LIVRE V
A quoi la petite fille , croyant bien que c'est sa mère , dit pourtant sans hésiter que c'est Dieu. La seule chose qu'elle voit là , c'est qu'à une demande qu'elle n'entend guère elle fait une réponse qu'elle n'entend point du tout.
Je voudrois qu'un homme qui connoîtroit bien la marche de l'esprit des enfans voulût faire pour eux un catéchisme. Ce seroit peut-être le livre le plus utile qu'oti eût jamais écrit ^ et ce ne seroit pas , à mon avis y celui qui feroit le moins d'honneur à son auteur. Ce qu'il y a de bien sûr, c'est que si ce livre étpit bon, il ne ressembleroit guère aux nôtres.
Un tel catéchisme ne sera bon que quand, sur les seules demandes , l'enfant fera de lui-même les réponses sans les apprendre ; bien entendu qu'il sera quelquefois dans le cas d'interroger à son tour. Pour faire entendre ce que je veux dire il faudroit une espèce de modèle, et je sens bien ce qui me manque pour le tracer. J'essaierai du moins d'en donner quelque légère idée.
Je m'imagine donc que , pour venir à la première question de notre catéchisme , il faudroit que celuilà commençât à peu près ainsi.
LA BONNE
Vous souvenez -vous du temps que votre mère étoit fille?
LA PETITE
Non, ma bonne.
268 iHILE.
Pourquoi noû , Vous qui avez si bonne mémoire ?
LA. Ï^ETltÊ.
C^eist que je n'étois pas au inonde.
LA BONNE
Vous n^avez donc pas toujours vécu ?
LA PETITS
Non.
LA BONNE
Vivrez-vous toujours ?
LA PETITE
Oui.
LA BONNE
Êtes-vous jeune ou vieille?
LA PETITE
Je suis jeune.
LA BONNE
Et votre grand'm^unan est^lle jeune ou vieille ?
LA PETITE
Elle est vieille.
LA BONNE
A-t-elïe été jeune?
LA PETITE
Oui.
LA BONNE
Pourquoi ne l'est-elle plus ?
LA PETITE
C'est qu'elle a vieilli.
LIVRÎ V. ^69
Vieillirez-vous comme çlle ?
Je ne sais, (i)
XiA BONNE.
OÙ sont vos robes de Tanoëe pass^?
On les a défaites.