ENEIDOS LIB. VIII. v ao
Ingentis; vallemque boves amnemque tenebant. At furiis Caci mens efFera , ne quid inausuni * Aut intractatum scelerisve dolive fuisset, Quatuor a stabulis prœstanti corpore tauros Avertit, totidem forma superante juvencas. Atque hos, ne qua forent pedibus vesti^jia rectis, Cauda in speluncam tractos, versisque viarum Indiciis raptos, saxo occultabat opaco.
Quaerenti nulla ad speluncam signa ferebant. Interea , quum jam stabulis satura ta moveret Amphitryoniadcs armenta , abitumque pararet , Discessu mugire boves , atque omne querelis Impleri nemus, ct colics clamore rclinqui. Reddidit una bourn vocem, vastoque sub antro Mugiit, et Caci spem custodita fefellit.
" Hie vero Alcidae furiis exarserat atro Felle dolor: rapit arma manu, nodisque gravatum Robur, et aetherii cursu petit ardua montis. Tum primum nostri Cacum videre timentem, Turbatumque oculis. Fugit ilicet ocior Euro, Spcluncamque petit: pedibus timor addidit alas. Ut sese inclusit, ruptisque inmane catenis Dejccit saxum , ferro quod et arte paterna Pendebat, fultosque emuniit obice postes: Ecce furens animis aderat Tirynthius, omnemquc
Du triple Géryon triomphateur superbe ,
Le prix de sa conquête erroit en paix sur l'herbe.
Cacus, qui ne connoît ni remords ni danger,
Dérobe des troupeaux de Tillustre étranger
Quatre jeunes taureaux, quatre belles génisses,
Qui des herbages frais savouroient les délices,
Les cache en sa caverne; et cependant sa main,
Pour déguiser aux yeux les traces du larcin.
Saisit, fait reculer et marcher en arrière
Les taureaux, dont les pas marqués en sens contraire
De son infâme vol écartoient le soupçon.
Enfin, las du repos, le fils d'Amphitryon
Se prépare à mener sur de lointains rivages
Ses troupeaux engraissés dans ces beaux pâturages ;
Et des taureaux par-tout les gémissantes voix
De leur adieu plaintif ont fait mugir ces bois.
De Cacus aussitôt trahissant l'artifice.
Du fond de l'antre creux répond une génisse.
«Alcide entend ses cris. Aussitôt dans son cœur Un fiel noir et brûlant allume sa fureur; Il s'élance, il saisit sa pesante massue. Cherche du noir séjour la porte inaperçue. Alors, les yeux troublés, sans courage, sans voix, L'affreux Cacus trembla pour la première fois : Plus prompt que les éclairs, vers ses roches fidèles Il court, vole; à ses pieds la peur donne des ailes : 11 fait tomber ce roc, que d'une adroite main A des chaînes de fer a suspendu Vulcain; S'enferme, oppose au dieu cette vaine défense Hercule est accouru respirant la vengeance :
124 iENEIDOS LIB. VIII. v .,9
Adcessum lustrans, hue ora ferebat ct illuc, Dentibus infrendens. Ter totum fervidus ira Lustrât Aventini inontem ; ter saxea tentât Limina nequidquam ; ter tessus valle resedit.
« Stabat acuta silex, praecisis undique saxis, Speluncae dorso insurgens, altissima visu, Dirarum nidis domus opportuna volucrum.
Hanc, ut prona jugo laevum incunibebat ad ainnem, Dexter in adversum nitens concussit, et imis Avolsam solvit radicibus ; inde repente Inpulit: inpulsu quo niaxunius insonat aether ; Dissultant ripae, refluitque exterritus amnis.
At specus et Caci détecta adparuit ingens Regia, et unibrosae penitus patuere cavernœ: INon secus, ac si qua penitus vi terra dehiscens Infernas reseret sedes, et régna recludat Pallida, dis invisa; superque inmane barathrum Cernatur, trcpidentque inmisso luniine Manes.
ENEIDE, LIV. VIII. 125
Pour chercher un accès il court de tous côtés ; Trois fois autour du uiont à pas précipités Il tourne, va, l'evient, et, frémissant de rage, Trois fois attaque en vain, pour s'ouvrir un passage, Le roc qu'à sa fureur le lâche ôs^opposer ; Trois" fois dans le vallon revient seteposer.
« Sur le dos hérissé de cet antre sauvage, *
Un rocher, vieux séjour des oiseaux de carnage. En pyramide aiguë alongé vers les cieux, Cachoit dans le nuage un front audacieux : Ce rocher, sur la gauche incliné vers la plage, De son sommet pendant menaçoit le rivage. Hercule, sur la droite appuyant tout son corps, Du roc, qu'il déracine avec de longs efforts, Pousse l'énorme poids. Il tombe, il roule, il tonne : La caverne en mugit, l'air au loin en résonne; Le sol croule : des eaux le bord est emporté , Et le fleuve écumant recule épouvanté.
Alors, ce fut alors que l'anti-e impitoyable Jusqu'au fond laissa voir sous sa vovîte effroyable Ce palais de la mort, ce séjoiu' de terreur, Et de ses noirs cachots la ténébreuse horreur. Tel, si d'un choc soudain l'horrible violence Du globe tout-à-coup rompoit la voûte immense, , Et dans ses profondeurs découvroit à nos yeux Le Stvx craint des mortels, abhorré par les dieux. De ce royaume affreux, désolé, lamentable. L'œil verroit jusqu'au fond l'abîme redoutable; Et, dans l'ombre éternelle envoyant ses clartés. Le jour éblouiroit les morts épouvantés :
126 7ENEID0S LIB. VIII.
Ergo insperata deprensum in luce repente, Inclusumque cavo saxo, atque insueta rudenteni Desuper Alcides telis premit, omniaque arma Advocat, et ramis vastisque molaribus instat.
llle autem, neque enim fuga jam super uUa pericli, Faucibus ingentem fumum, mirabilc dictu, Evoinit, involvitque domum caligine caeca, Prospectum eripiens oculis ; glomeratque sub antro Funiifcram noctem, commixtis igne tenebris. Non tulit Alcides animis , seque ipse per ignem Prœcipiti injecit saltu , qua plurimus undam Fumus agit, nebulaque ingens specus aestuat atra. Hie Cacum in tenebris incendia vana moventem Conripit in nodum complexus, et angit inhaerens Eli^os oculos, et siccum sanguine guttur.
" Panditur extemplo foribus domus atra revolsis \ Abstractiïjquc boves abj iiratieque rapinae Gœlo ostenduntur; pedibusquc informe cadaver Protrahitur. Nequcunt expleri corda tuendo
Tel, effrayé du jour qui malgré lui Téclaire,
Le monstre en vain s'agite, et mugit de colère.
De la cime du mont Alcide le combat;
Tantôt d'un roc brisé lui jette un large éclat,
Et tantôt à deux mains d'un arbre entier l'accable.
Alors le monstre , en proie à son bras implacable ,
Se ressouvient du dieu qui lui donna le jour :
De son gosier brûlant, dans son hideux séjour,
Il vomit des torrents de feux et de fumée;
Tout entier l'investit d'une nuit enflammée ,
Et dans ses noirs cachots, image des enfers,
A cette affreuse nuit mêle d'affreux éclairs.
Alcide furieux ne contient plus sa rage ;
Il s'élance, il se jette au plus fort du nuage ,
Aux lieux où la vapeur, sortant à gros bouillons.
Roule à flots plus épais ses plus noirs tourbillons.
En vain l'affreux Cacus lance ses feux dans l'ombre ;
A travers l'incendie, à travers la nuit sombre, Jt
Il le prend , il Tétreint entre ses bras nerveux ;
Et, de leur creux profond faisant jaillir ses yeux,
Du monstre, à qui la voix, la lumière est ravie.
Arrête dans sa gorge et le sang et la vie.
« Soudain du seuil fatal le roc tombe arraché ; On entre, et du repaire où le monstre est caché On contemple, on parcourt la voiite ténébreuse : L'oeil plonge avec effroi dans la caverne affreuse ; Et le jour indigné, pénétrant dans son sein. Du parjure Cacus révèle le larcin.
On saisit par les pieds son cadavre difforme ; On le traîne, on veut voir ses traits, sa taille énorme,
128 iENEIDOS LIB. VIII. y.^es.
Terribilis oculos, voltum, villosaque saetis Pectora semiferi, atque exstinctos f'aucibiis ignes.
« Ex illo célébra tus honos, laetique minores Servavere diem ; primusque Potitius auctor, Et clomus Herciilei custos Pinaria sacri Hanc aram luco statuit , quae Maxuma semper Dicetur nobis, et erit quae maxuma semper. Quare agite, o juvenes, tantarum in munere laudum, Gingite fronde comas, et pocula porgite dextris; Gommunemque vocate deum, et date vina volentes. » Dixerat: Herculea bicolor quum populus umbra Velavitque comas , f'oliisque innexa pependit, Et sacer implevit dextram scyphus. Ocius omnes In mensam laeti libant, divosque precaritur.
Devexo interea propior fit Vesper olympo : Jamque sacerdotes primusque Potitius ibant, Pellibus in morem cincti, flammasque ferebant. Instaurant epulas, et mensae grata secundae Dona ferunt, cumulantque oneratis lancibus aras. Tum Salii ad cantus, incensa altaria circum, Populeis adsunt evincti tempora ramis; Hie juvenum chorus, ilie senum; qui carmine laudes Flcrculeas et facta ferunt : ut prima novercae
Son sein velu, ses yeux farouches et mourants, Son front pâle, et ses feux dans sa gorge expirants.
« Voilà, prince, voilà, quel objet nous rassemble Autour de cet autel ovi nous prions ensemble. De là ce rit divin et ce culte sacré , Ce culte à jamais cher, à jamais révéré, En mémoire du dieu vainqueur de ce barbare. Le vieux Potitius, et Tillustre Pinare Président à ce temple , et, prêtres de ces bois, D\m culte héréditaire ont conservé le^ lois. Joignez-vous donc à nous dans cette noble fete ; Prenez la coupe en main, couronnez votre tète; Prions ce dieu qu'il soit notre commun appui , Prions, et qu'à grands flots le vin coule pour lui. > Il dit : du peuplier la douteuse verdure De sa double couleur orne sa chevelure ; Leur main saisit la coupe, on Tépanche, et le vin Baigne en Fhonneur du dieu la table du festin.
Déjà vers Foccident penchoit le jour oblique : Alors , vêtus de peaux suivant l'usage antique , Marchent Potitius et les prêtres du dieu; Dans les foyers sacrés leurs mains portent le feu. On sert les seconds mets : l'autel, ceint de guirlandes, Est couvert des bassins qui sont remplis d'offiandes. On allume les feux, on commence les chants. Deux chœurs de Saliens, partagés en deux rangs, D'un côté les vieillards, de l'autre la jeunesse. Ceints des rameaux du dieu, pleins d'une sainte ivresse, Chantoient, chantoicnt Hercule au loin victorieux, Sa précoce valeur, son berceau glorieux ;
T. V. KNKIDE. lU. 9
130 iENEIDOS LIB. VIII. v 289.
Monstra manu geminosqiic premens eliserit anguis; Ut bello egregias idem disjecerit urbis, Trojamque OEchaliamque ; ut duros mille labores Rege sub Eurystbeo, fatis Junonis iniquae, Pertulerit. « Tu nubigenas, invicte, bimembres Hylaeumque, Pbolumque manu, tu Gresia mactas Prodigia , et vastum Nemea sub rupc leonem. TeStygii tremuere lacus, te janitor Orci Ossa super recubans antro semesa cruento ; Nee te ullae faciès , non terruit ipse Typhœus Arduus , arma tenens ; non te rationis egentem Lernaeus turba capitum circumstetit anguis. Salve, vera Jovis proles, decus addite divis : Et nos et tua dexter adi pede sacra secundo. » Talia carminibus celebrant : super omnia Caci Speluncam adjiciunt, spirantemque ignibus ipsum. Consonat omne nemus strepitu , collesque resultant.
Exin se cuncti divinis rebus ad urbem Perfectis referunt. Ibat rex obsitus œvo, Et comitem yEnean juxta natumque tenebat Ingrediens, varioque viam sermone levabat. Miratur, facilesque oculos fert omnia circum
EISEIDE, LIV. VIII. ir>l
Les serpents étouffés, essai de son enfance,
Les superbes cités qu'immola sa vengeance ;
Comment, d'un fier tyran bravant les dures lois.
Il fatigua Junon de ses nombreux exploits.
« Terrible dieul c'est toi qui domptas le Centaure;
C'est par toi que périt l'infâme Minotaure.
Que servit au lion son fier ressentiment,
Ses longs crins bérissés, son gosier écumant?
En vain 1 bydre vers toi redressa ses cenf têtes;
L'enfer même, l'enfer frémit de tes conquêtes;
Et Cerbère, coucbé dans son antre sanglant,
Par ta puissante main fut traîné tout tremblant.
Tu bravas, tu domptas le monstrueux Tvpbée;
Et son armure immense honora son trophée.
Salut! honneur du ciel, enfant du roi des dieux!
Salut! reçois nos dons, notre culte et nos vœux. »
Tels étoient leurs concerts : ils célèbrent encore
Le trépas du brigand que la contrée abhorre;
Devant le dieu vainqueur ce monstre épouvanté,
Les feux qu'il vomissoit, son antre ensanglanté.
Leurs voix , leurs chants , leurs vœux et leurs cœurs se confondent ;
Le bois en retentit, et les monts leur répondent.
Lorsque des saints devoirs de ces solennités Leurs cœurs religieux enfin sont acquittés, Pour marcher vers la ville ils quittent le bocage. Le vertueux Evandre, appesanti par l'âge, Suivoit entre son fils et le prince troyen , Le chemin qu'abrégeoit un aimable entretien. Enée observoit tout avec un œil avide : Tour-à-tour il écoute, interroge son guide;
152 iENEIDOS LIB. VIII. y.3i..
/Eneas, capiturque locis; et singula lœtus
Exquiritqiie aiiditquc virum moniimcnta priorum.
Turn rex Evandrus, Romaiia? conditor arcis :
« Hœc nemora indigenae Fauni nymphaeque tcnebant,
Gensque virum truncis et duro robore nata :
Quels neque mos, neque cultus erat; nee jungere tauros,
Aut componere opes norant, aut parcere parto ;
Sed rami , atq^e asper victu venatus alebat.
Primus ab aetberio venit Saturnus olymj)0 ,
Arma Jovis fugiens, et regnis exsul adenitis.
Is genus indocile ac dispersum montibus altis
Gomposuit, legesque dedit, Latiumque vocari
Maluit, bis quoniam latuisset tutus in oris.
Aurea quae perhibent , illo sub rege fuerunt
Saecula ; sic placida populos in pace regebat :
Deterior donee paulatim ae decolor aetas ,
Et belli rabies, et amor subcessit babendi.
Turn manus Ausonia et gentes \ enere Sicanac ;
Saepius et nomen posuit Saturnia tcllus :
Tum reges , aspcrque inmani corpore Thybris,
A quo post Itali fluvium cognomine Tbybrim
Diximus; amisit verum vetus Albula nomen.
Me pulsum patria , pélagique extrema sequentem ,
Fortuna omnipotcns et ineluctabile fatum
ENÉIDE, LTV. VIII. 155
Il aime à voir ces lieux, ces anciens monuments
D'un peuple qui remonte à la source des temps :
Sur les débris sacrés son regard se promène.
Le premier fondateur d'une cité romaine,
Évandre alors lui dit : « Des nymphes autrefois,
Des Faunes habitoient dans le fond de ces bois;
Et ce fleuve et ces monts étoient sous leur puissance.
Là vivoient des mortels sans art, sans prévoyance.
Aussi durs que les troncs des chênes leurs aïeux,
Ayant pour mets leur chasse ou quelques fruits pierreux.
Banni par Jupiter des demeures divines,
Saturne le premier cultiva ces collines.
Civilisa ce peuple, éleva des remparts,
Y rassembla des monts les habitants épars :
Et d'un mot, qui marquoit sa retraite ignorée.
Du nom de Latium nomma cette contrée.
Tel étoit rage d'or. Bientôt dégénéré,
Vint d'un métal moins pur l'âge décoloré,
La soif de la richesse et l'amour de la guerre.
Ce n'étoit plus les fils de cette heureuse terre :
Avec tous leurs voisins on vit se mélanger
Leur sang abâtardi par un sang étranger.
Ici se transporta l'antique Sicanie ;
Ici furent reçus les enfants d'Ausonie;
Et de mœurs et de nom ce lieu changea cent fois.
Depuis, à ces beaux champs conunandèrent des rois.
Tybris, ce fier géant, tyran d'un peuple libre,
A l'antique Albula donna le nom de Tibre.
Pour moi, de ma patrie injustement chassé,
Le sort iuipérieiix dans ce lieu m'a poussé,
134 iENEIDOS LIB. VIII.
His posuere locis , matrisque egere tremenda Carmentis nymphae nionita , et deus auctor Apollo. »
Vix ea dicta ; dehinc progressus monstrat et arani, Et Carmentaleni Romano nomine portam Quam nieniorant, nymphae priscum Carmentis honorem, Vatis fatidicae , cecinit quae prima futuros iEneadas magnos, et nobile Pallanteum.
Hinc lucum ingentem, quern Romulus acer asylum Retulit, et gelida monstrat sub rupe Lupercal, Pairhasio dictum Panos de more Lycaei.
Nee non et sacri monstrat nemus Argileti, Testaturque locum , et letum docet hospitis Argi,
Hinc ad Tarpeiam sedem et Gapitolia ducit(^), Aurea nunc, olim silvestribus horrida duniis. Jam tu m relligio pavidos terrebat agrestes Dira loci; jam turn silvam saxumque tremebant, " Hoc ncmus, liunc, inquit, frondoso vertice collem, Quis dciis, incertum est, habitat deus : Arcades ipsuni Gredunt se vidisse Jovem , quum saepe nigrantem iEgida concuteret dextra , nimbo.sque cieret.
ÉÎSÉIDE, LIV. VIII. 135
Et les lois d'Apollon, et Carmente ma mère, Ont guidé vers ces bois ma course involontaire. »
Il dit, s'avance, et montre au héros d'Ilion La porte Carmentale, et l'autel de ce nom; Monument élevé, si Ton en croit l'histoire, A celle qui dô Rome avoit prédit la gloire, Et des murs de Pallas la future splendeur. Bientôt paroît ce bois, où, hâtant sa grandeur, Romule aux étrangers sut ouvrir un asile , Refuge des proscrits, et berceau de sa ville : Puis du froid Lupercal s'offre l'antre divin, Dont l'origine grecque a pris un nom romain. Il ne néglige pas le saint bois d'Argiléte, De ses nobles regrets éloquent interprète : Là par ses soins repose un perfide Argien , Qui trouva sou trépas en méditant le sien. Enfin s'offre à leurs yeux la roche Tarpéienne, Ce futur Capitole, où la grandeur romaine Étalera son marbre et ses colonnes d'or : Des ronces, des buissons le hérissent encor. Déjà le peuple, ému d'une pieuse crainte, Pressentoit ses destins et sa majesté sainte; Déjà ce mont, ce roc le frappoit de terreur. « Voyez là-haut ces bois, dont la muette horreur Aujourd'hui même encore inspire l'épouvante : Quel dieu réside au fond de leur nuit imposante? On ne sait, mais un dieu réside dans ces bois : Même, je m'en souviens, nos bergers ont cent fois Cru voir, dans tout 1 éclat de sa grandeur suprême, Sur ce terrible mont tonner Jupiter même.
136 iENEIDOS LIB. VIII. v. 355.
Haec duo praeterea disjectis oppida muris, Reliquias veterumquc vides monumenta virorum : Hanc Janus pater, banc Saturnus condidit arcem; Janiculum huic, illi fuerat Saturiiia nomen. »
Talibus inter se dictis ad tecta subibant (^) Pauperis Evandri , passinique arnienta videbant Ronianoque foro et lautis mugire Garinis. Ut ventum ad scdes : « Haec, inquit, limina victor Alcides subiit {^) ; baec ilium regia cepit. Aude, bospes, contenmere opes, et te quoque dignuni Finge deo ; rebusque veni non asper egenis. >' Dixit, et angusti subter fastigia tecti • Ingentem ^Enean duxit, stratisque locavit Effultum foliis et pelle Libystidis ursae. Nox ruit, et fuscis tellurem amplectitur alis.
At Venus baud animo nequidquam exterrita matei',
ENÉIDE, LIV. Vin. 137
Là sont les murs détruits de deux grandes cités ,
Monuments des héros qui les ont habités ;
L'une est Janiculum , et l'autre Saturnie :
Janus de la première enrichit l'Italie,
Et Saturne de l'autre éleva les remparts. »
L'humble palais du roi frappe enfin leurs regards.
Quelques troupeaux erroient dispersés dans ces plaines,
Séjour des rois du monde et des pompes romaines;
Et le taureau mugit, où d'éloquentes voix
Feront le sort du monde et le destin des rois.
Tandis que de ces lieux Achate, Evandre, Énée,
IV^éditent, en marchant, la haute destinée,
0\ arrive au palais, où la félicité
Seolaît dans l'innocence et dans la pauvreté. « Ct n'est pas dans ma cour que le faste réside, Dit xvandre : ce toit reçut le grand Alcide, Des nonstres, des brigands noble exterminateur. Là sictjea près de moi ce dieu triomphateur : Depui; qu'il l'a reçu, ce palais est un temple. Fils de; dieux comme lui, suivez ce grand exemple; Osez d'in luxe vain fouler aux pieds l'orgueil : De moniumble séjour ne fuyez point le seuil; Venez, e regardez des yeux de l'indulgence Du chaune hospitalier l'honorable indigence. » Il dit, et fiât placer pour le roi d'Ilion Sur un lit à feuillage une peau de lion : Là, méditait du lieu la noble destinée , Dans cet humble palais s'assied le grand Énée. La nuit tomb, et son aile obscurcit l'univers. Vénus, le pour en proie à j^es chagrins amers,
138 iENEIDOS LIB. VIII. v.37,
Laurentunique minis et duro mota tumultu , Volcanuni adloquitur, thalanioque liaec conjugis aureo Incipit, et dictis divin iiiii adspirat anioreni : « Dnni bello Argolici vastabant Pcrgania reges Débita , casurasque ininiicis ignibns arces , Non ulluni auxiliuni niiseris, non arma logavi Artis opisque tuœ; nee te, carissimeconjux, Incassumve tuos volui exercere labores : Quamvis et Priami deberem plnrima natis, Et durum /Eneae flcvissem saepe laborcm. Nunc Jovis imperiis Piutulorum constitit oris : Ergo eadeni supplex venio, et sanctum niibi numei Arma rogo, genetrix nato ("). Te fdia Nerei , Te potuit lacrymis Tithonia flectere conjux. Adspice , qui coeant populi , quae mœnia clausis Ferrum acuant portis in me excidiumque meonm. »
Dixerat; et niveis hinc atque bine divaiacertis Cunctantem amplexu molli fovet. Ule revente Adcepit solitam flammam; notusque nidullas
ENÉIDE, MV. VI If. 159
Des Laurentins armés méditoit les menaces :
Dans une coiiclic cVor la déesse des Graces
Veilloit près de Vulcain ; aux plus tendres discours,
Pour réveiller ses feux, son adresse a recours :
« Cher époux ! quand vingt rois lijjués contre Pergame
Attaquoient ses remparts dévoués à la flamme ,
Quoique aux fils de Priam je dusse mes faveurs,
Quoique souvent Enée eût fait couler mes pleurs,
Il n'en étoit plus temps; c'en étoit fait de Troie,
Et ses murs de la Grèce alloient être la proie.
De ces infortunés quel que fût le besoi»,
Je n'ai pas voulu prendre un inutile soin;
Je n'ai point exigé de votre complaisance
Les instruments tardifs d'une vaine défense.
Maintenant d'Ausonie il a touché les ports :
Le roi même des dieux Ta conduit sur ces bords.
Je viens donc près de vous, ô dieu que je révère!
Pour un fils adoré vous supplier en mère :
Qu'une armure pour lui sorte de votre main ;
Que le monde à ce don reconnoisse Vulcain.
L'épouse de Tithon, la fille de Nérée,
Ont obtenu de vous l'armure désirée;
J'ai plus de droits peut-être, et n'ai pas moins d'effroi :
Voyez comme on menace et les Troyens et moi.
Tout s'arme; mon fils seul sera-t-il sans défense?»
Elle dit; et, voyant sa foible l'ésistance, Elle échauffe son cœur d'un doux embrassement. Son époux, que séduit son tendre empressement, De ses premiers désirs sent palpiter son ame; Il reconnoît Vénus à l'ardeur qui l'enflamme;
140 iENEIDOS LIB. VIII. v.Sgo,
Intravit calor, et labcfacta per ossa cucurrit : Non secus atque olim tonitru quum riipta corusco Ignea rima micans percurrit luminc nimbos. Sensit laeta dolis , et fornire conscia , con j ux . Turn pater aeterno fatiir devinctus aniore: « Quid causas petis ex alto? fiducia cessit Quo tibi, diva, niei? similis si cura fuisset, Turn quoque fas nobis Teucros armare fuisset; Nee pater omnipotens Trojam, nee fata vetabant Stare, decemque alios Priamum superesse per annos. Et nunc, si bellare paras, atque liaec tibi mens est, Quidquid in arte mea possum promittere curae. Quod fieri ferro liquidove potest electro , Quantum ignes animaeque valent; absiste precando Viribus indubitare tuis. » Ea verba locutus, Optatos dedit amplexus, placidumque petivit Conjugis infusus gremio per membra soporem.
Inde, ubi prima quics medio jam noctis nbactae Gurriculo, expulerat somnum; quum femina primum Gui tolerare colo vitam tcnuiquc Minerva
Et le rapide éclair des amoureux transports Pénétre chaque veine, et court par tout son corps. Tel, du ciel enflaninié parcourant l'étendue, L'éclair part, fend les airs, et sillonne la nue. Le piège a réussi; sûre de ses attraits, Vénus sent son triomphe, et jouit du succès. Alors le dieu du feu, qu'attache à la déesse D'un creur toujours brillant réternellc tendresse : « Vous faut-il tant de soins pour me persuader? C'est à moi d'obéir, à vous de commander. Depuis quand doutez-vous de mon obéissance? Vulcain a quelques droits à votre confiance, Et quand de vos malheurs a commencé le cours, Si Vénus de mon art eût voulu le secours , J'aurois à ses désirs satisfait avec joie ; Priam dix ans encor pouvoit régner sur Troie, Le sort le permettoit. Mais enfin, en ce jour. S'il me faut pour un fils rassurer votre amour. Si de nouveaux combats veulent mon assistance, Commandez seulement : tout ce qu'ont de puissance Et l'haleine des vents, et le fer, et les feux, Sous mes savantes mains vont seconder vos vœux. Cessez donc, en priant, d'offenser ma tendresse : La prière est un doute , et ce doute me blesse. » Il dit, reçoit le prix de sa flamme attendu. Et s'endort, sur son sein mollement étendu.
A peine un court sommeil a fermé sa paupière , Le diligent Vulcain devance la lumière.
Et telle que, rendue à ses soins journaliers,' La sage ménagère à ses humbles foyers
112 iENEIDOS LIB. VIII. v. 4.0.
Inposituin, cinereni et sopitas suscitât ignes, Nocteni addens operi ; famulasque ad lumina longo Exercet penso , castuni ut servare cubile Conjugis, et possit parvos ediicere natos : Hand seciis ignipotens, nee tempore segnior illo, Mollibus e stratis opera ad fabrilia surgit. Insula Sicanium juxta latus /Eoliamque Erigitur Liparen , funiantibus ardua saxis ; Quaiu subter specus et Gyclopum exesa caniinis Antra ^Etnaea tonnnt , validirpie incudibns ictus Auditi referunt geniituui, striduntque cavernis Stricturae chalybum, et fornacibus ignis anhelat: Volcani domus, et Voleania nomine telkis. Hoc tunc ignipotens cœlo descendit ab alto.
Ferrum exercebant vasto Cyclopes in antro, Brontesque, Steropesque, et nudus membra Pyracmon. His informatum manibus, jam parte polita, Fulmen erat, to to genitor quae plurima cœlo
ENÉIDE, LIV. VI H. ]/i7y
Ranime en haletant la flamme qui sommeille,
Prescrit leur lonjjue tâche aux femmes qu'elle éveille;
Elle-même, ajoutant la nuit à ses travaux.
Aux lueurs d'une lampe exerce ses fuseaux;
Quelquefois, reprenant Tindustrieuse aiguille,
Soutient d'un gain permis sa naissante famille,
La pudeur de sa fille, et Thonueur de son lit :
Tel le dieu matinal à Vénus obéit.
Il court, pour signaler son ardeur vigilante.
De sa couche céleste à sa forge brûlante.
Du sein de cette mer, où sur leurs rocs épars
Les îles d'Eolie appellent les regards.
Auprès de Liparis, et non loin de Sicile,
L'onde jusques aux cieux voit s'élever une île,
Qui toujours noircit l'air de son sommet fumant ;
Dans ses flancs embrasés tonnent incessamment
Et les pesants marteaux et la bruyante enclume :
Là, sans cesse irritant le feu qui le consume.
Des soufflets haletants le vent chassé rugit;
De coups moins redoublés l'Etna tremblant mugit;
Et l'air, Tonde et les feux, exercés à toute heure.
Fatiguent de leur bruit la brûlante demeure :
Palais du noir Vulcain, cette île en a le nom :
Là vient du haut des cieux le divin forgeron.
Dans ce moment Brontès, laborieux cyclope, Pyracmon, aux bras nus, et le nerveux Stérope, De leurs bruyants travaux faisoient retentir Tair, Amollissoient le bronze et faconnoient le fer. Leur diligente main vient d'ébaucher un foudre. Un des foudres par qui les monts tombent en poudre •
144 iENEIDOS LIB. VIII. v. 4^8
Dcjicit in terras; pars inperfecta manebat. Tris imbris torti radios , tris niibis aquosae Addiderant, rutili tris ignis ct alitis austri. Fulgorcs nunc terrificos, sonitunique, nietumquc, Miscebant operi, flanimisque sequacibus iras. Parte alia Marti currumque rotasque volucres Instabant, quibus ille viros, quibus excitât urbis : iEgidaque borriferani, turbatae Palladis arma, Certatim squamis serpentum auroque polibant, Connexosqne angnis, ipsamque in pectore divae Gorgona, desecto vertentem lumina coUo
« ToUite cuncta, inquit, cœptosque auferte labores, /Etnaei Cyclopes, et hue advcrtite mentem. Arma acri facienda viro : nunc viribus usus, Nunc manibus rapidis, omni nunc arte magistra : Pnïcipitate moras. « Ncc plura efifatus; ct iUi Ocius incubuere omnes, paritcrque laborem Sortit! : fluit aes rivis , auriquc metalluni ;
ENÉIDE, LIV VIII. Mi
Une part est finie, et l'autre est brute encor.
Le dieu de la tempête, épuisant son trésor,
Du terrible travail a fourni la matière :
Là, joignant Tair, le feu, la nuit et la lumière.
Ils ont mis trois rayons de Tautan orageux.
Trois de grêle bruyante et de flocons neigeux;
Ils alloient y mêler la terreur foudroyante.
Le courroux du tonnerre et sa flamme effrayante,
Et son bruit, qui poursuit le coupable en tout lieu,
Et l'éclair, qui l'atteint sur ses ailes de feu.
Plus loin c'étoit le cbar du grand dieu de la guerre.
Ce char qui roule égal aux flèches du tonnerre.
Qui rend l'ardeur guerrière aux peuples, aux cités,
Et dévaste en courant les champs ensanglantés.
Un autre pour Bellone apprêtoit une égide,
Signal de la fureur, de la rage homicide :
Là cent hideux serpents, entrelaçant leurs nœuds,
De leurs écailles d'or éblouissent les yeux;
Et les regards mortels de l'affreuse Gorgone
Vont placer la terreur sur le sein de- Bellone.
« Cyclopes, c'est assez; arrêtez, dit Vulcain : Des travaux plus pressés attendent votre main : Allons, fils de l'Etna, ni délai, ni murmure; Pour un jeune héros j'ai besoin d'une armure ; Que vos feux un instant ne se reposent pas : Il me faut tout votre art, il me faut tous vos bras. Hâtez-vous, quittez tout. » xVinsi Vulcain ordonne. Soudain sous les marteaux le mont au loin résonne ; Tous d'une même ardeur poursuivent leurs travaux; L'acier, 1 or et 1 argent coulent en longs ruisseaux.
T. V. ÉNÉinK. III. lO
146 ^NEIDOS LIB. VIII. v. 446.
Volnificusque chalybs vasta fornace liquescit. Iiigentein clypeuni informant, uniiiii omnia contra Tela Latinorum ; septenosque orbil)us orbis Inpediunt. Alii ventosis ioUibiis auras Adcipiunt redduntque; alii stridentia tingunt iEra lacu : gemit iiipositis incudibus antrum. llii inter sese multa vi brachia tollunt In numerum, versantque tenaci lorcipe massani.
Haec pater iEoliis properat duni Lemnius oris, Evandrum ex humili tecto lux suscitât alma, Et matutini volucrum sub culmine cantus. Gonsurgit senior, tunicaque inducitur artus. Et Tyrrbena pedum circumdat vincula plantis. Turn lateri atque humeris Tegeaeum subligat enseiii , Demissa ab laeva pantberae terga retorqucns. Nee non et gemini custodes limine ab alto Praecedunt gressumque canes comitantur herilem. Hospitis iEneae sedem et sécréta petebat, Sermonum memor et promissi muneris, beros.
ENÉIDE, IJV. VIII. 147
On forme un bouclier impénétrable, immense, Et seul contre une armée invincible défense : Sept couches d'un métal que la flamme a durci S'appliquent sous leurs mains sur son orbe épaissi. Chacun a ses emplois, et pour hâter l'ouvrage Entre leui^s bras actifs l'ouvrage se partage : Les uns placent l'enclume, et la terre en gémit; D'autres trempent l'acier dans le flot qui frémit : D'autres, tenant en main la tenaille mordante, A leurs coups répétés offrent la masse ardente : L'autre nourrit les feux dans leur brûlant séjour; L'autre, enfermant les vents, les chassant tour-à-tour. Irrite des brasiers les flammes paresseuses. Tout agit, tout s'empresse; et leurs mains vigoureuses, Tantôt levant, tantôt baissant leurs lourds marteaux. Retombent en cadence, et domptent les métaux. Tandis que Vulcain presse et dirige l'ouvrage, Évandre dort encor sur son lit de feuillage ; Les oiseaux, de son toit hôtes harmonieux. Et les premiers rayons qui redorent les cieux, Ont hâté son réveil. Sur ses pieds qu'il embrasse Un brodequin toscan se renoue avec grace; De l'épaule au côté son glaive est suspendu ; Un long poil tacheté sur son dos étendu. Jadis d'un léopard la superbe parure, Ramène sur son sein son épaisse fournne ; Et deux chiens affidés, qui ne le quittent pas, Bondissent sur sa trace ou devancent ses pas. Empressé d'accomplir sa parole donnée.
Dans son nocturne asile Evandre cherche Enée :
Nee minus iEneas se niatutinus agebat.
Filius huic Pallas, illi coincs ibat Achates.
Gongressi jiingiint dextras, mediisque residunt
iEdibus, et licito tandem sermone fruuntur.
Rex prior baec :
« Maxime Teucrorum ductor, quo sospite numquam
Res equidem Trojae victas aut regna fatebor;
Nobis ad belli auxiliuni pro nomine tanto
Exiguae vires : hinc Tusco claudimur amni ;
Hinc Rutulus preniit, ct niurum circumsonat armis.
Sed tibi ego ingentes populos opulentaque regnis
Jungere castra paro(^) . quam fors inopina saluteni
Ostentat; fatis hue te poscentibus adfers.
« Haud procul hinc saxo incolitur fundata vetusto Urbis Agyllinae sedes, ubi Lydia quondam Gens, bello praiclara, jugis insedit Etruscis. Hanc niultos tlorentem annos rex deinde superbo Imperio et saevis tenuit Mezentius armis. Quid memorem infandas cfedes, quid facta tyranni Effcra ! Di capiti ipsius générique reservent! Mortua quin etiani jungebat corpora vivis, Gomponens manibusque manus atque oribus ora,
Au-devant de ses pas, du lieu de son repos, Avec la même ardeur s'avance le héros. L'un vient avec Pallas; l'autre est suivi d'Achate. Un transport mutuel dans leurs rejjards éclate : Tous deux en s'embrassant renouvellent leur foi ; Tous deux, demeurés seuls dans le palais du roi, De leurs nobles projets, pesés par la prudence, Peuvent se faire entre eux l'entière confidence. Le roi commence ainsi : « Fier successeur d'Hector, Vous par qui Troie en cendre ose espérer encor. Vous par qui le vaincu se promet la victoire. Mes moyens ne sont pas dignes de votre gloire ; Le Tibre d'un côté , protecteur des Toscans , Borne ici mes états; et jusque dans mes camps Les Rutules de l'autre apportent les alarmes ; J'entends d'ici leurs cris et le bruit de leurs armes. Mais un hasard heureux nous assure aujourd'hui D'un peuple belliqueux l'intérêt et I'tippui; Et le destin ici semble exprès vous conduire.
« Cité riche autrefois, siège d'un grand empire, Séjour heureux long-temps des braves Lydiens, Agylle ici commande aux monts étruriens; Dépouillée aujourd'hui de sa splendeur antique, Mézence l'asservit à son joug tyrannique. Comment peindre l'horreur de son règne odieux? Puisse tomber sur lui la vengeance des dieux! Ce monstre, joignant l'art avec la barbarie. D'un tourment tout nouveau repaissoit sa furie : Des vivants joints aux morts sur des lits inhumains, La bouche sur la boiu he, et les mains sur les main^.
150 iENEIDOS LIB. VIII. t 487
Tormenti genus ! et sanie taboque fluentes Gomplexu ill niisero lonj^a sic morte necabat. At fessi tandem cives infanda furentem Armati circumsistunt ipsiimque domumque : Obtruncant socios ; igncni ad fastigia jactant. Ille inter caedem Rutulorum clapsus in agros Gonfugere, et Turni defendier hospitis armis. Ergo omnis furiis surrexit Etruria justis ; Regem ad suppliciiim praesenti Marte reposcunt. His ego te, iEnea, ductorem millibus addam.
Toto namque fremunt condensae litore puppes,
Signaque ferre jubent: retinet longœvus baruspex,
Fata canens : « O Mseoniae delecta juventus,
Flos veterum virtusquc virum, quos Justus in hostem
Fert dolor, et mérita adeendit Mezcntius ira ,
Nulli fas Italo tantam subjungere gentem ;
Externos optate duces. » « Turn Etrusca resedit
Hoc acies campo, nionitis exterrita divum.
Ipse oratores ad me regniquc coronam
Gum sceptro misit, mandatque insignia, Tarcho,
Tout dégouttants d'un sang qui faisoit ses délices,
Mouroient d'un long trépas dans ces affreux supplices;
Et le monstre auprès d'eux goutoit tranquillement
De ces corps déchirés l'horrible accouplement.
Son peuple enfin, lassé du poids de tant de crimes,
S'arme contre un tyran; et, A'engeant ses victimes.
Egorge ses amis, assiège son palais.
Et livre au feu vengeur ce séjour des forfaits.
Turnus vient au secours de ce roi sacrilège;
Son palais le reçoit, et son bras le protège.
Mais l'Etrurie entière a juré son trépas, ,
Sa vengeance à grands cris appelle les combats.
Marchez, prince troyen, avancez à leur tète;
Leur flotte est assemblée, et leur armée est prête.
Déjà leurs fiers drapeaux flottoient au gré des vents.
Lorsqu'un sage vieillard , dont les regards saA^ants
Lisent dans l'avenir, arrête leur armée ,
Tranquille maintenant, mais non pas désarmée;
Et sa voix, réprimant leurs transports indiscrets,
Du destin en ces mots rappelle les décrets :
« Illustres chefs, dit-il, héros de Méonie, Des braves Lydiens illustre colonie , Contre un tyran cruel un courroux mérité Provoque justement votre bras irrité, Mais un chef étranger doit guider votre audac c. »
(' Les Toscans, à ces mots, suspendent leur menace. Tranquilles dans leurs camps, et leurs drapeaux baissés, Ils attendent ces chefs par l'oracle annoncés. Par ses ambassadeurs, déjà Tarchon lui-même Vient de m'ofirir le sceptre avct: le rang suj)rênK' ;