‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 365 sur 379 · XV. — Page 2o · texte numérisé non relu

XV. — Page 2o

(UvrelII, fable n.)

BlinBiiut Je vau toos conter une jolie fable; il le pentqae

Tons Tayes déjà entendue. Mais, comme elle sert à mes fini, je ne risquerai à la débiter encore.

a* CnoTXV. Soit I je Tentendrai, Monsieur ; mais ne cro}^ pii leunner notre misère arec une fable. N'importe! si ^ Touspb^t narrez toujours.

MiHBHius. Un jour, tous les membres du oorpt humaiB se ■iti' nèrent contre le ventre, Faccnsant et se plaignant de oe que lui ^ il demeurait au milieu du corps, paresseux et inactif, absoiM comme im gouffre la nourriture , sans jamais porter sa paît ^ labeur commun^ là où tous les antres organes t'occupaÎMit de ^y

d'entendre, de penfer, de diriger^ de mardiery de tentir, et de snb- ▼enir, par leur mntnél conoonrt, anx appétits et aux désira oommims du corps entier. Le ventre répondit....

ft* Crotxv. Voyons, Monsienr, qneUe réponse fit le ventre ?

Mimbmjs. Je vais vous dire, Monsieur. Avec une espèce de sonrire qui ne venait pas de la rate, mais de certaine région (car, aprfes tout, je puis aussi bien faire sourire le ventre que le Ciire parler), il répoudit dédaignensement aux membres mécontents, à ces mutins qui se récriaient contre ses accaparements, exactement comme vons récriminez contre nos sénateurs parce qu*ils ne sont pas traités comme vous....

a« Crotim. Voyons la réponse du ventre.... Quoi? si la tête portant couronne royale, Tœil vigilant, le cœur, notre conseiller, le bras, notre soldat, le pied, notre coursier, notre trompette, la lan* gne, et tant d*autres menas auxiliaires qui défendent notre constitution, si tous...»

MÂMànv». Eh bien, après ? (ce gaillard-là ne veut-il pas me couper la parole?) Eh bien, après? eh bien, après?

1* CrroTEN. Si tous étaient molestés par le ventre vorace, qui est la sentine du corps....

MiHimus. Eh bien, après ?

s* GnoTxv. Si tous ces organes se plaignaient, que pouvait répondre le ventre?

MiiiiKiiTS. Je vais vous le dire. Si vous voulez m*accorder un peu de ce que vous n'avez guère, un moment de patience, vous allez entendre la réponse du ventre.

a* CiTOTXsr. Vous mettez le temps à la dire I

Miifinus. Notez bien ceci, Tami! Votre ventre, toujours fort grave, gardant son calme, sans s'emporter comme ses aconsateurs, répondit ainsi : c H est bien vrai, mes cbers conjoints, que je reçois le premier toute la nourriture qui vous hit vivre ; et c'est chose juste, puisque je suis le grenier et le magasin du corps entier, liîsis si vous vous souvenez, je renvoie tout par les rivières du sang, jusqu'au palais du coeur, jusqu'au trône de la raison; et, grftce aux conduits sinueux du corps humain , les nerfs les plus forts et les moindres veines reçoivent de moi ce simple nécessaire qui les £iit vivre. Et, bien que tous k la fob, mes bons amis.... » c'est le ventre qui parle, remarquez bien.

1* CrroTEH. Oui, Monsieur. Parfaitemient, parfaitement !

Miinbnus% « Bien que tous à la fois vous ne puissiez voir ce que je fournis k chacun de vous, je puis vous prouver, par un compte rigoureux, que je vous transmets toute la fiirine et ne garde pour moi que le son. » Qu'en dites- voos?

ft* Grotbii. Citait une réponse. Qodle «ppUcutiop en fako-Tooi ?

IfiMimut. Le sénat de Rome est cet exedlent Tcntre, et toqs êtes les membres réroltés. Car, ses conseils et ses mesures étant bioi examinés, les affaires étant dûment digérées dans Tintéiét de la diose pabliqoe, tous reconnaîtrez que les bienfiûts génénox qne Toos reeoeillea procèdent ou viennent de lui, et nullement de Tousmêmes.. .. Qu*en pensez-Tons, tous le gros orteil de cette assemblée?

(Shakbsveaab, Coriolam^ acte I, scène i. Tradactioo de Fr. V. Hngo, tome IX, p. 8o-â3.)

Page 1