LIVRE V. a
quand elles sont belles , si leurs minauderies nous séduisent , si Tart qu'elles apprennent de vous nous attire et nous flatte , si nous aimons à les voir mises avec ^oût, si nous leur laissons affiler à loisir les armes dont elles nous subjuguent? £h! prenez le parti de les élever comme des hommes ; ils y consentiront de bon cœur. Plus elles voudront leur ressembler , moins elles les gouverneront; et c'est alors qu'ib seront vraiment les maîtres.
Toutes les fiicultés communes aux deux sexes ne leur sont pas également partagées ; mais prises en tout, elles se compensent. La femme vaut mieux comme femme et moins comme homme ; partout oii elle fait valoir ses droits, elle a l'avantage; partout où elle veut usurper les nôtres, elle reste au-dessous de nous. On ne peut répondre à cette vérité générale que par des exceptions; constante manière d'argumenter des galans partisans du beau sexe.
Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme, et négliger celles qui leur sont propres , c'est donc visiblement travailler à leur préjudice. Les rusées le voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant d'usurper nos avantages, elles n'abandonnent pas les leurs; mais il arrive de là que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres parce qu'ils sont incompatibles, elles restent au-dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre , et perdent la moitié de leur prix. Croyez-moi, mère judicieuse, ne faites
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point de votre fille un honnête homme, comme pour donner un démenti à la nature; faites-en une honnête femme, et soyez sûre qu'elle en vaudra mieux pour elle et pour nous.
S'ensuit-il qu'elle doive être élevée dans l'ignorance de toute chose , et bornée aux seules fonctions du ménage ? L'homme fera-t-il sa servante de sa compagne ? Se privera-t-il auprès d'elle du plus grand charme de la société ? Pour mieux l'asservir l'empêchera -t-il de rien sentir , de rien connoître ? En fera-t-il un véritable automate? Non , sans doute ; ainsi ne l'a pas dit la nature , qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié ; au contraire , elle veut qu'elles pensent, qu'elles jugent, qu'elles aiment, qu'elles connoissent, qu'elles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes qu'elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses , mais seulement celles qu'il leur convient de savoir.
Soit que je considère la destination paiticulière du sexe , soit que j'observe ses penchans , soit que je compte ses dévoilas , tout concourt également à m'indiquer la forme d'éducation qui lui convient La femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre , mais leur mutuelle dépendance n'est pas égale : les hommes dépendent des femmes par leurs désirs ; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et par leurs besoins ; nous subsisterions plutôt sans