‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 93 sur 379 · I. Lettre à Racine, du 6 juin i · texte numérisé non relu

I. Lettre à Racine, du 6 juin i

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II FcadorC, tt, s'il bat parler de bonne foi^ L*^loge et les rers sont pour elle Ce que maints sermons sont pour moi.

Ne fbl-ce pas im nudbeur pour la Fontaine que Mme de la SdMîère fût mootée à das haïUeors qu'il trouvait inaocessiblés? Rettëe dans oe « bat mo&de^ » pbis près de 80o ami, sous le raèem toU q«e hn, et oontiftiiant à partager set goûts poétiques, elle ne l'aurait peut-être pas laisse trop livre aux sociétés, fort dangereuses pour sa fragilité^ où nous allons Uentôt le rencontrer.

Dans son volume de i685y nous avons tout à Fheure nomme k petit poème de Philémon et Baucis ; il est dédié au duc de Vendôme. Les vers qui le terminent expriment le vœu et Tespoir d'aller chanter un jour dans les bosquets d'Anet, à Tombre desquels il voit déjà transporté « tout le sacré vallon. 3» Cest une perspective qui nous est dès lors ouverte non-seukment sur le beau château de Diane de Poitiers, où Saint- Smon a montre Vendôme dans de moins chastes commerces que cdoi des Muses, mais sur le Temple aussi, voluptueuse et <7iiique demeure du Grand Prieur, où nous ne tarderons pas à trouver la Fontaine et quelques-uns de ses amis ; il ne faut pas d'ailleurs anticiper les dates. On s'est étonné que le plus charmant tableau du fidèle et pieux amour conjugal et les vers où le poète regrette de n'avoir pas réglé sa vie sur le modèle du respectable mëoage des deux vieux époux, aient été adressés \ on dâtaudié tel que Vendôme, et Fon a eu envie de rire de cette dédicace comme d'un des plus singuliers spropositi échappés aux distractions du Bonhomme. N'oublions pas cepoidaQt que si les deux Vendôme^ assez jeunes en i685 (l'im était né en 1 65 4, l'autre en i655), menaient déjà une vie dis- ^lée, et prâiidaient, dans Anet, aux désordres du Temple, ils ■ avaieiilpasaDoore tonl^k mauvaise renooMnée qu'ils allaient é bîen niiériter. An surplus, la Fémaîne, dans Pkilémen et Btmeis^ parle au duc de Vendôme avec un respeet qui s'est trompé d'adresse, mais ne suppose pas nécessairement une bonne opinion de lui, très-sûre de son fait. Lorsque à des éloges acceptables il en mêle qui ont Tair de contre-vérités^ proda- ■Mt, dans les vers suivants de son poème, ses vertus sans « nol défaut, » voyons moins là ime maladroite adulation que

exxxTi NOTICE BIOOEAPHIQDB

des oompimieiits de cër^monîe et k buuJe r^reooe que n'aurait plus (kmandëe la familiaritë qui l'ëtablit plus tard :

Ajant mille Tcrtui, tooi ii*aTes nnl dë&Qt.

.... Quel mérite enfin ne Tom fait estimer?

Sans parler de eeloi qoi force k Toua aimer.

Vont joignes à cet dont Tamovr des beaux outrages;

Vous j joignes un goât plus târ que mot snlfraget.

Peu d'annëes après, on trouvera le ton beaucoup plus libre; mais nous ne signalcms encore que le premier accès près du Mëcène aimable, fin connaisseur des bons écrits, en qui l'on se plaisait à reconnaître bien des traits de son aïeul Henri lY. La Fontaine fut introduit naturellement dans la faveur du duc de Vendôme, ëtant depuis longtemps dans celle de Madame de Bouillon. Chez elle, il dut souvent être rencontre par les deux Vendôme, neveux de la duchesse', par les princes de Gonti, ses cousins*. De tous côtes, on se tenait comme par la main, dans le monde au milieu duquel la Fontaine a véni, et dont l'hôtel de Bouillon fîit le centre. Dans cet hôtel, notre poète, avec les €onti et les Vendôme, trouvait Ghaulieu et la Fare, qui y étaient. sur le pied d'une intimité très-£unilière« Us seront l'un et l'autre au Temple, à côté de la Fontaine, de même qu'ils avaient été tous trois ensemble chex Mme de la Sablière.

I. Ils étaient fils de Laure de Mancini. — On sait qu'en i6te, dans les interrogatoires de PArsenal, la duchesse de Bouillon fut accusée d'aroir touIu empoisonner son mari et épouser son neveu, le duc de Vendôme {Lettre d9 Mme ie Sépigni à Mme de Griginm^ 3i janrier 1660, tome VI, p. a3o). Nous ne citons cette dénonciation de femmes scélérates que parce qu*dle leur fut suggérée par la connaissance des assiduités de Vendôme à Thôtel de Bouillon. Il est resté un témoignage plus grave des soupçons qu'avait fiût naître la trop grande intimité de la duchesse de Bouillon avec ses neveux. Saint-Simon, dans une de ses additions au JommÊl iê DûMgetiu (i3 décend>re 1690), raconte une scène entre le duc de Bouillon et le chevalier de Bouillon, son fils cadet, dans laqudle celui-ci aurait dit : « Vous mon père I tous sares bien que non, eC que c*est M. le Grand Prieur. »

1. Leur père, firère du grand Condé, avait épousé Anne Haïtinoisi, cousine germaine de la duchesse de Bouillon.

SUR LA FOKTAIlfB. oxxxtii

Lorsque nous scmimet pris d'entamer le cliqiitre des lice»ctfoses compagnies parmi lesquelles s'ëgarèrent de jdus en plos les dernières ann^s de la Fontainey le nom de Champ» maM peut retenir à propos. Au moment de cette histoire oà aoos a amené la rëcîdiTe des contes en 1685, la Fontaine n'a pas cessé de hanter la maison de la comédienne; nous en aTOQS U fureare dans la camaraderie Uttéraire qu'il y eut entre lui et le mari de la belles et qu'on est forcé de s'exjdiqœr autrement que par Taccord des talents. Leurs noms demeurent associés dans la collaboration à fdusieurs comédies. Cest Toccasion de tout dire en une fois sur le théâtre de la Fontaine.

On peot n'y pas comprendre trois pièces dont nous avons d^ parié : V£w9tique ^ûmple exercice de traducteur; Cfymène^ dans laquelle l'auteur lui-même a dit qu'il n'y avait aucune distribiition de scènes et qui n'était pas faite pour être représentée; Us Bleurt dm beau Richard^ amusement de société. Il fiuit £sire commencer le théâtre proprement dit de la Fontaine à Popéra de Daphné. Le goût, qu'il a toujours avoué, pour le lyrique nsA peu surprenant qu'il ait voulu chasser sur les terres de Quinault. Il put y avoir des obsessions de Lulli; mais nous ne croyons pas qu'elles aient eu à vaincre une grande résistance. La Fontaine, dans une petite satire écrite avec verve, sous ce titre : le Florentin^ et dans une épltre à Mme de TbiangeSy a fait l'histoire des mésaventures de sa Daphnie non sans quelque passion peut-ttre. La satire nous apprend que Lulli, contre qui devait être en garde quiconque travaillast avec lui, tendit des pièges au poète :

U me fit travailler.

Le paillard t^en rint réreiller Un enfiuEit des neuf Scrart, enfant à barbe grise.

Yienne encore on trompeur, je ne tarderai guère.

Celai-ei me dit : « Veax-ta faire

Presto, presto, quelque opéra,

Mais bon ? Ta Muse répondra

Du soooès par-derant notaire.

Voici comment il nous faudra

Partager le gain de Taffaire :

Nous en ferons deux lots, Fargent et les chansons,

«vuviii NOTICE BtûGlAPBIQUE

L^iuqgcat pour moi, ponr toilet aoB«« Volontîer» je paye en gambades. »

Urne penmdft,

A tort, à droit ne demnnda Dn doux, du tendre, et aernbleèlet eecnettoi,

Petita iMHs, jaigojM d'avoiireltea Confita au miel \ bref il m'enquioauda.

Tont cela est du plus joli la Fontaîne. Ce que la piquante invective ne fait pas clairement connâttre, c'est poorquoî le Florentin, non content de s'attribuer les solides profits de la collaboration, n'agrëa pas le poème, qui a de tre»4igrëables vers d'ëglogue. Madiieu Marais' dit que LuBi « rebuta cet our vrage comme mal propre à la musique. II j avoit des traits fins, délicats, naïfs, si vous voulez; mais tout cela n'ëtoit pas bon pour le cbant qui aime à perdre des paroles, et la Fontaine n'en savoit point perdre. » La vëiitë est que le musicien ëtait sans ménagements pour ses poètes. Quioault en fit Fëpreuve ; mais il s'accommodait de cette tyrannie. Lulfi corrigeait ses vers, en condamnait la moitié sans appel. Thomas Corneille, lorsqu'il composa le Bellérophon^ subit la même censure, qui le mettait au désespoir. Pour faire accepter de Lulli cinq ou six cents vers, il lui follut en faire deux mÛle *. La Fontaiae eut moins de patience. Au bout de quatre mois, il se lassa des exigences de son coDaboratenr et de ses lanterneries, qui lui parurent calculées pour le décourager. Ses amis le tirèrent d'affiûre en envoyant le masicien à tous les diables. Voici ce que l'épttre A Madame de Thianges ajoute : On avait répandu le bruit que l'opéra de la Fontaine était trop fadement pastoral; la cour n'en voulut pas., Le poète pensa qu'il n'eût du moins tenu qu'à Lulli de faire représenter Tœuvre de Quinault à la cour, et la sienne à Paris. Mais Lulli laissa là Daphnéy et fit donner la préférence, en avril 1674, à un opém de Quinault, qu'il avait jugé plus digne de l'inspirer.

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