ïlNEIDOS LIB. VIII. v. ^o
Subcedam castris, Tyrrhenaque regna capessam. Sed mihi tarda gelu saeclisque effeta senectus Invidet imperium , sei œque ad fortia vires. Natum exhortarer, ni mixtus matre Sabella Hinc partem patriae traheret. Tii, ciijus et annis Et generi fata indulgent, quern numina poscunt, Ingredere, o Teucrura atque Italum fortissime ductor.
Hunc tibi praeterea, spes et solatia nostri, Pallanta adjungam: sub te tolerare niagistro Militiani et grave Martis opus, tua cernere facta Adsuescat, primis et te niiretur ab annis. Arcadas buic équités bis centum, robora pubis Lecta, dabo; totidemque suo tibi nomine Pallas. »
Vix ea fatus erat; defixique ora tenebant iEneas Anchisiades et fidus Acbates, Multaque dura s^o tristi cum corde putabant :
Il veut que, capitaine et monarque à-la-fois,
L'armée et tout Tétat se rangent sous mes lois.
Mais il n'en est plus temps, et la glace de l'âge
Envie à mes vieux ans un si noble avantage.
J'eusse envoyé mon fils, si le sang maternel
Ne mettoit un obstacle à son droit paternel ;
Mais, au peuple toscan étranger par son père,
Mon fils du sang latin est issu par sa mère,
Et ce basard l'exclut d'un rang si glorieux.
Pour vous, qu'à plus d'un titre ont proclamé les dieux,
Vous de qui la fortune obtint des destinées
Le droit de la naissance et celui des années.
Marchez; puissé-je voir réunis dans vos mains
L'intérêt dllion et celui des Latins!
Ce n'est pas tout : mon fils, dont la tendre jeunesse
Est l'espoir de l'état, celui de ma vieillesse.
Digne appui des Troyens ainsi que des Toscans ,
Va quitter mon palais pour voler dans vos camps.
■Instruisez aux combats son précoce courage ;
Qu'il en fasse sous vous le noble apprentissage ;
De vos hautes leçons qu'il connoisse le prix :
Savoir vous admirer, c'est avoir tout appris.
De deux cents cavaliers une élite intrépide
Va joindre à vos soldats son escadron rapide;
Deux cents autres bientôt, également choisis.
Vont sous vos étendards accompagner mon fils. »
Il dit: et le héros, et le fidèle Achate, Malgré le noble espoir dont ce discours les flatte, Tous les deux en silence, immobiles tous deux. Plongent d'un œil tremblant dans l'avenir douteux.
154 ^NEIDOS LIB. VIII. v. v.3.
Ni si^num cœlo Gytlierea dedisset aperto.
Nainque inproviso vibratus ab aetbere fiiljOfor
Gum sonitu venit, et luere omnia visa repente,
Tyrrhenusquc tubœ ningire per œthera clanjoor.
Suspiciunt : iterum atque iternni fragor increpat ingens.
Arma inter nubem , cœli in regione serena ,
Per sudum rutilare vident, et puisa tonarc.
Obstupuere animis alii ; sed Troius héros
Agnovit sonitum, et divœ promissa parentis.
Turn memorat : « Ne vero , hospes , ne quaere profecto
Quem casum portenta Ibrant : ego poscor olympo.
Hoc signum cecinit missuram diva creatrix,
Si bellum ingrueret; Volcaniaque arma per auras
Laturam auxilio.
Heu ! quantae miseris caedes Laurentibus instant!
Quas pœnas mibi , Turne , dabis ! quam multa sub undas
Scuta virum galcasque et fortia corpora volves,
Thybri pater ! Poscant acies, et fœdera rumpant ! »
Haec ubi dicta dédit, solio se tollit ab alto; Et primum Ilerculeis sopitas ignibus aras Excitât; hesternumque Larem:^^p!^prvosque Penates,
Tout-à-coup un signal que donne Cythérée Vient ranimer leur cœur. Dans la plaine éthérée L'air s'ébranle: des cieux partent de lon{js éclairs, La trompette éclatante a sonné dans les airs. On regarde, on se tait : de nouveau les cieux grondent. Alors dans l'air serein, où mille échos répondent, Une superbe armure en longs sillons de feux Descend, tonne à Toreille, et resplendit aux yeux. Ces éclairs, ce fracas, cette armure brillante, Dans les cœurs attentifs ont jeté l'épouvante : Mais ces bruits annonçoieat Cythérée à son fils ; C'est elle, c'est sa mère, et ses dons tant promis. « Cher Evandre ! dit-il, que ce bruit, cette flamme D'une vaine frayeur n'altèrent point votre ame; J'entends, je reconnois ce grand signal des cieux : C'est à moi, c'est à moi que s'adressent les dieux. Vénus, si les Latins me déclarent la guerre. Et j'en crois son amour, doit au bruit du tonnerre Descendre et m'apporter les armes que Vulcain, Pour défendre son fds, fabriqua de sa main. Malheureux Laurentins, quel péril vous menace ! Combien votre Tiu'uus paiera cher son audace ! Et toi, fleuve toscan, ah! combien dans tes flots Tu vas rouler de sang, d'armes et de héros ! Allez, fiers ennemis; déclarez-moi la jjucrre; Vos têtes répondront des malheurs de la terre. » A ces mots , prononcés d'un accent solennel , Il se lève; d'Hercule il approche l'autel. S'incline avec respect, sons la cendre réveille Les restes assoupis des flammes de la veille.
156 ^ENEIDOS LIB. VIII. v 541
Laetus adit : niactant lectas de more bidentis , Evandius pariter, pariter Trojana juveiitus. Post hinc ad naves graditur, sociosque revisit : Quorum de numéro, qui sesc in bella sequantur Praestantes virtute legit; pars cetera prona Fertur aqua, segnisque secundo defluit amni, Nuntia ventura Ascanio rerumque patrisque. Dantur equi Teucris Tyrrliena petentibus arva : Ducunt exsortem iEneae, quem fui va leonis Pellis obit totuni, praefulgens unguibus aureis.
Fama volât, parvam subito volgata per urbem, Ocius ire équités Tyrrheni ad limina regis. Vota metu duplicant ma très, propiusque periclo It timor, et major Martis jam adparet imago. Tum pater Evandrus, dextram complexus euntis(9) , Haeret, inexpletum lacrimans, ac talia fatur :
" () mihi praeteritos référât si Juppiter annos ! Qualis cram, quum primam aciem Praeneste sub ipsa Stravi, scutorumque incendi victor acervos;
I^NEIDK, Î.IV VIII 157
Présente son hommage à ces humbles foyers,
Immole cinq brebis aux dieux hospitaliers.
Evandre v joint ses dons; et, marchant vers le temple,
La jeunesse troyenne imite leur exemple.
Le héros vers sa flotte enfin porte ses pas,
Choisit des coeurs vaillants et d'intrépides bras;
Le reste sur les flots, dont le cours les seconde.
Descend et s'abandonne à la pente de Tonde,
Va rejoindre son camp, et redire à son fils
Ce que le roi , le sort et les dieux ont promis.
Enfin, pour la jeunesse à Tarchon destinée ,
Des coursiers sont choisis; celui qui porte Enée,
D'une peau de lionne et de ses ongles d'or.
Déjà brillant et fier, s'embellissoit encor.
Mais bientôt, consternant la foule épouvantée, Un bruit s'est répandu, dans l'humble Pallantée, Que vers les murs toscans marche un gros de soldats : Les mères, qu'effrayoit l'approche des combats. Au pied des saints autels redoublent leurs prières; Et, filus près du péril, frémissent d être mères. Le roi de ses adieux attendrit le héros. Le presse sur son sein avec de longs sanglots; Et, pour un fils qu'il aime exprimant ses alarmes, De ses yeux paternels verse un torrent de larmes.
« Ah! si les dieux, dit-il, me rendoient mon printemps, Si j'étois ce guerrier qui, dans de meilleurs temps, Moissonna, sous les murs de Prénestc tremblante. Des rangs entiers, tombés sous sa main triomphante ,
158 iENEIDOS LIB. VIII. v. 563.
Et regem hac Heiiluni dextra sub Tartara misi, Nascenti cui tris animas Feronia mater, Horrendum dictu! dederat, terna arma movenda, Ter leto sternendus erat; cui tunc tamen omnis Abstulit haec animas dextra, et totidem exuit armis Non ego nunc dulci amplexu divellerer usquam, Nate, tuo; neque finitimus Mezentius usquam Huic capiti insultans tot ferro saeva dedisset Funera , tam multis viduasset civibus urbem.
At vos, o Superi, et divum tu maxime rector Juppiter, Arcadii, quaeso, miserescite regis, Et patrias audite preces : Si numina vestra Incolumem Pallanta mihi, si fata reservant. Si visurus eura vivo, et ven turns in unum, Vitam oro ; patiar quemvis durare laborem :
Sin aliquem infandum casuni , Fortuna , minaris , Nunc, o, nunc liceat crudelem abrumpere vitam , Dum curae ambiguae, dum spes incerta futuri,
ENÉIDE, LIV Vnr. 159
Et, de leurs boucliers embrasant des monceaux,
Voloit de la victoire à des combats nouveaux t
Si j'étois ce vainqueur qui dans le noir Tartare
Plongea cet llérilns, ce colosse barbare.
Ce roi, de Férouie enfant prodigieux!
Trois âmes vainement mouvoient ce corps affreux :
En vain sa triple vie, en vain sa triple armure
Demandoient à mon bras une triple blessure :
Trois fois je Tabattis, le désarmai trois fois,
Et d'un triple trophée illustrai mes exploits.
Hélas ! ce temps n'est plus. Oh ! s'il étoit encore ,
O Pallas ! ô mon fils ! cher objet que j'adore,
Je ne te verrois point arracher de mes bras ;
C'est moi que tu suivrois au milieu des combats,
Et ce Mézence affreux, fléau de l'Ausonie,
N'eût pas vu si long-temps son audace impunie;
Il n'insulteroit pas à ce bras impuissant.
Et vous, ayez pitié de ce cœur gémissant,
O dieux! ô justes dieux! écoutez la prière
D'un malheureux vieillard et d'un malheureux père.
Si vous aimez Pallus, si vous devez un jour
Le rendre à mes regrets , le rendre à mon amour,
Si ce n'est pas en vain que ce cœur vous implore,
Si je vis pour le voir, pour l'embrasser encore.
Ah! prolongez mes jours; il n'est point de tourment
Qui ne cède aux douceurs de cet embrassement.
Mais si du coup fatal vous menacez sa vie,
O dieux! qu'avant ce temps la mienne soit ravie.
Avant qu'un deuil affreux vienne en troubler la fin.
Tandis que..., ô mon cher fils ! seul bienfait du destin ,
160 iENEIDOS LIB. VIII. v.58,.
Dum te, care puer, mea sera et sola voliiptas, Complexu teneo : gravior ne nuntius aures Volneret! » Hasc genitor digressu dicta supremo Fundebat : famuli conlapsum in tecta ferebant.
Jamque adeo exierat portis equitatus apertis : iEneas inter primos et fidus Achates ; Inde alii Trojae proceres : ipse agmine Pallas In medio, chlamyde et pictis conspectus in armis('°); Qualis, ubi Oceani perfusus Lucifer unda, Quem Venus ante alios astrorum diligit ignis, Extulit OS sacrum ccelo, tenebrasque resolvit
Stant pavidae in muris matres, oculisque sequuntur Pulveream nubem , et fulgentes aere catervas(' '). OUi per dumos, qua proxima meta viarum,
ENÉIDE, HV. Virr. 161
Dernières voluptés des dertiiers jours d'Evandre, Je puis encor te voir, je puis encor t'entendre, Te serrer dans mes bras, te presser sur mon sein, Quand Tobscur avenir est encore incertain ! Attendrai-je en tremblant qu'un avis funéraire Vienne du coup fatal assassiner ton père? Ah! quÉvandre plutôt, sans connoître son sort, Meure d'un coup de foudre, et non pas de ta mort ! » Ainsi parloit Evandre ; ainsi , baigné de larmes. D'un dernier entretien il prolonjjeoit les charmes : Mais enfin ses adieux expirent dans les pleurs. Il succombe, on remporte accablé de douleurs.
Cependant tout est prêt, tout part, et de la ville Des fiers Arcadiens sort la jeunesse agile : Le grand Enée, Achate et les fils d'Ilion, En ordre conduisoient le brillant escadron : Pallas est dans le centre, et sa superbe armure De son habit guerrier relève la parure; Moins rayonnant se montre aux célestes lambris Des astres du matin le plus cher à Cypris , Lorsque , pur et brillant, il sort du sein de l'onde, Remonte vers les cieux, et rend le jour au monde. Les femmes cependant de leurs yeux attendris Suivent du haut des murs leurs époux et leurs fils, Et leurs casques brillants, et leur marche poudreuse. A travers les buissons leur troupe valeureuse Marche, abrégeant la route; ils arrivent : enfin Le chemin s'élargit, un cri part; et soudain Tous les pieds des chevaux qu'un même ordre rassemble Vont tombant, remontant, et retombant ensemble,
T. V. ÉNKinK. III. Il
162 iENEIDOS LIB. VUI. vs^:
Armati tendiint: it clamor, et, agmine lacto, Quadiupedante putrem sonitu quatit iingula campum.
Est ingeiis gelidiini lucus prope Cseritis amnem , Religione patrum late sacer : undique colles Inclusei e cavi , et nigra nemus abiete cinguiit. Silvano fama est veteres sacrasse Pelasgos , Arvorum pecorisque deo, lucumque dienique, Qui prinii fines aliquando habuere Latinos. Hand procul bine Tarcbo et Tyrrbeni tuta tenebant Castra locis , celsoque onmis de colle videri Jam poterat legio, et latis tendebat in arvis. Hue pater iEneas et bello lecta juventus Subcedunt, fessique et equos et corpora curant.
At Venus aetherios inter dea Candida nimbos Dona ferens aderat ; natumque in valle reducta Ut procul egelido secretum flumine vidit, Talibus adfata est dictis, seque obtulit ultro : « En, perfecta mei promissaconjugis arte Munera : ne mox aut Laurentes, nate, superbos, Aut acrem dubites in pra3lia poscere Turnum. » Dixit, et amplexus nati Cytberea petivit: Anna sub adversa posuit radiantia quercu.
ÉNÉIDK, LIV. VIII. 1G3
Et, de leurs pas bruyants battant les champs poudreux, D'un tourbillon de sable obscurcissent les cieux.
Aux lieux où le Gérite égare en paix son onde. S'étend sur le riva{j;e une forêt profonde; Là des rameaux touffus la sauvage épaisseur, De son obscurité répandant la noirceur, Dans les esprits émus d'une terreur pieuse Entretenoit du lieu l'horreur religieuse ; Là, d'un double coteau de cèdres couronné, L'un et l'autre rivage étoit environné : A Sylvain, dieu des bois, les Grecs le consacrèrent. Et d'un culte annuel leurs enfants l'honorèrent : Les antiques Latins l'habitoient autrefois. Là, Tarchon, les Toscans rassemblés sous ses lois, Avoient assis leur camp, et du haut des montagnes On voyoit leurs drapeaux flotter dans les campagnes ; Là le héros troyen arrête ses guerriers , Et permet le repos aux soldats, aux coursiers.
De Paphos cependant la brillante déesse Venoit du haut des cieux acquitter sa promesse. Énée, en ce moment, couvert d'épais rameaux, Respiroit la fraîcheur et de l'ombre et des eaux ; Il regarde, et soudain dans son éclat céleste A ses yeux enchantés Vénuç se manifeste : « Les voilà ces présents que Vénus a promis , Et qu'un dieu mon époux prépara })Our mon lils ! Avec eux ne crains plus le superbe Laurente; Pars, va braver Turnus et sa rage insolente. » A ces mots elle avance, et pose de sa main Sous un chêne élevé l'ouvrage de Vuh ain.
164 iENEIDOS LIB. Vlll. v.6,7.
lUe, deae donis et tanto laetus honore, Expleri nequit, atque oculos per sinjjula volvit; Miratuiqiie, interque manus et brachia versât Terribilem cristis galeam flaniinasqiie vomentem ; Fatiferunique ensem, loricam ex aere rigcntem, Saiiguineam, ingenteni, qualis quum ca3rula nubes Solis inardescit radiis longeque refulget ; Turn levis ocreas eleetro aiiroque recocto , Hastamque, et clypei non enarrabile textum.
Illic res Italas, Romanorumque triumphos('^)7 Hand vatum ignarus venturique inscius aevi, Fecerat ignipotens ; illic genus omne futura? Stirpis ab Ascanio, pugn^aque in ordine bella. Fecerat et viridi fetam Mavortis in antro('^) Procubuisse lupam ; geminos huic ubera circum Ludere pendentes pueros, et lanibere matrem Inpavidos ; illani tereti cervice reflexam M ulcere alternos, et corpora fingere lingua.
ENÉIDE, LIV. VIfl. ion
Énée, à cet aspect, tressaille d'alégresse ; Il s'élance, il saisit les dons de la déesse. Les emporte en triomphe, et d'un œil curieux Se plaît à parcourir cet ouvrage des dieux; Il prend, reprend cent fois ce casque formidable Qui darde en longs éclairs sa flamme inépuisable. Et de son cimier d'or les panaches mouvants Pareils à ces rameaux que balancent les vents ; Et son impénétrable et sanglante cuimssc Dont l'éclat éblouit, dont la couleur menace , Tel qu'en un jour d'été nous voyous un ciel pur Des feux d'un pourpre ardent enflammer son azur; Puis, de ses longs cuissards essayant la souplesse, D'un argent mêlé d'or admire la richesse, 4 Et sa lance fatale, et son glaive divin, àSur-tout son bouclier, chef-d'œuvre de Vulcain.
Là ce dieu, que le sort instruisit de leur gloire. Des Romains triomphants a retracé l'histoii'e. Là sont tous ces héros, honneur de ces remparts. Depuis les rois albains jusques aux deux Césars. Là du dieu des combats gît la louve fidèle; Deux célestes jumeaux qui sont nourris par elle, Pendoient à sa mamelle, et jouoient sur sou sein : Déjà dans leurs regards est écrit leur destin ; Nés dans l'antre de Mars, ils en ont le courage; Ils sucent sans effroi leiu- nourrice sauvage : Le dieu semble sourire aux fruits de son amour; Elle, en se retournant, les flatte tour-à-tour, Et sur le double espoir de Home encor naissante, Promène mollement sa langue caressante.
166 ^NEIDOS LIB. VIII. v. 635.
Nee prociil hinc Romam , et raptas sine more Sa binas Gonsessu caveae, niagnis Gircensibus actis, Addiderat , subitoque novum consurgcre bellum Romulidis, Tatioqne seni, Guribusque sevens. Post idem, inter se posito certamine, reges Armati Jovis ante aram , paterasque tenentes , Stabant, et csesa j ungebant fœdera porca. Hand procul inc^e, citae Metiuni in diversa quadrigae Distulerant, (at tu dictis, Albane, maneres ! ) Raptabatque viri mendacis viscera Tullus Per silvam, et sparsi rorabant sanguine vêpres.
Nee non Tarquinium ejectum Porsena jubebat Adcipere, ingcn tique urbem obsidione premebat: iEneadae in ferrum pro libertate ruebant. Ilium indignant! similem , similemque minanti Adspiceres, pontem auderet quod vellere Codes, Et fluvium vinclis innaret Clœlia ruptis. In summo custos Tarpeiae Manlius arcis Stabat pro templo, et Capitolia celsa tenebat, Romuleoque recens horrebat regia culmo.
Atque bic auratis volitans argentcus anser Porticibus, Gallos in limine adesse, canebat :
i'>KÉiDE, \A\. vni. l(i;
Ici loti voit un cirque et le peuple romain , Des SiiLiues en pleurs Tinvolontaire hymen, l*]t les deux rois armés, et les fatales' {guerres Dont ce rapt politique ensanglanta leurs terres. Plus loin, des flots de via, des flots de sanj^ sacré Solennisent le nœud que la paix a serré. Ailleurs, de Métius c\'toit Taffrcux supplice; Pour punir son forfait et son lâche artifice, A deux chars attelés quatre fougueux chevaux De ses membres rompus emportoient les lambeaux : Son sang au loin rougit les ronces dégouttantes.
Plus loin, de Porsenna les fureurs insultantes Pressent Rome assiégée, et du joug des Tarquins Menacent de nouveau ces fiers républicains; Les Romains à sa rage opposent leur audace : On le voit à son air, à son œil qui menace. S'indigner qii\m seul homme, arrêtant ses drapeaux, Brise le pont du Tibre et brave ses assauts ; Une femme, plus loin, égalant ce courage. Rompt ses chaînes, s'élance, et s'échappe à la nage. Sur le roc Tarpéien qu'illustra Romulus, Devant le Capitole avançoit Manlius :
Le toit du fondateur dont le Romain s'honore De son chaume récent se hérissoit encore. Un oiseau, déployant son plumage argenté, Crioit, couroit, erroit, voloit de tout côté : On reconnoît l'oiseau, sentinelle de Rome, Dont les cris vigilants, secondant un grand homme, Annoncent aux Romains l'approche des Gaulois : Protégés par la nuit et par l'ombre des bois.
168 ^NEIDOS LIB. VIII. v. 657.
Galli per dunios aderant, ^rcemque tenebant,
Defensi tenebris et dono noctis opacae.
Aiirea caesaries oUis, atque aurea vestis,
Yirgatis lucent sagulis ; turn lactea colla
Auro innectuntur; duo quisquc Alpina coruscant
Gaesa manu , scutis protecti corpora longis.
Hic exultantes Salios, nudosque Lupercos, Lanigerosque apices, etlapsa ancilia ccelo Extuderat : castae ducebant sacra per urbem Pilentis niatres in mollibus. Hinc procul addit Tartareas etiani sedes, alta ostia Ditis ; Et scelerum pœnas , et te, Catilina, minaci Pendcntem scopulo , Furiarumque ora trementem ; Secretosque pios, bis dan tern jura Gatonem. Haec inter tumidi late maris ibat imago
Les Gaulois arrivoient ; de la demeure sainte Déjà leur troupe impie environne l'enceinte. Dans ce vivant tableau Tart avoit figuré Leur chevelure d'or, leur vêtement doré, Et de leurs colliers d or la parure flottante , Qui couvroit de leur cou la blancheur éclatante : Leurs tabliers pendants, dont les pans bigarrés Sont rayés de rubans richement colorés.
Deux traits qu'uvoit fournis à leur main aguerrie Le chêne vigoureux des Alpes, leur patrie, Sont leur arme légère ; et de longs boucliers D'un airain protecteur les couvrent tout entiers.
Là les prêtres, voués au grand dieu de la guerre. De leurs sauts cadencés font retentir la terre ; Plus loin, du dieu des bois les prêtres vagabonds. Le corps nu, s'agitoient et s'élançoient par bonds. L'art n'a point oublié dans cette vaste scène Les boucliers, garants de la grandeur romaine, •i Ni du maître des dieux les prêtres révérés, ^ De leurs houppes de laine en marchant décorés. Ni ces chars suspendus, où des femmes pudiques Conduisent l'appareil de nos fêtes publiques. Là sur le bronze encor Vulcain vous dessina , Noir séjour de l'enfer; et toi, Catilina, (Qu'une roche pendante incessamment menace, Dont les filles du Styx épouvantent l'audace. Enfin, seuls à l'écart, loin du noir Phlégéton, Les justes ont leur place ; à leur tête est Caton. Parmi ces traits formés par ime main savante, Se montroit de la mer une image mouvante;
170 iFJNEIDOS LIR VIII. v. 6;.
Aurea, sed fluctu spuniabant caerula cano ; Et circum argcnto clari delphines in oibem /Eqiiora verrebant candis, aestumque secabant. In medio classes aeratas, Actia bella, Gernere erat ; totnmque instructo Marte videras Fervere Leucaten, auroque effulgere fluctus.
Hinc Augnstus agens Italos in prœlia Caesar, »m^
Cnm patribus, popnloqne, Penatibns et magnis dis, Stans celsa in J^uppi : geniinas cui tempora flamnias Lœta voniunt, patiiuniquc aperitur vertice sidus. , .
Parte alia, ventis et dis iigrippa secnndis, Arduus, agmen agens; cui, belli insigne superbum, ^ 'M Tempora navali fulgent rostrata corona.
Hinc ope barbarica variisque Antonius armis, Victor ab Aurorae populis et litore rubro , iEgyptum, viresque Orientis , et ultima secum Bactra vehit; sequiturque, nefas! iEgyptia conjux. Una omnes mere, ac totum spUmare, feductis
ENÉIDE, LIV. VlII. 171
Ses plaines étoient d'or, mais des tlots écmnants L'argent pur imitoit les longs frémissements ; Et, promenant au loin leurs troupes vagabondes. Des dauphins d'argent pur se jouoient sur les ondes. Dans le centre, une mer plus étendue encor. Sous les poupes d'airain rouloit des vagues d'or. L'onde va décider du destin de la terre; L'onde roule en grondant Tappareil de la guerre, Leucate au loin commande à ces fatales eaux. Et les vaisseaux déjà menacent les-vaisseaux.
D'un côté, c'est Auguste et son puissant génie. Sur cette onde guerrière entraînant l'xUisonie, Le peuple, le sénat, Rome entière et ses dieux; De sa poupe élevée il combat avec eux : Deux faisceaux lumineux, présage de victoire, L'environnent déjà des rayons de sa gloire; Et sur son jeune front empreint de majesté De l'astre paternel resplendit la clarté. Plus loin c'est Agrippa ; la couronne rostrale Décore du héros la tête triomphale.
Vainqueur infortuné de vingt peuples divers, Antoine ose à César disputer l'univers : Près de l'aigle romain mille enseignes bizarres Rassemblent sous ses lois mille peuples barbares, L'Arabe, le Persan, le Maure, rindicn.
Sa femme lui conduit le vil Égyptien : Sa femme, ô deshonneur! il combat pour ses charmes. Opprobre de son lit, opprobre de ses armes. Tous s'élancent ensemble, et l'airain des vaisseaux Et les bras des rameurs font bouillonner les eaux :
172 iENEIDOS LIB. VIII. v e^o
Convolsum remis rostrisque triclentibus, aequor. Alta petunt: pela^o creclas innare revolsas Cycladas, aut montes concurrere montibus altos : Tanta mole viri turritis piippibus instant. Stuppea flamma manu, telisque volatile ferrum Spargitur : ai va nova Neptunia caede rubescunt. Regina in mediis patrie vocat agmina sistro ; Necdum etiam geminos a tergo,re§.picit angues. Omnigenumque deum monstra, et latrator Anubis, Contra Neptunum et Ycnerem , contraque IMinervam Tela tenent: saevit medio in certaminc Mavors Caelatus ferro, tristesque ex aethere Dii^e; Et scissa gaudens vadit Discordia palla; Quam cum sanguineo sequitur Bellona flagello.
Actius haec cernens arcum intendebat Apollo Desuper: omnis eo terrore iEgyptus, et Indi, Omnis Arabs, omues vertebant terga Sabpei. Ipsa videbatur ventis regina vocatis,> o r^ Vela dare, et laxos jam jamque inraittere funis.
ENÉIDE, LIV. Vin. 175
La mer à leur fureur ouvre un lliéâtre immense. On s'éloigne des bords, et le combat rommeiice : Soldats et matelots, et les veuts et les mers, Les poupes sur les eaux, et les mâts dans les airs, Tout s'ébranle ; on croit voir sur les eaux écumantes Voguer, s'entre-choquer les Cyclades flottantes, Ou, traînant leurs forets sur les gouffres profonds, Les monts avec fracas heurter contre les monts. Neptune épouvanté voit mille morts cruelles : L'eau mugit, le feu siffle, et le fer a des ailes. Cléopâtre elle-même, au milieu des combats, Du sistre égyptien anime ses soldats, Hélas ! et ne voit pas deux serpents qui l'attendent. Sous le nom de ses dieux cent monstres la défendent. Ensemble conjurés , le mugissant Apis , Le Crocodile impur, l'aboyant Anubis , En vain osent encor, partageant sa fortune , Lutter contre Vénus et Minerve et Neptune. Gravés sur leur métal , l'impitoyable fer, Mars, le terrible Mars, et les Filles d'enfer, Bellone, aux fouets sanglants, la Discorde abhorrée En triomphe étalant sa robe déchirée.
Mêlés aux combattants, les animent en vain.
Apollon les a vus de son temple divin; Le dieu saisit son arc: et, frappés d'épouvante, L'Arabe et l'Indien, et l'Egypte tremblante, Tout fuit : la reine même aux yeux de l'univers Réduite à n'implorer d'autres dieux que les mers. Et les vents trop tardifs , et la voile et la rame , Part, l'orgueil dans les yeux, le désespoir dans lame.
174 ^NEIDOS LIB. VIII.
lllam inter caecles, pallenteiiï morte futura^ Fecerat ignipotens undis et lapyge ferri : Contra autem magno niœrenteni corj)ore Nilum, Pandentemque sinus , et tota veste vocanteni Cseruleum in gremiuni, latebrosaque flumina, victos. At Caesar, triplici invectiis Roniana triunipho Mœnia, dis Italis votum inmortale sacrabat, Maxuma ter centum totam delubra per urbem.
Laetitia ludisque viae plausuque freniebant; Omnibus in templis niatruni chorus; omnibus arae: Ante aras terram caesi stravere juvenci. Ipse,.sedens niveo candentis limine Pbœbi, Dona recognoscit populorum , aptatque superbis Postibus : incedunt victae longo ordine gentes, Quam variae linguis, habitu tam vestis et armis.
Hic Nomadum genus et discinctos Mulciber Afros, Ilic Lclegas Carasque, sagittilbrosque Gelonos, Finxcrat; Euphrates ibat jam moUior undis, Extremique hominum Morini, Rhenusque bicornis, ludomitiquc Daha3, et pontem indignatus Araxes.
ÉNÉIDIi, LIV. VIII. 175
Elle iiiit, et déjà sur son front sans couleur
De la mort qui Tattend s'imprime la pâleur.
Mais à sa faite cncor le Kil reste fidèle;
Fier de ses sept canaux, le ISil est devant elle ;
Lui-même, des vaincus appelant les débris,
De sa robe azurée ouvre les larges plis,
Ouvre son vaste sein et ses immenses ondes,
Et cacbe leurs malbeurs dans ses grottes profondes.
Auguste, conquérant et pacificateur.
Par t;rois fois a conduit son char triomphateur;
Et, payant à ses dieux le tribut de sa gloire.
Par des dons solennels acquitte sa victoire.
Au temple d'Apollon, d'un marbre éblouissant,
Lui-même vient offrir son voeu reconnoissant;
Lui-même, le front ceint d'immortelles guirlandes,
De cent peuples divers il reçoit les offrandes;
Et, suspendant leurs dons au portique du dieu ,
Lui fait de ses faveurs le solennel aveu.
Devant lui s'avançoient les nations soumises ;
A la variété de leurs armes conquises,
De leurs noms, de leurs moeurs, de leurs habits divers,
Rome a cru dans son sein rassembler T univers.
Là, du Nomade errant dans sa hutte roulante.
Du brûlant Africain, à la robe flottante.
Du Carien, enfant d'un sol voluptueux.
Du farouche Gélon, du Dahe impétueux,
Le dieu dans ses tableahx enchaîne encor Tirnage;
L'Araxe au loin inugit sous un pont qui Feutrage;
Le Rhin de son orgueil reçoit le châtiment.
Et TEuphiate soumis coule plu;> mollement.
176 iENEIDOS LIB. VIII.
Talia , per cly peuin Volcani , dona parentis , INliratur, rerumque ignarus imagine gaudet , Adtollens humero famamque et fata nepotum.
Le héros s'applaudit; de ses yeux il dévore Dans ce don prophétique un bonheur qu'il ignore; Part, et porte à son bras ses glorieux destins, Et l'honneur de sa race, et le sort des Romains.
T. V. ÉKÉIDE. JII.