‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 105 sur 233 · LIVRE V. 23r · texte numérisé non relu

LIVRE V. 23r

il se vit forcé de les faire hommes. Ce beau génie avoit tout combiné , tout prévu : il alloit au-devant d'une objection que personne peut-être n'eût songé à lui faire; mais il a mal résolu celle qu'on lui fait. Je ne parle point de cette prétendue communauté de femmes dont le reproche tant répété prouve que ceux qui le lui font ne Font jamais lu ; je parle de cette promiscuité civile qui confond partout les deux sexes dans les mêmes emplois , dans les mêmes travaux, et ne peut manquer d'engendrer les plus intolérables abus; je parle de cette subversion des plus doux sentimens de la nature ^ immolés à un sentiment artificiel qui ne peut subsister que par eux : comme s'il ne falloit pas une prise naturelle pour former des liens de convention ! comme si l'amour qu'on a pour ses proches n'étoit pas le principe de celui qu'on doit à l'état! comme si ce n'étoit pas par la petite patrie , qui est la famille , que le cœur s'attache à la grande ! comme si ce n'étoit pas le bon fils , le bon mari , le bon père , qui font le bon citoyen.

Dès qu'une fois il est démontré que l'homme et la femme ne sont ni ne doivent être constitués de même y de caractère ni de tempérament, il s'ensuit qu'ils ne doivent pas avoir la même éducation. En suivant les directions de la nature, ils doivent agir de concert , mais ils ne doivent pais faire les mêmes choses ; la fin des travaux est commune , • mais les travaux sont diflférens, et par conséquent

les goûts qui les dirigent. Après avoir tâché de former rhomme naturel , [>our ne pas laisser imparfait notre ouvrage, voyons comment doit se former aussi la femme qui convient à cet homme.

Voulez -vous toujours être bien guidé, suivez toujours les indications de la nature. Tout ce qui caractérise le sexe doit être respecté comme établi par elle. Vous dites sans cesse : Les femmes ont tel ou tel défaut que nous n'avons pas. Votre orgueil vous trompe ; ce seroient des défauts pour vous, ce sont des qualités pour elles ; tout iroit moins bien si elles ne les avoient pas. Empêchez ces prétendus défauts de dégénérer , mais gardez-vous de les détruire.

Les femmes, de leur côté, ne cessent de crier que nous les élevons pour être vaines et coquettes , que nous les amusons sans cesse à des puérilités pour rester plus facilement les maîtres; elles s'en prennent à nous des défauts que nous leur reprochons. Quelle folie! Et depuis quand sont-ce les hommes qui se mêlent de l'éducation des filles? Qui est-ce qui empêche les mères de les élever comme il leur plaît ? Elles n'ont point de collèges ! grand malheur! Eh! plût à Dieu qu'il n'y en eût point pour les garçons ! ils seroient plus sensément et plus honnêtement élevés. Force-t-on vos filles à perdre leur temps en niaiseries? Leur fait-on malgré elles passer la moitié de leur vie à leur toilette , à votre exemple ? ' Vous empêche-t-on de les instruire et faire instruire à votre gré? Est-ce notre faute si elles nous plaisent

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