IX. i
le penchant se montre : dans cette éternelle occupation Iç temps coule sans qu^elle y songe ; les heures passent , elle n*en sait rien , elle oublie les repas mêmes , elle a plus faim de parure que d'aliment. Mais, direz- vous, elle pare sa poupée et non sa personne. Sans doute; elle voit sa poupée et ne se voit pas, elle ne peut rien faire pour elle-même , elle n*est pas formée , elle n*a ni talent ni force, elle n'est rien encore, elle est toute dans sa poupée , elle y met toute sa coquetterie. Elle ne l'y laissera pas toujours, elle attend le moment d'être sa poupée elle-même.
Voilà donc un premier goût bien décidé : vous n'avez qu'à le suivre et le régler. Il est sûr que la petite voudroit de tout son cœur savoir orner sa poupée , faire ses nœuds de manche, son fichu , son falbala , sa dentelle ; en tout cela on la fait dépendre si durement du bon plaisir d'autrui , qu'il lui seroit bien plus commode de tout devoir à son industrie. Ainsi vient la raison des premières leçons qu'on lui donne : ce ne sont pas des tâches qu'on lui prescrit , ce sont des bontés qu'on a pour elle. Et en effet presque toutes les petites filles apprennent avec répugnance à lire et à écrire ; mais , quant à tenir l'aiguille , c'est ce qu'elles apprennent toujours volontiers. Elles s'imaginent d'avance être grandes , et songent avec plaisir que ces talens pourront un jour leur servir à se parer.
Cette première route ouverte est &cile à suivre ; la couture , la broderie , la dentelle, viennent d'elles-