‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 109 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

public, non pas mêlées avec les garçons, mais rassemblées entre elles. U n'y a voit presque pas une fête, pas un sacrifice , pas une cérémonie , où Ton ne vît des bandes de filles des premiers citoyens couronnées de fleurs, chantant des hymnes , formant des chœurs de danses, portant des corbeilles , des vases, des offrandes , et présentant aux sens dépravés des Grecs un spectacle charmant et propre à balancer le mauvais effet de leur indécente gymnastique. Quelque impression que fit cet usage sur le cœur des hommes , toujours étoit-il excellent pour donner au sexe une bonne constitution dans la jeunesse par des exercices agréables, modérés, salutaires, et pour aiguiser et former son goût par le désir continuel de plaire , sans jamais exposer ses mœurs.

Sitôt que ces jeunes personnes étoient mariées, on ne les voyoit plus en public ; renfermées dans leurs maisons , elles bomoient tous leurs soins à leur ménage et à leur famille. Telle est la manière de vivre que la nature et la raison prescrivent au sexe. Aussi de ces mères-là naissoient les hommes les plus sains, les plus robustes, les mieux faits de la terre; et, malgré le mauvais renom de quelques îles , il est constant que de tous les peuples du monde , sans en excepter même les Romains , on n'en cite aucun où les femmes aient été à la fois plus sages et plus aimables , et aient mieux réuni les mœurs et la beauté que l'ancienne Grèce.

On sait que l'aisance des vêtemens qui ne ^êngient

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point le corps contribuoit beaucoup à lui laisser dans les deux sexes ces belles proportions qu'on voit dans leurs statues y et qui servent encore de modèle à Tart quand la nature défigurée a cessé de lui en fournir parmi nous. De toutes ces entraves gothi* ques, de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en presse , ils n'en avoient pas une seule. Leurs femmes ignoroient l'usage de ces corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu'elles ne la marquent Je ne puis concevoir que cet abus , poussé en Angleterre à un point inconcevable , n'y fasse pas à la fin dégénérer Tespèce, et je soutiens même que l'objet d'agrément qu'on se propose en cela est de mauvais goût. Il n'est point agréable de voir une femme coupée en deux comme une guêpe , cela choque la vue et Ëiit souffrir l'imagination. La finesse ^e la taille a , comme tout le reste, ses proportions, sa mesure, passé laquelle elle est certainement un défaut; ce défaut seroit même frappant à l'œil sur le nu ; pourquoi seroit-il une beauté sous le vêtement ?

Je n'ose presser les raisons sur lesquelles les femmes s'obstinent à s'encuirasser ainsi : un sein qui tombe , un ventre qui grossit , etc. , cela déplaît fort , j'en conviens , dans une personne de vingt ans , mais cela ne choque plus à trente ; et comme il faut en dépit de nous être en tout temps ce qu'il plaît à la nature , et que l'œil de l'homme ne s'y trompe point, ces défauts sont moins déplaisans à tout âge que la

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