‹ Œuvres de J. Delille (volume 5)Chapitre 5 sur 13 · CM A ST VI · texte numérisé non relu

CM A ST VI

In souffle heureux se joint à cet heureux présage.

Alors avec l'espoir reprenant son courage :

« Malheureux compagnons de mon malheureux sort,

Vous savez si Colomb peut redouter la mort;

Mais si , toujours fidèle au dessein qui m'anime,

Votre chef seconda votre ame magnanime ;

Si pour ce grand projet je bravai comme vous,

Et l'horreur de la faim , et les flots en courroux,

Eucor quelques moments; je ne sais quel présage

A cette ame inspirée annonce le rivage.

Si ce monde où je cours fuit encor devant nous,

Demain trauchez mes jours, tout mon sang est à vous *.

A ce noble discours, à sa mâle assurance, A cet air inspiré qui leur rend l'espérance, Un vieux respect s'éveille au cœur des matelots ; Ils ont cru voir le dieu qui maîtrise les flots : Soudain, comme à sa voix les tempêtes s'apaisent, Aux accents de Colomb les passions se taisent. On obéit, on part, on vole sur les mers; La proue en longs sillons blanchit les flots amers. Enfin des derniers feux quand l'Olympe se dore, Et brise ses rayons dans les mers quil colore , Le rivage de loin semble poindre à leurs yeux. Soudain tout retentit de mille cris joyeux. Les coteaux par degrés sortent du noir abîme, De moment en moment les bois lèvent leur cime, Et de l'air embaumé que leur porte un vent frais, Le parfum consolant les frappe de plus près.

On redouble d'efforts, On aborde, on arrive ; Des prophétiques fleurs qui parfument la rive Tous couronnent leur chef; et leurs festons chéris, Présages des succès, en deviennent le prix.

(') Admirable chimie, où l'air, la terre et l'onde Forment mille unions de leur guerre féconde !

La suite des mélanges et des transformations diverses par lesquels les végétaux et les animaux font passer les éléments extérieurs, pour en composer leur propre substance, est au nombre des plus beaux résultats que les savants de notre âge aient obtenus de leurs recherches.

Une petite quantité de matières volatiles ou susceptibles de le devenir aisément, constituent, par leurs diverses proportions, presque tous les mixtes dont les corps vivants sont formés, et c'est à pomper ces matières, à les distribuer convenablement, à les mélanger dans les proportions nécessaires, et à en expulser les parties nuisibles ou superflues, que consistent les fonctions de la vie végétative.

Ainsi, le végétal attire principalement de l'eau et des substances qui contiennent du carbone ou de l'acide carbonique : et à l'aide de l'air extérieur, de la lumière et de la chaleur, il décompose ces diverses substances, il expulse l'oxigène qu'elles onl de, trop; il met du carbone et de l'hydrogène plus ou moins à nu , pour en former ses huiles, ses gommes, ses acides, ses mucilages, son parenchyme, son bois, et tous les autres mixtes qui entrent dans sa structure.

La chimie moderne, seule, est parvenue à découvrir et à exposer clairement ces opérations compliquées; mais les forces qui les exécutent sont encore couvertes d'un voile épais pour la physiologie.

(2) Interrogez ces plants: des milliers de vaisseaux, Qui sur un même tronc s'assemblent en faisceaux; D'un côté, dans la terre, en racine s'étendent, De l'autre, en longs rameaux, dans les airs se répandent; Puis , divisés encor, vont , dans leurs frais boutons , Du feuillage léger préparer les festons. Dois-je vous dire encor ces minces vésicules Qui ramassent la sève en d'étroites cellules, Et ces nombreux canaux, où les sucs épaissis Eu un solide bois par degrés sont durcis?

L'anatomie végétale, cultivée si heureusement dès le dixseptième siècle, par les Malpighi et les Grew, continuée dans le dix-huitième par les Duhamel, les Daubenton, a fait encore de nos jours de grands progrès par les travaux de MM. Desfontaines, Mirbel, de Candolle, Link, Tréviranas, et autres botanistes -physiciens. On sait maintenant que la base du tissu végétal est un amas de petites cellules, dans lequel sont percés des canaux nombreux, qui se rendent d'une extrémité de la plante à l'autre , en s'écartant par faisceaux pour former les branches, et en s'étalant en surfaces plus ou moins larges pour les feuilles, les pétales, etc.

La plupart de ces vaisseaux sont composés principalement d'un fil élastique contourné en spirale; d'autres ont simplement de petites fentes transversales, ou même seulement des pores. Quoi qu'il en soit, il paroît qu'ils peuvent tous laisser échapper le liquide qu'ils contiennent, dans le tissu cellulaire, et en reprendre de <?en*n-ci; par ce moyen, la nutrition de la plante n'en continue pas moins quand quelque partie du tronc est cariée ou coupée, et que les vaisseaux y sont interrompus. Il paroît cependant en général , que la sève monte principalement par les vaisseaux du centre, et elle le fait avec une grande force au printemps, lorsque les bourgeons s'épanouissent; mais quand elle a été exposée à l'action de l'air dans les feuilles et les autres parties vertes, où elle subit les changements

nécessaires pour devenir propre à nourrir le végétal, elle redescend entre l'écorce et le bois, et augmente les couches de celui-ci. Hedwig pense que les fibres ligneuses ne sont que des vaisseaux obstrués et durcis par l'abondance des sucs nutritifs.

(3) La greffe unit son art aux dons de la nature.

Cet art, aussi utile qu'admirable, a été cultivé avec succès dans la plus haute antiquité; Hésiode, Lucrèce, Virgile, en indiquent tous les secrets avec un soin remarquable. Tout le monde connoit les beaux vers des Géorgiques sur ce prodige de l'industrie agricole. Lucrèce le retrace avec autant d'exactitude et de talent , dans ce passage du liv. V.

A ses soins curieux (de l'homme) la féconde nature

Des trésors végétaux révéloit la culture.

La graine , à ses regards changée en verts boutons ,

Entoura l'arbre altier de naissants rejetons:

De la greffe et du plant tel fut l'heureux modèle.

Bientôt fuyant sa tige, une branche infidèle

A la sève étrangère osa se marier,

Et le gland étonné para le coudrier.

PONGERVILLE

(*) Mais dans la même espèce, et sur les mêmes tiges , Qui peut, sans s'étonner, voir tant d'autres prodiges? Le même suc, changeant de parfum , de saveur, Forme le bois, le fruit, le feuillage et la fleur; Tapisse de duvet la pêche cotonneuse, Arme de dards aigus la châtaigne épineuse, Donne aux pois une cosse, une écaille à la noix, De son mol épiderme environne le bois, Revêt le tendre aubier d'une écorce plus dure; Là rougit la cerise , ici noircit la mûre ; Donne aux fleurs leur émail, sa verdure au gazon ;

C'est une vérité généralement reconnue que la terre, dans laquelle les plantes végètent, ne peut par elle-même les alimenter; seulement elle leur sert de support et d'ap-

pui. Elles puisent donc dans l'eau, et dans l'air qui les environnent de toute part, les principes dont elles se composent, c'est-à-dire l'hydrogène, l'oxigène, et le carbone. L'hydrogène ne peut leur être fourni que par l'eau. Elle se décompose, dans l'acte de la végétation, lorsque les plantes sont frappées par la lumière solaire, et alors, tandis qu'elles s'emparent de l'hydrogène de l'eau , la lumière en attire puissamment l'oxigène, se combine avec cette substance, la fluidifie , et détermine ainsi son évasion dans l'atmosphère.

Lorsque les plantes sont privées du contact de la lumière solaire, l'eau ne se décompose pas, elle est absorbée en entier par les plantes. Elles deviennent blanches, fades, étiolées. Elles contiennent beaucoup moins de matière colorée, combustible ou huileuse, que celles qui éprouvent l'influence de la lumière du soleil; d'où il résulte que c'est principalement de la présence du gaz hydrogène que dépendent la saveur, la couleur, la combustibilité des plantes.

Mais quelle est la source où les plantes qui végètent en plein air peuvent puiser le gaz acide carbonique? Il paroît, i° qu'il s'y introduit dissous dans l'eau, par le moyen des racines qui le sucent avec la sève qui v monte; i° par la rosée et les brouillards qui se déposent sur les feuilles. Ces eaux, qui les recouvrent, s'emparent alors de la petite quantité de gaz acide carbonique contenu dans l'atmosphère, et ces feuilles se décomposent à l'aide de la lumière. Sennebier et Moroi:zo ont prouvé, par de nombreuses expériences, que la rosée et les brouillards contiennent du gaz acide carbonique; elles se réunissent pour fortifier cette conjecture.

Si quelques plantes, telles que la crucifère, contiennent de l'azote, elles le tirent probablement par les racines des substances animales en putréfaction, toujours mêlées avec la terre végétale , et parles feuilles de l'air qui les environne.

(s) Les uns sont alternés...

On nomme feuilles alternes, celles qui sont placées des

deux côtés dune branche, de manière que la deuxième,

par exemple, réponde à l'intervalle de la première a la

troisième.

(6) Les autres se répondent.

C'est ce qu'on nomme feuilles opposées, ou attachées visà-vis l'une de l'autre sur la branche.

(7) Les uns , malgré nos soins , gardent leurs mœurs sauvages. . .

Il y a des plantes, comme les orchis, qui ne viennent jamais bien dans les jardins.

(s) Deleuze, aux soins de l'art confiant la nature, A ce luxe charmant invita la culture, Signala tous ces plants qui , fiers de notre choix , Viennent orner nos parcs et le jardin des rois.

M. Deleuze, aide-naturaliste au jardin des Plantes, traducteur élégant des Saisons de Thompson et des Amours des Plantes de Darwin (*), auteur d'une histoire très intéressante des plantes d'ornement, et de leur introduction dans nos jardins; et plus nouvellement d'une histoire et description du Muséum d'histoire naturelle, non moins intéressante par le talent avec lequel elle est rédigée, que par le nombre et l'importance des objets qu'elle fait con-

noître.

(9) L'un caché dans la terre, où son destin l'attache, Attend que d'un gourmand le luxe l'en arrache.

Chacun connoit la truffe; mais son développement et sa propagation sont au nombre des plus grands mystères de la botanique, et l'on n'a rien de certain sur ce sujet.

(*) Voyez à la fin du volume X appendice aux notes.

(,0) Chacun a ses penchants, sa saison et sa place; Habite les lieux chauds, où se plaît sous la glace.

Il y a des plantes, dans les Alpes, qui végètent sous la neige et fleurissent à l'instant où elle fond. Telle est l'Aretia. La violette, la primevère, sont presque dans le même cas dans nos plaines, et les diverses mousses dans les pays du Nord.

(") Là cettejeune plante, en vase disposée, Dans sa coupe élégante accueille la rosée.

Les lizerons, les campanules, etc.

(") Dans son palais natal, brillant de pourpre et d'or, L'autre d'un doux nectar enferme le trésor.

11 antirrhinum ou mufle de lion.

C3) L'une s'enorgueillit de sa robe pompeuse; De ces riches atours une autre dédaigneuse...

Les fleurs à pétales ou sans corolles.

('*) L'une , telle en tout temps que la fit naître Flore , Garde fidèlement l'émail qui la colore.

Certaines fleurs, dont le calice est à-la-fois écailleux et coloré, ne perdent point leur éclat en séchant, ce qui les a fait nommer immortelles; ce sont les gnaplialium , les xerantemum, certaines conyza, etc.

C3) Véritable Protée entre toutes les fleurs,

Une autre aime à changer de robe et de couleurs.

11 hortensia , nommée ainsi par Cornmerson, en l'honneur iVHortense le Paute , est une des plus belles acquisitions que nos parterres aient faites dans ces derniers temps;

comme sa partie colorée est aussi le calice, elle dure beaucoup plus long-temps que les autres fleurs, et passe par différentes nuances de vert et de blanc, pour arriver à ce beau rose lilas, qui porte son nom, et auquel succèdent encore d'autres teintes blanches et vertes. Cette singularité l'a fait nommer hortensia mutabilis. Cette belle plante est

originaire de la Chine et du Japon.

C6) Comparez cette mousse et cet arbuste nain A cet énorme enfant du rivage africain...

L'auteur entend le baobab (adansonia), celui de tous les arbres connus qui devient le plus gros. Son tronc arrive à vingt ou trente pieds de diamètre et sa tête à plus de cent; mais il ne s'élève pas à proportion. Il lui faut des milliers d'années pour atteindre ces énormes dimensions.

('7) Ou même à ce figuier, dont les vastes branchages, Qui jadis dans les cieux buvoient l'eau des nuages , S'affaissant sous leur poids et descendant des airs, S'en vont chercher des sucs jusqu'auprès des enfers.

L'auteur décrit ici l'un des arbres les plus curieux des Indes Orientales, \e figuier des pagodes (ficus religiosa), dont les branches pendantes, reprenant racine, quand elles touchent la terre, et donnant des troncs nouveaux, finissent par former une énorme voûte de verdure, soutenue sur autant de piliers fixés dans le sol. La description de ce phénomène, donnée par le poète, est à-là-fois si exacte et si vive, qu'il seroit aussi inutile que téméraire d'y rien ajouter.

C8) Comment à ses côtés deux feuilles protectrices, De l'arbrisseau naissant défendant les prémices, Allaitent d'un doux suc le jeune nourrisson.

Il s'agit des colyledones , ou de ces deux lobes qui for-

m NOTES

ment ordinairement la plus grande partie de la semence, et entre lesquels est placé le germe; leur objet est en effet de lui fournir sa première nourriture, pendant que sa racine n'est pas encore assez développée pour aller la puiser dans la terre.

("J) Chacune suit son sort; des sucs qu'il lui destine, L'une à son sol natal demande le trésor, L'autre déjà dans l'air médite sou essor.

Lorsqu'on place une graine dans la terre, de manière que quand elle germera, la racine soit dirigée vers le haut, et la petite plante vers le bas, ces deux parties se recourbent pour prendre leur destination accoutumée. Ce phénomène, l'un des plus fréquents et des plus nécessaires au maintien du régne végétal, n'a point encore été expliqué d'une manière claire, quelques efforts qu'aient faits les naturalistes, et il reste parmi tant de merveilles, qui surpassent notre intelligence, quoique nous en soyons témoins tous les jours.

(2°) Le fruit eut ses Herschell , et la fleur ses Portai.

M. Herschell, dont le télescope a pénétré les cieux et découvert plus de mondes qu'on n'en connoissoit avant lui.

M. Portai, célèbre professeur d'anatomie au Muséum

d'histoire naturelle , et collègue de l'auteur de ces notes au

collège de France.

(2I) Linné sur-tout, Linné dévoila ces mystères,

Leurs haines, leurs amours, leurs divers caractères, Leurs tubes infinis, leurs ressorts délicats.

Charles Linnaeus, né en Smolande, en 1707, mort à Upsal en 1778, le plus célèbre botaniste du dix-huitième siècle, et celui de tous les naturalistes qui a exercé sur la

science L'influence la plus universelle; son Systema natnrœ, ses Genera et Species plantai uni , servent encore aujourd'hui de base principale aux travaux de ses successeurs, et de livres élémentaires à ceux qui étudient. Ils le méritent sur-tout par le soin qu'il mit à y rassembler toutes les espèces connues de son temps; par la précision avec laquelle il en assigna les caractères distinctifs dans un langage presque tout entier de son invention, mais admirablement expressif; enfin par la commodité de la nomenclature qu'il leur imposa. Ses méthodes, d'une application facile, il est vrai, ne sont cependant pas toujours sûres, et ne présentent presque jamais les êtres selon leurs véritables rapports de ressemblance.

Indépendamment de ses grands ouvrages, Linnaeus a publié une foule de dissertations sur divers points particuliers d'histoire naturelle, et principalement de physique végétale, qui ont été recueillies sous le titre d'Aménités académiques. C'est sur-tout à elles que le poëte fait allusion dans ce passage; et en effet, il n'est rien de plus ingénieux, de plus poétique même dans la tournure des idées et de l'expression, que ces petits écrits. Tantôt Linnœus y raconte les noces des plantes, c'est-à-dire les merveilles de leur fécondation : tantôt il y expose les diverses contractions que les feuilles éprouvent pendant la nuit, et c'est le sommeil des plantes. Parle-t-il des époques de l'année où elles fleurissent ou fructifient, et des heures du jour et de la nuit où leurs fleurs s'ouvrent et se ferment, c'est le calendrier ou Yhorloge de Flore. Ces idées charmantes ont plus contribué , que de grands travaux , à faire aimer la botanique, et à rendre célèbre le nom de leur auteur.

Linnaeus fut chéri de ses disciples; plusieurs d'entre eux entreprirent de grands voyages, uniquement dans l'intention de lui rapporter des productions étrangères, et ils se croyoient suffisamment récompensés, quand il les citoit dans ses livres. Lui-même, après une jeunesse que la pau-

vreté rendit pénible, fut accueilli et honoré par sa patrie, et par son prince. Gustave III a prononcé solennellement son éloge, et on vient de lui élever vin monument magnifique dans le jardin de l'université d'Upsal, qu'il a dirigé pendant près de quarante ans.

(2I) Mais dans ce beau jardin , dont l'enceinte féconde Accorde une patrie à tous les plants du monde...

Le muséum d'histoire naturelle de Paris, est le plus vaste établissement qui ait jamais été consacré à la science de la nature; il peut y avoir ailleurs des collections plus complètes pour certaines parties, mais il n'en est aucune qui présente le même ensemble.

Un jardin de plus de cinquante arpents, des serres nombreuses et vastes offrent plus de six mille espèces de plantes en végétation ; des terrains particuliers sont réservés aux plantes utiles et aux arbres fruitiers ou forestiers; une ménagerie placée à côté du jardin, nourrit continuellement un certain nombre d'animaux vivants. Des éléphants, des chameaux, des zèbres, des couaggas, des lamas, des kanguroos, des phascolomes, des gnous, des gazelles, des lions, des tigres, toutes les sortes de panthères, de singes, etc., s'y succèdent, et après avoir été observés, pendant leur vie par les naturalistes, relativement à leurs habitudes, fournissent après leur mort aux anatomistes, des observations non moins précieuses, relativement à leur organisation.

Les cabinets présentent dans le plus bel ordre, toutes les productions de la nature, qu'il est possible de conserver. La collection des quadrupèdes, celle des poissons, surpassent infiniment toutes celles du même genre, qui existent ; les autres classes sont extrêmement riches aussi ; les herbiers contiennent trente mille espèces de plantes.

Ce jardin date ses foibles commencements du régne de Louis XIII. L'administration de Buffon lui donna le plus

grand essor; mais des circonstances favorables l'ont plus que doublé dans toutes ses parties depuis la mort de cet homme célèbre.

L'enseignement s'y est sur-tout fort étendu, et douze professeurs y font des cours publics sur toutes les branches de l'histoire naturelle, en même temps qu'ils administrent eu commun rétablissement, sous les ordres et la surveillance du ministre de l'intérieur.

(j3) Desfontaine embellit le trône des saisons.

M. Desfontaines, membre de l'Institut, célèbre professeur de botanique au jardin des Plantes, auteur de la Flore atlantique , et d'une multitude de travaux importants sur la botanique et la physique végétale.

(2$) Au lieu même où Jussieu

Est présent par sa gloire, et vit dans son neveu.

Bernard de Jussieu , démonstrateur de botanique au jardin des Plantes , et membre de l'académie des sciences ; l'un de ces philosophes pratiques, dont la vie tout entière fut consacrée dans le silence à l'étude et à la vertu. Il acquit un savoir immense, fit les découvertes les plus importantes , et laissa peu d'ouvrages : mais sa mémoire est chérie de ses nombreux élèves, et ses leçons ont germé dans un grand nombre d'entre eux, aujourd'hui assis aux premiers rangs.

Antoine-Laurent de Jussieu, son neveu et son élève, l'un des premiers botanistes de notre temps, est auteur des Familles naturelles des plantes, ouvrage classique, dont il recommit devoir à son oncle les premières idées.

(2J) Viens: dans cet Élyse'e, autrefois son domaine, L'ombre du grand Buffon attend déjà la tienne.

Il faut espérer que ces beaux vers feront rétablir le monur. xi. lès trois nÉesES. u.

ment que la société d'histoire naturelle de Paris avoit érigé à Linnaeus, au pied du grand cèdre du jardin des Plantes, et que des vandales ont outrageusement mis en pieces dans le temps de la terreur.

C'est une idée ingénieuse de notre auteur, de rapprocher ainsi les ombres de deux rivaux, qui s'aimoient peu, et qui ont cependant concouru, malgré l'opposition de leurs vues et de leurs caractères, ou plutôt à cause de cette opposition même, à donner à l'histoire naturelle des accroissements aussi subits qu'étendus.

Linneeus etBuffon semblent, en effet, avoir possédé chacun dans leur genre des qualités telles, qu'il étoit impossible que le même homme les réunît, et dont l'ensemble étoit cependant nécessaire pour donner à l'étude de la nature une impulsion aussi rapide.

Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire: tous deux infatigables dans le travail-, tous deux d'une sensibilité vive, d'une imagination forte, d'un esprit transcendant; ils arrivèrent tous deux dans la carrière, armés des ressources d'une érudition profonde; mais chacun s'y traça une route différente, suivant la direction particulière de son génie. Linnaeus saisissoit avec finesse les traits distinctifs des êtres : Buffon en embrassoit d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. Linnaeus, exact et précis, se créoit une langue à part, pour rendre ses idées dans toute leur rigueur: Buffon, abondant et fécond, usoit de toutes les ressources de la sienne, pour développer l'étendue de ses conceptions. Personne mieux que Linnœus ne fit jamais sentir les beautés de détail, dont le Créateur enrichit avec profusion tout ce qu'il a fait naître: personne mieux que Buffon ne peignit jamais la majesté de la création, et la grandeur imposante des lois auxquelles elle est assujettie. Le premier, effrayé du chaos où l'incurie de ses prédécesseurs avoit laissé l'histoire de la nature, sut, par des méthodes simples et par des définitions courtes et claires,

mettre de l'ordre dans cet immense labyrinthe, et rendre facile la connoissance des êtres particuliers : le second , rebute' de la sécheresse d'écrivains, qui pour la plupart s'étoient contentés d'être exacts, sut nous intéresser à ces êtres particuliers , par les prestiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquefois, fatigué de l'étude pénible de Linna?us, on vient se reposer avec Buffon ; mais toujours, lorsqu'on a été ému par ses tableaux enchanteurs, on veut revenir à Linnaeus, pour classer avec ordre ces charmantes images, dont on craint de ne conserver qu'un souvenir confus; et ce n'est pas sans doute le moindre mérite de ces deux écrivains, que d'inspirer continuellement le désir de revenir de l'un à l'autre, quoique cette alternative semble prouver et prouve en effet qu'il leur manque quelque chose à chacun.

Georges-Louis Leclerc, si connu sous le nom de comte de Buffon, étoit né à Montbard, d'un conseiller au parlement de Bourgogne, en septembre 1707. Son ami Dufay, intendant du jardin des Plantes, le demanda pour successeur en 173g. Dès-lors, Buffon aidé de Daubenton, et ensuite de Gueneau de Montbeillard , de Bexon et de quelques autres personnages moins connus, n'a cessé de travailler avec ardeur au grand édifice de l'histoire naturelle, qui a rendu son nom immortel. Cependant la partie de cet ouvrage qui durera le plus long-temps , est peut-être celle qui contribua d'abord le moins à sa réputation: nous voulons parler de ses histoires détaillées des animaux et des oiseaux, qui sont pour la plupart excellentes. On ne fait plus de cas de ses systèmes généraux; mais la pompeuse gravité de son style en fera toujours lire l'exposition avec le plus grand plaisir.

Buffon mourut à Paris, de la pierre, en avril 1 788 , comblé de gloire, et de tous les genres de considération.

C6) Mais de ces plants formes par une main divine, Je n'ai point dit encor la première origine; Où, quand, comment sont nés les germes de ces corps.

Lucrèce , poëte et physicien de Rome , étoit doué d'une imagination vive et brillante. Il la fait servir, dans son poème de Natura rerum, a décrire avec magnificence un grand nombre de phénomènes; rarement il parvient à dévoiler la cause qui les fait naître. Il épuise toutes les richesses de la poésie pour peindre avec dignité la nature; rarement il lui arrache des secrets. En un mot Lucrèce donne à la physique des graces , presque jamais de la vigueur ni de la force.

Sa doctrine est presque tout entière la doctrine d'Épicure, embellie des charmes de la plus brillante diction. Il remanie le principe des atomes, qu'il fait mouvoir dans l'immensité du vide. Il leur donne de la pesanteur, et quelque obliquité à la direction du mouvement qui les anime, pour faciliter leur rencontre et favoriser la formation de cette infinité de mondes, dont il compose l'univers.

Epicure fait dépendre la vertu attractive de l'aimant, de l'accrochement des atomes émanés de l'aimant, avec ceux qui émanent du fer. Lucrèce, son disciple, n'admet que l'impulsion de l'air comme cause de ces phénomènes; il regarde le vide comme nécessaire au mouvement. Il reconnoit que tous les corps de la nature, sans en excepter la flamme, jouissent de la pesanteur; qu'ils tomberoient tous dans le vide avec la même vitesse (*); vérités physiques, qui étoient étrangères aux philosophes de la Grèce, et dont les physiciens modernes ont confirmé l'existence.

(■7) Oh ! que n'ai-je reçu les sublimes accords, L'éloquente raison, l'élégante justesse, Que dans ses grands tableaux nous déploya Lucrèce.

Il ne falloit pas moins , en effet , pour triompher avec

(*) Liv. I , v. 336.

succès du genre de difficultés que présentaient les détails dans lesquels le poète se propose d'entrer. Les vers que nous citons ici font allusion au passage fameux où Lucrèce expose (liv. IV, v. i2o3 et suiv.), en médecin, en naturaliste habile, et sur-tout en grand poète, les plus secrets mystères de la génération. C'est le comble du bonheur et du talent, dans son nouveau traducteur, d'avoir su prêter à de semblables détails les couleurs de la plus belle poésie, sans leur faire rien perdre de leur vérité technique.

Quand l'épouse féconde a, dans son sein avide, Des germes producteurs distillé le fluide , La nature au doux fruit de leurs travaux secrets Du père ou de la mère imprimera les traits , Selon que l'un ou l'autre, en ce charmant partage, Au tribut amoureux a fourni davantage.

S'il tient également des auteurs de ses jours, D'un plaisir mutuel l'harmonieux concours Épancha sagement les sources de la vie , Et de leurs flots divers balança l'énergie. Des enfants au berceau les traits capricieux Nous rappellent souvent leurs antiques aïeux , Lorsque de leurs auteurs la substance renferme Quelque principe pur, transmis de germe en germe, Qui parvient, à travers les races et les ans, De la source première au sein de leurs enfants. Ainsi par cette loi , l'amour et la nature Feront passer nos traits à la race future ; Et', quel que soit son sexe, au rejeton naissant Chacun des deux époux communique son sang : Mais par la ressemblance à nos yeux il signale L'époux dont la tendresse est la plus libérale.

PONGERVILLE

La description de la charrue , par Delille , eût au jugement de La Harpe étonné Boileau. La traduction de Lucrèce, et ce morceau en particulier, n'eussent pas moins étonné, sans doute, le traducteur de Virgile.

(j8) Enfin, tous à leur choix discutoient ces problèmes, Et le vrai se perdoit dans la nuit des systèmes: Un œuf le renfermoit...

La génération des êtres organisés sera toujours le mystère le plus incompréhensible de la physique; mais on ne peut disconvenir que, de tous les systèmes imaginés pour l'expliquer, celui de la préexistence des germes ne soit le plus tranquillisant pour l'imagination. Il ne fait que reculer la difficulté; mais il la reporte si loin qu'elle semble dispa-

roître.

(29) Comme des os naissants les lames s'épaississent, Ainsi des jeunes bois les couches se durcissent.

L'auteur expose ici le système de Duhamel, sur l'accroissement des os. Cet ingénieux physicien le comparoit à celui du tronc des arbres; et quoiqu'il ait poussé l'analogie trop loin, en ce que les os ne restent pas formés de couches distinctes, on ne peut disconvenir qu'ils ne tirent leur nourriture de vaisseaux qui leur arrivent du dehors, et que les molécules terreuses qui les durcissent ne se déposent successivement, et jusqu'à un certain point, du dedans en

dehors.

(30) La tremelle, à son gré mouvant ses doigts subtils, Etend, roule, déroule, et promène ses fils.

La tremelle d'Adanson, Y oscillatoire de Vaucher, est un petit corps de nature douteuse, composé de filaments verts, réunis en grouppes au fond des eaux, et manifeste des mouvements qui ont tout l'air d'être spontanés.

(31) Voyez cet arbrisseau si funeste à la mouche ; Que, d'un vol étourdi, l'insecte ailé le touche, Son sein armé de dards se referme soudain , Et perce l'imprudent qui se débat en vain.

La dionée (cliotiœa nwscipula , Lin.), plante de l'Ame-

l'ique septentrionale. Ses feuilles sont terminées par un disque à deux lobes, hérissé de quelques épines, et qui se ploie en deux, dès l'instant où il est touché, même légèrement ; sa contraction est quelquefois assez forte pour qu'un moucheron qui s'y poseroit soit percé par les épines.

(3J) Enterrez dans un sens contraire à la nature Cette graine ou déjà vit une plante obscure.

Voyez la note 19, page 9,4.

(33) Placez dans un cachot cette fleur prisonnière , Et son disque bientôt, amant de la lumière, Se retourne et la cherche à travers les barreaux.

Toutes les plantes , quand elles sont enfermées dans un lieu peu éclairé, dirigent leurs branches et leurs feuilles vers les ouvertures par où le jour pénétre.

(3*) Dans Tabri reculé de leurs fraîches demeures , Du coucher, du lever, méconnoissant les heures , Par les feux dont l'absence ou l'éclat l'a frappé, De la crédule fleur le calice est trompé...

M. de Candolle a fait des expériences très curieuses, d'où il résulte qu'on peut faire ouvrir et fermer les fleurs par un jour et par une nuit artificiels, et à des heures toutes contraires à celles de leur épanouissement ou de leur contraction ordinaire: mais il faut un certain temps pour leur faire adopter ces habitudes nouvelles ; et pendant les premiers jours, les fleurs enfermées suivent leurs anciennes heures, comme si elles voyoient le soleil.

(3d) Et par-tout retentit cet étonnant discours:

« La plante a son hymen , la plante a ses amours. »

Les anciens n'ignoroient pas que le palmier femelle a

besoin de la poussière du palmier mâle pour être fécondé; mais ils n'avoient point étendu cette découverte aux autres plantes. Le premier qui prouva, par des expériences décisives, la nécessité du concours des deux sexes dans les végétaux, fut Vaillant, démonstrateur de botanique au jardin des Plantes de Paris; mais il ne réussit point à persuader son contemporain Tournefort, qui continua à regarder la poussière des étamines comme un simple excrément.

Linnaeus a beaucoup contribué à rendre générale l'opinion de Vaillant, et Kœlteuter l'a mise hors de doute, en produisant des mulets végétaux; la poussière des étamines d'une espèce, portée sur le pistil d'une espèce voisine, donne des individus de forme intermédiaire; et comme ces mulets végétaux ne sont pas tous inféconds , il est possible de changer par degrés une espèce en une autre.

Un médecin naturaliste du siècle dernier, le docteur Trante , s'est amusé à rédiger en vers latins le système de Vaillant, sur les sexes et l'hymen des fleurs. Il en est résulté, sous le titre de Connubia florum, un petit poème, qui n'a été ni inconnu, ni inutile à Delille. Il ne fait guère même que le traduire, dans le morceau suivant :

Si l'épouse et l'époux out le même séjour, etc.

Voici les vers latins :

Si capiet domus una duos, dat pronuba siguum Aurora exoriens: fila obriguere; dehiscunt Folliculi: volât aura feras, tectoque reflexa Praecipitat, perqtie antra tubae, perquc antra placenta:. Inde pares subiens tubulos vaga diditur orâs; Ova tument , gaudet flos femina proie futura: Hac gravidatur ophris , gravidatur lege papaver.

Mais si les deux époux habitent sur deux tiges, etc.

Sin diversa domus , flos masculus ante reclusis .Edibus emittit sua doua ; volatile semen

Excipiunt Zephyri , portantqtie curalibus alis Conjugis in gremium : conjux respondet amori , Absentiquc probat simili se proie marito.

(36) Je t'en prends à témoin , ô toi plante fameuse Que le Rhône soutient sur son onde écumcuse !

La vallisneria , plante de l'Europe méridionale , à sexes séparés. Les fleurs femelles sont portées sur des tiges spirales qui les retiennent au fond de l'eau, mais qui se déroulent et les élèvent à la surface, au moment où elles doivent s'épanouir. Les fleurs mâles qui ne sont nécessaires que pour ce seul instant, ne tiennent qu'à des pédicules courts, et se détachent à cette même époque pour venir flotter autour des femelles et leur communiquer la poussière prolifique : une fois fécondées , les femelles recourbent leur tige et se retirent de nouveau sous l'eau, où leur graine mûrit sans revenir à l'air.

(37) Les insectes nourris sur le figuier sauvage, Du figuier domestique approchant le feuillage, Faisoient pleuvoir sur lui ses globules féconds , Dont leur trompe en volant avoit saisi les dons.

C'est ce qu'on appelle caprification ; les figues ne mûrissent qu'autant qu'elles ont été pénétrées par un petit insecte.

On a cru long-temps que l'irritation occasionée par sa piqûre, accéléroit la maturité, comme nos pommes piquées du ver mûrissent plutôt que les autres ; mais il est plus probable qu'il agit en portant la poussière mâle, sur les pistils cachés dans l'intérieur de la figue femelle.

(38) Enfin, des végétaux la naissance varie.

Le poète exprime ici les trois modes de fécondation des plantes, dont les unes ont les sexes séparés dans des

fleurs différentes; d'autres les ont unis dans les mêmes fleurs; d'autres enfin n'ont ni fleurs ni organes sexuels visibles.

(39) Nos sages cependant, d'un regard curieux,

Sondoient, les uns la terre, et les autres les cieux; Celui-ci dirigeoit les flèches du tonnerre.

Le poète désigne ici le célèbre Franklin , qui a fait tant de découvertes importantes et utiles à l'humanité.

(*°) Ou sur son double pôle aplatissoit la terre.

C'est à Maupertuis , de l'académie des sciences, qu'on doit de savoir que la terre est aplatie sur son double pôle, et c'est avec le secours du pendule qu'il parvint à démontrer cet aplatissement.

(*') Eh! qui n'admireroit cet être mitoyen Des régnes qu'il unit étrange citoyen?

Le polype, comme tous les zoophytes, joint à une forme étoilée, semblable à celle de la plupart des fleurs , la propriété de se reproduire par simple division, comme les arbres reviennent de bouture, et de se laisser greffer comme eux sur un autre individu; mais pour tout le reste, c'est un véritable animal , qui sent , se meut , mange et digère. Sa découverte, due au Genevois Abraham Trembley, est sans contredit l'une des plus belles du dix-huitième siècle. Ce naturaliste observa sur-tout les polypes à bras (hydra, Lin.), et entre autres le polype vert. Il est petit, de forme conique; sa bouche est à la partie évasée du cône, et c'est par la pointe qu'il se fixe; six filaments mobiles entourent sa bouche et lui aident à saisir les petits animaux dont il se nourrit : la cavité du cône lui tient lieu d'intestin, et il rend ses excréments par la bouche. Du reste, il n'a ni viscères, ni

nerfs, ni vaisseaux. Son corps entier semble formé d'une sorte de bouillie {gélatineuse.

Les observateurs, animés par le succès de Trembley, ont découvert depuis une famille innombrable d'êtres plus ou moins analogues aux siens : tous les coraux et autres lithopbytes en sont des productions.

(■i2) Par ses puissants secours la feuille de Chiron Souvent ravit sa proie à l'avide Ache'ron.

La centaurée, ainsi nommée du centaure Chiron, à qui l'on attribue la découverte de ses propriétés. La vraie centaurée des anciens est aujourd'hui aussi peu connue que la plupart de leurs plantes: mais on attribue ce nom, d'après leurs commentateurs, à plusieurs espèces assez différentes ; il y a en botanique un genre nombreux , appelé centaurée. On nomme aussi , communément , petite centaurée, une jolie gentiane à fleurs roses, très répandue dans nos champs, excessivement amère, comme les autres gentianes, et qui a fort souvent arrêté des fièvres intermittentes.

(*3) Nos aïeux bénissoient la manne salutaire»

La manne est le suc d'un arbre du genre du frêne [fraxinus ornus), commun dans la Grèce et le midi de l'Italie. Tout le monde connoît son goût sucré et sa vertu purgative.

(W) La casse prolongea les vieux jours de Voltaire.

Autre purgatif, introduit en médecine dans le moyen âge par les Arabes. C'est une pulpe noirâtre et douce , qui occupe l'intérieur des gousses d'un arbre, de la famille des légumineuses (cassia fistula, Lin.), lequel croît abondamment en Egypte et aux Indes.

(<5) Heureux, si du pavot le perfide secours ,

Pour adoucir ses nuits, n'eût abrégé ses jours!

V opium se tire par incision, des capsules du grand pavot des jardins (papaver somniferum , Lin.), que l'on cultive pour cet effet dans tout l'Orient. L'action soporifique de cette drogue, et les dangers de son abus, sont généralement connus.

(*6) D'Homère et de Platon, durant les premiers âges, Le papyrus du Nil conservoit les ouvrages.

Espèce de grand souchet, dont les tiges battues et collées formoient les feuilles que les anciens employoient pour écrire; le parchemin, et ensuite le papier de chiffons en ont fait par degrés abandonner l'usage; mais le dernier en a conservé le nom. Son abondance dans le Nil et dans ses canaux facilita aux Ptolémées la création de la bibliothèque d'Alexandrie. On trouve encore à présent des rouleaux de papyrus dans les cercueils des momies.

(<7) Des sucs de l'indigo plus d'une étoffe brille.

L1 indigo est une fécule bleue qui se dépose, quand on fait macérer, selon certains procédés, les feuilles de la plante légumineuse nommée anil (indigofera anil), originaire des Indes, mais qui se cultive aujourd'hui dans toute la zone torride. Cette fécule fait le principal ingrédient pour la teinture en bleu.

(*8) Le moelleux cacao s'embaume de vanille.

Le cacao est la fève d'un arbre du Mexique (tfieobroma cacao). Broyée et mêlée de sucre, elle donne le chocolat, qu'on aromatise avec de la vanille. Celle-ci est la graine d'une plante de la famille des orchis (epidendrum vanilla).

Elle est noire, fort menue, très odorante, et contenue dans des gousses.

(<9) Du pommier neustrien ainsi le jus brillant Prodigue au moissonneur son nectar pétillant.

Le cidre est le suc fermenté de la pomme. On sait qu'on cultive le pommier en Normandie plus abondamment que dans la plupart de nos autres provinces.

(50) Le houblon, froid rival de l'arbuste bachique, Entretient des cafés le babil politique.

Plante grimpante, dont les fruits donnent une décoction amère et visqueuse, qui communique son goût à la bière, et aide à la conserver. Chacun sait que la bière est la boisson commune des Anglais, comme de tous les peuples de l'Europe qui n'ont point de vignes.

(51) Le feuillage chinois, par un plus dons succès, De nos dîners tardifs corrige les excès.

Le thé est la feuille séchée d'un arbrisseau de la Chine et du Japon.

(52) Aï , dans qui Voltaire

De nos légers Français vit l'image-légère.

Voici le passage de Voltaire que Delille rappelle ici. Il est tiré de la jolie satire intitulée Le Mondain.

Chloris, Églé me versent de leur main D'un vin d'Aï, dont la mousse pressée, De la bouteille avec force élancée, Comme un éclair fait voler le bouchon : Il part , on rit : il frappe le plafond. De ce vin frais l'écume pétillante De nos Français est l'image brillante.

Dans le cristal son nectar argentin Tombe en perle liquide , et sa mousse fumeuse Bouillonne en pétillant dans la coupe écunieuse; Puis, écartant son voile avec rapidité, Reprend sa transparence et sa limpidité.

Tous ces détails, si poétiquement, si fidèlement exprimés, sont empruntés de l'ode fameuse de Coffin, sur le vin de Champagne. Les amateurs de beaux vers latins retrouveront avec plaisir ici ces strophes charmantes :

Cernis micanti concolor ut vitro Lates in auras, gemmeus aspici, Scintillet exultim ; utque dulces Naribus illecebras propinet

Succi latentis prod i lor balitus ; Ut spuma motu lactea turbido Crystallinum blando repente Cum fremitu reparet nitorem?

Et quand le poète françois ajoute :

Au doux frémissement des esprits qu'il recèle, L'alégresse renaît, la saillie étincelle, etc. ,

c'est encore le poète champenois qu'il traduit ou qu'il imite:

Tune cyathos juvat Siccare molles ; tune bilans jocos Conviva fundit libérales; Tune procul alterius valere Viles Lyaei relliquias jubet Fastidiosus.

(sî) Il est une liqueur au poëte plus cbère ,

Qui manquoit à Virgile et qu'adoroit Voltaire: C'est toi , divin café , dont l'aimable liqueur, Sans altérer la tête épanouit le cœur.

L'arbre du café vient originairement d'Arabie, et le café

d'Arabie est encore regardé comme le meilleur. C'est de là qu'il a été transporté à l'Ile-de-France. Les cafiers, qui enrichissent la Martinique, proviennent tous d'un pied qui y fut envoyé au commencement du dernier siècle, du jardin des Plantes de Paris. Desclieux, qui l'y conduisoit, y mit tant de dévouement, que le voyage s'étant prolongé, et l'eau douce étant devenue rare à bord, il arrosoit cet arbuste avec sa propre ration.

Le cafier appartient à la famille des rubiacées; ses feuilles sont opposées deux à deux, ovales, pointues, ondées et luisantes : les fleurs viennent dans leurs aisselles , et lais sent un fruit rouge, qui contient deux grains; ceux-ci sont le café.

Nous avons, sur le café, deux poèmes latins modernes, composés, l'un sous le titre de Cafœum, par l'abbé Massieu; et l'autre sous celui de Faba Arabica, par ce même P. Fellon , dont nous avons déjà cité le joli poème sur l'Aimant. Les deux opuscules se distinguent également par la vérité des détails, la justesse ou la grace de l'expression. Delille leur a emprunté quelques détails; lorsqu'il dit, par exemple :

Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine, A l'or de ta couleur fais succéder l'ébéne ; Moi seul contre la noix , qu'arment ses dents de fer, Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer.

il est probable qu'il se rappeloit le Moulin à café, si bien décrit par le P. Fellon :

Machina nec deerit fraugendis f'rugibus apta, Pyramidis vulgo cuneiquc imitata figuram. Aspera nux intus , curvo cui multus in orbem Dens riget incisus dorso , medioque cylindrus In longum surgit, molem qui concitat omneni, Ipse inanubriolo versabilis : haud mora longa ,

Dum volvis, peragitque suos agitata rotatus Fcrrea nux, teritur granum, frugesque receptas Machina in exilem versas vomit ore farinam.

Les détails de la préparation du café ne sont pas rendus avec moins d'élégance et de précision, dans les vers suivants :

Ut primnm fervent undae , ferventibus undis Pulveris exiguam spargens superinjice molem. Nee mora, nec requies; raucum sonat unda lebete, Jamque suprema furens superavit litora spumis : Ni properas, flos atque vigor se effundet in ignés, Et nigrum exhausto superabit magma liquore.

Le lecteur distinguera , sans peine, le plus ou moins d'o* bligations dont le poëte français est redevable à ceux qui avoient chanté avant lui sa liqueur favorite ; mais Delille ne doit qu'à lui les beaux vers qui terminent ce morceau : c'est l'enthousiasme, ou plutôt l'ivresse même de la chose; c'est le poëte vraiment plein de son sujet. Des juges d'un goût délicat, mais peut-être un peu sévère, ont blâmé:

Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.

Mais quelque hardie que paroisse d'abord cette figure, elle ne l'est pas plus que celle qu'emploie Virgile, lorsqu'il nous représente Bitias buvant l'or à pleine coupe, et pleno se proluit auro.

(5$) Eh ! qui du grand Colomb ne connoît point l'histoire?

Cet épisode, qui se rattache si heureusement au sujet traité par le poëte, dans ce sixième chant, est une imitation fort embellie de celui qui termine le poëme latin, sur l'hymen des fleurs , dont nous avons déjà parlé; et le lecteur nous saura gré, sans doute, de le lui mettre sous les yeux.

Ibant Hispani velis audacibus ultra Herculeas longe metas , solemque cadentem ; Hortator Columba viae : dat classibus Euros

.•Eolus, et lauis pr&'lucent ignibus astra. Mirantur summo gradientes a-quore silvas Dorides occiduae ; mirantur puppibus altis Dispositas ad pugnam acies, fluitantia signa, ^Eraque cum tonitru jaculantia faucibus ignés. Ecce autem plenos Pbœbe jam septima vuluis Induerat, posuitque; Ceres consumpta, Lyaei Munera defecere; incassum suspicit astra, Despectat Palinurus acum; cœlum, aequor ubique. Protinus in furias agitur cum rémige miles , Ductoremque, nefas! malo alligat; ille Minerva Plenus , ait : «■ Sensi flores , coutendite remis , In manibus terrae. » Volât requore conrita classis. Apparere procul montes, assurgere campi : Vix portum tetigere rates , dat Flora corollas , Columbamque suuni donis gemmantibns ornât.

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