‹ Œuvres de J. Delille (volume 3)Chapitre 9 sur 36 · DU LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE HUITIÈME

PAR M. MICHAUD

Si la censure s'est exercée plus particulièrement sur le septième livre, il faut croire que les beautés du premier ordre que le poète latin a jetées presque par-tout dans son ouvrage, avoient dû rendre ses lecteurs difficiles : il est probable qu on eût beaucoup admiré ce livre dans un poème moins parfait; mais, placé après la descente d'Enée aux enfers, il a dû paroître moins admirable. C'est ainsi que, dans la galerie des statues du Muséum, la Vénus du Capitole ëtoit remai-quée à côté de la Vénus de Médicis et de l'Apollon du Belvédère; et, dans ce sens, la plupart des critiques qu'on a faites sont un nouvel hommage rendu au génie de Virgile. Mais, s'il est vrai que le génie du poète se soit ralenti dans quelques passages, il faut avouer qu'il se relève ici avec un nouvel éclat: c'est l'aigle qui a un moment abaissé son vol vers la terre, et qui reprend bientôt son essor vers les cieux.

Ce huitième livre prouve que le génie de Virgile n'étoit pas moins créateur que celui d'Homère : ici il a presque tout créé, et le lecteur est sans cesse étonné de la richesse et de la variété de ses tableaux. Le dieu du Tibre apparoit à Enée, et l'invite à solliciter les secours d'Evandre. Enée arrive à Pallantée, au moment où le roi et sa cour font un sacrifice à Hercule : ainsi l'épisode de Cacus est naturellement amené; et si le vieux roi pasteur met une très grande

pompe dans son récit, comme on l'a remarque', elle est autorisée par la sainteté du lieu et de la cérémonie. Le lecteur est vivement ému du contraste qui existe entre la naïveté héroïque des mœurs anciennes et la maj-nificence future de Home; cet intérêt étoit dans le sujet même, et le merveilleux est ici dans l'histoire. Après avoir montré ce que les mœurs pastorales ont de plus simple et de plus touchant à la cour d'Evandre, Virjjile offre à ses lecteurs ce que lOlvmpe a de plus gracieux, dans les caresses et la prière de Vénus; empruntant ensuite d'autres couleurs, il fait une description brillante des for{ifes de Lemnos, et cette riche galerie de tableaux se termine par le plus pompeux de tous, par le bouclier d'Énée. On a dit que cette dernière fiction étoit imitée d'Homère; mais l'idée du bouclier n'est rien en elle-même, c'est dans l'exécution qu'il faut juger du talent du poète. Thétis dans VIliade obtient de Vulcain un bouclier pour Achille : la description de ce bouclier est admirable sans doute; le forgeron divin y a représenté toutes les merveilles de la terre et du ciel, les horreurs de la guerre, les scènes delà vie champêtre, etc. Le bouclier d'Hercule, qui nous est resté d'Hésiode, réunit aussi les spectacles les plus magnifiques et les plus imposants. La même fiction a été employée par Apollonius de Rhodes, qui représente sur le manteau que Jason avoit reçu de Pallas les cyclopes fabriquant un foudre pour Jupiter; la ville de Thèbes, qui n'étoit pas encore couronnée de tours; Vénus appuvée sur le bouclier de Mars; Apollon, dans un âge encore tendre, perçant d'une flèche le téméraire qui vouloit entraîner sa mère en la tirant par son voile, etc. Toutes ces fictions sont ingénieuses, mais elles ne sont point adaptées à l'action; le bouclier d'Achille, celui d'Hercule, 1(> manteau de Jason, n'ont rien de particulier aux héros qui les portent; ils pourroient aussi bien appartenir à tout autre personnage. Le bouclier d'Énée, au contraire, est parfaitement adapté au sujet de VEncide; le héros trnven porte à son bras les destins de sa race, et

son bouclier ne peut convenir qu'à lui seul. Non seulement ce bouclier doit appartenir à Enée, mais on voit aussi qu'il est l'ouvrage d'un dieu; car le poète y suppose représentés des événements qui ne sont point encore, et qui ne peuvent être connus que des divinités qui lisent dans l'avenir. Sous ce double rapport, Virgile l'emporte sur ses rivaux par l'exécution , s'il ne l'emporte point par l'invention ; et l'excellence de son jugement n'est pas moins digne d'admiration que le génie créateur du chantre d'Achille.

Quelques littérateurs ont observé que tous les événements et tous les pays dont parle Virgile ne pouvoient être contenus dans le petit espace d'un bouclier. Cette critique est minutieuse, et mérite à peine une réponse: on a fait souvent graver les boucliers d'Homère et de Virgile sans que rien v ait été oublié, et l'on doit supposer que le dieu de Lemnos pouvoit faire ce qui est à la portée du moins habile des ouvriers. On a dit quelque part que Dieu avoit représenté l'univers sur l'œil de l'insecte; cette image sublime pourroit seule répondre à toutes les objections. Les mêmes critiques ont observé qu'Évandre n'étoit point contemporain d'Ence, et qu'ils n'avoient pu se rencontrer. 11 seroit déraisonnable d'asservir les poètes à une scrupuleuse exactitude; tout ce qu'on doit exiger d'eux, c'est la fidélité dans les tableaux de la nature; ils ne doivent pas représenter, comme l'observe Fénelon, Momus avec les traits de Jupiter, Silène avec ceux d'Apollon, iVlecton avec les graces de Vénus: il seroit ridicule aussi de mêler dans la peinture et dans la poésie les mœurs anciennes avec les mœurs modernes, comme l'a fait l^e Guerchin, qui dans un tableau représente un Suisse de la garde du pape accompagnant Paris à l'enlèvement d'Hélène; et Le Lorrain, qui représente les Hollandais venus au siège de Troie, et prenant du tabac au port de Sig('e. Virgile avoit trop dé jugement pour donner dans de pareils écarts: et, lors même qu'Évandre n'auroit pas été contemporain d'Énée, la vraisemblance poétique ne seroit point

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blessée; car ils ont vécu tous les deux dans la plus haute antiquité, et ils peuvent être présentés sous le même point de vue. On sait qu'en optique deux objets séparés se confondent dans l'éloignement; il en est de même des événements et des hommes de l'antiquité, qui peuvent être séparés entre eux , mais qui se rapprochent pour la postérité qui apprend leur histoire. On a fait la même objection à Virgile pour Didon, qui n'a pas vécu dans le même siècle qu'Énée: on ne peut faire aux mêmes critiques que la même réponse.

(') Magno curariiin fluctuât lestii...

Cette métaphore est sublime: Catulle l'avoit employée avant Virgile :

Prospicit, et niugnis curarum fluctuât undis. Thétis et Pelée , v. 62.

Lucrèce, dans le sixième livre de son poème, avoit dit :

Volvere curarum tristes in pcctorc fluctus.

Toutes ces expressions sont très hardies, mais elles sont en même temps d'une justesse frappante.

La comparaison dont Virgile se sert dans ce passage pour exprimer l'indécision de son héros, avoit déjà été employée par Apollonius (III,7f)4) pourexprimer l'inquiétude et l'agitation de Médée : «Le danger, dit le poète grec, auquelJason Il alloit être exposé lui causoit mille inquiétudes, et faisoit à li chaque instant palpiter son cœur. Ainsi , lorsque les rayons Il du soleil frappent la surface d'une eau dont on vient de Il remplir un vase, l'image qui se forme alors se meut sans " cesse autour de l'appartement, et voltige çà et là en décri Il vaut des cercles rapides : telle éloit l'agitation du cœur de a Médée. )) Cette comparaison est ingénieuse, et Virgile l'a heureusement rendue. Les Latins avoient étudié les principes du goût à l'école des Grecs; et c'est à la langue grecque, aux chefs-d'œuvre qu'elle avoit produits, que la langue des Romains, ainsi que leur poésie, fut redevable d'une

grande partie de ses beautés. Virgile et les plus célèbres écrivains de son temps firent souvent d'heureux emprunts aux écrivains de la Grèce; ils conservèrent par-là les traditions du goût, et transportèrent son flambeau dans leur propre pays. C'est ainsi que Boileau, Racine et les grands écrivains du siècle de Louis XIV puisèrent souvent dans les mines fécondes des Romains et des Grecs, et qu'ils dictèrent les oracles du goût et de la raison au Parnasse français. Les hommes sensés n'ont jamais accusé les uns ni les autres d'être des plagiaires; c'est un flambeau qui s'allume à un autre flambeau, et chacun brille de sa propre lumière.

(^) Huic deus ipse loci, fluvio Tiberinus amœno, Populeas inter senior se adtollere froudis Visus. Eum tenuis glauco velabat amictu Carbasus, et crinis umbrosa tegebat arundo.

Les couleurs sous lesquelles Virgile représente le fleuve du Tibre ont servi de modèle à tous ceux qui après lui ont peint les fleuves et leurs divinités ; c'est toujours un vêtement d'azur et une couronne de roseaux. Quoique les vers de Boileau sur le passage du Rhin soient très connus, on ne sera peut-être pas fâché de les retrouver ici :

Au pied du mont Adule, entre mille roseaux. Le Rhin, tranquille et fier du progrès de ses eaux, Appuvé d'une main sur son urne penchante, Dormoit au bruit flatteur de sou onde naissante, etc.

Epit. IV.

Ces vers ne perdent rien à côté de ceux de Virgile; je préfère cependant crines umbrosa tegebat arundo à cette image un peu trop vague entre mille roseaux. Dans le reste de sa description, Boileau ressemble plus à Homère qu'à Virgile; et le Rhin prend plutôt l'attitude fière et terrible du Scamandre que celle du Tibre.

Le voyage d'Énée est décrit avec beaucoup de rapidité; douze vers suffisent au poète pour peindre le fleuve faisant remonter ses eaux vers sa source, favorisant les projets des

Troyens, et recevant sur ses ondes la flotte d'Énée, qui s'avance paisiblement à travers d'antiques forêts.

Lorsque les Troyens arrivent près de Pallantée, le poète donne un exemple d'une plus grande précision: Évandre étoit occupé à faire un sacrifice; Pallas s'aperçoit le premier de l'arrivée des étrangers, et il accourt au rivage; il les interroge sur le but et le motif de leur voyage, sur leur pays, sur leurs familles; il leur demande s'ils apportent la paix ou la guerre ; et tout cela est exprimé en moins de deux vers.

Quo tenditis? inquit.

Qui {jcnus? unde domo? pacemne hue fertis, au arma?

Un commentateur anglais, en. rendant justice à la précision de Virgile en cette occasion, s'est amusé à nous donner l'itinéraire d'Enée: " Cette expédition d'Enée, dit-il, est " aussi prompte que les circonstances l'exigeoient; il partit de " son ca m p près d'Ostie, pa rcou r ut la d ista nce de quinze railles « sur le Tibre pour arriver à Rome; de là, pour se rendre « à Cervetère, pays de Tarchon, il fit environ vingt milles « par terre, et trente-cinq milles par mer pour retourner à « son camp. » D'après le commentateur, on voit qu'Enée ne perdit point de temps dans son voyage; il partit la nuit, arriva à Rome le lendemain à midi, et passa la nuit suivante chez Evandre; le second jour il se rendit à Cervetère, arriva le soir à la vue de Tarchon et de son armée, et s'arrêta la nuit dans la forêt consacrée à Silvain; le troisième jour il arriva chez Tarchon , prit le commandement des troupes, mit à la voile vers le soir, et vovagea toute la nuit; le quatrième jour au matin il parut à la vue de son camp, et remporta une victoire avant la fin de la journée. Cet itinéraire est fait très exactement, et tracé d'après'Virgile.

La précision n'est pas la seule chose qu'on doive admirer dans ce passage. On doit remarquer aussi l'adresse avec laquelle le poète fait paroitre le jeune Pallas, qui doit jouer

un rôle si touchant dans les autres livres. Virgile donne à ce jeune he'ros Tépithète d'audax ; c'est ainsi qu'il caractérise d'avance le courage et sur-tout le courage malheureux : il donne à Turnus la même épithète et dans la même acception au septième livre, audacem ad Turnitm.

(■5) Jam primum saxis suspensam hanc adspice rupem; Disjectae procul ut moles, deserlaque monlis Stat domus, et scopuli ingenlem traxere ruinam.

L'épisode de Cacus n'est pas tout entier de l'invention de Virgile : l'événement qui v est raconté a obtenu une place dans les récits de la plupart des historiens romains ; il est rappelé par Deny s d'Halicarnasse et par Tite-Live. Nous rapporterons ici le passage de Tite-Live (Liv. I, ch. 7). « On «raconte, dit-il, qu'Hercule, après la défaite de Géryon, « amena ses troupeaux en ce lieu-là, et qu'il les fit paître u sur les bords du Tibre, qu'il avoit passé à la nage ; plein de «vin, et fatigué d'ailleurs, il s'endormit. Un berger de la «contrée, nommé Cacus, charmé de la beauté de ces ani- « maux, et voyant bien qu'Hei'Cule en suivroit la trace s'il « les conduisoit de la façon ordinaire dans sa grotte, s'avisa a de les y traîner par la queue. Hercule, nîécontentdu pays, « songeoit à le quitter, lorsque les boeufs qui lui restoient « meuglant à leur départ, le meuglement des vaches renfer- <■ mées dans la caverne de Cacus leur répondit. Hercule re- « tourne sur ses pas, veut forcer l'entrée de la grotte ; Cacus , '- s'y oppose, et périt d'un coup de massue. » Les circonstances de cet événement, rapportées par Denys d'Halicarnasse, sont à-peu-près les mêmes.

Virgile a ajouté que Cacus étoit fils de Vulcain, et cette idée s'accorde parfaitement avec les anciennes traditions qui représentent le territoire de Rome comme ayant été autrefois le siège d'un volcan. Le petit bourg d'Aricia, dit M. Petit-Radel, se trouve situé sur un écoulement de laves sorties du cratère voisin à des époques tiès reculées. La mémoire de ces éruptions s'est entretenue par une suite de

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phénomènes considérés comme prodigieux, et que les pontifes avoient consignés dans les annales |)uhliques. Les dernières setoient manifestées au sommet du mont Albain, cinq ans avant la naissance de Cicéron, Le père Kirche»rapporte plusieurs inscriptions très anciennes, par lesquelles les premiers Romains rendoient graces aux dieux qui les avoient délivrés de ce fléau destructeur. On lisoit sur vme colonne: A Fulcain tranquille; sur une autre. Au repos desirable de la mère des cités. Ainsi cette ville, où dévoient se forger les foudres de Mars et les fers des nations soumises, avoit été bâtie sur un sol de toutes parts ébranlé. Le peuple romain, si long-temps agité par des dissensions civiles, fouloit les cendres des volcans ; le Capitolé, les monuments élevés à la Victoire, les routes consulaires, étoient formés des matières vomies de l'antre de Cacus , fils de Vulcain.

Si les historiens diffèrent sur quelques circonstances de la mort de Cacus, tons les gens de goût s'accordent à dur que cet épisode est le chef-d'oeuvre le plus parfait de la narration poétique: il est difficile de trouver un morceau plus fini pour la versification. On y admire à-la-fois la fécondité des expressions , l'harmonie du style , la vivacité des images. Le poète fait voir tout à-la-fois dans ce tableau rapide l'antre odieux de Cacus, le combat dliercule, la crainte, les efforts du fils de Vulcain, les nuages de flannniet de fumée exhalés de sa poitrine, le réceptacle de ses brigandages, ses regards étincelants, sa chute, et son cadavre difforme. Le père Catrou étoit si frappé de cet épisode, et sur-tout de la rapidité du récit, qu'il s'étonnoit de le trouver dans la bouche du vieil Évandre, dont l'imagination devoit être plus lente. Racine, dans le récit de Théramène, a cherché à imiter la perfection de l'épisode latin ; il doit même à ce passage de Virgile un de ses plus beaux vers :

Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Phèfire , v. 8.

Ce vers est traduit littéralement de ces mots, refluitque exterritus ainnis. Racine empriintoit ainsi de Virgile, comme Virgile empruntoit d'Homère. Le poète grec, dans le vingtième livre de ïlllade, peint leffroi de Pluton à la suite d'une secousse qu'a donnée à la terre un coup de trident de Neptune : Virgile a profité de cette idée, mais il se l'est appropriée en la prenant pour sujet d'une comparaison , tandis qu'Homère la met en récit.

Ovide, dans ses Faites, a raconté la mort de Cacus : il sera piquant de comparer les deux morceaux. Virgile décrit ainsi la caverne :

Hic spelunca fuit, vasto subniota recessu, Semihominis Caci faciès quam dira lenebat, Solis inaccessam radiis ; semperque receati Caede tepebat humus; foribusque adOxa superbis Ora virum tristi pendebaut pallida labo.

Voici les vers d'Ovide :

Dira viro faciès, vires pro corpora, corpus

Grande; pater monstri Mulciber hujus erat. Proque dome longis spelunca recessibus, ingens,

Abdita, vix ipsis invenienda feris.

Ora super postes, adfixaque brachia pendent;

Squalidaque humanis ossibus albet humus.

Fast., lib. I, V. 553.

Ces vers d'Ovide sont élégants et faciles; mais ils n'ont point la force et l'énergie de ceux de Virgile : les deux premiers ne donnent qu'une foible idée du monstre que le poète veut dépeindre : le troisième est beaucoup plus expressif; ce mot ingens , placé à la fin du vers, et le mot abdita, renvoyé au vers suivant, produisent un heureux effet. L'idée que le poëte ajoute à ce tableau est ingénieuse, mais ses couleurs manquent de vigueur et de force. Dans Ovide, c'est un antre que les bêtes sauvages peuvent à peine découvrir; dans Virgile, la figure épouvantable du monstre défend l'entrée de la caverne aux rayons même du jour.

Ovide, dans la seconde partie de sa description, montre la terre qui blanchit sons les ossements hnmains, et les tétf.'s et les bras des victimes qui pendent à la porte de la caverne; ces images n'offrent rien de comparable à ces mots, semperque recenti cœde tcpchat humus, la terre fumoit sans cesse du meurtre qu'il venoit de commettre, qu'il commettoit chaque jour : la seule épithéte de recenti caractérise l'homme de {^cnie; l'épithète de superbis n'est pas moins belle, et peint très bien la férocité de Cacus. En général, Ovide reste bien loin de son modèle; le mètre qu'il emploie n'a pas d'ailleurs la noblesse nécessaire à de si grands tableaux. Nous laissons aux professeurs le soin d'achever cette comparaison , et de faire remarquer en détail les beautés sans nombre que Virgile s'est plu à rassembler dans son épisode.

(^) Iliiic ad Tarpeiain sedcm et Capitolia diicit, Aurea imiic, olim silvestribus lionida dumis. Jam luin religio pavidos terrebat agrestes, etc.

On ne peut rien concevoir, dit un commentateur, de plus sublime que l'image exprimée dans ces vers. La inontagne sur laquelle doit être un jour bâti le Capitole est déjà , dans ces temps reculés, remplie d'une religieuse horreur; les Arcadiens la regardent déjà comme le séjour d'une divinité; ils croient y avoir vu Jupiter lui-même descendant au milieu des foudres et des nuages, et agitant sa noire égide, nigrantern œgida. Quelques savants ont remarqué à ce sujet que la religion des païens pouvoit bien n'être qu'une imitation de la religion des Juifs, u En effet, dit le docteur i( Trapp, le Jupiter des Troyens avoit choisi une montagne <i pour son séjour, comme le dieu de l'Écriture. >» Le Seigneur, d'après le Psalmistc, avoit choisi Sion pour sa demeure; le Seigneiu- se plaît à hal)itcr la montagne de Sion. Pline nous apprend que les Romains se figuroient Jupiter présent au Capitole, et s'y montrant dans toute sa gloire comme dans le plus haut des cicux.

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La foudre et les nuages à travers lesquels Virgile fait ici paroître Jupiter donnent une véritable idée de la majesté divine : ces images sont souvent répétées dans l'Ecriture, et elles y donnent par-tout l'idée la plus sublime du vrai Dieu. Moïse, en racontant l'apparition de Dieu sur le mont Oreb, dit que la montagne lança des feux jusque dans le milieu du ciel, qu'elle fut environnée de nuages et de profondes ténèbres. La description du Psalmiste a quelque chose encore de plus sublime : « La terre "trembla, les fondements u même des montagnes s'ébranlèrent. Les cieux s'abaissè- (irent; le Seigneur descendit sur la tene, et des ténèbres i( épaisses étoient sous ses pieds. Il s'élevoit au-dessus des "chérubins, et voloit sur les ailes des vents. L'obscurité « étoit son sanctuaire; un pavillon étoit élevé autour de lui, " et des nuages couvroient sa face. » (Ps. xvii.)

Il est vrai de dire que cette idée de l'obscurité est très propre à exprimer la majesté ; qu'elle convient peut-être mieux aux images de la grandeur et de la toute-puissance, que l'éclat et la lumière dont la plupart des poètes se plaisent à parer leur Olympe, Il n'est rien peut-être de plus majestueux que la tranquillité d'une nuit profonde ; et cette image devoit sur-tout frapper les païens , qui regardoient la Nuit comme la plus ancienne et la plus redoutable de leurs divinités.

(^) Talibus inler se dictis ad lecta subibaut

Pauperis Evandri , passiinque armenta videbant Romanoque foro cl laiitis imigire Carinis..

Combien cette transition est heureuse! combien ce contraste est touchant! Après avoir parlé de la majesté du Capitole, et montré dans l'avenir la gloire de Rome, le poète conduit son lecteur sous le chaume d'Évandre , pauperii) Evandri Ce rapprochement, comme l'observe judicieusement un commentateur, flattoit l'amour-propre des Romains, qui regardoient leur agrandissement comme leui

ouvraffe: le lecteur est à-la-fols touché de la simplicité du l)on Kvantlre, et frappé de la splendeur à laquelle s'élèvera la postérité d'Knée. Plusieurs poètes contemporains de Vii- }^lle ont fait le même rapprochement :

Sed tune pascebant herbosa palatia vaccae,

Et stabunt huuiiles iu Jovis arce casae. Lacté madens illic suberat Pan ilicis iimbrx,

Et fjcta agresti lignea faice Pales.

TiB. , el. 5, lib. II, v. 25.

Hoc quodcutnque vides, hospes, quam maxima Roma est,

Ante Phrygem yl^ueaui, collis et herba fuit. Atque ubi navali stant sacra palatia Phoebo,

F.vandri profugne procubnere boves.

Propbrt. , cl. 1 , lib. IV", V. I.

Ovide exprime la même idée dans ses Fastes, au premier et au cinquième livre. Ce contraste devoit en effet frapper l'esprit dés Romains ; il ne pouvoit pas sur-tout échapper à l'imafjination des poètes témoins de la splendeur et de la ma{5,nlficence des Césars : mais il appartenoit à Virgile de dire quelque chose de plus que les autres, et de tirer d'un si beau sujet des leçons de morale dont ses contemporains auroient pu profiter.

(*) Ha-c, inqnit, limina victor

Alcides subiitj hxc illum regia cepit.

Aude, bospes, coutemnere opes, et te quoque dignuro

Finge deo ; rebusque veni non asper egenis. '

On reconnoît bien dans ces vers le poète qui se plaisoit à célébrer le bonheur et la simplicité des champs. Virgile paroît exprimer ici ses propres sentiments autant que ceux (KEvandre; et, si Auguste l'avoit visité dans sa modeste retraite, il lui auroit sans doute adressé ces paroles touchantes :.i///r/e, liospcs ^contcmnere opes. Fénelon neselassoit point d admirer ce passage. « La honteuse lâcheté de nos « mœurs, dit-il dans sa quatrième lettre à l'académie, nous

" empêche de lever les yeux pour admirer ces paroles : Aude, li fiospes , confemnere opes.» Nous partageons l'admiration de Fénelon; mais nous n'osons pas insister sur la beauté de ces sentiments de Virgile. Si la corruption des mœurs au siècle de Louis XIV rendoit les cœurs insensibles à la noble pauvreté d'Evandre, il n'est que trop certain qu'on n'en sera point touché aujourd'hui.

C) Ergo eadeui supplcx venio, et sauclum milii numen Arma rojjo genitrix nalo, etc.

Quelques commentateurs ont trouvé de l'inconvenance dans ce passage; ils se sont étonnés que Vénus osât prier Vulcain de fabriquer un bouclier pour son fds illégitime : Vulcain a laissé périr son fils Cacus sous la massue d'Hercule, et il va donner des armes à Enée, dont la naissance est un outrage pour son hymen. Montaigne se réunit aux censeurs; il pense que Vénus ne parle et n'agit point comme une épouse doit parler et agir. Il faudroit connoitre à fond les systèmes des anciens sur leurs divinités, pour oser décider cette question ; mais ce qui prouve que l'antiquité pensoit autrement que nous sur plusieurs points, c'est que ce morceau, blâmé par quelques modernes, étoit admiré comme un modèle de décence. « Annianus et plusieurs au- «tres poètes, dit Aulu-Gelle, ne pouvoient se lasser d'ad- <c mirer et de louer l'adroite retenue de Virgile, qui, ayant Il à peindre Vénus et son époux dans le lit conjugal, a eu u soin de respecter le voile d'honnêteté que la nature étend «sur ses mystères, et de n'employer que des expressions i( sages que la pudeur peut avouer sans rougir. » Voici ces vers (Aulu-Gelle, lib. ix , cap lo) :

Ea \erha locutns, Optatos (ledit amplexiis, placidiimquc pclivit Conjujjis infusus grcmio per membra soporem.

u Ces illustres littérateurs, ajoute Aulu-Gelle, pensoient

« qu'il avoit été beaucoup moins difficile à Homère, en pa- " reille circonstance, de n'employer qu'une plirase courte « et très peu de mots, lorsqu'il dit en différentes occasions, Il la ceinture virginale et les lois de Cliymen; les œuvres He « l'amour; ils étaient couchés dans des lits suspendus. Le seul «pinceau de Virgile a osé présenter l'image plus étendue; «seul, et n'employant que des couleurs pures et chastes, il « indique le secret de la couche des époux sans blesser le res- ~ « pect et l'honnêteté qui y président. "

Ce morceau renferme de très grandes beaut('s. On a déjà parlé de la comparaison de la ménagère, qui respire la pudeur et l'innocence, et qui prouve que Virgile valoit beaucoup mieux que ses dieux. La comparaison de la flamme qui court dans les veines de Vulcain avec le feu du tonnerre qui sillonne les nuages, n'est pas moins remarquable par l'image qu'elle présente que par la manière brillante dont elle est rendue. Les personnes les moins versées dans l'étude de la langue latine peuvent sentir l'harmonie imitative de ces vers, où l'oeil voit les cyclopcs, et où l'oreille entend le bruit qu'ils font :

Gémit inpositis incudibus antrum.

Illi inter sese multa vi bracliia tolliint In numeriun, vcrsantque tcnaci forcipe massam.

L'admiration doit se partager ici entre la beauté de la versification et l'adresse merveilleuse que le poète a mise dans la composition de cette partie de soti poème. Il fait ressortir son héros de la manière la plus ingénieuse et la plus frappante: la foudre de Jupiter, le chariot de Mars, l'égide de Minerve, sont commcncc's dans les forges de Vulcain; mais tous ces travaux sont interrompus pour le bouclier d'Enée, arma acri facicndu viro. Cet artifice du poète latin est sublime; et c'est en cela que Virgile, qui a imité Homère, a de beaucoup surpassé son modèle.

(") Scd lihi ryo iiiyenli-s popiilns npiilcnlaqiie regnis

Jungere castra paro: quam fors inopina salutem Ostental; l'alis Im'c te poscentibus adfers, etc.

Ce discours justifie pleinement Enée de tous les reproches qu'on pourvoit lui faire. Le roi de Pallantée apprend au héros de Troie l'usurpation et les crimes du farouche Mézence; cet ennemi des dieux et des hommes a été chassé de l'Étrurie, et il s'est retiré chez Turnus, qui protège tous ses forfaits. Le peuple étrui'ien est venu implorer le secours d'Évandre; il lui a offert la couronne; en le chargeant du soin de sa vengeance : mais Evandre est déjà glacé par l'âge; il ne peut accepter ce périlleux emploi, il le confie au héros troyen. Dès-lors la cause d'Évandre devient en quelque sorte celle d'Énée; tout l'intérêt qu'inspire le roi de Pallantée retomhe sur le prince étranger.

(9) Turn pater Evaudrus , dextram couiplexus euntit , Haeret, iuexpletum lacrimans, ac talia falur: O mihi praeteritos referai si Juppiter annos! etc.

Ces adieux d'Évandre sont d'une éloquence noble à-lalois et pathétique. Dans la première partie de son discours il regrette les beaux jours de sa jeunesse et de sa gloire. Si la glace de l'âge ne l'a voit pas affoibli, il auroit repoussé lui-même les insultes de l'orgueilleux Mézence , ce cruel tyran n'auroit pas impunément répandu tant de sang et dépeuplé tant de villes. Ici Évandre parle comme un vieux guerrier et comme un roi; mais bientôt la nature reprend tous ses droits. Dans le reste de son discours il ne songe plus qu'à son fils ; il pressent son malheur, il semble prévoir la mort de son cher Pallas. Ce mouvement est très attendrissant, et il prépare très heureusement ce que le poète va raconter dans les trois derniers livres; il fait désirer la chute de Mézence et la défaite de Turnus.

('") Ipse agrnine l'allas

lu medio, chlamyde cl pictis conspccliis in arniis; Qualis, ubi Oceaiii perfusiis Lucifer unda, etc.

DU LlVRi: vin. 197,

Virgile n'a négligé dans ce huitième livre aucune o( casion <lo faire remarquer Pallas, et d'intéresser à sou sort: la comparaison de ce jciuie héros avec l'astre de Vénus est très gracieuse, et la muse du poète semble avoir pris plaisir à en perfectionner jusqu'aux moindres dc'tails. Les mots perfusus iimia expriment bien la fraîcheur du matin, et la jeunesse du fils d'Evandre.

(") Stant pavidat in oiuris maires, oculisqUc sequiintur Pulveream nabcm, et ftilgeuiis acre catervas.

Quel tableau touchant est renfermé dans ces deux vers! D'un côté, les jeunes guerriers qui marchent au combat; et de Vautre, les mères debout et tremblantes sur les remparts. Il n'est personne qui n'ait cié témoin de cette scène attendrissante dans le temps où nous avons vécu. Non seulement , dans ce tableau de Virgile , les mères suivent des yeux leurs enfants lorsqu'ils sortent de la ville, mais elles attachent encore sur eux leurs regards lorsqu'ils sont déjà éloignés; elles contemplent l'éclat que jettent au loin leurs armes, et le nuage de poussière qui les couvre au bout de l'horizon. Le premier trait de ce tableau est bien dans la nature, et le cœur des mèi-es et des épouses s'est révélé tout entier à Virgile dans le second.

('") Ulic rcs llalas, Ilomanorumque triumphos,

Hand vatuni ignarus, venturique inscius fevi , etc.

Le lecteur n'a pas oublié ce passage admirable du sixième livre, dans lequel Anchise fait voir à Énée les destinées de sa race et la gloire de Home. Virgile emploie la même idée dans la description du bouclier d'Énée; mais cette idée est présentée dans un cadre nouveau. Un autre poète que Virgile auroit tout dit peut-être dans le sixième livre, et il auroit gâté une des plus belles parties du poème: Virgile, toujours guidé par un goût exquis , n'a point épuisé son sujet, et sa main écouome se réserve toujours quelques fleurs pour en semer sur sou passage.

T. V. KNÉini;. ni. i3

{'■') Fecerat et viiidi fetani Mavortis in antro

Prociibuisse lupam ; gemaios huic ubera circum Ludere peiidciues pueros, el lanibere niatrem Inpavidos...

Virgile, en parlant d'un tableau, fait lui-même un tableau ravissant. Ludere pendentes pueros présente l'image la plus gracieuse et la plus pittoresque/ L'épithète d'inpavidos, renvoyée au quatrième vers, achève heureusement cette description, où le poëte se plaît à mêler des couleurs riantes avec des couleurs sauvages. L'esprit semble d'abord effrayé par l'idée d'une louve, par l'idée de l'antre de Mars; naais il est agréablement rassuré par les jeux de l'enfance, et les tendres caresses qu'un farouche animal prodigue à deux héros encore enfants. Ces contrastes sont le chefd'oeuvre du goût et de l'art. 11 nous reste plusieurs médailles de l'antiquité, et plusieurs morceaux précieux qui représentent le même tableau que Virgile. La vérité des couleurs du poète fait douter aujourd'hui s'il est original ou copie.

Dans le sixième livre Virgile avoit parlé plus particulièrement de la postérité d'Enée; il parle ici des mœurs et des destins de Rome; après avoir peint Romulus et Rémus allaités par une louve , il rappelle la gloire de l'ancienne république, et les institutions religieuses et politiques qui l'ont conservée depuis Tarqnin qui menaça la liberté romaine , jusqu'au vertueux- Caton qui nîourut avec elle. Quelques commentateurs se sont étonnés que Virgile ait montré à ses lecteurs Catilina dans le Tartare, et Caton dans l'Elysée : il est probable, disent-ils, qu'on ne tenoit point ce langage à la cour d'Auguste. Nous ne partageons point ici l'opinion des commentateurs. « Pendant que sous « Svlla, dit Montesquieu, la république prenoit des forces, « tout le monde crioit à la tyrannie ; et , tandis que sous « Auguste la tyrannie se fortifioit, on ne parloit que de « liberté. >» Saint-Évremont , dans un ouvrage où Montes-

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quieu n'a pas dédaigné de prendre quelques idées, dit « qu'Aiiçuste se fit appeler de temps en temps empereur pour conserver son autorité sur les légions , qu'il se fit créer tribun pour disposer du peuple, et prince du sénat pour le gouverner; il devint à-la-fois rhomu)e des armées, du peuple, et du sénat, quand il s'en rendit maître; il fut, comme le héros de V Enéide , le souverain pontife et le législateur suprême, mais les formes de la république furent respectées. Sous son règne, ajoute le même auteur, le peuple ne fut moins libre que pour être moins séditieux, le sénat ne fut moins puissant que pour être moins injuste; la liberté ne perdit que les maux qu'elle peut causer; »>

On a reproché à Virgile d'avoir négligé beaucoup d'événements glorieux dans lliistoire romaine. La défaite d'Annibal, la captivité du roi Persée, les triomphes deScipion, auroient figuré d'une manière aussi brillante sur le bouclier d'Énée, que plusieurs autres événements moins importants et dont la vériti' a été mise en doute avec beaucoup de raison, tels que la résistance de Coclès, le supplice de Métius, et la victoire de Camille. Cela peut être vrai, mais il ne faut pas oublier que le but principal de Virgile étoit de parler de la bataille d'Actium ; après avoir peint l'enfance héroïque du peuple romain, il passe tout-à-coup à l'époque de la plus grande splendeur de l'empire, et il semble réserver tous les efforts de son génie pour décrire le combat qui décida et commença le règne d'Octave. On a dit que Virgile avoit cherché à louer Auguste dans le personnage d'Enée; mais il faut avouer f[u'Auguste prête ici un nouvel éclat au héros troyen. Quoi de plus propre en effet à rehausser la gloire d'Énée, que de le montrer comme la première cause de tant de grandeurs, et de le parer, pour ainsi dire, des troplu-es qui faisoient, au temps de Virgile, l'admiration de l'univers soumis? %

Cette description de la bataille d'Actium est remplie d'images grandes et sublimes. César entraînant au combat le

sénat, le peuple, et les dieux de Rome, et paroissant debout sur sa poupe, stans celsa in puppi , est un des plus beaux tableaux que puisse représenter la poésie; il prépare bien l'imagination à ce combat où Ton croit voir les Cyclades se choquer contre les Cyclades , et les monts se heurter contre les monts. Le Tasse a répété cette idée dans l'épisode d'Armide , mais elle n'est pas si heureusement employée. Mars gravé sur le fer, les Furies terribles, Bellone avec son fouet sanglant, et la Discorde, scissa galiciens Discordia palla, achèvent de jeter l'horreur et l'épouvante dans l'esprit du lecteur, et peignent très bien la situation de l'empire romain , déchiré alors par la guerre civile. L'idée de faire combattre les dieux monstrueux du Nil avec Vénus, Minerve, et Neptune; l'attitude fière et noble d'Apollon , qui voit le combat du promontoire d'Actium, qui bande son arc puissant, et fait fuir, par son seul aspect, la troupe confuse des Egyptiens, des Indiens, des Sabéens, et des Arabes, sont des conceptions admirables : mais rien n'égale la beauté de ces vers, où le poète représente le Nil ouvrant les larges plis de sa robe azurée, et cachant la honte et les malheurs de Gléopâtre dans ses grottes profondes.

Le reste de cette description mérite les mêmes éloges. Addison regarde le dei'nier vers comme un des plus heureux de V Enéide :

AdtoUens humero famamqiie et faia nepoium.

Ce vers nous fournit une occasion de louer encore le jugement du poète latin. Dans cette description de la grandeur de Rome, le lecteur avoit un moment perdu de vue Enée pour ne songer qu'à Auguste; mais Virgile ramène l'attention à son héros de la manière la plus adroite et la plus ingénieuse. Dans un seul vers il a l'art de louer les Romains, de flatter Auguste, de célébrer Énée. Le présent, le passé, l'avenir, tout est là; et le sujet tout entier de Y Enéide est dans cette image pittoresque.

L ENEIDE.

ENEIS.

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