Le Noble s'exprime à peu près de même
Couleuvre de fort petit sens.
4i4 FABLES. [r.xfi
Seulement le quart d*ane obole *, Ta te romprois tontes les dents''.
Je ne crains que celles du temps*. »
Ceci s'adresse à vous, esprits dn dernier ordre,
Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre*.
Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages Sur tant de beaux ouvrages?
6. L'édition de 1678 porte : d'un ohoU^ ainsi que cdles de 1688 et de Londres 1708. Noos pensons que c*est simplement une fiiote d*iBpression. L'édition de 1668 donne : une obole ^ et celle de 1678 eUe-méme écrit ainsi ces mots au dernier Ters de la fMe zn da lirre II. Nous derons toutefois fiûre remarquer que le mot oMe t été autrefois dn masculin, comme le grec ^(60^. Le Dietiemmam de Nicot le fait de ce genre en 1606, et Ménage, tout en dédanat qu*ii est dn féminin, le range encore dans la liste des noms de genre douteux : Toyes ses Observations sur la langue fran^oise (éditioe de 1675, p. i56).
7* La pensée est ainsi développée dans la fable d'Tscpei 1 :
Ta dent de riens ne me pnet nuire.
Mais ie puis les tienex destmire.
Bien say, tu ne me cognois mie :
Es dent le fer use et esmie.
Et fais fiurine deuenir.
8. c Cette idée très-philosophique, jetée dans le discours que la Fontaine prête k la Lime, fait beaucoup dVffet, parce qu'elle est cmtièrement inattendue. > (CuAicroRT.) — • Les dents du temps ■ rappellent le tempus edas rerum et Vedax vetusias d'Oride (lirre XV do Métamorphoses^ vers 934 ^ ^1^)» Ailleurs (Pontiques^ lirre IV, ^ tre Tm, vers 49 ^ 5o) le même poète rend ainsi Tidée, que now arons ici, du fer même consumé par le temps :
Tt^ida eomsumit ferrum lapidemgue vetustas ; NuUaque res majus iempore robur habei*
9. • Cette couleuTre est la figure du satirique insolent, » dit le Noble dans la morale eu prose qu*il a placée à la suite de n fable.
F. xvi] LIVRE Y. itS
lis sont pour vous d*airam, d'acier, de diamant^*.
lo. Exegi momumentum mre perennius, Begaûque situ Pjramidum altius.
(HoHAGBy livre III, ode xxx» "vert i.)
— Gerazez fiût remarqaer qae Ldnruii ÇLvrTe YI, ode xxni) dit, lui anssi, de ton recueil à' Odes ^ mais aTec moim de raison qu'Uonoe :
GrAce à la mase qui m'inspire, Il est fini ce monument....
Plus hardi que les Pyramides, Et plus durable que l'airain.
— Pftntaleo Candidus termine par une tout autre affabulation :
ifuUi eupitis sic adbmrent mordicus ^
Ut damna qua patiuntttr haud curent sua,
-^ Voyez encore d'autres applications de l'allégorie dans a notice en tête de la fable.
iiS FABLES. [t. m
FABLE XVII
LB LIBYEE ET UL PBEDRIX.
Phèdre, litre I» fab. 9, Passer et tepus. — - Neckiniy &b. i4i ^ Lepcre et Aecipiire et Peusere (Éd. da Méril, Poésies uMtss ù moyen dge^ p. 187 et 188). — On retrooTe la même moralitéi âvec vn anjet et des penonnagea différents, dans la îthlt 141 d*Abitemiiit, de iMpo in fossam Upso et Vulpe irridente (Tojez ci-aprèt la note i}.
Mfthologia tsêopica Neveleti^ p. 894» P* ^Q^.
Dana Phèdre, dans Neckam, et dans la TÎeille fia>le ^Ysefetll ettée par Robert (tome I, p. 344-346), le cadre n'est pas tout à fût le même. Le Moineau se moqne da Lierre pris par on Aigle, et ûeM lui-même pris par on Éperrier.
U ne te faut jamais moquer des misérables : Car qui peut s'assurer d*étre toujours heureux ^ ? Le sage Ésope dans ses febles
I. Ces deux Ters traduisent à peu près la morale de la £d)k d*Abstemius mentionnée dans la notice : Fmhala imdietu eJwrum ceUwùtûiibuê nunquam insuitandum, quum in easdèm nos quoque ineidere pe»' simui. — t Cette raison de ne pas se moquer des misérables a Tair d*être peu noble et peu généreuse. En effet , une âme honnête ne le mocperait pas des misérables, quand même elle serait assurée d*àie toujours dans le bonheur. Mais la Fontaine se contente de nooi renToyer au simple bon sens, et fonde sa morale sur la nature oooimune et sur la raison Tulgaire. On a remarqué qu^il n*était pss le poète de rhérolsme, c'est assez pour lui d^êire celui de la natnre et de la raison. > (Chamvokt.) — Voici Taffabulation à^Ysopet 77, presque identique aussi pour Tidée :
Peschié est et folie De dire vilonie A hom desoonfoité.
Tel est or hui ea TÎe,
F. XYii] LIVRE V. 4,7
Nous en donne on exemple on deux*.
Celui qu'en ces ver» je propose, S
Et les sienSy ce sont même chose.
Le Lièvre et la Perdrix /concitoyens d'nn champ', Yivoient dans nn état, ce semble, assez tranquille,
Quand une meute s'approchant Oblige le premier à diercber un asile : i o
n s'enfuit dans son fort^, met les chiens en défaut.
Sans même en excepter Brifaut*.
Enfin il se trahit lui-même
Et demain n* j est mie ; Aint perdra la santé.
— Celle de Phèdre (Ters x et a) :
Sihi non céufere^ et oRU comMum dmte^ Stultum ess4,.m*
sons semble sortir 'moins directement du récit.
1. On voit par la notice que dans les fables grecques dites d*Ésope nous ne tronrons pas de fid>le qui corresponde à celle-ci. — Dans les manuscrits de Conrart, dont nous aTons parlé déjà plusieurs fois, au milieu d*un certain nombre de fables de la Fontaine il s*en rencontre une (tome XI , p. 535), intitulée le Benard et rÉcttreuU^ qui commence par ces quatre Ters :
n ne se faut jaguûs moquer des misérables, etc.
M. Edouard Foumier Ta insérée dans son livre de PEsprit Jes amtru (p. 114 et ii5, 4* édition, 1861); et M. Paul Lacroix Ta placée en tète de ses Œuvres inédites de /. de la Foittaine (Paris, L. HacheUe, i863, in*8«, p. 3 et 4). Nous j reriendrons ailleurs.
3. Au sujet du complément qu'a ici le mot eomeitojretUf vojes le LeMfoe,
4. M. Littré définit /brf, terme de chasse : f Le plus épais du boîs et des buissons où les bèces sauvages se retirait. > Voyei encore le Lexique; et en outre ci-dessus, p. 173, note 9.
5. Ce nom de chien, que nous retrouverons dans la fahle xrr du livre IX (vers a;), vient du verbe irifety c manger avidement, > et
J. Dx Là FojrrAUix. i 17*
4i8 FABLES. [r. xto
Par les espriu* soflants'' de son coqps éduuiffé. Miraut * , sur leur odeur ayant pbilosc^thé, 1 5
Conclut que c'est son lièvre, et d'une ardeur extrême n le pousse; et Rustaut*, qui n'a jamais menti.
Dit que le Lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gtte.
La Perdrix le raille, et lui dit : i*
•« Tu te vantois d'être si vite !
Qu'as-tu £ut de tes pieds*^? » Au moment qu'elle rit. Son tour vient; on la trouve. Elle croit que ses ailes La sauront garantir à toute extrémité ;
ngnifie proprement c goalu, goarmand. > — Babdaîs (lîrre I, ehipitre LFT, tome I, p. 177) l'applique aux nfariers :
t Cy ii*entres pas tous ntnrien, ohiohars, Brimmlx» lescnars, qui Umsionrt amaMét. >
^ Dans le i3* des Contes et Discourt d^Eutrttpel (Eemiefi iSSS, p. 66 Terso), Brifaut est le nom d*mi Talet de chaste c distrilNiteBr des lerriers. 1