LIVRE V. a
mêmes. La tapisserie n'est plus si fort à leur gré : les meubles sont trop loin d'elles, ils ne tiennent point à la personne , ils tiennent à d'autres opinions. La tapisserie est l'amusement des femmes ; de jeunes filles n'y prendront jamais un fort grand plaisir.
Ces progrès volontaires s'étendront aisément jusqu'au dessin , car cet art n'est pas indifférent à celui de se mettre avec goût : mais je ne voudrois point qu'on les appliquât au paysage , encore moins à la figure. Des feuillages, des fruits, des fleurs, des draperies, tout ce qui peut servir à donner un contour élégant aux ajustemens , et à faire soi-même un patron de broderie quand on n'en trouve pas à son gré, cela leur suffit. En général , s'il importe aux hommes de borner leurs études à des connoissances d'usage , cela importe encore plus aux femmes, parce que la vie de celles-ci, bien que moins laborieuse, étant ou devant être plus assidue à leurs soins, et plus entrecoupée de soins divers, ne leur permet de se livrer par choix à aucun talent au préjudice de leurs devoirs.
Quoi qu'en disent les plaisans, le bon sens est également des deux sexes. Les filles en général sont plus dociles que les garçons, et l'on doit même user sur elles de plus d'autorité, comme je le dirai tout à l'heure : mais il ne s'ensuit pas que l'on doive exiger d'elles rien dont elles ne puissent voir l'utilité ; Tart des mères est de la leur montrer dans tout ce qu'elles leur prescrivent, et cela est d'autant plus
aisé, que l'intelligence dans les filles est plus précoce que dans les garçons. Cette règle bannit de leur sexe, ainsi que du nôtre, non-seulement toutes les études oisives qui n'aboutissent à rien de bon , et ne rendent pas même plus agréables aux autres ceux qui les ont faites , mais même toutes celles dont Futilité n'est pas de Tâge , et où l'enfant ne peut la prévoir dans un âge plus avancé. Si je ne veux pas qu'on presse un garçon d'apprendre à lire , à plus forte raison je ne veux pas qu'on y force de jeunes filles avant de leur faire bien sentir à quoi sert la lecture; et , dans la manière dont on leur montre ordinairement cette utilité , on suit bien plus sa propre idée que la leur. Après tout, où est la nécessité qu'une fille sache lire et écrire de si bonne heure? Aurat-elle si tôt un ménage à gouverner ? Il y en a bien peu qui ne fassent plus d'abus que d'usage de cette fatale science , et toutes sont un peu trop curieuses pour ne pas l'apprendre sans qu'on les y force, quand elles en auront le loisir et l'occasion. Peutêtre devroient-elles apprendre à chiffrer avant tout: car rien n'offre une utilité plus sensible en tout femps, ne demande un plus long usage , et ne laisse tant de prise à l'erreur que les comptes. Si la petite n'avoit les cerises de son goûter que par une opération d'arithmétique, je vous réponds qu'elle sauroit bientôt calculer.
Je coîinois une jeune personne qui apprit à écrire plutôt qu'à lire, et qui commença d'écrire avec l'ai-