‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 13 sur 233 · LIVRE IV. a · texte numérisé non relu

LIVRE IV. a

jàe l'impression que font sur moi les objets. Sans être maître de sentir ou de ne pas sentir, je le suis d'examiner plus ou moins ce que je sens.

Je ne suis donc pas simplement un être sensitif et passif, mais un être acLif et intelligent; et, quoi qu'en dise la philosophie , j'oserai prétendre à l'honneur de penser. Je sais seulement que la vérité est dans les choses et non pas dans mon esprit qui les juge, et que moins je mets du mien dans les jngemens que j'en porte, plus je suis sûr d'approcher de la vérité : ainsi ma règle de me livrer au sentiment plus qu'à la raison est confirmée par la raison même.

llTétant, pour ainsi dire, assuré de moi-même, je commence à regarder hors de moi , et je me considère avec une sorte de frémissement, jeté, perdu dans ce vaste univers , et comme noyé dans l'immensité des êtres, sans rien savoir de ce qu'ils sont (a) , ni entre eux , ni par rapport à moi. Je les étudie , je les observe ; et , le premier objet qui se présente à moi pour les comparer, c'est moi-même.

Tout ce que j'aperçois par les sens est matière, et je déduis toutes les propriétés essentielles de la matière des qualités sensibles qui me la font apercevoir , et qui en sont inséparables. Je la vois tantôt en mouvement et tantôt en repos (i); d'où j'infère

(a) Yar de ce qu'Us sont ni absolument, ni entre eux, ni,,,,.

(i) Ce repos n'est, si Ton veut, cpe relatif; mais puisque noui

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que ni le repos ni le mouvement ne lui sont essen« tiels; mais le mouvement, étant une action, est l'effet d'une cause dont le repos n'est que Tabsence. Quand donc rien n'agit sur la matière , elle ne se meut point , et , par cela même qu'elle est indifférente au repos et au mouvement , son état naturel est d'être en repos.

J'aperçois dans les corps deux sortes de mouvement, savoir, mouvement communiqué , et mouvement spontané ou volontaire. Dans le premier, la cause motrice est étrangère au corps mû , et dans le second elle est en lui-même. Je ne conclurai pas de là que le mouvement d'une montre, par exemple, est spontané ; car si rien d'étranger au ressort n'agissoit sur lui , il ne tendroit point à se redresser, et ne tireroit pas la chaîne. Par la même raison , je n'accorderai point non plus la spontanéité aux fluides, ni au feu même qui fait leur fluidité, (i)

Vous me demanderez si les mouvemens des ani^ maux sont spontanés; je vous dirai que' je n'en sais

obsenrons du plus et du moins dans le mouvement , nons conce- Tons très-clairement un des deux tenues extrêmes, qui est le repos; et nous le conceypns si bien , que nous sommes enclins même à prendre pour absolu le repos qui n'est que relatif. Or il n'est pas Trai que le mouvement soit de l'essence de la matière, si elle peut être conçue en repos.

(i) Les cbimistes regardent le phlogistique ou l'élément du feu comme épars , immobile , et stagnant dans les mixtes dont il fait partie , jusqu'à ce que des causes étrangères le dégagent , le réu-^ pissent, le mettent en mouvement, et le cbangent en feu.

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