queiqu^un, dans les autres fables, c'est son maître, c'eit TAnier, qui lui enseigne la modestie à coups de bâton.
5. La Fontaine mêle sans serapule le langage païen et le langage chrétien* On sait an reste que le mot idole, dont le sens étymologiqof
F. xit] livre V. 409
A qui cet honneur se rend*.
Et que'' la gloire en est due. » 10
D*un magistrat ignorant C'est la robe qu*on salue*.
est image^ s'emploie trèt-touTent an figuré pour toot objet de cnlt» et d'adoration.
6. Dam le quatrain grec de Gabrias, donné par Nerelet et Goray :
.... Oi ^thç ol», T^ Oc^ Wy«i«.
*- Dam VemhUme d*Alciat (Tert 7 et 8) :
Donêc eum flagrit compescetu dixit agaso : € Hofi es Deus tu, MeiU, sed Deum pthit. 9
7. Que remplace à qui, Cett un changement de tonr. Le second membre relatif est construit comme si la phrase commentait par : c Ce n*est pas à rom. 1
8. Montaigne a dit (livre III, chapitre vin, tome III, p. 4ai) : c Festois sur ce poinct, qu'il ne fouit que Teoir un homme esleué en dignité : quand nom Taurions cogneu, trois iomrs deuant, homme de peu, il coule insensiblement en nos opinions une image de grandeur et de suffisaoce; et nous persuadons que, croissant de train et de crédit, il est creu de mérite : nous iugeons de luy, non selon sa ▼aleur, mais à la mode des iectom, selon la prerogatiue de son rang. Que la chance tourne aussy, qu'il retumbe et se mesle à la presse, chaseun s*enqniert auecques admiration de la cause qui Fauoit guindé si hault : • Est ce luy? faict on; n'y s^uoit il aultre chose quand il c y estoit ? Les princes se contentent ils de si peu ? Nous estions vrayec ment en bonnes maim! » — Bouchet, dans sa ix« serée (livre I, p. 993, Rouen, i635), parle d'un magistrat qui • se persuadoit que sa robbe d'escarlatte l'auoit transformé en une autre espèce. 1 — La moralité en prose qui suit la fable de Gabrias recommande aux per^ sonnes en dignité de se souvenir, quand on les honore, qu'elles sont hommes : xobç h Hiié^uxai Tt(Mi>{JLivou( ^^^ fv^tSiOUiVi 8tt M^uami t?9tv, ce que Faëme traduit ainsi (vers 8) :
Se iwrit hominem, qui maghtnUum gerit,
~~ Voyez la notice en tète de la £ftble.
4io FABLES. [r.iv
FABLE XV
LB CERF BT LA YIGNX.
Éiope, &b. 65, *EXflc90( xa\ 'AiasmXck (Coray» P- 39» p. 3 14). — Ftume, hh. 70, Cêrva et Fuis. — Hmident, V^ partie» fab. 48, JTvu Bichs et des Femeurs,
Mjrthologia msopica NepeUti^ p, 143, p. 359.
M. Chambry a, dans sa belle collecdon d'autographes, un manascrit de cette fable» signé Db la FoBTAnrBy qu'il nous a communiqué fort obligeamment ; il n'offre que deux variantes d'orthographe insignifiantes : vmJ et azile^ et deux ou trois de ponctuation» qui n'affectent point le sens.
Un Cerf, à la faveur d'une vigne fort haute, Et telle qu'on en voit en de certains climats^, S'étant mis à couvert et sauvé du trépas, Lesveneurs, pour ce coup, croyoient leurs chiens enfaute'; Ds les rappellent donc. Le Cerf, hors de danger', s
Broute sa bienfiiitrice^ : ingratitude extrême !
I. En Italie» par exemple » on du moins dans la plus grande partie de l'Italie, où la yigne n'est pas taillée comme dans nos pays» mais s'élère et se marie aux aibres. Les allusions à cette manière de culûrer la vigne abondent chez les poëtes latins. Quam altissimam ptmemm faeito^ dit Caton» cité par Pline an lirre XVII de V Histoire matureBe^ chapitre xxxv» % 34* — Faëme, qui écriYait en Italie an seizième siècle» peint ainsi l'abri tonfifu du Cerf (yers a et 3] :
Frondea ramosss suiiens umkraada fntisj DelUuit..,,