‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 69 sur 379 · Discours à Mms de la Sablière^ vers 79 et · texte numérisé non relu

Discours à Mms de la Sablière^ vers 79 et

cil NOTICE BIOGRAPHIQUE

Outre qa*û ne pouvait s'empêcher d'être Tolage, il avait un caractère facile qui se prêtait à tout ce qu'on lui demandait. Cfest de sa complaisance qu'il faut parler, bien plutôt que de son inconstance, lorsque, en la même annëe 1671, et avant les deux publications dont nous venons de parler, on le voit prêter son nom, rien à peu près, dis<Mis4e, que son nom, à un Becaeil de poésies chrétiennes^ auquel il semblait peu prëparë à prendre part. Lomënie de Brienne, qui eut Tidëe de la pieuse anthologie, destinée à être offerte au jeune prince de Gonti (Louis-Armand de Bourbon), se disait ami de la Fontaine. Cet ami, d'humeur aussi changeante que notre poète, et moins innoceioment changeante, honmie d'écrit d'ailleurs, autant qu'un fou peut l'être par moments , avait alors avec Port-Royal de grandes liaisons, dont la soUditë n'ëtait pas i Tëpreuve; et depuis sept ans l'Oratoire le comptait parmi ses confrères. Au temps où il préparait son Recueil^ il n'avait pas encore quitté Saint-Magloire ; mais ses escapades l'en firent renvoyer avant même que l'impression des volumes fût achevée ^. Port-Royal, dont les saints étaient plus sérieux que cekd-là, avait mis la main à la publication et l'avait confiée ï l'imprimerie de Pierre le Petit, d'où sortaient habituellement tes livres. On a attribué la Préface à Lancelot, précepteur des jeunes princes de C<mti; il y a plus d'apparence qu'cîle est de Nicole. Ce choix de poésies « où le pieux règne, >» dit l'épttre de la Fontaine, mais sans que l'on en ait banni le mélange « du profane innocent, » ni Brienne, ni les solitaires ne voulurent y attacher leur nom. La Fontaine les laissa, très-oUigeammenty se servir du sien. Il donna de plus au recueil l'épttre dédicatoire Au prince de Conti^ une paraphrase du psaume : Diligam te Domine^ imité aussi par Racine *, des vers tirés de P^ychéy quelques-unes de ses fables et de ses poésies àf\ï |Nd>liées,

Si quelque chose pouvait faire regretter à Mme de Sévigné qu'il ne s'en fût pas tenu à son talent de conter, c'était bien

I. Sainte-BeuTe, Port'Rojtd^ tome Y ^ p. 19 et as. — L*acheTé d^imprimer du Âeemeil est du so décembre 1670. Le privil^ arait été donné le 3 avril 1669.

a. QEuprti Je/. Maeint^ tome IV, p. i3S-i44*

SUR LA FONTAINE. giu

u paraphrase sacrée. Ble n'a pas besoin d'fitre compara à celle de Racine pour paraître faible. C'est à se demander si dk ne serait pas l'œuvre de quelqu'un des Messieurs de Port- Royal, qu'il se serait contente de signer, après l'avoir un peu retouchée. Ou bien, en remplissant la pieuse tâche, il rêvait à quelque autre chose, de beaucoup moins édifiant peut-être.

Des trois tomes, le premier seul est intitule Recueil de poésies chrétiennes et diverses^ les deux autres simplement Eecmeil de poésies diverses. Dans tous également, le titre est suivi des mots : par M, de la Fontaine, Us contiennent des pièces de G>meille, de Racine, de Boileau et de plusieurs autres poètes, par exemple de l'ami Maucroîx.

D srâiblerait que les bons solitaires avaient conçu quelque espoir d'attirer définitivement à eux un homme dont le talent leur aurait îdîl honneur, et dont l'âme, mobile comme un roseau, leur semblait promettre de ne pas résister beaucoup au souffle de la grâce. On les voit faire efibrt pour l'engager de plus en plus dans leurs li^is. Son nom prêté à leur Recueil et quelques strophes d'un psaume, c'était peu. Deux ans après, ils obtinrent de lui davantage. Ils lui firent écrire un petit poème, qu'A tira d'une lettre de saint Jérôme, traduite par Amauld d'Andilly^. Ce poème, de la Captivité de saint Malc^ fut publié chesRarbin, en 1678. Avec une familiarité d'expression peut-être un peu profane, mais non sans connaissance du vrai caractère de la Fontaine, l'historien moderne de Port* Royal a nommé le pieux ouvrage du poète un pensum *. On ne peut pas contredire la remarque malicieuse, que lui dire célébrer la virginité et la chasteté, c'était lui imposer une pénitmce : elle était appropriée à ses fautes. De cette contrepartie de ses contes, la plus singulière palinodie qu'on lui ait jamais fiût chanter, il se tira avec une bonhomie pleine de bonne vcJonté. L'attrait n'y était pas; mais il fut irréprochable dans la pureté de son rédt, n'appuyant point, comme on aurait pu craindre qu'il n'en eût quelque envie, sur la tentaticm

I. Dans ht f^ des Pèrss du déserts (i647-i65fl), et râmprimée m» les OEmrres dirersu dJrnsudd (tAndilly^ in-folio, Paris, 1675, lK»e U, p. 18S-195.

s. Port^Moysd^ tome V, p. sS.

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ciV NOTICE BIOGRAPHIQUE

des deux saints personnages, Malc et la jeune dame, ëpoux malgré eux. Il eût été étonnant qu'ainsi dépaysé il eût rencontré Tinspiratîon poétique. A peine quelques Ters sont-ils dignes de lui. n y en a un qu'on peut noter pour la beauté de l'image :

le trésor précieux

Que noni teDons d*ane ean dont la tonroe est aux cieux.

Elle méritait de rester gravée dans la mémoire des solitaires, et sans doute dans celle du duc de Bourgogne, qui lisait souvent le poème de Saint Malc^ dit Mathieu Marais^.

La Fontaine avait très-bien compris l'intention de lui im* poser une amende honorable. Il se montra docile. Dans l'invocation à la Vierge, qui est le début de ses vers, il la prie d'en bannir

. • • cet Tains traits, criminelles douceurs Qae j*aIlois mendier jadis chez les neuf Scears.

Ct jadis n'était pas si loin, et s'il se flattait de l'avoir relégué pour toujours, ou même seulement pour longtemps, dans les vieux souvenirs, il se connaissait peu. L'austérité de Port- Royal n'était pas faite pour son libre enjouement. Lorsque, en 1664, il avait écrit sa ballade sur Escobar, il y avait raillé « le chemin de velours; » mais c'était un jeu d'esprit, une boutade satirique : la douceur du velours n'était pas pour lui déplaire. QuiMque, dans la même ballade, ce fût par la bouche des Jésuites qu'il eût traité Jansénius d'auteur de vaines disputes, et ses secuteurs de gens fâcheux qui

. . • . nous défendent en sonmie Tous les plaisirs que Ton goûte ici-bas,

il n'aurait guère auti^gnent parlé pour son propre compte. Bien des années après le poème de Saim Malc^ dans une lettre à la duchesse de Bouillon (novembre 1687), il se plaignait qu'on ne voulait plus en France que des moralistes sévères:

Anaoréon s'y tait devant les Jansénistes.

Encor que leurs leçons me semblent un peu tristes,

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