‹ Œuvres de J. Delille (volume 3)Chapitre 16 sur 36 · not£s · texte numérisé non relu

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que Pline disoit de Tinianthe, un des plus grands peintres de la Grèce : Tiniaiitfii pluriiinnn adfait ingenii in omnibui. operibus ejus ; intcUigitur eniin plus semper quam pingitur.

Virgile, à la fin de ce neuvième livre, relève avec beaucoup d'art le caractère de Turnus, et il le relève ainsi dans le dessein de faire éclater davantage la gloire d'Énée, qui sera bientôt son vainqueur : le dieu Mars pousse lui-même le héros toscan ; Junon tremble poui- lui ; et le dieu du Tibre le reçoit sur ses ondes pour le rendre à ses compagnons.

Virgile explique clairement qu'il a voulu donner à Turnus le caractère d'Achille; il chante les Troyens, et c'est une heureuse idée que d'avoir fait renaître en quelque sorte le fils de Thétis pour l'immoler aux mânes d'Ilion. Ce trait rappelle et réalise déjà la prédiction de Jupiter dans le premier livre ;

Un jour, un jour viendra qu'en tous lieux triomphants ,

A la superbe Argos , à la fière Mycènes ,

Les fils d'Assaracus imposeront des chaînes ;

Les enfants des vaincus, tout-puissants à leur tour,

Aux enfants des vainqueurs commanderont un jour.

Le caractère d'Achille est le plus beau caractère de la poésie épique; et la ressemblance qu'il a avec Turnus a fait craindre, comme nous l'avons dit, que ce rival d'Enée ne fût plus intéressant que le héros même de YÉiiéide. On auroit dû cependant se pénétrer de cette vérité, qu'un caractère épique est plus ou moins beau, selon qu'il est plus ou moins conforme au but que le poète se propose. Dans Ylliacle, Achille est un héros plein de valeur; mais sa valeur tient essentiellement de la colère. Homère avoit à parler de la guerre, ou plutôt de la destruction de Troie, et la colère étoit une passion convenable au but qu'il s'étoit proposé. Virgile, au contraire, chante l'origine d'un empire; les passions furieuses ne convenoient ni à son sujet ni à son héros. La colère peut détruire une ville; mais elle ne

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peut fonder un grand état. Ainsi le caractt're d'Achille auroit paru déplacé dans le héros de ÏÊnéifie; et Vir^jile a fait sagement de donner ce même caractère à Turnus, qu'il oppose au fondateur de Rome.

Virgile , en effet , comme on l'a vu , présente Turnus comme un guerrier furieux. A rimitation d'Homère, il compare ce nouvel Achille au lion, et le lion est le symbole de la fureur. Horace nous apprend que, lorsque Prométhée forma l'homme de ce que chaque animal a voit de propre, ce qu'il emprunta du lion fut la colère.

Stace a voulu aussi donner à Tydée le caractère d'Achille; mais il n'a pas montré la même sagesse que Virgile dans son imitation. Il fait manger à son héros la tête de son ennemi (*), il lui fait boire le sang qui en jaillit, il lui fait fouiller jusqu'à la cervelle pour la dévorer, sans que ses compagnons puissent le calmer et lui ari'acher cette proie :

Atque illuni effracti perfusuni tabe cerebri

Aspicit ( Pallas ) , et vivo sceleraatem sanguine fauces;

Nec comités auferre valent.

r/.efe., VIU,763.

Toutes ces images sont dégoîitantes ; ce caractère de Tvdée est un caractère monstrueux. Celui de Turnus est pris tout entier dans la nature.

{*) Voyez le Dante , Infem. , caut. xxxii , i3o.

Non altrimenti Tideo si rose Le tenipic a Menalippo, etc.

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