‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 110 sur 233 · LIVRE V. ii · texte numérisé non relu

LIVRE V. ii

sotte affectation d'une petite fille de quarante ans.

Tout ce qui gêne et contraint la nature est de mauvais goût ; cela est vrai des parures du corps comme des omemens de l'esprit. La vie, la santé, la raison , le bien-être , doivent aller avant tout ; la grâce ne va point sans l'aisance ; la délicatesse n'est pas la langueur, et il ne faut pas être malsaine pour plaire. On excite la pitié quand on souffre ; mais le plaisir et le désir cherchent la fraîcheur de la santé.

Les enfans des deux sexes ont beaucoup d'amusemens communs, et cela doit être; n'en ont-ils pas de même étant grands? Ils ont aussi des goûts propres qui les distinguent. Les garçons cherchent le mouvement et le bruit; des tambours, des sabots, de petits carrosses : les filles aiment mieux ce qui donne dans la vue et sert à l'ornement ; des miroirs , des bijoux, des chiffons, surtout des poupées : la poupée est l'amusement spécial de ce sexe ; voilà trèsévidemment son goût déterminé sur sa destination. Le physique de l'art de plaire est dans la parure ; . c'est tout ce que des enfans peuvent cultiver de cet art.

Voyez une petite fille passer la journée autour de sa poupée, lui changer sans cesse d'ajustement, l'habiller, la déshabiller cent et cent fois , chercher continuellement de nouvelles combinaisons d'ornemens bien ou m|il assortis , il n'importe ; les doigts manquent d'adi^esse, le goût n'est pas formé, mais déjà

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