LIVRE V
celles 6e révidence et de fe raison ; maïs , se laissant entraîner par mille impulsions étrangères, elles sont toujours au-deçà ou an-delà du vrai. Totijours extrêmes, elles sont tontes libertines ou dévotes; on n'en voit point savoir réunir la sagesse à la piété. La source du mal n'est pas seulement dans le caractère outré de leur sexe , mais afussi dans Tautorité mal réglée du notre : le libertinage des iHœurs la fait mépriser ,* l'effroi du repentir la rend tyrannitjue ; et voilà comment on en feit toujours trop ou trop peu.
Puisque l'autorité doit régler la religion des femmes , il ne s'agit pas tant de leur expliquer les raisons fju'on a de croire , que de leur exposer nettement ce qu'on croit : car la foi qu'on donne à des id^es obscures est la première source du fanatisme , et celle qu'on exige pour des choses absurdes mène à la folié ou à rincrédulité. Je ne sais à quoi nos catéchismes portent le plus, <Fétre impie ou fanatique; mais je sais bien qu'ils font nécessairement l'un ou l'autre.
Premièrement, pour enseigner la religion à de jeunes filles, n'en faites jamais pour elles un objet de tristesse et de gêne, jamais une tâche ni un devoir ; par conséquent ne leur faites jamais rien apprendre par cœur qui s*y rapporte , pas même les prières. Contentez- vous de faire régulièrement les vôtres devant elles , sans les forcer pourtant d'y assister. Faites*les courtes , selon l'instruction de Jésus- Christ. Faites-les toujours avec le recueillement et
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le respect convenables; songez qu'en demandant à FÊtre suprême de l'attention pour nous écouter, cela vaut bien qu'on en mette à ce qu'on va lui dire.
U importe moins que de jeunes filles sachent si tôt leur religion , qu'il n'importe qu'elles la sachent bien , et surtout qu'elles l'aiment Quand vous la leur rendez onéreuse, quand vous leur peignez toujours Dieu fâché contre elles, quand vous leur imposez en son nom mille devoirs pénibles qu'elles ne vous voient jamais remplir, que peuvent-elles penser , sinon que savoir son catéchisme et prier Dieu sont les devoirs des petites filles, et désirer d'être grandes pour s'exempter comme vous de tout cet assujettissement? L'exemple ! l'exemple ! sans cela jamais on ne réussit à rien auprès des enfans.
Quand vous leur expliquez des articles de foi , que ce soit en forme d'instruction directe, et non par demandes et par réponses. Elles ne doivent jamais répondre que ce qu'elles pensent , et non ce qu'on leur a dicté. Toutes les réponses du catéchisme sont à contre-sens, c'est l'écolier qui instruit le maître; elles sont même des mensonges dans la bouche des enfans , puisqu'ils expliquent ce qu'ils n'entendent point, et qu'ils affirment ce qu'ils sont hors d'état de croire. Parmi les hommes les plus intelligens, qu'on me montre ceux qui ne mentent pas en disant leur catéchisme.
La première question que je vois dans le notre est celle-ci : Qui vous a créée et mise au monde ?